La maison de Faucigny est représentée par une famille de haute noblesse, attestée dès le , dont le nom est issu d'un château, implantée en vallée de l'Arve. Famille très probablement vassale des comtes de Genève, les seigneurs de Faucigny contrôlent une partie de la vallée de l'Arve et le Beaufortain, jusqu'à ce que la branche principale s'éteigne en s'alliant au à la maison de Savoie, puis aux Guigonides, dauphins de Viennois.

La branche aînée disparait au . La branche des Lucinge, détachée dès le , prend le nom de Faucigny-Lucinge, à partir de la seconde moitié du . Depuis l'annexion de 1860 de la Savoie à la France, cette dernière est inscrite au catalogue des familles subsistantes de la noblesse française (A à K)Régis Valette, Catalogue de la Noblesse française, Robert Laffont, 2007, ..

Héraldique

Amédée de Foras indique que le palé (d'or et de gueules) a prévalu depuis que la maison de Savoie l'a fait passer dans son écu d'alliances, dans la seconde moitié du . Auparavant, les sceaux de l'évêque Guy de Faucigny portent trois pals et non du palé et celui d'Aymon II porte trois pals billetés ; tandis que d'autres sceaux portent deux pals.

Origines L'origine des seigneurs de Faucigny est « mal connue » (présentation en ligne)., voire « obscure » (présentation en ligne).. Elle est tout aussi ., leurs principaux voisins et rivaux.. La filiation de cette famille est connue des historiens par deux actes de la fin et du début du siècle suivant. Pour la connaissance du lignage, avant cette filiation, l'origine fait l'objet de débats entre les différents spécialistes.

Premiers documents Les plus anciens membres de cette famille sont cités dans deux actes de la fin du et du début du siècle suivant, 1083 et 1119. Le premier correspond à la donation du prieuré de Contamine-sur-Arve, par l'évêque de Genève, Guy de Faucigny, à l'abbaye de Cluny, celle-ci est datée de l'année 1083.. Cet acte, considéré comme la charte de fondation du prieuré, est publié pour la première fois par l'historien suisse Frédéric Charles Jean Gingins de la Sarraz (1862)Frédéric Charles Jean Gingins de la Sarraz, « Note sur Guy de Faucigny, évêque de Genève, et sur sa parenté (1078 à 1120) », publié dans Indicateur d'histoire et d'antiquités suisses, , janvier 1862, . et reprise par le Régeste genevois (1866)Acte du in (présentation en ligne, ou en version numérique : REG 0/0/1/215).. Voici l'extrait par lequel les premières informations concernant la famille de Faucigny nous sont parvenues :

Ce document énumère ainsi la parentèle de l'évêque Guy (S. Widonis episcopi genevensis) avec son grand-père, Aimerard/Eimerard (Emerard), décédé ; son père, Louis (Ludiovici), décédé ; ses oncles Guy, Giselbert (Gisebert), Otton et Willelme (Vilence), tous décédés. Ses frères Willelme/Guillaume (Wuillelmo) et Amédée (Amedeo) sont présents en tant que témoin. Le prieuré de Contamine deviendra plus tard le lieu de sépulture du lignage de Faucigny. Une confirmation de cet acte est faite en 1119, où cette fois-ci la généalogie est complétéeActe du in (présentation en ligne ou version numérique REG 0/0/1/256). :

Le neveu du prélat, Raoul/Rodolphe de Faucigny (Rodulphus de Fulciniaco), est dit en possession de la seigneurie et du château de Faucigny. Le document mentionne également sa mère, Tetberge, son frère Willelme/Guillaume et son épouse, Utilie, ainsi que leurs enfants, Rodolphe, Louis, Reymond, Gérard/Gérold, futur évêque de Lausanne, et Amédée, futur évêque de Maurienne..

L'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable déclare à propos de l'évêque Guy et de sa famille qu'ils sont de grande noblesse, .. L'abbé traite surtout dans son De Miraculis de l'attitude du prélat en raison de sa noble origine et des conséquences sur ses mœurs : ()..

