Jatropha curcas ou médecinier purgatif est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Euphorbiaceae. C'est un arbuste originaire du Brésil.

Bien que toxique, cette plante est cultivée notamment pour la production d'huile à usage principalement industriel.

Étymologie Linné a décrit et nommé l’espèce Jatropha curcas dans Species plantarum (1753).

Le nom de genre Jatropha est composé de deux mots grecs, iaomai - ἰάομαι « soigner, guérir » et trophê - τροφή « nourriture », soit « aliment qui soigne ».

Le mot curcas n’est pas grec : il vient d’un terme vernaculaire portugais utilisé au XVIᵉ siècle. Le terme curcas a d’abord été utilisé par le médecin portugais Garcia de Orta (1501-1568), dans le Coloquio 18 du Coloquios dos simples, 1563, qui décrit essentiellement le taro (Colocasia esculenta). Dans ce texte, curcas désigne des plantes purgatives, notamment le taro et d’autres espèces à usage médicinal. Voir aussi le texte traduit en français sous le titre Histoire des Drogues espisceries et certains médicaments simples. Garcia de Orta séjourna à Goa en Inde et y étudia la matière médicale indienne. Linné a repris ce nom vernaculaire pour l’appliquer à l’espèce qu’il décrit en 1753, probablement parce que les graines de Jatropha curcas étaient déjà connues en Europe comme purgatives puissantes (piñones purgativos).

Dénominations locales On le retrouve sous le nom de pourghère en plusieurs endroits d'Afrique francophone.

En wolof, on le connaît sous le nom de tabanani et en bambara sous le nom de bagani (« poison ») en raison de sa toxicité.

En Côte d'Ivoire, on le nomme apromprom en baoulé et frofro baka en godié, où la plante sert à conjurer le mauvais sort.

En Haïti, il est appelé Gwo Medsiyen.

En malgache, il est appelé Valavelogno (dans la partie Nord de Madagascar).

L’espèce est connue aux Antilles françaises sous le nom Médecinier purgatif ou en créole médsinyé bayè, médsinyé béni, médsinyé blan (Fournier).

À La Réunion, le nom local est pignon d’Inde ou pion d’Inde.

Synonymes Selon The Plant List, les synonymes sont :

Description vignette|redresse=0.94|Jatropha curcas, Francisco Manuel Blanco, Flora de Filipinas.

Le Jatropha curcas est arbuste ou un arbre de 2 à de haut, voire plus pour les vieux spécimens. L’écorce des rameaux les plus récents est grise verdâtre et lisse. Ils sont succulents et marqués de nombreuses cicatrices. Les blessures des jeunes rameaux produisent un latex aqueux incolore, les plus âgées produisent un latex blanchâtre.

Les feuilles sont persistantes ou décidues, arrondies, angulaires ou à 3-5 lobes peu marqués, à la base cordée. Le pétiole fait de 6 à .

Les inflorescences bisexuées en cymes terminales sont dichotomes et contractées. Les fleurs sont monoïques (fleurs mâles et femelles distinctes sur le même pied). Le calice est 5-fide. La corolle est aussi 5-fide, avec des pétales jaunes ou jaune-verdâtre, cohérents (soudés), intérieurement velus, à la différence d’autres espèces de Jatropha proches (J. podagrica, J. integerrima, J. multifida etc.) dont les fleurs sont rouges ou roses. La fleur mâle comporte 10 à 15 étamines. La fleur femelle comporte un style bifide, adné à sa base.

Aux Antilles françaises, la floraison a lieu presque toute l’année, et surtout en mars avril.

Le fruit est une capsule ovoïde, subcharnue, pendante, de , vertes puis noirâtres à maturité, contenant trois graines ellipsoïdes, à stries noires, saillantes, de de long.

La plante dégage une mauvaise odeur.

Distribution Jatropha curcas est probablement originaire d’Amérique centrale. Selon POWO Kew, cette espèce est originaire du Mexique, d'Amérique centrale et du nord de l'Amérique du Sud jusqu'au nord de l'Argentine.

