Le château de Carrouges est une place forte du , plusieurs fois remaniée (pavillon du cardinal Le Veneur, bastion ouest fortifié au temps des guerres de Religion, grands appartements notamment), réaménagé au et restauré après 1944, qui se dresse sur le territoire de la commune française de Carrouges dans le département de l'Orne, en région Normandie.

Le château, géré par le centre des monuments nationaux, est classé au titre des monuments historiques.

Localisation Le château est situé sur la commune de Carrouges, dans le département français de l'Orne.

Le château primitif devait se trouver du côté du village, dans le secteur du presbytère, près de l'église, au sommet de la colline. Le château actuel a été construit en contrebas du bourg, dans une plaine autrefois marécageuse.

Le site fut occupé probablement depuis l'antiquité ; Carrouges dérive du latin quadrivium (carrefour) ce qui laisse supposer qu'ici se croisait les voies romaines reliant Lisieux à Jublains et Avranches à Sées. Quoi qu'il en soit le château primitif, attesté pour la première fois en 1136, faisait partie du réseau de places fortes surveillant la frontière du duché de Normandie avec le comté du MaineStéphane William Gondoin, « Château de Carrouges — Les clefs de l'histoire », Patrimoine normand, , janvier-février-mars 2017, ..

Historique vignette|150px|gauche| D'abord défensif (place forte en hauteur) situé à la frontière méridionale du duché normand . Orderic Vital, moine-historien, contemporain des événements, raconte qu'en 1136, Geoffroy Plantagenêt, comte d'Anjou, après trois jours de siège s'empare de la forteresse de Carrouge (Quadrugias oppidum).

C'est seigneur de Carrouges, qui est probablement à l'origine du château reconstruit dans la vallée au milieu des étangs et dont il subsiste le donjon. Il s'agit d'une grosse tour-résidence quadrangulaire caractéristique de la fin du , reconnaissable à sa couronne de mâchicoulis sur consoles, englobé aujourd'hui dans l'aile nord-ouest.

à la suite d'un duel judiciaire où il avait mis en jeu sa vie pour sauver son honneur et celui de son épouse Marguerite de Thibouville, laquelle avait été violée pendant son absence. Lui et ses hoirs se tiendront aux côtés des rois de France pendant la durée de la guerre de Cent Ans. En 1424, Robert de Carrouges se voit confisquer ses biens par le roi d'Angleterre. La lignée masculine des Carrouges s'éteint au , le château passe alors à la famille de Cagny puis à celle des Blosset.

C'est Jean Blosset, grand sénéchal de Normandie, bailli de Rouen et conseiller de , roi de 1461 à 1483, qui ajouta aux éléments d'origine une aile complète, l'aile nord-est appelée « aile des Blosset ». dort au château le . En 1480, Jean Blosset fait édifier, sur les prières de son épouse Marguerite de Derval, une chapelle qu'elle voulut placer sous le vocable de Notre-Dame-de-Bon-Confort et qu'il transformera en chanoinerie. Cette collégiale, abrite maintenant le siège du parc naturel régional Normandie-Maine.

Blosset n'ayant pas eu d'héritier, il lègue de son vivant Carrouges à sa nièce Marie Blosset qui transmet le domaine à l'un de ses fils, Jean Le Veneur, lequel ornera l'édifice d'un châtelet de (pavillon du cardinal Jean Le Veneur). C'est au que les Le Veneur de Tillières prirent possession du domaine. Cette noble famille Le Veneur occupera, aussi bien sous la Monarchie et l'Empire que sous les Républiques, de très hautes fonctions et charges, même épiscopales.