Hypothèses aux Le généalogiste Samuel Guichenon, dans son Histoire généalogique de la Royale Maison de Savoie (1660), propose à partir de l'acte une généalogie depuis le grand-père Emerard (Aimerard) jusqu'à Marguerite [Béatrice/Béatrix] dite de Faucigny, épouse vers 1196 du comte de Savoie, Thomas .. Cependant le généalogiste bugiste se garde d'avancer une origine à cette famille. Au cours de la même période Dom Hilaire Leyat, dans son Tableau généalogique de la maison de Faucigny (1679)., avance deux hypothèses. Emerard serait le personnage mentionné dans une charte des archives de l'abbaye de Saint-Maurice lors d'une donation au début du . Mentionné avec sa femme, Aalgirt/Aalgert, ils auraient reçu des terres de la part de l'abbé Burchard I, demi-frère du roi Rodolphe III de Bourgogne, en échange de plusieurs terres en Chablais. Dom Hilaire Leyat avance ainsi .

Hypothèses aux Jean-Louis Grillet (1756-1812), dans la notice sur la « Maison souveraine des barons de Faucigny » qu'il propose dans son Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du Mont-Blanc et du Léman (1807), se garde d'avancer une origine. À propos dEmmerard il indique (présentation en ligne).. Il avance par contre « audacieusement » . Alors que l'historien suisse, Édouard Mallet (1805-1856), dans l'article « Sur l'évêque Guy de Faucigny et les chartes qui le concernent », avance une émancipation au cours de la succession de Bourgogne (1032-1034), indiquant que ..

À la suite de Dom Hilaire Leyat, les historiens régionaux reprennent la thèse d'une origine locale de la famille.

Le généalogiste Amédée de Foras, s'il indique en introduction que l'origine de cette famille , reprend lui la thèse de l'émergence de cette famille lors de (le Faucigny).

L'abbé Marie Rannaud (1841-1921), dans sa Vita consacrée à Ponce de Faucigny, développe l'hypothèse qu'Aimerard serait le fils d'un dignitaire ecclésiastique du diocèse d'Arles, Sigefroy (968-1002), portant les titres de « gonfalonier de la sainte Église Romaine et préfet du prétoire apostolique aux royaumes d'Arles et de Bourgogne »Marie Rannaud, Le bienheureux Ponce de Faucigny, fondateur de l'abbaye de Sixt : sa vie, son culte, Genève, Imp. du courrier de Genève, 1905, 427 pages, ..

Ferdinand de Faucigny-Lucinges (1868-1928), membre de la famille, explique, de façon très affirmative, que les seigneurs de Faucigny auraient la même origine que les Féterne et seraient (présentation en ligne).. Le prince de Faucigny-Lucinge justifie cette affirmation en indiquant qu'Ferdinand de Faucigny-Lucinges, Origines Savoisiennes, Genève, 1914, .. Pierre de Viry, continuateur de lArmorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie du comte de Foras, apporte une lecture critique de l'ouvrage (1914), reprenant, entre autres, la citation précédente et démontrant que les faits ne sont pas établis..

Hypothèses contemporaines Le médiéviste Jean-Yves Mariotte (1980) s'interroge sur cette origine, avançant les hypothèses . Il opte toutefois, comme pour Dom Hilaire Leyat au , pour une appartenance, tout en étant vassale, à la maison de Genève (présentation en ligne)..

Enfin, les médiévistes Nicolas Carrier et Matthieu de La Corbière (2001, 2005) considèrent que les Faucigny sont des feudataires des comtes de Genève, récusant toutefois l'appartenance à une branche cadette d'un lignage illustre. Les Faucigny sont apparentés à la dynastie de Genève depuis le milieu du .

Seigneur ou baron ? De nombreux auteurs qualifient les seigneurs de Faucigny de « baron ». L'historien Jean-Yves Mariotte (1981) rappelle, tout comme précédemment Ménabréa (1854), que , ils sont simplement mentionnés comme « » ou « ». À l'usage, les auteurs spécialisés de la région les désignent sous l'expression sires de Faucigny...

