L'équipe du Front de libération nationale de football (Se prononce en arabe ), surnommée aussi le onze de l'indépendance, est une formation constituée principalement de joueurs professionnels qui évoluent en France métropolitaine avant de rejoindre le mouvement révolutionnaire pour l'indépendance de l'Algérie, le Front de libération nationale (FLN), et de l'aider en organisant entre autres des matchs de football.

L'équipe est fondée le . Le rôle de cette équipe est avant tout politique pour montrer aux Français de métropole que même des footballeurs professionnels s'impliquent dans cette cause, quitte à renoncer à leur statut. Les autorités françaises obtiennent facilement la non-reconnaissance de cette équipe par la FIFA. Malgré cette interdiction de jouer, l'équipe du FLN réalise une tournée mondiale d'environ quatre-vingts rencontres, notamment en Europe, en Asie et en Afrique. Ces matchs font connaître à travers le monde la cause algérienne et sa guerre d'indépendance. L'équipe cesse d'exister en 1962, laissant la place à l'équipe d'Algérie de football.

Contexte Contexte historique

L'opération indépendance commence en football dès 1947 avec l'Organisation spéciale (OS) qui est le bras armé du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques de Messali Hadj et le Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA). De ces organisations est parvenue l'idée d'une guerre d'indépendance contre la France.

La guerre d'Algérie débute en 1954, le novembrePierre Bezbakh, Petit Larousse de l’histoire de France. Des origines à nos jours, page Larousse, o.O. 2003 . Plusieurs affrontements militaires entre les forces armées du FLN et l'armée française ont lieu après la bataille d'Alger (1957), ce qui amène les Français, par le général Raoul Salan, à réprimer plus durement la rébellion. Des mesures répressives sont prises à l'encontre des organes administratifs du FLN, ce qui lui permet d'acquérir la sympathie de la populationYves Michaud, La Guerre d'Algérie (1954-1962), . Les attentats ne se cantonnent pas aux forces armées : une bombe explose le dans un stade de football à El-Biar et tue huit supporters français, après quoi trois Algériens sont victimes de lynchage de la part du public françaisSlimane Chikh, L'Algérie en armes ou le temps des certitudes. O.P.U., Alger 1981, . Cette guerre est aussi caractérisée par une lutte de pouvoir du côté indépendantiste entre le FLN et le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj. Par exemple, le FLN assassine l'un de ses membres modérés pour « trahison » le , car il est partisan du Mouvement national algérienPaul Dietschy et David-Claude Kemo-Keimbou, Le football et l'Afrique, ..

Pendant la colonisation française, s’il n’existe pas d’équipe nationale algérienne, les trois ligues régionales algériennes disposent en revanche de sélections régionales officielles. Il n'y a pas de discriminations entre musulmans et pieds-noirs dans ces équipes régionales. Une super sélection régionale d'Afrique du Nord existe aussi, mais cette formation ne dispute pas les compétitions internationales, bien qu'elle joue neuf matchs contre l'équipe de France B..

Si le mélange entre Nord-Africains et pieds-noirs est accepté dans le football ou dans le sport en général, il ne l’est plus en matière de vie politique ou économiqueYvan Gastaut, Les footballeurs algériens en France à l’épreuve des identités nationales, pages 3-4, malgré des lois allant dans le sens de l'intégration des nord-africains, souvent rejetées par de nombreux pieds-noirs.

