Antoine Berman, né le à Argenton-sur-Creuse et mort le à Paris Relevé des fichiers de l'Insee, est un linguiste, théoricien français de la traduction, traducteur de l'allemand et de l'espagnol.

Biographie Famille Antoine Berman est né dans la petite ville d'Argenton-sur-Creuse, près de Limoges, d'un père juif polonais et d'une mère franco-yougoslave. Après avoir vécu dans la clandestinité pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille s'installe en région parisienne. Berman fréquente le Lycée Montmorency.

Il étudie la philosophie à l'université de Paris, où il rencontre sa femme Isabelle. En 1968, ils s'installent en Argentine où ils restent cinq ans.

« Moi, le Suprême » En 1979, paraît sa traduction de l'oeuvre la plus célèbre du Paraguayen Augusto Roa Bastos Moi, le Suprême (Yo, el Supremo), récompensé en 1989 du Prix Cervantes, le prix le plus prestigieux de la littérature espagnole. C'est un roman sur le despote éclairé qui voulait appliquer les principes philosophiques du philosophes des Lumières Jean-Jacques Rousseau au Paraguay.

Moi, le Suprême explore les dictées et les pensées intérieures de José Gaspar Rodríguez de Francia, le dictateur excentrique du Paraguay qui a régné d'une main de fer de 1814 à sa mort en 1840.

De retour à Paris, Berman dirige un programme de recherche et enseigne plusieurs séminaires au Collège international de philosophie à Paris, et publie son principal ouvrage théorique, « L'Epreuve de l'étranger », en 1984.

Antoine Berman est titulaire d'un doctorat de en linguistique, obtenu à l'université Paris-VIII en 1981, sous la direction de Henri Meschonnic.

Il meurt en 1991, à l'âge de 49 ans, en écrivant son dernier livre dans son lit.

Aspects de son œuvre Antoine Berman se situe dans la tradition de Friedrich Schleiermacher, dont il a traduit une conférence (Des différentes méthodes du traduire, Seuil, Points, 1999), et de Walter Benjamin au regard de l'article de cet auteur sur La tâche du traducteurIn Walter Benjamin, Œuvres I, Gallimard, Folio Essais, trad. par Maurice de Gandillac..

L’ouvrage important d'Antoine Berman, L'Épreuve de l'étranger, dont le titre s'inspire d'un vers devenu célèbre de Hölderlin, porte sur « la théorie allemande » de la traduction, qui s'élabore sciemment contre les traductions « à la française »Antoine Berman, L'Épreuve de l'étranger, Paris, Gallimard, 1984, : Cette référence est citée dans les « principes généraux » de Traduire Freud d'André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche, François Robert, pour les OCFP, traduction en France des Œuvres Complètes de Freud, Paris, PUF, 1989, : « le livre d'Antoine Berman sur l'histoire de la traduction en Allemagne », disent les auteurs de Traduire Freud, « fournit des repères très utiles ». Le titre du livre d'Antoine Berman, L'Épreuve de l'étranger est une référence à Hölderlin qu'on trouve dans un extrait de l'ébauche du poème Mnémosyne, qui a pris valeur d'exergue dans le livre de Jean Laplanche, Hölderlin et la question du père (1961): .

Œuvres

Moi, le Suprême (traduction de Yo, el Supremo d'Augusto Roa Bastos) Pierre Belfond, Le Livre De Poche, Buenos Aires, 1979

L'Épreuve de l'étranger. Culture et traduction dans l'Allemagne romantique: Herder, Goethe, Schlegel, Novalis, Humboldt, Schleiermacher, Hölderlin., Gallimard, Essais, 1984 (rééd. coll. Tel)L'épreuve de l'étranger Pour une critique des traductions : John Donne (Œuvre posthume), Gallimard, Bibliothèque des idées, 1995 La Traduction et la Lettre ou l'Auberge du lointain, Seuil, 1999 L'âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire, Presses universitaires de Vincennes, 2008 Jacques Amyot, traducteur français, Belin, 2012

« Théorie allemande » de la traduction, réception En se référant à Hölderlin, le titre même de l'ouvrage de Antoine Berman, à savoir L'Épreuve de l'étranger, révèle une interaction profonde entre le domaine proprement « linguistique » - non pas au sens des linguistiques « synchroniques » du , mais au sens « diachronique » de l'histoire des langues naturelles, par exemple celle que brosse la grande philologie allemande du , refoulée par le « mondialisant » - et une grande théorie de la traduction psychique, selon l'optique de la psychanalyse, qui commença chez Freud (Lettre 52/112 à Wilhelm FliessCf. Freud, Lettres à Wilhelm Fliess 1887-1904, édition complète établie par Jeffrey Moussaieff Masson. Édition allemande revue et augmentée par Michael Schröter, transcription de Gerhard Fichtner. Traduit de l'allemand par Françoise Kahn et François Robert, PUF, 2007, .). Mais dans l'histoire, notamment dans l'histoire de la littérature et, plus spécifiquement encore, dans l'histoire de la littérature allemande, la référence à Hölderlin engage tout le chapitre en « science de la littérature » ou « études germaniques » (Germanistique) de la réception des traductions de Sophocle par Hölderlin dans la littérature (allemande) du « temps de Goethe » (la ) dans l'après-coup: par-delà, aussi, cela engage, toujours après coup, le chapitre, en retour de la « littérature (allemande) appliquée à la psychanalyse (française) », de l'application d'une théorie sur les psychoses de la psychanalyse française, alors à l'égide de Jacques Lacan, à une interprétation herméneutique rétroactive de l'autre ou « étranger », c'est-à-dire en psychanalyse de l'inconscient, par exemple, donc, chez le très grand poète et penseur Hölderlin (Cf. Jean Laplanche, Hölderlin et la question du père, 1961). L'histoire de cette réception n'est évidemment pas finie dans le transfert interculturel provoqué au cours du temps. Dans le domaine propre d'une théorie « allemande » de la traduction, il s'agirait en outre de distinguer entre plusieurs courants de pensée (impliquant des filiations en philosophie allemande) émanant de plusieurs auteurs et œuvres, ainsi de faire la différence entre la théorie de la traduction poétique de Hölderlin (Remarques sur Œdipe et Antigone), complètement refusée de son temps, et ce qui arrive avec le romantisme allemand.

Bibliographie Barbara Godard, « L'éthique du traduire : Antoine Berman et le « virage éthique » en traduction », in Traduction, terminologie, rédaction, volume 14, numéro 2, 2001, Le virage éthique en traduction. Prise en compte de l'ouvrage d'Antoine Berman L'Épreuve de l'étranger dans les principes de la traduction des Œuvres complètes de Freud en France: Traduire Freud de André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche, François Robert, Paris, PUF, 1989 , cf. Œuvres Complètes de Freud / Psychanalyse — OCF.P

Notes et références Notes

Références

Annexes Articles connexes Traductologie Critique des traductions Théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche, dont le corrélat est une théorie de la traduction psychique depuis Freud en psychanalyse.

Liens externes

Antoine Berman. Pour une critique des traductions : John Donne L’impact d’Antoine Berman sur la traductologie en Amérique latine : une enquête Antoine Berman (Universidad de Antioquía, Colombia) Antoine Berman, penseur de la traduction par Robert Davreu

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