Pierre-Ernest , comte de Mansfeld-Vorderort (en allemand, Peter Ernst I von Mansfeld-Vorderort) (Heldrungen en électorat de Saxe, - Luxembourg, ) est un chef militaire, gouverneur du Luxembourg pendant près de soixante ans et plus brièvement gouverneur des Pays-Bas espagnols. On lui doit la construction d'un des plus beaux châteaux renaissance d'Europe, à Clausen.
Biographie gauche|vignette|Termes d'Hugues Sambin pour le palais Mansfeld (MNHA)|260x260px vignette|Bataille de Moncontour, par Jan Snellinck Après avoir participé en 1535 à l'expédition de Tunis avec Charles-Quint, il est nommé en 1545 gouverneur des provinces du Luxembourg et de Namur, et en 1546 membre de l'Ordre de la Toison d'Or. Il se fera construire à partir de 1563 un imposant château renaissance, dit château La Fontaine ou palais Mansfeld, à Clausen dans la banlieue de Luxembourg-ville, en faisant appel à des artistes réputés, tels qu'Hugues SambinTrès connu comme ébéniste, Hugues Sambin était aussi sculpteur et architecte, et y installera de somptueuses collections, dont il fera don par la suite au roi d'Espagnelire en ligne.
Après la capitulation d'Yvois en 1552, il est fait prisonnier par Henri II et enfermé à Vincennes. Comme il est tombé en disgrâce auprès de Charles-Quint, ce dernier refuse de payer sa rançon. Il est vrai qu'il est un proche parent des La Marck, que Charles-Quint poursuit de sa haineDestruction de leur château de Bouillon en 1521, assassinat de Robert IV de La Marck, cousin germain de Pierre-Ernest, en 1556. Il est à noter que Robert de La Marck avait été otage de Charles-Quint au même moment que Mansfeld l'était d'Henri II. Durant sa captivité, il s'initie à l'art de la reliure et fait travailler les meilleurs relieurs parisienslire en ligne. Il s'intéresse aussi de près à l'architecture et en particulier aux travaux de Jacques Ier Androuet du Cerceau Cote au Cabinet des estampes : RESERVE ED-2 (P)-FOL.
Réhabilité par Philippe II, il participe à la bataille de Saint-Quentin (1557) et est nommé maître de camp général des troupes allemandes. Après les traités de Cateau-Cambrésis, l'ennemi n'est plus français mais luthérien et Mansfeld va lutter pour préserver l'intégrité des Pays-Bas espagnols. Leur gouvernement est confié en 1559 à Marguerite de Parme, demi-sœur de Philippe II, que Mansfeld servira avec attachement. Elle est assistée par le cardinal de Granvelle, frère d'un beau-frère de Mansfeld. En 1566, ce dernier est nommé capitaine de Bruxelles et principal conseiller de Marguerite de Parme en remplacement de Granvelle. Mais l'année suivante, le duc d'Albe arrive avec une forte armée espagnole et remplace Marguerite de Parme comme gouverneur. C'est le début d'une féroce répression. Les comtes d'Egmont et de Hornes sont condamnés à mort et Mansfeld ne réussit pas à sauver la tête de son beau-frère de Hornes, un Montmorency.
En 1569, a lieu un événement qui concrétise les renversements d'alliances : pour lutter contre les protestants, Charles IX appelle à l'aide les souverains catholiques et le duc d'Albe lui envoie des troupes de reîtres allemands et de fantassins wallons commandées par Mansfeld. Leur engagement est décisif pour emporter la victoire à la bataille de Moncontour près de Poitiers. Mais Mansfeld est grièvement blessé et devra la vie au chirurgien Ambroise Paré, qui réussit à le sauverAmbroise Paré, Œuvres complètes, édition de 1841, tome III, . Le duc d'Albe et Catherine de Médicis louent auprès de Philippe II le rôle de MansfeldUn prince de la Renaissance, II, à 90. Et Charles IX le qualifie de protecteur de sa couronne.