La mention d'une baronnie de Faucigny n'apparait, dans les documents, qu'à partir de l'année 1256.. Jusque-là, les seigneurs de Faucigny semblent disposer, dès le , , avec notamment l'existence d'officiers, comme un sénéchal et un maréchal. Son territoire n'est pas réellement connu. Les historiens Nicolas Carrier et Matthieu de La Corbière indiquent que les seigneurs de Faucigny sont , charges leur permettant ainsi d'avoir des . Le château de Faucigny, mentionné pour la première fois en 1119 et dont est issue la famille., apparait comme le de leur pouvoir, selon l'expression de l'historien Nicolas Carrier.. Le nom de « Faucigny » est , le Faucigny, région naturelle correspondant à la vallée de l'Arve.

Histoire Les plus anciens membres du lignage Les deux actes de 1083 et 1119 (voir ci-dessus) permettent de dresser une filiation établie par les différents auteurs. Elle débuterait avec Aimerard/Eimerard et ses fils, Louis, Guy, Giselbert, Otton et Guillaume/Willelme. Louis est l'époux de Thetberge/Thietburge (Tetburga), vers 1060-1061. Cette dernière appartiendrait à la maison de Rheinfelden (Rheinfelden (Baden)) et serait ainsi la fille de Rodolphe de Rheinfelden, duc de Souabe et Thetberge. Luther (2016) dans un tableau généalogique des Humbertiens la présente comme fille d', comte en Maurienne et des Belleysans, et l'épouse en premières noces de Louis, avant d'épousé Gérold de Genève..

Le couple a trois enfants : Guy, futur évêque de Genève et à l'origine des actes, Amédée, considéré comme l'auteur probable, mais sans certitudes, de la famille de Blonay, et Guillaume/Willelme dit le SageActe sans date (entre 1107 à 1128) in (présentation en ligne). ()., seigneur de Faucigny qui continue la lignée. Veuve, Thetberge/Thietburge épouse en secondes noces le comte de Genève Gérold.

Le seigneur Guillaume/Willelme et son épouse, Ottilie/Utilie , ont pour enfants Raoul/Rodolfe/Rodolphe (I), Louis, Reymond, Gérold/Gérard, futur évêque de Lausanne, et Amédée, futur évêque de Maurienne. Le père et ses fils sont mentionnés comme témoins lors d'une donation, sans date (avant 1103 selon Ménabréa), à l'abbaye d'AulpsActe sans date (avant 1103 selon Ménabréa) in (présentation en ligne).. Un certain Saviu ou Sayvin (Sayvinus), fils d'Augeron de Faucigny, est aussi mentionné sur ce document. Ménabréa, dans un article consacré à la chartreuse de Vallon, avance l'hypothèse que cet Augeron pourrait être un frère de Guillaume/Willelme de Faucigny.

Raoul/Rodolfe/Rodolphe (I) succède à son père, , nous dit Ménabréa, alors qu'une une notice généalogique anonyme nous dit que « l'on voit que Guillaume I ne vivoit plus en l'année 1119 ». Les documents le concernant restent cependant rares. Dans l'acte de confirmation de 1119, il est dit seigneur et en possession du château de Faucigny. Rodolphe (I) est déjà mentionné comme témoin, vers 1094, pour le comte de Savoie, Humbert IIActe sans date (avant 1094 selon Besson) in (présentation en ligne).. On trouve son nom sous la forme , vers 1121, dans une donation à laquelle il apporte son accordActe sans date (vers 1121 selon Ménabréa) in (présentation en ligne).. La plupart des historiens semblent ignorer le nom de son épouse, mais il pourrait s'agir de Constance de Beauvoir, notamment pour la notice généalogique anonyme (1826), qui cite , ainsi qu'une notice du Dictionnaire historique de la Suisse (2004). Les fils de Rodolphe (I) sont connus à travers différentes sources : Aymon/Aimon, qui lui succèdera et continuera la lignée ; Humbert, qui succéderait à Aymon ; Raoul/Rodolphe, auteur de la branche de Lucinge ; Arducius († 1185), futur évêque de Genève ; Ponce († 1178), futur fondateur de l'abbaye de Sixt ; et Raymond, probablement auteur de la famille de Thoyre-Boussy.. (présentation en ligne).. L'année de mort de Rodolphe (I) reste inconnue, mais elle doit être considérée comme selon Ménabréa. La notice généalogique anonyme (1826) indique qu'il serait allé avec son fils Aymon/Aimon en croisade en 1147 (il y aurait confusion avec Rodolphe, fils Aymon (I), voir ci-après).