À la suite de sa défaite durant la Bataille de Điện Biên Phủ en 1954, qui aboutit à la fin de l'Union indochinoise, de la présence française en Indochine et à la partition du Viêt Nam entre Nord Viêt Nam et Sud Viêt Nam, la France s'engage dans un processus de décolonisation avec l'indépendance du Maroc et de la Tunisie en 1956. Ce processus accélère la disparition de la République avec l'élection de Charles de Gaulle au poste de président du Conseil en 1958. À la fin de cette même année, une résolution de l'ONU en faveur de l'indépendance algérienne est proposée mais la majorité qualifiée (les deux tiers) des votes n'est pas atteinte (35 pour 18 contre 28 abstentions). Cependant trois ans plus tard, une nouvelle résolution est votée et adoptée à la majorité requise (63 pour 8 contre 27 abstentions) par l'Organisation des Nations unies, ce qui oblige Charles de Gaulle à promettre l'autodétermination au peuple algérien, bien que les pieds-noirs algériens se soient formellement opposés à ce vote. L'exemple le plus frappant de leur opposition est la création de l'Organisation armée secrète (OAS), une organisation pro-coloniale clandestine qui complote pour un coup d'État et commet des attentats contre Charles de Gaulle.

Contexte sportif Saison Nombre d'Algériensprofessionnels dansdes clubs français Dont :nouveauxvenus 1947/48 15 0 1949/50 16 2 1955/56 19 3 1956/57 32 15 1957/58 33 7 1958/59 19 7 1960/61 15 3 1961/62 12 3 1964/65 9 1 1969/70 7 1

Dans le premier tiers du , le football est le sport favori des AlgériensRoland H. Auvray, Le livre d'or du football pied-noir et nord-africain. Maroc–Algérie–Tunisie, Presses du Midi, Toulon 1995 , non seulement chez les immigrants européens, mais aussi parmi la population d'origine localePaul Dietschy et David-Claude Kemo-Keimbou, Le football et l'Afrique, .. En 1934, par exemple, il y a dans certains départements d'Algérie française plus de joueurs inscrits que dans la région parisienneMatthew Taylor, Moving with the ball. The migration of professional footballers, Berg, Oxford/New York, 2001 , page 172. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les clubs professionnels français enrôlent beaucoup de joueurs nord-africains, ce qui permet à ces joueurs, entre autres, d’échapper à la misèreArticle de Gastaut sur les relations franco-algériennes.. Le club le plus actif dans cette catégorie est l'Olympique de Marseille. Dans les années 1930 son équipe est celle qui compte dans ses rangs le plus de joueurs issus de colonies françaises comme Joseph Alcazar, Emmanuel Aznar, Abdelkader Ben Bouali et Mario ZatelliRethacker, Thibert, La fabuleuse histoire du football, page 147. La limite qui impose deux joueurs issus de l'empire colonial français au maximum par club facilite le recrutement des Nord-Africains qui sont, eux, considérés comme des ressortissants français. Bien que généralement tout aussi talentueux que les métropolitains, les Maghrébins sont en général moins bien payésDietschy-Kemo-Keimbou, Le football et l'Afrique, page 285.

Le match de référence de l'équipe d'Afrique du Nord reste celui du au Parc des Princes, moins d'un mois avant le déclenchement de la guerre d'Algérie, la Toussaint rouge. Cette rencontre est disputée au profit des sinistrés du tremblement de terre qui frappe la région d'Orléansville, en Algérie, en France-Afrique du nord en 1954, sur wearefootball.org. L'équipe de France alignée est « officieuse »Football 1956, L’Équipe, Paris, 1955, , tandis que l'Afrique du Nord s'appuie sur les meilleurs joueurs nord-africains évoluant dans les clubs professionnels de Division 1 française. À la surprise générale, l'Afrique du Nord emmenée par Larbi Benbarek s'impose 3-2 face à l'équipe de FranceGastaut, « Les footballeurs algériens en France à l’épreuve des identités nationales » page 2 : ce match n'est pas comptabilisé c'est pourquoi Ejnès dans L’Équipe (Belle Histoire, page 366) le traite en tant que « match oublié » et la sélection nord-africaine en tant qu'« Africains de France ».. On note aussi que le modeste club algérien SCU El Biar élimine le Stade de Reims (finaliste de la coupe des clubs champions durant cette époque) lors de la coupe de France 1957 et qu'il arrive en huitièmes de finale de la compétition, preuve de l'existence de talents dans le football algérienGérard Ejnès, Coupe de France. La folle épopée, L’Équipe, Issy-les-Moulineaux, 2007 , page 209-213. En effet, sur les quarante joueurs maghrébins enrôlés en France entre 1945 et 1955, vingt-trois sont AlgériensWahl, Lanfranchi, Les footballeurs professionnels des années trente à nos jours, pages 130-131. En 1956 et 1957, ce nombre augmente de façon spectaculaire, pour baisser rapidement dès 1958 (voir tableau à droite)Barreaud, Dictionnaire des footballeurs étrangers du championnat professionnel français, page 61. Toutefois, le nombre de joueurs issus de l'Afrique de l'Ouest et qui évoluent en France s'est lui accru après 1958, au contraire du nombre de joueurs algériens, et représente, dans les années 1960, presque le tiers des joueurs du championnat français de football issus de l'empire colonial françaisWahl, Lanfranchi, Les footballeurs professionnels des années trente à nos jours, page 130.

