La Rage du vainqueur ou en anglais (que l'on pourrait traduire en français par « Le maître aux doigts fragilisés »), est un film hongkongais de 1979 avec Jackie Chan dans le rôle principal, reprenant en grande partie des scènes reprises d'un film précédent. Selon le générique il aurait été réalisé par Chin Hsin mais il est parfois attribué à Zhu Mu.

Le genèse de ce film est assez surprenante, utilisant des procédés de recyclage de films antérieurs, une méthode répandue à partir de la fin des années 1970 utilisée couramment par Godfrey Ho entre autres. Il s'agit à l'origine d'un petit film d'arts martiaux intitulé The Cub Tiger from Kwangtung tourné en 1971 et sorti confidentiellement en 1973 dans lequel le jeune cascadeur Jackie Chan de 17 ans tient pour la première fois un rôle principal, et tombé très vite dans l'oubli. La popularité de Jackie Chan explose cependant quelques années plus tard en 1978 avec Le Maître chinois et Le Chinois se déchaîne. Ainsi, dans un pur intérêt commercial, le film de 1971 est ressorti des cartons.

Afin d'adapter le film à l'évolution du goût du public (intérêt plus marqué pour les pitreries au détriment de l'élément dramatique) et de reproduire les succès récents de Chan, le studio de production décide d'ajouter de nouvelles scènes (reprises d'un autre film ou tournées spécialement) et de nouveaux personnages, en partie dérivées du Maître chinois. Il embauche pour ce faire une doublure de Jackie Chan dont on ne voit jamais le visage car l'acteur est toujours filmé de dos, dans l'obscurité ou avec un bandeau sur le visage. Des scènes du film original sont par ailleurs supprimées ou raccourcies afin de mieux mettre en valeur le personnage de Jackie Chan (souvent en fait sa doublure) et l'élément comique surajouté, au détriment de la cohérence de l'œuvre.

Synopsis Un jeune enfant, dont le père refuse strictement qu'il apprenne le kung-fu, est secrètement formé auprès d'un vieux mendiant qui se révèle être un maître en arts martiaux. Devenu adolescent et travaillant comme serveur, il est confronté malgré lui à une organisation secrète qui n'accepte pas qu'il ait battu certains de ses membres qui saccageaient le restaurant où il travaillait.

Découpage des scènes Le film original de 1971 raconte l'histoire simple d'un jeune serveur harcelé par une bande de voyou. Ne se battant que par légitime défense, le garçon est cependant à chaque fois réprimé par son père qui lui inflige des punitions parfois très cruelles comme l'obliger à frapper du verre pilé.

Le nouveau montage de 1979 ajoute une enfance au héros et un apprentissage auprès d'un vieux maître pour expliquer ses capacités en arts martiaux. La bande de voyou est également transformée en une organisation secrète dominée par un nouveau personnage antagoniste qui ne rencontre jamais le chef des voyous.

Les scènes ci-dessous sont précédées d'un numéro si elles font partie du film original de 1971. Tout le premier quart-d'heure du film a été ajouté.

Présentation de l'organisation secrète et meurtre du père de Jackie Chan La première scène montre le chef de l'organisation secrète effectuant des enchaînements sur une colline en frappant des pantins et brisant des jarres (dont l'une d'entre elles contient des oiseaux). Les noms du générique de début apparaissent en même temps.

Le chef interrompt ensuite un affrontement à l'arme blanche entre trois individus cagoulés (deux contre un) dans ce qui semble être le siège de l'organisation. L'individu seul explique que les deux autres l'ont empêché de remplir un contrat d'assassinat. Les deux individus annoncent que ce n'était pas juste de tuer l'homme ciblé (« C'est un brave homme, les gens l'aiment beaucoup »), et déclarent leur intention de quitter l'organisation. Le chef déclare que personne ne peut partir (« Ceux qui nous quittent doivent mourir ! ») et engage un combat les yeux bandés et sans arme. L'un des deux hommes parvient à s'enfuir après avoir promis de prendre soin du fils de l'autre qui est tué par le chef. On comprend plus tard qu'il s'agit de Chou Chan, le vrai père du personnage joué par Jackie Chan, et que l'homme qui s'est enfui est son père adoptif qui lui interdira strictement de se battre.

Formation aux arts martiaux La troisième scène montre ensuite le fils en question, avec une tétine dans la bouche, qui regarde de loin un cours d'arts martiaux pour enfants en plein air lors duquel le professeur explique la structure de l'école de la Mante religieuse dont font partie les jeunes élèves. S'ensuit ensuite des enchaînements de souplesse qu'essaie de recopier maladroitement le jeune garçon. Après avoir demandé à ses élèves de se reposer, le professeur aperçoit le garçon et s'approche de lui pour le sermonner (« Qui t'as permis de regarder ? Ne sais-tu pas que tu me manques de respect ? Si tu désire prendre des leçons, il faut payer »). Le garçon se prosterne pour s'excuser et déclare que son père affirme que le kung-fu devrait être gratuit (ce qui est incohérent avec l'histoire puisque le père du personnage de Jackie Chan est catégoriquement contre le fait de se battre). Le garçon annonce son intention de prendre des leçons et d'aller au temple Shaolin pour trouver un maître. La discussion est subitement interrompue par la sœur du garçon (« Papa t'as interdit d'apprendre le kung-fu alors que fais-tu ici ? ») et l'on apprend que le père donne des leçons à sa fille et pas à son fils. Le garçon est énervé par cette situation et part seul dans les broussailles.

