Charles Étienne Pierre Motte, né à Paris le et où il meurt le , est un dessinateur, graveur, lithographe, éditeur et imprimeur d'estampes et de cartes français.
Il est l'un des tout premiers Parisiens à obtenir son brevet de lithographe et il travailla avec des personnalités majeures du courant romantique.
Biographie Origines et débuts Fils de Pierre Martin Motte, vétérinaire, et d'Ursule Durupt, Charles naît à Paris, paroisse de Saint-Sulpice, le Archives de l'état civil reconstitué de Paris, naissances, vue 2/51..
Dessinateur et aquafortiste durant les années du Premier Empire (1805-1810), il exerce chez V. Martenoz & Cie, 92 rue de Richelieu, dans le cadre d'une production de , pour un ouvrage intitulé Victoires, Conquêtes, revers et guerres civiles des français, depuis les Gaulois jusqu'en 1792, qu'éditait Charles-Louis-Fleury Panckoucke« Victoires et conquêtes des français/ Harangue aux Pyramides peint par Gros, Salon de 1810 », notice œuvre, sur Paris Musées Collections..
Le , il épouse en l'église Saint-François-Xavier, Marie MathieuxArchives de l'état civil reconstitué de Paris, mariages, vue 29/51., avec laquelle il a une fille, prénommée Céleste.
Un imprimeur-lithographe en vue sous les Bourbons Charles Motte est ensuite l'un des tous premiers parisiens à obtenir son brevet de lithographe le , quelques semaines après l'institution de cette mesure par le gouvernement de Louis XVIII. Il ouvre son atelier d'impression sur pierre au 11-13, rue des Marais Saint-Germain« Motte, Charles », notice du Dictionnaire des imprimeurs-lithographes du siècle, École nationale des chartes.. Deux ans plus tard, il présente au Salon de Paris deux séries de gravures, sans doute des planches lithographiées de paysages hollandais, d'après Jan Both et Jan Frans van Bloemen (dit « Horizonti »), travaillées par Jean DesaulxNotice Salon 1819, base salons du musée d'Orsay.. La Société d'encouragement pour l'industrie nationale lui décerne en 1819 une mention honorable. Charles Motte, comme beaucoup de ses collègues, propose à ses clients un certain nombre de reproductions lithographiques des maîtres anciens. Est cependant notable sur le plan historiographique l'édition en 1824 de 10 lithographies tirées des Caprices d'un contemporain, GoyaAgnès Gué, « Goya dans l’historiographie française du siècle : images et textes », in: Les cahiers de l'école du Louvre, 7, 2017 — [Goya dans l’historiographie française du xixe siècle : images et textes lire sur OpenEdition Journals].. vignette| Le Déménagement de Dame Censure : composée par Delacroix pour Le Miroir en 1822. Motte va composer avec le régime de la Restauration devenu plus libéral que le régime impérial quant à la liberté de la presse, non sans prendre le risque de provoquer, et ce, par le biais de la lithographie, souvent coloriées à la main, procédé d'impression rapide et moins couteux : en 1818, il produit le recueil Caricatures, une suite de 12 figures grotesques fixant les grimaces d'une certaine bourgeoisie, composées anonymement par Jean-Baptiste Isabey (qui signe « J. J. » et dont c'est ici la première incursion dans ce domaine), en un esprit très inspiré par la manière du britannique James Gillray« Jean-Baptiste Isabey », in: Henri Beraldi, Les Graveurs du dix-neuvième siècle, Paris, L. Conquet, 1888, tome 8, , # 7.. Moins connue, et tout aussi provocatrice dans la veine comique de la satire de mœurs, Motte imprime en avril de la même année une série de planches dessinées par Alexis-Pierre Milon et éditées par Aaron Martinet, qui depuis plus de dix ans, exploitait ce filon« Martinet, éditeur d'estampes à Paris », in: Henri Beraldi, Les Graveurs du dix-neuvième siècle, Paris, L. Conquet, 1888, tome 9, , # 4.. En 1819, il poursuit cette forme de publication avec le recueil Pièces facétieuses, veine qu'il exploite jusqu'en 1822, non sans risque, puisque, après l'assassinat du duc de Berry (), le pouvoir renforce son contrôle, entre autres sur les dessins de presse lithographiésGervaise Brouwers, « La lithographie passée en revues : entre controverses politiques et enjeux esthétiques », in: Sociétés & Représentations, 2015/2 (), — sur Cairn. : grâce à ses contacts avec l'imprimeur-lithographe londonien Charles Joseph Hullmandel (1789-1850), par ailleurs fils d'une noble française exilée, Motte peut y faire tirer et vendre ses planches les plus sensibles sur le plan politique. Les journaux français ne tardent pas à lui passer commandes. En , il illustre l'en-tête du quotidien libéral Le Miroir des spectacles, des lettres, des mœurs et des arts dirigé par Auguste Jal, avec lequel sont livrées en prime de nombreuses lithographies de sa composition jusqu'en , dont les premiers dessins d'Eugène Delacroix qui exploite ici la veine comique : Le Déménagement de dame Censure, datée 1822, met en scène les premiers ennuis sérieux qu'affronte Motte avec le pouvoir..