L'équipe de l'ALN Un an avant la formation de l'équipe du FLN, deux anciens joueurs et entraineurs algériens ont décidé de former à Tunis, la première sélection qui allait représenter l'Algérie, il s'agit de Ahmed Benelfoul et Habib Draoua. En 1956, l'équipe est formée. Et en mai 1957, l'équipe est approuvée par le Front de libération nationale et décide qu'elle représentera l'Armée de libération nationale vue qu'il y a des joueurs qui sont venus du maquis. L'équipe est composée essentiellement des joueurs amateurs évoluant en Algérie et en Tunisie. Entre mai 1957 et avril 1958, elle dispute de nombreux matchs au Maghreb ou encore au Proche-Orient pour soutenir la cause indépendantiste; on lui attribue 42 victoires. Cette sélection va contribuer à la naissance de la formation du FLN un an après sa création.

Formation de l'équipe Depuis les années 1920, les joueurs originaires d'Afrique du Nord évoluent au sein des plus prestigieux clubs français. Durant les années 1930, ces joueurs sont intégrés de plein droit au sein de l'équipe de France de football. Plusieurs joueurs d'origine algérienne portent avec succès le maillot de l'équipe de France de football comme Abdelaziz Ben Tifour et Mustapha Zitouni.

Planification À l'automne 1957, après la bataille d'Alger, les dirigeants du Front de libération nationale d'Algérie décident de bâtir une équipe nationale algérienne de football, afin de promouvoir l'indépendance de l'AlgérieSelon RSSSF, il s'agit d'une initiative qu'aurait prise le FLN en interne, avant même le début de la guerre d'Algérie en 1954 dans d'autres pays. Selon le FLN, le sport peut être exploité pour l'indépendance de l'Algérie, comme cela a déjà été fait dans le secteur militaire, syndical, étudiant ou culturel en créant des organisations ou des syndicats autonomes et musulmans. Cette dynamique a pour but de prouver que le pays peut se développer seul, sans aide extérieure, et ainsi influer positivement sur le moral du peuple algérien. De plus, afin d'établir une équipe de football capable de se confronter aux meilleures équipes du monde, il semble nécessaire qu'elle se compose de joueurs professionnels selon les membres de la direction du FLNGoldblatt, page 504 ; voir aussi Frantz Fanon, Sociologie d'une révolution, Maspero, Paris, 1960, page 10., et ceci afin de contrer la tentative de la France de se garantir une hégémonie culturelle dans ses coloniesLanfranchi, Mekhloufi, un footballeur français dans la guerre d'Algérie, page 71. Le communiqué du FLN du souligne ainsi l'importance d'une équipe performante sur le plan international pour l'émergence d'une . Il qualifie ses joueurs de patriotes prêts à tout sacrifier pour l'indépendance de leur nation et les présente comme un exemple de courage pour les jeunes algériensLe Monde du par Lanfranchi, page 71.