Un labyrinthe ( en grec ancien, labyrinthus en latin) est un tracé sinueux, muni ou non d'embranchements, d'impasses et de fausses pistes, destiné à égarer ou à ralentir celui qui cherche à s'y déplacer. Ce motif, apparu dès la Préhistoire, se retrouve dans de nombreuses civilisations sous des formes diverses.

Le mot désigne dans la mythologie grecque une série de galeries construites par l'architecte Dédale pour enfermer le Minotaure. En latin, le labyrinthus est un espace clos dont il est difficile de trouver l’issue.

Le mot dédale sert souvent de synonyme à labyrinthe. Cependant, une distinction est parfois opérée entre le terme dédale, qui désigne un labyrinthe avec des murs, des impasses et des choix multiples, et le terme labyrinthe, qui désigne un espace sans mur, avec un chemin unique (comme celui de la cathédrale Notre-Dame de Chartres).

Au sens figuré, le labyrinthe correspond à un système complexe, tortueux, qui peut être concret (architecture, urbanisme, jardins, paysages…) ou abstrait (structures, façons de penser…) et où il est fréquent de se perdre, faute de saisir la globalité du cheminement.

Caractéristiques Étymologie L'origine et la signification du mot grec ne sont pas clairement établies. Elles sont vraisemblablement préhelléniques. On a tenté divers rapprochements étymologiques, par exemple avec le terme lydien labrys, nom de la hache crétoise à double lame... Beekes doute du lien avec labrys et suggère plutôt une relation avec le grec « chemin étroit ».. Pour sa part, Martin Nilsson observe qu’en Crète la double hache n’est pas une arme et accompagne toujours les déesses ou les femmes, et non pas un dieu masculin..

Le rapprochement avec labrys a encore perdu de sa crédibilité lorsque le linéaire B a été déchiffré dans les années 1950 : la forme alors découverte est da-pu2-ri-to- en mycénien de Cnossos (le signe pu2 note ordinairement phu), avec d à l'initiale et non l... Ce terme peut être lié au mot minoen du-bu-re, qui apparaît dans le linéaire A, en relation avec le mont Ida, lui-même associé à la notion de caverne.. Les cavernes des environs de Gortyne, la capitale crétoise du premier siècle de notre ère, étaient appelées « labyrinthes ».

Le labyrinthe unicursal vignette|redresse|Pièce d'argent de Cnossos avec un schéma unicursal et sept circonvolutions (vers ). Le schéma antique du labyrinthe comprend sept circonvolutions, avec un seul chemin qui mène vers le centre, sans ramification ni impasses. Ce parcours « unicursal » est dénué de toute ambiguïté et ne présente aucun défi d'orientation.. Umberto Eco observe à ce sujet :

On retrouve cette image sur de nombreuses pièces de monnaie dès ., et des motifs similaires réapparaissent fréquemment dans l'iconographie du labyrinthe de Cnossos, même si les textes antiques et la légende indiquent que le Minotaure était piégé dans un complexe ramifié et que Dédale lui-même, son concepteur, avait des difficultés à en trouver la sortie.. Au cours des siècles, les dessins sont devenus plus élaborés, mais les images du labyrinthe de Cnossos, depuis l’époque romaine jusqu’à la Renaissance, sont presque toujours restées unicursales. Les labyrinthes ramifiés n’ont été représentés que lorsque les labyrinthes végétaux se sont popularisés au ..

Les labyrinthes unicursaux figurent sur les poteries et les vanneries, dans les peintures corporelles et dans les gravures des grottes. Les Romains ont créé de nombreux motifs unicursaux principalement décoratifs sur leurs parois et leurs sols en carreaux ou en mosaïque.

Labyrinthes complexes vignette|redresse|Labyrinthe crétois, de type « bicursal » vignette|redresse|Labyrinthe « romain ». Umberto Eco distingue deux types de labyrinthes plus complexes que le schéma unicursal.