La famille Le Veneur de Tillières (sur-Avre)

Au début du , Jean Le Veneur, évêque-comte de Lisieux (fils de Philippe Le Veneur, baron de Tillières, et de Marie Blosset), est le bâtisseur du pavillon d'entrée (châtelet) de . Proche de , il siège à son conseil. Il devient grand aumônier de France en 1525 et est fait abbé (commendataire) du Mont-Saint-Michel. Il devient cardinal en 1533. Depuis un an déjà il tente de convaincre son roi d'envoyer le navigateur malouin Jacques Cartier (parent d'un moine du Mont-Saint-Michel) à la découverte d'une nouvelle route vers les Indes et la Chine, et cela « en considération de ses voyages en Brésil et en Terre-Neuve ». À la demande du monarque français, peu intéressé à vrai dire, il intercède auprès du pape afin qu'il revienne sur le partage des Amériques qui a été convenu par le traité de Tordesillas entre Espagnols et Portugais, et qu'une bulle de a entériné en 1506. Pour cela, il pousse l'audace jusqu'à faire dire à : « Je voudrais bien voir la clause du testament d'Adam [et Ève] qui m'exclut du partage du monde. » Ayant obtenu gain de cause auprès du souverain pontife, Jean Le Veneur participe même au financement de l'expédition qui aboutira un an plus tard, en 1534, à la prise de possession de la Nouvelle-France (qui s'étendra sur la plus grande partie de l'Amérique du Nord, du Canada jusqu'à la Louisiane) par Jacques Cartier. Cette prise de possession se concrétisera par l'érection à Gaspé d'une croix surmontée d'un drapeau à trois fleurs de lys marqué d'un « Vive le Roi » (et depuis 1984 d'une plaque au Mont-Saint-Michel), mais ne sera guère suivie d'effet avant les expéditions de Samuel de Champlain (lequel a fondé la ville de Québec en 1608), dont Jean Le Veneur n'aura jamais connaissance, étant mort en 1543.

Au , Le Veneur, comte de Tillières, est dépêché en Angleterre pour négocier le mariage d'Henriette de France, sœur de , avec le futur roi . vécut sur ses terres de Tillières et laissa Carrouges à son frère Jacques, abbé de Silly. En 1637, Jacques Le Veneur de Tillières se démit de son abbaye pour se consacrer entièrement à Carrouges. Il fit aménager et décorer le château et le parc à partir de plans et dessins de Maurice Gabriel, architecte à Argentan. Mais la famille s'insère également dans la vie locale en favorisant la prospérité des maîtres de forges. Le château accueillera la reine Catherine de Médicis et ses jeunes enfants , et , en chemin vers le Mont-Saint-Michel.

À la fin du , Alexis Le Veneur, vicomte de Tillières, est militaire et partisan des idées progressistes. Époux d'Henriette de Verdelin (1757-1834), fille de la marquise de Verdelin (1728-1810) qui est une correspondante et une protectrice de Jean-Jacques Rousseau, il prend position pour l'abandon des privilèges avant la Révolution et participe à plusieurs campagnes militaires qui lui valent le grade de lieutenant général puis de général de division. Il est élu maire de Carrouges et administrateur du département de l'Orne, puis du Conseil général de l'Orne et enfin député de l'Orne au Corps Législatif. Il est fait comte d'Empire avec majorat par Napoléon Bonaparte. Il meurt en 1833 à l'âge de .

Vestige des réceptions du général au château Un luxueux « surtout » ou « garniture de table » d'époque Empire, formé d'un plateau ovale en quatre parties à fond de glace, galerie feuillagée et pattes de lion couplées (autres exemplaires du modèle au château de Coppet et à l'hôtel de préfecture des Deux-Sèvres), portant une suite de cinq coupes de présentation en bronze doré et cristal taillé, a figuré dans une vente aux enchères publiques à Paris le (ensemble reprod. dans La Gazette Drouot).

Le château sera resté cinq siècles propriété de la famille Le Veneur, très exactement jusqu'au , date à laquelle Marie Gaston , comte Le Veneur de Tillières, n'ayant pas de descendance mâle et subissant le déclin de l'économie rurale de cet entre-deux-guerres, se verra contraint de céder le château à l'État qui, dès 1927 l'avait classé parmi les monuments historiques, et ce pour la modique somme de .