Il prend part ensuite à la guerre de Quatre-Vingts Ans contre les Hollandais qui veulent depuis 1568 secouer le joug espagnol. En 1573, le duc d'Albe, qui l'avait tenu à l'écart des décisions politiques, rentre en Espagne et est remplacé par Luis de Requesens, qui l'appelle à siéger au Conseil d'État à Bruxelles. Requesens meurt au début de 1576 et peu après, Mansfeld est nommé gouverneur de Bruxelles, puis, sur proposition du roi le , maréchal de ses arméesJoseph Massarette, La Vie martiale et fastueuse... , I, p. 243-245. À la fin de l'année, le nouveau gouverneur des Pays-Bas espagnols arrive, il s'agit de Don Juan d'Autriche, demi-frère de Philippe II. Il trouve une situation plus que chaotique puisqu'à la fracture religieuse s'ajoute le soulèvement des états généraux contre les exactions des troupes espagnoles, qui pillent les villes parce qu'elles ne sont plus payées. Pour les amadouer, Don Juan propose le renvoi des Italo-espagnols, qu'il charge Mansfeld de convoyer. Mais il meurt prématurément en 1578 après avoir désigné Alexandre Farnèse pour lui succéder. Mansfeld connaît bien ce dernier : c'est le fils de sa chère Marguerite de Parme et il avait été chargé en 1565 d'aller chercher à Lisbonne sa fiancée, Marie de Portugal.
Mais la santé de Pierre-Ernest s'est dégradée, avec l'âge et les nombreuses blessures reçues. Il ne peut plus être de tous les combats et se contente dorénavant de participer au siège des villes rebelles, fort de l'expérience qu'il a acquise dans le domaine des fortifications, au Luxembourg et ailleursvoir Pieter Martens, Pierre-Ernest de Mansfeld et les ingénieurs militaires, in Un prince de la Renaissance, II, et s.. En 1579, c'est le siège de Maastricht, puis Tournai en 1581, en 1583, Anvers en 1584-1585, puis et Wachtendonk en 1588Un prince de la Renaissance, II, . Mansfeld arrête là sa carrière militaire.
À deux reprises, il est gouverneur par intérim des Pays-Bas espagnols : en 1588, quand Philippe II charge Farnèse de mener les opérations contre l'Angleterre (l'invincible armada) et en 1590, quand il envoie le même Farnèse combattre en France. Il redevient gouverneur à la mort de Farnèse en décembre 1592 et le restera jusqu'à l'arrivée de l'archiduc Ernest d'Autriche en 1594, en contrant notamment les campagnes luxembourgeoises menées par les Provinces-Unies. En reconnaissance de sa loyauté à la cause catholique, il est élevé à la dignité de prince d'empire par Rodolphe II le . Trois ans plus tard, à l'âge de 80 ans, il se retire des affaires publiques.
Ses derniers instants, le , témoignent de son caractère : il meurt vêtu de ses plus riches habits, ayant l'épée au côté et soutenu par-dessous les bras par deux de ses domestiques, qui par commandement exprès lui ont rendu ce dernier office, n'ayant pas voulu mourir en son litlire en ligne.
Famille vignette|Château d'Heldrungen Il appartient à une famille de vieille noblesse saxonne, dont le château à Heldrungen subsiste. Cette branche des Mansfeld tire sa fortune de mines d'argent et de cuivre situées sur ses territoires. Mais quand les six cohéritiers décideront de vendre ces mines vers 1560, ils verront se manifester une cohorte de créanciers qui rendront les partages pour le moins difficileslire en ligne.