Le labyrinthe « maniériste » déroulé se présente comme « un arbre binaire, du type de celui qu'utilisent les grammairiens et les informaticiens ». Il offre un grand nombre de voies mais toutes, excepté une, mènent à des culs-de-sac. C'est un processus d'interrogation, de tentative et d'erreur, mais qui possède une rationalité immanente qui est la rationalité binaire et qui peut être décrite en termes d'algèbre de Boole. Une variable booléenne ne peut être que vraie ou fausse. De manière générale, lorsqu'il y a N inconnues binaires, il existe 2N hypothèses complètes possibles.

Le labyrinthe en « rhizome », ou « labyrinthe hermétique », quant à lui, est un réseau entrelacé et infini de voies dans lequel tout point est connecté à divers autres points mais où rien n'empêche l'instauration, entre deux nœuds, de nouvelles liaisons, même entre ceux qui n'étaient pas reliés avant. Chaque route peut être la bonne, pourvu qu'on veuille aller du côté où on va. Le rhizome est donc le lieu des conjectures, des paris et des hasards, des hypothèses globales qui doivent être continuellement reposées, car une structure en rhizome change sans cesse de forme.

Méthodes de résolution

Pour résoudre un labyrinthe, c'est-à-dire pour déterminer l'itinéraire du début à la fin, certaines méthodes sont conçues pour être utilisées à l’intérieur du labyrinthe par un voyageur sans connaissance préalable du lieu, tandis que d’autres sont destinées à une personne ou à un programme informatique qui a une vision d'ensemble du labyrinthe.

Leonhard Euler a été l’un des premiers à analyser mathématiquement les labyrinthes plats, et, ce faisant, à fournir les bases de la topologie.

Les labyrinthes qui ne contiennent pas de boucles (ou « îlots ») sont dits « standard » ou « parfaits ». Ils correspondent à un arbre en théorie des graphes. Si l’on étirait tous les chemins du labyrinthe, le résultat ressemblerait à un arbre.

Un principe simple pour trouver la sortie d'un labyrinthe consiste à longer en continu soit le mur de droite, ou le mur de gauche, par exemple en laissant sa main sur le mur sans jamais l'enlever. Cette technique ne permet cependant pas d'accéder au centre d'un labyrinthe « à îlots », ni d'en sortir si l'on atteint le centre, car les îlots obligent à tourner autour d'eux à l'infini.

Labyrinthes anciens Préhistoire La plus ancienne représentation d'un labyrinthe a été trouvée dans une tombe sibérienne datant du Paléolithique : il s'agit d'un dédale de sept circonvolutions, entouré de quatre doubles spirales, le tout gravé sur un morceau d'ivoire de mammouthJacques Attali, Chemins de sagesse, .. Ces tracés sont inscrits dans des carrés ou des cercles, accompagnés de dessins d'ours, d'oiseaux ou de serpents.

Le labyrinthe est l’un des thèmes les plus constants de l’art rupestre européen de la Méditerranée jusqu’à la mer du Nord. Il apparaît gravé sur la pierre en Europe vers le millénaire Les premiers labyrinthes apparaissent en Europe septentrionale. On les trouve notamment sur les gravures rupestres de la Scandinavie méridionale, puis en Irlande, en Angleterre, en Islande, en Allemagne, en Russie. Des labyrinthes se trouvent dans des chambres funéraires celtiques du Pays de Galles, aussi bien que dans le célèbre site mégalithique de Newgrange. Il en existe, taillés dans le rocher, à Tintagel, lieu dont est originaire le roi Arthur dans la légende arthurienne. On en voit enfin sur le site protohistorique de val Camonica, dans les Alpes italiennes, célèbre pour ses pétroglyphesPaolo Santarcangeli, Le Livre des labyrinthes, Gallimard, 1974.

Sur l'île de Gavrinis, en Bretagne, il a été découvert une galerie avec de multiples embranchements. Les changements de direction sont indiqués notamment par des spiralesJacques Attali, Chemins de sagesse, .. Ces tracés labyrinthiques s'inscrivent toujours dans des lieux sacrés. Il s'agit d'une représentation du parcours du soleil, spécialement dans les régions circumpolaires durant les mois de ténèbre hivernale, et de sa libération Dr. Ernst Krause, Die Trojaburgen Nordeuropas, Glogau, 1893 V.V. Kolka, O.P. Korsakova, Application of geological methods for dating of stone labyrinths on the White Sea coast, Proceedings of the MSTU, vol. 15, n° 2, 2012, p.349-356.