Elle a été introduite dans les régions tropicales et subtropicales. Elle est maintenant pantropicale (Amérique, Asie, Afrique, Pacifique, Australie). Assez rare aux Antilles françaises d’après Fournet.

Dans les régions où elle a été introduite, c’est une plante rudérale croissant dans les zones fortement perturbées par l’homme.

Histoire En 1570, le botaniste espagnol Francisco Hernández, décrit l’usage du piñones purgativos (pignon purgatif, Jatropha curcas), comme purgatif son usage en Nouvelle-Espagne :

(Rerum medicarum novae Hispaniae thesaurus)

On ne connait pas exactement la date d’introduction du médecinier purgatif au Cap-Vert (golfe de Guinée) mais sa culture s’y répandit très tôt et s’adapta au climat sec. On extrayait l’huile des graines qui remplaça avantageusement les huiles animales pour fabriquer le savon. Les excédents étaient envoyés à Lisbonne qui les utilisaient pour alimenter ses réverbères).

Du Cap-Vert, le médecinier purgatif gagna le continent africain. Au Sénégal, les feuilles ont été utilisées dans le traitement de la syphilis et des maladies pulmonaires.

Ce n’est qu’à la fin du , qu’il gagna l’Asie ; en Inde, il servit surtout à produire de l’huile d’éclairage.

Culture vignette|Plantation de jatropha au Paraguay. Jatropha curcas pousse en climat tropical à subtropical. Par ses racines fortes et profondes, ainsi que par son tronc à caudex qui constitue un réservoir d’eau, le jatropha est capable de résister à des périodes de sécheresse prolongée. Il vit jusqu’à , demande peu d’irrigation, et peut se contenter de terrains inappropriés pour la culture de plantes alimentaires. Il peut commencer à produire au bout d’un an.

Il faut pour obtenir une plante adulte à partir de graines ou à partir d'une bouture mais le pourghère atteint sa pleine productivité en 3 ou selon la nature du sol et le climat. La plante vit plus de Jatropha curcas.

La culture du jatropha requiert une préparation du sol lorsque l'horizon superficiel est induré (trou ou saillie de sous-solage d'au moins de profondeur), mais ne demande pas de pesticides et autres produits polluants (grâce à ses qualités insecticides et fongicides). Son énorme avantage est de ne pas entrer en compétition avec les cultures vivrières car son huile n'est pas alimentaire et il s'adapte aux sols arides ou semi-arides impropres à la plupart des cultures vivrières.

Un hectare peut permettre la culture de à pieds de jatropha et chaque arbre adulte donne entre 2 et de graines par an généralement en deux fructifications selon le cultivar utilisé et la richesse du sol. 5 kilos de fruits donnent 1 litre de bio-carburant. On peut donc espérer entre 600 et litres d'huile à l'hectare.

En monoculture, la pression des ravageurs augmente. Il existe un risque élevé de pertes, allant jusqu’à la perte totale, par exemple par les criquets. L'espèce peut être attaquée par Lagocheirus undatus, Panthomorus femorauts, Leptoglossus zonatus, Pachycoris torridus et Nezara viridula.

Propagation La multiplication de Jatropha curcas se fait par semis ou par bouture. Ce dernier mode de multiplication a l’avantage de permettre à la plante de grandir plus rapidement et de donner des fruits plus tôt. Le semis produit une racine pivotante plus adaptée aux besoins de la protection anti-érosive.

Les premières expériences tendent à démontrer que, sur les sols pauvres de savane, la plante démarre bien après un brulis et plus difficilement après une culture vivrière.

La multiplication par semis donne des résultats très variables en termes de productivité. C'est pourquoi on constate beaucoup d'échecs liés à une faible productivité sur des plantations issues d'un semis. Pour créer une plantation de jatropha, il est conseillé de passer par une étape intermédiaire de sélection et de multiplication végétative des plants sélectionnés.

Cette plante ne produisant que quelques fruits par branche (entre 10 et 20), il convient de la conduire en multicaulie pour augmenter la production. À cette fin, il est conseillé de procéder à un étêtage à la fin de la première saison sèche afin de stimuler la ramification précoce.

