L’armée impériale russe () est le nom donné aux forces militaires de l’Empire russe avant 1917 et la révolution d'Octobre. C’est elle qui vainquit entre autres les forces de Napoléon de 1812 à 1814 et qui mena de nombreuses guerres contre les Ottomans de 1676 à 1917. Le commandant suprême de l'armée était l'empereur de Russie (ou tsar dans le langage courant).

Grâce à la puissance numérique et tactique de son armée, l’Empire russe fut l’une des plus grandes puissances militaires mondiales pendant plusieurs centaines d’années. Devenue l'armée d'un fragile régime républicain (gouvernement provisoire), elle est dissoute par les bolcheviks le . Elle fournira les cadres des armées de la guerre civile russe, armées blanches, plusieurs armées indépendantistes, et l'Armée rouge créée par le régime bolchevik et qui deviendra la force militaire de l’URSS.

thumb|300px|L’Empire russe en 1867

Expansion militaire russe de Pierre le Grand à Catherine II Naissance d'une armée moderne thumb|redresse=0.7|Les streltsy, troupes d'élite de l'armée russe jusqu'en 1698. La Russie des est un pays fermé où les visiteurs étrangers sont considérés avec méfiance ; cependant, elle ressent très tôt le besoin de faire appel à des militaires et techniciens étrangers pour renforcer son armée, notamment en artillerie. Sous Ivan le Terrible (de 1533 à 1584), l'armée du tsar compte étrangers, surtout Anglais et Écossais ; leur nombre descend à sous Boris Godounov ; beaucoup disparaissent pendant les Temps des Troubles, puis reviennent au cours du , comme les Écossais Alexander Leslie et Patrick Gordon ; ce dernier sera un des plus fidèles conseillers du jeune tsar Pierre le GrandInna Lubimenko, Les étrangers en Russie avant Pierre le Grand : diplomates, militaires, intellectuels. In: Revue des études slaves, tome 4, fascicule 1-2, 1924. .. Celui-ci dissout le corps d'élite traditionnel des streltsy qui s'étaient révoltés contre lui au début de son règne puis, après ses défaites contre de Suède, comprend la nécessité de réformer l'armée sur le modèle occidental : en 1698, il importe 700 officiers étrangers dont beaucoup se révéleront être des aventuriers ou sans expérience. Il entreprend alors la formation d'un corps d'officiers issus de la noblesse russe. Tout noble apte au service doit, sous peine de déchéance et confiscation de ses biens, servir comme soldat à partir de l'âge de , puis comme officier. Un noble ne peut devenir officier s'il n'a pas servi comme soldat dans la Garde impériale. De 1700 à 1702, nobles sont formés dans l'armée et 940 commencent leur entraînement. En 1701, sur officiers d'infanterie, un tiers sont étrangers, alors que pratiquement tous les officiers de cavalerie sont issus de la noblesse russeAlexander Mikaberidze, Russian Officer Corps of the Revolutionary and Napoleonic Wars, 1792-1815, Savas Beatie, New York, 2005, p. xvii-xviii..

Guerre russo-turque de 1676-1681

thumb|Plan de la forteresse de Tchyhyryne dessiné par Patrick Gordon en 1678. La Guerre russo-turque de 1676-1681 est un conflit ayant opposé le tsarat de Russie à l'Empire ottoman dans la seconde moitié du , avec comme enjeu la domination territoriale de l’Ukraine à partir de la ville stratégique de Tchyhyryne, située sur la rive droite du Dniepr.

Après la guerre, les frontières russo-ottomanes sont délimitées au Dniepr.

Campagnes de Crimée (1687-1689)

Défaite de l’armée russe qui tente d’envahir le Khanat de Crimée afin d’obtenir un accès à la mer d'Azov. Accélère la prise du pouvoir du futur Pierre le Grand.

Grande guerre du Nord (1700-1721) thumb|Retour triomphal de l'armée russe après la victoire de Poltava sur les Suédois en 1709.

De 1700 à 1721, la grande guerre du Nord ou seconde guerre du Nord voit l’affrontement de la Suède (aidée de l’Empire ottoman de 1710 à 1711) et d’une coalition réunissant la Russie, le Danemark-Norvège et la Saxe-Pologne (auxquels se joignent aussi la Prusse et Hanovre, à partir de 1715). Malgré la valeur de l'armée suédoise commandée par , l'armée russe, entraînée et équipée à l'occidentale par Pierre le Grand, sort victorieuse et devient le pouvoir dominant sur la mer Baltique.

