Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, plus souvent désigné comme Beaumarchais, né le à Paris et mort le à Paris , est un écrivain, dramaturge, musicien, horloger et homme d'affaires français.

Éditeur de Voltaire, il est aussi à l'origine de la première loi en faveur du droit d'auteur et le fondateur de la Société des auteurs.

Également agent secret et marchand d'armes pour le compte du roi, il est un homme d'action et de combats ne semblant jamais désarmé face à un ennemi ou à l'adversité. Son existence est tout entière marquée par l'empreinte du théâtre, et, s'il est principalement connu pour son œuvre dramatique, en particulier la trilogie de Figaro, sa vie se mêle étrangement à ses œuvres.

Figure majeure du siècle des Lumières, il est considéré comme un des annonciateurs de la Révolution françaiseRoger Chartier, Les Origines culturelles de la Révolution française, Seuil, 2000, p. 97. et de la liberté d'opinion ainsi résumée dans sa plus célèbre pièce, Le Mariage de Figaro :

L'ascension Origine et famille Pierre-Augustin Caron, né le Grand'rue Saint-DenisDictionnaire des imprimeurs, libraires et gens du livre à Paris : A-C, Librairie Droz, 2007, p. 191., est l'unique garçon d'André-Charles Caron, originaire de Lizy-sur-Ourcq, et de sa femme Louise Pichon. Dix enfants naîtront de cette union, dont six seulement devaient vivre. Le père, issu d'une famille d'horlogers huguenotsVoir sur ce sujet ., était lui-même devenu maître-horloger. Abjurant le protestantisme le dans l'église des Nouvelles Catholiques, il se convertit de fait au catholicisme.. Tenant boutique et atelier rue Saint-Denis, c'est un artisan reconnu, amateur d'art et créateur de la première montre squelette en 1760 avec Jean-Antoine Lépine. La famille vit confortablement, mais le père contracte des dettes et les tensions sont réelles dans le couple.

Formation et horlogerie Pierre-Augustin, après des études dans une école d'Alfort de 1742 à 1745, entre en apprentissage dans l'atelier paternel à l'âge de 13 ans.. Il donne du fil à retordre à son père, qui le chasse quelque temps de la maison familiale, mais il finit par devenir un artisan compétent puisqu'il invente, en 1753, un nouveau mécanisme d'échappement, dit « à hampe » ou « à double virgule » (peu utilisé aujourd'hui, du fait des problèmes de frottement). ; ce sera l'occasion d'une première controverse : l'horloger du roi Jean-André Lepaute s'attribue l'invention.. Beaumarchais doit faire appel à l'Académie des sciences pour que lui soit reconnue la propriété de l'invention.

Son père étant déjà connu à la Cour, son fils devient fournisseur de la famille royale.

Premier mariage Il ne tarde toutefois pas à abandonner l'horlogerie ; Jean-Antoine Lépine, qui le remplace dans l'atelier paternel, épouse sa sœur Fanchon et devient l'associé en 1756, puis le successeur d'André-Charles Caron.

Pierre-Augustin Caron se marie le avec Madeleine-Catherine Aubertin, veuve de Pierre-Augustin Franquet, seigneur de Bosc Marchais (dit Beaumarchais). Il a 24 ans. Son épouse est plus âgée que lui, mais possède une fortune considérable. Il se fait appeler « de Beaumarchais » dès 1757., du nom du fief de Bosc MarchaisLe fief de Bosc Marchais est transmis par les femmes depuis Etienne Ozon, sieur de Bosc Marchais. Sa fille le transmet à Fadeau de Beaumarchais, dont la fille épouse Edme Violette de Beaumarchais ; Edme vend le fief en 1740 à Pierre Augustin Franquet, dont la veuve épouse le sieur Caron en 1756. Voir ., qui appartient à son épouse. et donne l'illusion de la noblesse.

Madeleine-Catherine meurt subitement l'année suivante, à 35 ans. Immédiatement, le jeune veuf se voit dans une position inconfortable, car il est accusé de l'assassinat de sa femme. C'est le premier d'une longue suite de procès et de scandales auxquels il est confronté et qui marqueront son existence.