Toxicité En dehors de la production d’huile végétale, Jatropha curcas produit également, en situation de stress (notamment hydrique, mais aussi en cas de blessure ou de taille trop sévère de la plante), la curcine (ou curcasine) Wei Qin, Huang Ming-Xing, Xu Ying, Zhang Xin-Shen et Chen Fang, « Expression of a ribosome inactivating protein (curcin 2) in Jatropha curcas is induced by stress », J. Biosci., 30, 2005, ., une toxalbumine très active, substance très toxique proche de la ricine, bloquant l’activité de synthèse ribonucléique (destruction partielle des codons messagers de l’ARN, ce qui conduit au blocage complet de l’activité de la cellule puis à sa mort rapide) ; cette propriété est utilisée en médecine comme agent antitumoral Lin Juan, Yan Fang, Tang Lin et Chen Fang, « Antitumor effects of curcin from seeds of Jatropha curcas », Acta Pharmacologica Sinica, 24 (3), mars 2003, ..

Le jatropha est un purgatif violent qui a été utilisé par les Incas et les Caraïbes. Actuellement, il doit être évité en utilisation par voie interne dans les médecines traditionnelles. L’ingestion de graines provoque dans la demi-heure une sévère irritation gastrique entrainant nausée, brûlure de la gorge, sévères douleurs abdominales, vomissements et diarrhées parfois sanguinolentes. Des intoxications ont été signalées au Venezuela et à Hawaï. Avec un goût agréable, les graines se laissent facilement croquer par les enfants. Décès pour une consommation de 15 à 20 graines

On retrouve des traces de cette puissante toxine dans l’huile végétale (extraite de ses graines), qui est donc impropre à la consommation normale humaine ou animale. La préparation de l’huile ou du diester expose aussi le préparateur à ce produit toxique. Traditionnellement, les graines étaient concassées et broyées, avant d'être brassées en pâte épaisse dans l’eau, pour être ensuite fortement pressées pour extraire cette toxine (qui était parfois utilisée pour confectionner des poisons utilisés sur des armes de guerre, pour la chasse, ou encore dispersée dans les lacs ou les rivières pour la pêche). L'huile était séparée après filtration pour la préparation d'onguents médicinaux antiseptiques pour soigner les blessures infectées, mais la farine résiduelle reste trop toxique pour l'alimentation humaine.

Certains estiment que la toxicité de Jatropha curcas le rendrait trop dangereux à cultiver en milieu ruralNature 449, 652-655 (2007) | doi:10.1038/449652a .

Utilisation de la plante vignette|Haie de protection contre le bétail. Sa graine, parfois appelée noix des Barbades (Barbados nut en anglais), contient 30 à 40 % d’une huile appelée huile de jatropha. Cette graine était utilisée dans la médecine traditionnelle, l'huile de jatropha entre dans la composition du savon de Marseille et la plante malodorante sert à isoler les cultures de l'appétit du bétailIbrahima Diedhiou, Djiby Dia et Cheickh Sadibou Fall, [Jatropha curcas L. au Sénégal : enjeux, état des lieux de sa culture et possibilités dans les aménagements de la Grande Muraille Verte], dans La Grande Muraille Verte. Partie V. Développement des communautés locales et gouvernance des ressources naturelles, ..

La coque séchée des graines est combustible et peut remplacer le bois de feu, ce qui constituerait une solution à la déforestation en milieu rural.

Dans les années 2000, son usage pour produire des agrocarburants s'est développé, ce qui lui vaut le surnom d', mais ce débouché ne tient pas ses promesses.

Agrocarburant

vignette|gauche|Graines de jatropha. Le biogazole (biodiesel) tiré de l’huile de palme et le bioéthanol tiré de la canne à sucre sont les deux principales sources de biocarburants ayant les meilleurs rendement à l’hectare de plantes cultivées. Ces biocarburants sont presque tous produits à partir de denrées alimentaires utilisant des terres agricoles de grande qualité.