María Coronel y Arana, en religion sœur Marie de Jésus d'Ágreda (en espagnol : María de Jesús de Ágreda), née le et morte le à Ágreda, est une religieuse conceptionniste, écrivaine et mystique espagnole.
Née à Ágreda en Vieille-Castille, dans une famille de quatre enfants, elle entre dans l'ordre de l'Immaculée Conception le avec sa mère et sa sœur, alors que son père et ses frères entrent chez les Frères mineurs.
À partir des années 1620, elle affirme connaître des expériences mystiques, notamment des extases et des visions à caractère religieux. Ces phénomènes contribuent rapidement à sa réputation.
Choisie comme abbesse en 1627, elle déclare la même année avoir reçu des apparitions de la Vierge Marie, qui l'aurait chargée d'écrire l'histoire de sa vie.
Son œuvre principale est La Cité mystique. Ce livre fait au départ l'objet d'une controverse, ayant notamment été critiqué par Bossuet. Il fait ensuite l'objet de plusieurs examens ecclésiastiques et est réédité au et au .
Elle meurt en 1665. Sa cause en béatification est introduite en 1671 et elle est déclarée vénérable huit ans plus tard.
Biographie
María Coronel y Arana, plus connue sous le nom de sœur Marie de Jésus, est née à Ágreda, dans la province de Soria, le , de Francisco Coronel et Catalina de Arana.
Son existence entière se déroula dans sa ville natale. Le , à un peu plus de seize ans, elle entra dans un ordre franciscain : l'ordre de l'Immaculée Conception (conceptionnistes) déchaussées, placées sous la juridiction des Frères mineurs). Elle prit l'habit dans la maison paternelle transformée en couvent, avec sa mère et sa sœur alors que son père et ses deux frères entraient dans un autre ordre franciscain, les frères du Saint-Sacrement. C'est d'ailleurs devant son père, devenu frère franciscain, qu'elle prononça ses vœux le . Elle ne sortit plus de la clôture jusqu'à sa mort.
thumb|left|220px|Le couvent des Conceptionnistes à Ágreda, où est conservée sa dépouille.
Ses premières années de vie conventuelle sont marquées par des phénomènes mystiques qui lui sont attribués, notamment des extases, des lévitations et des bilocations. Ces récits attirent la curiosité de son entourage. Dans ses propres écrits, elle affirme avoir souhaité que certaines de ces manifestations cessent.
La seconde époque de sa vie commence lorsqu'elle est élue abbesse en 1627, à vingt-cinq ans. Elle sera réélue jusqu'à sa mort, à l'exception des trois années 1652-1655, à sa demande. Durant son gouvernement de trente-cinq ans, elle maintient la vie et l'observance régulières et administre les biens de la communauté. Elle construit un nouveau couvent inauguré en 1633 ; dans le même temps, les revenus de la communauté augmentent, permettant d'accueillir trente-trois religieuses, contre douze au début de son abbatiat.
Elle eut comme conseillers spirituels deux franciscains, théologiens et savants : Fr. Francisco Andrés de la Torre, de 1623 à 1647, et Fr. Andrés de Fuenmayor, de 1650 jusqu'à sa mort.
Trois ensembles de documents sont particulièrement importants pour l'étude de Marie d'Ágreda : La Mistica Ciudad de Dios, son principal ouvrage commencé en 1637, sa correspondance avec Philippe IV d'Espagne, inaugurée en 1643, et l'examen personnel que lui fit subir le tribunal de l'Inquisition espagnole en .
L'année de son élection, en 1627, Marie d'Ágreda déclare recevoir des visions. Prise dans un tourment intérieur, elle attend dix ans avant d'écrire ses révélationsLa Cité mystique de Dieu – Introduction à la vie de la Reine du Ciel, § 6 et 7. Un confesseur occasionnel lui fit brûler ses écrits, car « les femmes ne devaient point écrire dans la sainte Église », mais le confesseur ordinaire de la communauté lui donna l'ordre de les réécrire, ce qu'elle fit du au La Cité mystique de Dieu - Livre 8, chapitre 23, § 18, .