Dès 1817-1818, Motte s'était intéressé au marché du livre et de l'estampe dans les domaines de l'histoire et du patrimoine, avec les Ornemens et fragmens d'architecture antique et de la Renaissance d'Étienne Imbart, puis les Monuments romains de Nismes d'Alphonse de Seynes. Ce marché, néanmoins plus risqué car moins populaire, le pousse à imprimer avec Émile Babeuf l'ouvrage Vie politique et militaire de Napoléon en 1822, dirigé par Antoine-Vincent Arnault, et qui contient des compositions de Théodore GéricaultVie politique et militaire de Napoléon, lire sur Gallica.. En 1824, il est l'imprimeur des planches du Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens, de Champollion édité par Treuttel et Würtz (Paris), planches que l'on retrouvera remaniées dans la Grammaire égyptienne (Firmin-Didot, 1836). En 1825, il participe, associé à Engelmann, à la prestigieuse Galerie des oiseaux de Louis-Pierre Vieillot, illustré par Paul Louis Oudard (1796-1860) La Galerie des oiseaux : dédiée à Son Altesse Royale Madame, duchesse de Berri..., Paris, Constant-Chantpie, 5 tomes, 1825 — sur Gallica..
Côté littérature, il connaît un véritable succès commercial avec l'édition illustrée des Méditations poétiques de Lamartine publiées en 1823 en association avec Charles Gosselin« Le Soir » - Méditations poétiques, IV, Essentiels - BNF.. Mais l'un de ses projets littéraires les plus remarquables reste le Faust de Goethe qui aboutit en 1827 : Motte avait persuadé le pape du romantisme allemand de lui céder les droits éditoriaux et il convia Eugène Delacroix d'illustrer cette première traduction française de cet ouvrage due à Albert Stapfer (1823), dont les 17 planches furent également coloriées à l'aquarelleCatherine Lebouleux, « Faust, la représentation du mythe par Delacroix », in: L'Histoire par l'image, juin 2009 — en ligne..
Présent au Salon de 1827, il cède à la mode des portraits, exposant des représentations de souverains contemporains et historiquesFiche exposant S 1827, base salons du musée d'Orsay..
En 1828, sentant le vent politique tourner, il se targue d'être à la fois l'imprimeur des ducs d'Orléans et de Chartres, publicisant bientôt que son .
L'année suivante, il ouvre une filiale à Londres, quartier de Covent Garden, puis sur Leicester Square et enfin au 70 St. Martin's Lane, boutique qu'il revend fin 1831 à A. Ducôte « Charles Motte », notice biographique du British Museum.. Il y édite entre autres des compositions d'Achille Devéria Le Bain, collection en ligne du British Museum., en de remarquables demi-teintes qui rappellent la manière noire et qui lui valent un certain succès. Ces trouvent également leurs applications dans des compositions d'Eugène Isabey et de Camille Roqueplan, que Motte édite dans la fouléeClaire Gauzente et Benoît Pascaud, « À propos de la manière noire lithographique. Éléments techniques et retours d’expérience », in: Nouvelles de l'estampe, 261, 2018, — en ligne sur OpenEdition Journals..