Dans la tradition indo-européenne, le labyrinthe est lié à un artisan magicien capable de voler : le Dédale grec lié au labyrinthe crétois qu'il a construit et le Volund scandinave qui a donné son nom au labyrinthe, dit « maison de Volund ». La manière la plus simple de sortir d'un labyrinthe est de s'envolerJean Haudry, Enéide, Revue des Études latines, 95, 2018, .. La liaison avec les danses guerrières est attestée dans la légende de Dédale. Jean Haudry suggère que le labyrinthe était l'une des épreuves auxquelles étaient soumis les garçons lors de l'initiation et que cette épreuve a été ritualisée sous forme de danse.

Dans son ouvrage consacré aux labyrinthes, Ernst Krause soutient que le mythe du labyrinthe renvoie directement à un thème indo-européen commun, mettant en scène une « fiancée solaire », enlevée et emprisonnée par le démon de l’hiver, qui, au printemps, est délivrée par un héros au terme d’une course labyrinthique représentant les mois sombres de l'année Ernst Krause, Die Trojaburgen Nordeuropas. Ihr Zusammenhang mit der indogermanischen Trojasage, Carl Flemming, Glogau, 1893 Christina Fagerström, Labyrinth routes around the Middle Age Baltic Sea, Institutionen för historiska studier Göteborgs Universitet. 2022.

Égypte ancienne Le labyrinthe le plus ancien aurait été construit, selon Hérodote, Livre II, 148., par Amenemhat III, pharaon de la , qui aurait eu pour projet de construire près du lac Moéris son palais monumental, comportant une suite de et couloirs sur plusieurs niveaux. Ce labyrinthe aurait été construit pour que les Égyptiens se souviennent des noms de leurs douze rois et pour célébrer la dodécarchie : Cet édifice, ajoute le commentateur, aurait d'ailleurs inspiré Dédale pour la construction de la prison qui devait enfermer le Minotaure. L'historien grec Hérodote parle par ailleurs du labyrinthe d'Égypte comme une des Sept Merveilles du monde, si grand et si merveilleux que la grande pyramide paraîtrait bien modeste à ses côtés. Le temple d'époque pré-dynastique, appelé l'Escargot, à Abydos, est peut-être une partie infime de ce gigantesque labyrinthe qui n'a pas encore été retrouvé.

Toujours en Égypte, la pyramide de Hawara possède un véritable labyrinthe, pour accéder au temple funéraire. Selon Hérodote, ce monument comptait douze cours principales entourées de galeries et de salles. Strabon soulignait qu'il y avait autant de salles dans le labyrinthe que de nomes (divisions administratives) dans le pays.

Il ne s'agit pas à proprement parler de labyrinthes fondés sur la cosmologie mais de complexes politiques et commémoratifs rapprochés par Hérodote de l'idée rationalisée qu'on se faisait à son époque du « labyrinthe » mythologique.

Grèce antique

On situe en Crète, l'île du roi Minos, le labyrinthe du Minotaure construit par Dédale ; c'est en effet sur l'ordre de ce roi qu'il fut construit, afin d'y faire enfermer la créature monstrueuse née des amours de la reine Pasiphaé et d'un taureau. Les recherches archéologiques dans les palais minoens révèlent des constructions étendues dont le plan d'ensemble est complexe. .

Une carrière située près de Gortyne, appelée Labyrinthe et mentionnée par différents auteurs depuis le Moyen Âge, est aussi parfois considérée par ces derniers comme le site du labyrinthe mythologique.

Par antonomase ou métonymie, on appelle dédale, du nom du constructeur du labyrinthe, tout lieu où l'on risque de s'égarer en raison de la complexité des tours et détours, de sorte que les deux mots labyrinthe et dédale sont pratiquement synonymes.

D'après la légende, seules trois personnes ont réussi à sortir du LabyrintheGilles Van Heems, Dieux et héros de la mythologie grecque : Dédale, Icare et Thésée.