Marie d'Ágreda fait l'objet d'une première enquête inquisitoriale dans les années 1630, notamment à propos des récits de bilocation qui lui sont attribués. Elle est de nouveau interrogée par le Saint-Office en janvier 1650. La Mística Ciudad de Dios, dont la version définitive est rédigée entre 1655 et 1660 puis publiée après sa mort, fait ensuite l'objet de procédures ecclésiastiques distinctes.
Marie d'Ágreda meurt le , jour de la Pentecôte. Une importante foule se rassemble autour du monastère après sa mort. Sa cause est introduite le 24 août 1672 selon le chanoine Viala, dans son introduction à la Vie divine de la Très sainte Vierge Marie et elle est déclarée vénérable par décret du pape Innocent XI le .
Son œuvre fut au centre d'importantes polémiques religieuses de la fin du jusqu'au milieu du . Dans ce contexte, son procès en canonisation resta en suspens.
La Cité mystique de Dieu
thumb|right|200px|Dépouille de Marie de Jésus d'Ágreda dans le couvent des Conceptionnistes.
Le contenu
Les huit livres de la Mistica Ciudad de Dios, réécrits trente-trois ans après les visions primitives, suivent l'ordre de la vie de la Vierge Marie. L'ouvrage comprend trois parties : de la prédestination de la Vierge jusqu'à l'Incarnation (livres 1-2) ; de l'Incarnation à l'Ascension du Seigneur (livres 3-6) ; de l'Ascension à l'Assomption et au couronnement de Marie au ciel (livres 7-8).
Chaque partie est précédée d'une introduction et, à partir du chapitre 16 du premier livre, d'une « Doctrina que me dio la Reina del cielo ». Cet enseignement donné et une exhortation closent chaque chapitre qui décrit un épisode de la vie de Jésus (livres 3 à 6) et de Marie (livres 1 à 8). Le sujet de cette histoire reste cependant Marie, présentée comme la « Cité mystique » en laquelle Dieu habite.
La seconde version, la seule que nous connaissions, est probablement enrichie d'enseignements spirituels plus importants que dans la premièreLa Cité mystique de Dieu – Introduction à la vie de la Reine du Ciel, § 15.
Le style
Le texte adopte un genre narratif et méthodique. La situation d'autorité dans laquelle Marie d'Ágreda vécut et le contexte religieux de l'époque où elle écrivit donnent une tonalité particulière à son style.
Il ne s'agit pas d'un exposé uniquement doctrinal et théologique, même si l'on y trouve de nombreux développements de théologie et de doctrine spirituelle. La narration des épisodes de la vie de Jésus et Marie alterne avec des enseignements attribués à Marie.
La rédaction selon l'autrice
Marie d'Ágreda décrit elle-même les difficultés qu'elle affirme avoir éprouvées pendant l'élaboration de cette œuvre : La Cité mystique de Dieu – Introduction à la vie de la Reine du Ciel, § 6.
Son dernier confesseur, Fr. Fuenmayor, décrit lui aussi la rédaction de l'ouvrage comme une épreuve pour son autrice et déclare qu'elle « fut une douloureuse passion et une croix pour son auteur »Questions 45 et 58.
La polémique
À la mort de Marie, d'autres difficultés surgirent. Le procès en vue de sa béatification demandait notamment l'examen de la Cité mystique de Dieu. Une commission diocésaine rendit un jugement favorable en 1667. En même temps, l'ouvrage était révisé par une commission de huit théologiens franciscains, révision qui servit de base à l'édition princeps de 1670. Plus tard, en 1674, l'ouvrage fut déféré à l'Inquisition espagnole, qui l'approuva en après un long examen de quatorze ans. Entre-temps, les adversaires de la Cité mystique de Dieu avaient fait appel à l'Inquisition romaine. Ce tribunal publia un décret prohibant la lecture de l'œuvre le , mais les rois d'Espagne obtinrent des papes Innocent XI, puis Innocent XII, que la publication de ce décret soit suspendue là où elle n'avait pas encore été faite.
Au milieu d'autres vicissitudes, et pendant qu'une commission de trois cardinaux nommés par Innocent XII étudiait à Rome les livres de Marie d'Ágreda, une importante critique de l'ouvrage vint de la Sorbonne en 1696. Les universités d'Alcala et Salamanque en 1699, puis Oviedo, Grenade, Saragosse, Toulouse, Vienne, Perpignan et Louvain en 1715 donnèrent au contraire un avis favorable. Des apologies et des défenses de l'ouvrage furent également publiées en réponse aux critiques de la Sorbonne. Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux« Remarques sur… La mystique cité de Dieu », Jean-Bénigne Bossuet dans Œuvres complètes, et Eusèbe Amort, théologien allemand, comptèrent parmi les principaux critiques de l'œuvre de Marie d'Ágreda.