Propriété de l'État vignette|droite|La cour intérieure du château. À partir de 1939, le château est utilisé par l'État comme dépôt pour le contenu de plusieurs musées, jugés menacés par les hostilités de ce qui sera la Seconde Guerre mondiale.

Il reçoit notamment le contenu des musées de Rouen, de celui de Beauvais, et au printemps 1940, des portraits, des œuvres d'art et du mobilier provenant du château d'Harcourt, à Thury-Harcourt... Ce dépôt prend fin en 1944.

Pendant la bataille de Normandie, la toiture du châtelet d'entrée est soufflée par l'explosion d'un véhicule militaire.

Aujourd'hui, le château de Carrouges est ouvert à la visite du public et sert de cadre à différentes manifestations culturelles.

Description Le château de Carrouges se présente sous la forme d'un vaste quadrilatère irrégulier de bâtiments en briques rouges, schistes et granits, flanqué de tours et ceint de larges fossés et dont les parties les plus anciennes sont le donjon et une aile du logis..

Extérieurs vignette|200px|droite|Le château de Carrouges.

Le châtelet vignette|gauche|Le châtelet d'entrée. Le châtelet d'entrée, cantonné de quatre tourelles circulaires, date du et fut probablement construit par Jean Le Veneur. C'est un pavillon à deux étages. Sa construction associe des briques rouges et noires. Son est caractéristique de cette période de transition entre le Gothique et la Renaissance. Il est gothique par la composition de son décor, par les pinacles ou la présence de crochets sur les gâbles triangulaires ; il est Renaissance par le traitement de ces éléments.

La chanoinerie La chanoinerie a été fondée en 1480 par Jean Blosset, grand sénéchal de Normandie, bailli de Rouen, conseiller et chambellan de avec son épouse Marguerite de Derval.

Elle est, de nos jours, le siège de l'équipe d'animation du parc naturel régional Normandie-Maine.

Le logis seigneurial De forme rectangulaire, entouré de douves en eaux vives, le château entoure une cour d'honneur. Au sud-ouest, il donne sur une terrasse que délimite une grille en fer forgé. Bien que possédant des éléments datant des , l'architecture générale relève plutôt des styles et . La façade est en briques rouges et en granit, les toits sont en ardoises bleues.

Un château en briques Flanqué de deux pavillons d'angle carrés, le château possède également un donjon du à deux étages couronné de mâchicoulis.

Le château de Carrouges a donc la particularité d'être construit en briques. C'est un matériau dont la fabrication est maîtrisée depuis l'Antiquité. Oubliée durant le Moyen Âge, la construction en briques connut un renouveau important au cours de la Renaissance, notamment dans la moitié nord de la France.

Phénomène de mode mais aussi opportunisme, le choix de la brique pour la construction du château est, en effet, retenu dès le début des travaux, c'est-à-dire avant la Renaissance, au . Elle est due à la présence, sur place, d'argile en abondance. Le granit, présent également dans la construction du château, est plus rare. Il devait venir de carrières situées à une dizaine de kilomètres.

La fabrication de la brique est manuelle. Les conditions de cuisson et de température permettent d'obtenir des teintes différentes allant du rose au noir profond. Au-delà d'être un matériau de construction économique et simple d'utilisation, durant la Renaissance, la brique, par ses teintes et ses formes, devint en plus un élément décoratif. À Carrouges, les architectes ont tiré parti d'une alternance de briques roses et noires pour animer les façades. De même, ils ont joué avec la largeur ou la longueur des briques pour créer d'élégants motifs.

Le donjon C'est l'élément bâti le plus ancien du château. Il occupe le centre de l'aile nord-ouest. Il est construit, comme le reste du logis, en briques y compris le couronnement de mâchicoulis à arcs sur corbeaux de granit, sur un soubassement de granit.