Entrée à la Cour de Louis XV thumb|Jean-Marc Nattier, Marie Adélaïde de France, dite Madame Adélaïde, fille de Louis XV (1758), château de Versailles. Les filles du roi étaient des musiciennes accomplies.

Malgré les ennuis dans sa vie privée, il commence à être connu. Il se lie d'amitié avec le financier de la Cour, Joseph Pâris Duverney qui favorise son entrée dans le monde de la finance et des affaires. Il se lance alors dans les spéculations commerciales et déploie un tel génie dans ces affaires qu'en peu d'années il acquiert une grande fortune. Dès 1761, âgé de 29 ans, il achète une charge de secrétaire du roi qui lui confère la noblesse.

En 1759, faveur insigne, il est nommé professeur de harpe de Mesdames, les quatre filles du roi , qui résident à la cour. Le passage cité figure ..

Patronné par un prince du sang, Louis-François de Bourbon, prince de Conti, il devient bientôt lieutenant général des chasses. . Il commence à écrire de petites parades pour des théâtres privés (Les Bottes de sept lieues, Zirzabelle mannequin, Léandre, marchand d'agnus, médecin et bouquetière, Jean Bête à la foire) qui jouent sur le comique de mots du langage populaire des Halles de Paris.

Voyage à Madrid En , Beaumarchais entreprend un séjour de dix mois à Madrid, vraisemblablement pour aider sa sœur Lisette, délaissée par son fiancé José Clavijo y Fajardo, fonctionnaire au ministère de la Guerre., archiviste de la Couronne et fondateur du journal philosophique . L'histoire sera reprise par Goethe dans sa tragédie intitulé Clavigo.

Durant son séjour en Espagne, il en profite pour régler des affaires pour Duverney. Ils cherchent à gagner des contrats exclusifs pour la colonie espagnole nouvellement acquise de Louisiane et tentent d'obtenir la concession de la traite négrière dans les colonies espagnoles en Amérique. Beaumarchais se rend à Madrid, muni d'une lettre de recommandation du duc de Choiseul, devenu également son protecteur. Ces négociations s'éternisent, et Beaumarchais passe une grande partie de son temps à s'imprégner de l'atmosphère espagnole, appelée à exercer une influence majeure dans ses écrits ultérieurs. Bien que lié à des personnalités influentes, à l'instar du ministre des Affaires étrangères GrimaldiRené Pomeau, Beaumarchais ou La bizarre destinée, PUF, 1987 - 227 pages, 33-34., ses espoirs de contrats restent sans lendemain et il quitte la Castille pour Paris en mars 1765.

Deuxième mariage Menant un train de vie aisé, mais toujours à la merci d'une disgrâce, il se remarie en 1768 avec Lévêque, la très riche veuve du garde général des Menus-Plaisirs du roi, née Geneviève-Madeleine Wattebled (1731-1770). Ils ont deux enfants, un fils et une fille, tous deux morts jeunes.. Elle-même meurt dès 1770, à trente-neuf ans, après seulement deux années de mariage., lui laissant d'importantes rentes.

À l'occasion de ce second veuvage précoce, Beaumarchais est de nouveau accusé de détournement d'héritage.

Au service de l'État L'affaire Göezman

Les années 1770-1773 sont pour Beaumarchais des années de procès et de défaveur : outre ses démêlés judiciaires avec le comte de La Blache, engendrés par la succession testamentaire de Joseph Pâris Duverney, il est, selon lui, victime de la corruption régnant au sein de la Grande-Chambre du Parlement, ce qui va entraîner l'affaire Goëzman. Il y manifeste un art consommé des factums, allant jusqu'à renouveler le genre, mais il y perd sa fortune et ses droits civiques. En revanche, ses Mémoires contre Goëzmann, par leur faconde et leur hardiesse, l'ont rendu populaire. Il incarne la résistance civique envers le pouvoir absolu. Il acquiert aussi une notoriété internationale. Comme dans un de ses Mémoires contre Goëzmann, il avait narré les malheurs espagnols de sa sœur Lisette, abandonnée par Clavigo, Goethe écrit un drame sur cette affaire, Clavigo (1774), qui connaît un beau succès.