Difficultés et dernières années vignette|redresse| Page extraite de la Grammaire égyptienne (1836) associant typographie et lithographie coloriée. En 1829, Céleste, la fille de Charles Motte, épouse Achille Devéria : l'union fut heureuse, et donna naissance à cinq enfants ( ci-dessous). Par ailleurs, le couple entretient un véritable salon, dynamique et ouvert, reflet de l'esprit du romantisme françaisGabriel Devéria, « Notice biographique sur Th. Devéria », et 2, citée par Edmond Pottier dans « Notice sur la vie et les travaux de M. Gabriel Devéria », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, année, , 1900. -143 (en ligne).. La révolution de juillet 1830 donne un nouvel allant à cette génération, en même temps que l'entreprise de Charles Motte rencontre ses premières difficultés financières. En application de la loi du Cette loi propose de débloquer, en accord avec la Banque de France, une aide exceptionnelle de 30 millions destinées aux entreprises françaises : lire Gazette nationale, Paris, 28 octobre 1830, — sur Retronews., il bénéficie d'un prêt de l'État de francs pour surmonter ses difficultés de trésorerie, sans doute les conséquences à la fois de ses nombreux investissements, entre autres londoniens, et de la concurrence dans le domaine de l'impression ; en , il fait la demande d'un délai de six mois pour son remboursement et, en 1835, il est de ceux qui signent une pétition demandant encore un délai de cinq ans. C'est aussi l'année où il quitte ses locaux historiques pour le 290 rue Saint-Honoré, plus vastes et aussi plus couteux. En 1831, il expose une dernière fois au Salon, des compositions de Roqueplan, de Grenier et des Vues des rives de la Seine par DeroyFiche exposant S 1831, base salons du musée d'Orsay..
Les derniers grands projets de Motte sont successivement l’Histoire lithographiée du Palais Royal (1834) d'après les dessins de Horace Vernet, les six tomes du Voyage de la Grèce de François Pouqueville et surtout le Voyage pittoresque dans la régence d'Alger, pendant l'année 1833 de Émile-Aubert Lessore comprenant 50 planches d'après William Wyld (1835)..
Peu après l'impression de la première partie de la Grammaire égyptienne, véritable prouesse technique associant typographie et lithographie, il meurt le à son domicile et est inhumé le suivant au cimetière du MontparnasseArchives de l'état civil reconstitué de Paris, décès, vue 13/28..
Succession et postérité L'un des élèves de Charles Motte est le missionnaire Laurent Imbert, qui importera la technique lithographique en Chine.
Sa fille Céleste, après la mort de son père, affronte ses créanciers qui demandent la vente de son matériel dont la plus grande partie est rachetée par elle (et son époux, Achille Devéria), ainsi que par Caboche, Delarue, Ruinet et Pecquereau, des imprimeurs qui se partageant le reste. La vente des pierres et des estampes qui se trouvaient dans l'atelier est plus conflictuelle car beaucoup appartenaient à des confrères. Céleste est brevetée imprimeur lithographe le , activité qu'elle poursuit jusqu'en 1856« Motte, épouse Devéria, Céleste, Aimée, Ursule », notice biographique du Dictionnaire des imprimeurs-lithographes du siècle, École nationale des chartes..
Céleste et Achille Devéria sont entre autres les parents de l'égyptologue Théodule Charles Devéria et du sinologue Jean-Gabriel DevériaMémoires de l'Académie de Vaucluse, 1911, — sur Gallica..
Autres publications Par ordre chronologique :
Charles Théodore Beauvais de Préau, Victoires, Conquêtes, revers et guerres civiles des français, depuis les Gaulois jusqu'en 1792, contenant des illustrations d'Ambroise Tardieu, Antoine Gros, Charles Normand lithographiées par Motte [avant 1817], Paris, C. L. F. Panckoucke, 6 volumes, 1821-1823. Gabriel Thouin, Plans raisonnés de toutes les espèces de jardins, Paris, Lebègue, 1820, .