vignette|L'acteur Simon Yuen interprétera à de nombreuses reprises dans sa carrière son personnage de maître de kung-fu ivrogne et vagabond. Il rencontre sur son chemin un vieil homme (qui n'est autre que le vieux maître du film Le Maître chinois) à qui il se présente sous le nom de « Jackie Chan » et lui explique son problème. L'homme lui propose de lui apprendre le kung-fu mais le garçon ne le croit pas (« Toi tu m'apprendrais à mendier ! [...] Toi mon maître, c'est moi qui serait ton maître »). Il lui fait ensuite une démonstration maladroite du style de la Mante religieuse mais trébuche et tombe sur l'herbe. Il se justifie en prétendant que c'est difficile car il s'agit du style de la Mante religieuse ivre (ce qui est une référence flagrante au film Le Maître chinois de l'année précédente et dans lequel Jackie Chan apprend la boxe de l'homme ivre mais qui n'a rien à voir avec le film). Le garçon essaie ensuite de frapper le vieil homme qui esquive (on remarque ici la mauvaise réalisation des nouvelles scènes de 1979 car les enchaînements sont particulièrement mous). L'homme lui annonce ensuite qu'il va lui enseigner le kung-fu et lui donne rendez-vous ce soir à cet endroit.

Le soir venu, le vieil homme ordonne au garçon de se déshabiller totalement avant de l'enfourner dans un sac contenant des serpents et des souris entre autres et en laissant uniquement sa tête dépasser. Tandis que le garçon crie et se débat, le vieux maître commence ses leçons d'arts martiaux (« Dans le kung-fu, tu dois te concentrer. [...] Tu dois concentrer toute ta force sur ton adversaire. Par ta concentration, tu peux guérir de n'importe quelle morsure de serpent »).

La scène suivante se passe probablement au domicile du maître qui boit du thé avec les yeux bandés tout en tuant des moustiques et explique au garçon qu'il n'« a pas besoin de [ses] yeux pour voir, comme [il] n'a pas besoin de [ses] oreilles pour entendre ». Le maître lui bande alors les yeux, joue avec lui en faisant du bruit autour et le garçon essaie sans succès de le toucher.

De retour dans les broussailles la nuit, le maître tient une cuisse de poulet devant le garçon qui se trouve dans une position ressemblant à celle de la chaise (avec les jambes arquées). Le maître lui annonce qu'il aura le poulet s'il résiste une heure et augmente la difficulté en plaçant un œuf entre les cuisses du garçon ce qu'il l'oblige à serrer les genoux avec une pression suffisante pour tenir l'œuf mais sans le briser (« Si tu casses cet œuf, tu n'auras rien à manger, c'est moi qui vais manger »). Pour accroître encore la difficulté, le maître place un feu sous les fesses du garçon. Celui-ci lui annonce finalement que l'œuf est cassé, montre la coquille brisée avec un poussin qui en sort et lâche la position. Le maître s'aperçoit que le feu est éteint et le garçon lui annonce en rigolant, et en mangeant le poulet, que c'est parce qu'il a uriné dessus (ce qui est assez bizarre car le maître était à ses côtés en permanence pour le surveiller et qu'il aurait fallu pour cela qu'il quitte la position). Le maître conclu ainsi que « la nourriture n'est pas ton but, tu dois absolument apprendre à travailler en toutes occasions ton endurance ».

Le garçon est ensuite dans un jardin avec des enfants qui jouent au cache-cache avec lui. Malgré le fait qu'il ait les yeux bandés, il trouve les personnes sans difficultés et sa sœur finit par lui demander qui lui a appris cela, ce à quoi le garçon répond en rigolant « Petite sœur tu es trop curieuse ! ».

Au domicile du maître, le garçon fait devant le vieil homme une démonstration d'enchaînement (on note encore une fois la mauvaise réalisation des nouvelles scènes de 1979 car l'enfant se retrouve souvent hors du champ de la caméra). Content de lui, le maître lui annonce que s'il « veut devenir un dragon, [il] doit avoir plus d'endurance ! » (« Tu dois te souvenir de deux choses : une, éviter de montrer ta force, sauf si tu es obligé de le faire pour te défendre, et deux, en cas de nécessité, tu me trouveras toujours dans les bois. Compris ? »). Le garçon demande alors au maître comment il s'appelle et celui-ci se présente comme l'« homme qui est insaisissable ». Il déclare que s'il lui arrive parfois de jouer les imbéciles, c'est pour tromper les gens, gagner un peu de temps pour se reprendre et jauger l'adversaire. Le garçon ne comprend pas vraiment et le maître lui annonce qu'« il devra s'entraîner chaque jour de [sa] vie ».

Présentation de Jackie Chan adolescent vignette|Malgré son aspect amateur, Le Petit tigre de Canton est une étape importante dans la carrière de Jackie Chan, jusque-là cantonné au métier de cascadeur, en lui offrant son premier rôle principal, ce qui lui permettra de se démarquer des innombrables artistes martiaux de l'époque. 1. Cette scène est la première du film original de 1971. On y voit un Jackie Chan adolescent effectuant des enchaînements acrobatiques. Des plans du vieux maître y ont été insérés, donnant des ordres à son élève (« Le bras plus avant et la jambe beaucoup plus souple. [...] Garde ton équilibre Jackie, attention ! [...] Trop saccadé, en souplesse. [...] Travaille tes deux bras, pas de préférence. [...] Écarte tes bras comme des ailes, [...] comme si tu voulais t'envoler. [...] Tout ton corps doit être aérien. [...] »). Le maître et Jackie Chan n'apparaissent bien sûr jamais dans le même plan et l'on a l'impression qu'il ne sont pas dans le même endroit, le vieil homme se trouve entouré d'herbes hautes, tandis que Jackie se trouve dans un endroit plus sec où la terre et la roche dominent. On note également une très nette différence de qualité entre les plans originaux et les plans rajoutés qui ont l'air plus nets. De plus, Jackie Chan n'a pas l'air de suivre les instructions du maître.