Beaumarchais se fait agent secret Expert en intrigues et marchandages de toutes sortes, et intégré au Secret du Roi , il est en une première fois envoyé à Londres pour négocier la suppression du libelle les Mémoires secrets d'une femme publique du publiciste et maître-chanteur Charles Théveneau de Morande, dirigé contre la comtesse du Barry, favorite royale, mission où il espère regagner les faveurs de la Cour.

Cependant, le roi meurt en mai suivant et la comtesse du Barry est bannie de la cour par .

En 1775, sur les conseils du lieutenant général de police Sartine, devenu ministre de Louis XVI, il est chargé par le nouveau souverain d'empêcher la publication d'un nouveau pamphlet, l'Avis à la branche espagnole sur ses droits à la couronne de France à défaut d'héritiers, d'un certain Angelucci, qui prétend que le roi a Au l'expression familière "Nouer l'aiguillette" signifiait (lire en ligne: Dictionnaire de L'Académie française: aiguillette), car Louis XVI était supposé manquer de virilité, n'ayant pas "consommé" après plusieurs années de mariage.. Ce sera là sa seule entrevue avec le jeune souverain. Le , il repart pour Londres. Cette mission, qui le conduit également aux Pays-Bas, dans les États allemands, puis en Autriche — où il est pour un temps incarcéré pour motif d'espionnage —, devient sous sa plume une aventure picaresque. La même année, il est chargé à Londres de récupérer des documents secrets détenus par le chevalier d'Éon.

La guerre d'indépendance des États-Unis thumb|Pierre Caron-de-Beaumarchais vu par le sculpteur François Biron. À partir du mois de , il se lance dans une nouvelle aventure, et se fait l'avocat d'une intervention française dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Il entame alors une correspondance enflammée avec Charles Gravier de Vergennes, où il défend la cause des Insurgents. Dès le mois de , Beaumarchais joue un rôle politique en tant qu'intermédiaire entre les Insurgents et la France, et il rencontre fréquemment Arthur Lee, député secret des Insurgents.

Le , le secrétaire d'État aux affaires étrangères lui confie une somme importante pour soutenir secrètement les AméricainsLouis de Loménie, dans Beaumarchais et son temps, a blâmé le peuple des États-Unis et leur gouvernement pour leur ingratitude et leur injustice envers Beaumarchais. L'ouvrage de Loménie a été critiqué et réfuté sur une autre phase de la vie de Beaumarchais par Paul Huot : Beaumarchais en Allemagne, Paris, 1869. Un autre jugement assez sévère sur Beaumarchais a été exprimé par un de ses compatriotes dans la Revue rétrospective, Paris, 15 mars 1870, ..

Initié secrètement par et Vergennes, Beaumarchais reçoit l'autorisation de vendre poudre et munitions pour près d'un million de livres tournois, sous le couvert de la compagnie portugaise Roderigue Hortalez & Cie, qu'il monte de toutes pièces, et dont il installe les bureaux à l'hôtel Amelot de Bisseuil, dit des Ambassadeurs de Hollande, rue Vieille-du-Temple à Paris. La société Roderigue Hortalez & Cie devait lui permettre, pensait-il, de s'enrichir en vendant armes et munitions et en envoyant une flotte privée pour soutenir les Insurgés« Le gouvernement français se décida alors à reconnaître l'indépendance des États-Unis et à envoyer M. Gérard pour ministre auprès du Congrès. Il était temps, car l'on était très peu satisfait des secours que la France faisait parvenir par l'intermédiaire du sieur Caron de Beaumarchais. La correspondance de cet homme choquait universellement par son ton de légèreté qui ressemblait à l'insolence. J'ai conservé la copie d'une de ces lettres :.