Pierre-Ernest s'est marié une première fois en 1542 avec Marguerite de Brederode, fille de Renaud III de Brederode et de Philippa de La Marck. Les Brederode sont une puissante famille de la région d'Utrecht. Pieter Martens dit qu'elle lui a apporté une grande fortune en dotUn prince de la Renaissance, II, . Parmi leurs enfants, Charles, qui fait une brillante carrière militaire mais meurt de ses blessures en 1595, et Polyxène, qui épouse Palamède de Chalon contre la volonté de son père, car s'il appartient à une lignée illustre, celle des princes d'Orange, Palamède est un enfant naturel de René de Chalon, ce qui déplait à Mansfeld. Ce dernier n'acceptera qu'à contrecœur de voir leurs enfants hériter de lui.
Après avoir appris le décès de sa femme pendant sa captivité à Vincennes, Pierre-Ernest s'est remarié en 1562 avec Marie de Montmorency, appartenant à la branche de Nivelles de cette grande famille française. Ils ont eu Dorothée, mariée à un officier espagnol, Francisco Verdugo, et Octavien, mort au combat en 1591.
Parmi ses nombreux enfants illégitimes, on peut retenir Ernst von Mansfeld (1580-1629), qui a participé activement à la guerre de Trente Ans, et Charles II, prêtre, confesseur de l'archiduchesse Isabelle et aumônier général des troupes.
Le nom de Mansfeld serait éteint si les princes Colloredo qui en descendent par un mariage de 1771 n'avaient décidé de le relever. Joseph Colloredo-Mansfeld, qui vivait en France, a participé à plusieurs publications relatives à Pierre-Ernest dans les années 1930.
Mansfeld constructeur vignette|400x400px|Le château La Fontaine à Clausen vignette|Fouilles des cryptoportiques vignette|266x266px|Portail des jardins Mansfeld À partir de 1563, Mansfeld entreprend son grand œuvre architectural, le château La Fontaine à Clausen, qui n'est alors qu'un faubourg de Luxembourg-ville, depuis, englobé dans la capitale. Le terrain choisi est très en contrebas des bastions qui forment la ville, niché dans une boucle de l'Alzette, qui lui sera utile pour alimenter étangs et canaux. Les nombreuses sources présentes sur le terrain fourniront, elles, l'eau des fontaines et de la maison des bainsUn prince de la Renaissance, I, et 262..
Pendant sa captivité à Vincennes, il a eu tout loisir de méditer son projet et d'étudier les travaux comparables menés par les architectes du temps. Il est significatif que l'on ait retrouvé des portefeuilles de dessins d'Androuet du Cerceau dans ses collections. Et ce n'est pas un hasard si par son ampleur, son style renaissance et l'accumulation d'œuvres d'art, La Fontaine se compare principalement au château d'Anet, terminé dix ans auparavant : le cousin germain de Pierre-Ernest, Robert IV de La Marck, avait en effet épousé au palais du Louvre en 1538 Françoise de Brézé, fille de Diane de Poitiers.
Bien qu'il se soit aperçu rapidement qu'il ne pouvait pas compter sur le produit de son héritage saxon, Mansfeld commence les travaux un an après son remariage, sur des terrains achetés à l'abbaye de Neumünster. Ces travaux n'étaient pas complètement terminés à sa mort. On ne sait toujours pas à quels architectes il s'est adressé, mais le style rhénan des toitures semble exclure le recours à un architecte français. Hugues Sambin a bien travaillé chez lui dans les années 1570 mais c'était comme sculpteur et menuisier et non comme architecte. Pour son art de la perspective, le nom d'Hans Vredeman de Vries est quelquefois prononcé, mais sans preuves ; on sait juste que les deux hommes se connaissaientEn témoigne un ouvrage de Vredeman de Vries, Architectura, publié en 1577 avec les armoiries gravées de Mansfeld sur la page de titre. En BNF : RES-V-368. Krista De Jonge pense que Mansfeld a pu être influencé par les réalisations de Jacques Du Brœucq pour Marie de HongrieUn prince de la Renaissance, II, , et avance le nom d'un des ingénieurs militaires de Mansfeld, Jacques van Noyen, comme son maître d'œuvreUn prince de la Renaissance, II, .