En 1700 moururent le roi Charles II d'Espagne, très favorable à la cause de Marie d'Ágreda, et le pape Innocent XII ; ils laissaient le procès inachevé. Par la suite, Benoît XIV s'intéressa à la Cité mystique de Dieu et se réserva le jugement qui reconnaîtrait l'authenticité du texte de l'ouvrage conservé en huit tomes au couvent d'Ágreda (). Sous Clément XIV, le procès de béatification fut repris, mais sans aboutir. En 2002, pour le de sa naissance, une demande de reprise de la cause a été formulée.
Les autres écrits
vignette|Page de titre d’une édition de 1722 de la Mystica Ciudad de Dios, l’ouvrage principal de Marie d’Ágreda. Le texte la présente comme une « histoire divine et vie de la Vierge Marie, mère de Dieu », et illustre la diffusion de ses écrits aux .
Les lettres échangées avec Philippe IV d'Espagne
Les Cartas del Rey nuestro Señor para Sor Maria de Jesùs y sus Respuestas forment 614 lettres publiées en deux volumes. Elles ont été étudiées sous les aspects historique, politique et spirituel comme témoignages du Siècle d'or espagnol.
Marie d'Ágreda, dans une lettre conservée au couvent d'Ágreda, en dit l'origine : . Cette correspondance commence dans une période difficile du règne de Philippe IV.
L'examen du tribunal de l'Inquisition
En 1635 s'ouvrit une enquête sur les phénomènes attribués à la religieuse ; divers témoins et informateurs furent interrogés. En 1649, la procédure reprit et Marie d'Ágreda y prit directement part. Le , son interrogatoire commença au couvent d'Ágreda et dura jusqu'au 29, à raison de plusieurs heures par jour sauf le dimanche.
L'interrogatoire s'achève le 29 janvier 1650. Cette procédure ne met cependant pas fin aux controverses entourant ses expériences mystiques et ses écrits, qui font encore l'objet d'examens ecclésiastiques après sa mort.
L'œuvre et l'Église catholique
La position de l'Église catholique sur les révélations privées est rappelée dans les articles 66, 67 et 514 du Catéchisme de l'Église catholique (1992).
Les deux premiers rappellent qu'elles ne sont pas une alternative à l'Évangile : .
Le troisième indique : .
Bibliographie
Les sources biographiques majeures sont : la relation autobiographique de Marie d'Ágreda reprise en introduction de La Cité mystique de Dieu ; la relation de José Jiménez Samaniego, provincial des franciscains qui assista Marie d'Ágreda à sa mort et fut son premier biographe ; les procès ordinaire et apostolique en vue de la béatification.
La plupart des sources sont en espagnol.
Œuvres de Marie d'Ágreda Mistica Ciudad de Dios. Première édition espagnole en 1670. Cette œuvre a donné lieu à de nombreuses traductions. La traduction française du P. Thomas Crozet, La Cité mystique de Dieu, date de 1715. Elle a notamment été rééditée en fac-similé par les éditions Téqui (éditions Saint-Michel) en 2006. On peut la consulter en ligne sur le site de l'abbaye Saint-Benoît. Abregé de la Cité mystique de Dieu ou de la Vie de la Très-Sainte Vierge, manifestée le siècle dernier à la Sœur Marie de Jésus, abbesse du monastère de l'Immaculée Conception de la ville d'Agreda, écrite par la même Sœur par ordre de ses supérieurs & de ses confesseurs. Par un docteur de Sorbonne, ancien professeur de théologie dans l'université de ***. Première édition., Nancy, Nicolas Baltazard, 1727. Vie divine de la Très Sainte Vierge Marie. P. Bonaventure Amedeo de Cesare, M. C., Consulteur de la sacrée Congrégation romaine de l'Index. Traduite de l'italien par l'abbé Joseph-Antoine Boullan, Missionnaire du Précieux Sang et Docteur en Théologie, Paris, 1853.