Guerre russo-persane de 1722-1723

La guerre russo-iranienne de 1722-1723, connue dans l’histoire russe comme la campagne persane de Pierre le Grand, est une guerre entre la Russie et la Perse, l’actuel Iran. Elle est déclenchée par le tsar pour essayer d’étendre l’influence russe dans les régions de la mer Caspienne et du Caucase du sud et pour empêcher que son rival, l’Empire ottoman, ne gagne de nouveaux territoires dans cette région aux dépens des Séfévides alors sur le déclin.

Avant la campagne, conclut une alliance avec le roi géorgien et avec le Catholicos d’Arménie Astvatzatour. Ces dirigeants chrétiens sont en quête d’une aide russe dans leur lutte contre les deux puissances expansionnistes musulmanes : la Turquie et la Perse.

En l’Armée impériale, qui compte environ , embarque à Astrakhan sur les bateaux nouvellement construits de la Flotte Caspienne menée par l’amiral Fiodor Apraxine. Ils sont rejoints plus tard par environ et des Cosaques marchant par route depuis Tsaritsyne. Le les armées russes capturent Derbent dans le sud du Daghestan. Cependant, durant l’automne de cette année des tempêtes sur la mer Caspienne forcent Pierre le Grand à retourner à Astrakhan, quittant la garnison russe installée à Derbent et à Sviatoï Krest. En , établit son camp à Gandja avec une armée combinée géorgio-arménienne de pour se joindre à l’expédition russe.

En les armées navales et terrestres russes sous le commandement du général Mikhaïl Matiouchkine s’empare de Rasht et procèdent à la prise de Bakou en . Le succès militaire russe et l’invasion turque des possessions perses dans le Caucase du sud au printemps 1723 forcent le gouvernement de à signer le qui voient Derbent, Bakou et les provinces perses du Chirvan, du Gilan, du Mazandaran et d’Astrabad passer aux Russes le .

Guerre de Sept Ans (1756-1763)

La Russie se joint à une coalition européenne comprenant la France, la monarchie autrichienne et la Suède contre la Prusse de Frédéric II. La guerre est longtemps indécise mais l'avènement du tsar Pierre III, grand admirateur de Frédéric, amène le retrait russe et évite un désastre prussien.

Guerre russo-turque de 1768-1774) thumb|Bataille navale de Tchesmé entre Russes et Ottomans le 6 juillet 1770.

La Russie de remporte une victoire décisive sur l'Empire ottoman et occupe le khanat de Crimée qui sera annexé par la Russie en 1778. Une flotte russe fait le tour de l'Europe jusqu'en mer Égée et déclenche la révolution d'Orloff en Grèce ottomane.

Révoltes intérieures

L'armée russe est plusieurs fois appelée à combattre des révoltes intérieures de paysans et de cosaques comme celle de Stenka Razine en 1670-1671 et surtout celle d'Emelian Pougatchev en 1773-1775.

Guerre russo-turque de 1787-1792

La Russie, alliée de l'Autriche, livre encore une guerre à l'Empire ottoman de 1787 à 1792.

Partages de la Pologne

La Russie participe aux trois partages de la Pologne qui mettent fin à la république des Deux Nations ; les tentatives de résistance polonaise sont écrasées en 1792 et 1794.

Guerres contre la France révolutionnaire et impériale Une grande puissance militaire et ses limites thumb|Mort du maréchal Piotr Bagration à la bataille de la Moskova le , peinture de Jean Gerin (1816). L'armée russe dans les guerres de la Révolution et de l'Empire, au tournant des , est une des premières du continent mais avec de nombreuses lacunes d'organisation. Le règne de , de 1796 à 1801, est marqué par une série de réformes, tantôt utiles comme la lutte contre la corruption, tantôt inadéquates comme la suppression des noms traditionnels de régiments, qui seront rétablis par son successeur , ou la distribution de nouveaux uniformes inspirés de l'armée prussienne mais serrés et incommodesRobert Goetz, 1805 Austerlitz: Napoleon and the Destruction of the Third Coalition, Pen and Sword, 2017..

L'armée, jusqu'en 1805, n'a pas de structure permanente au-dessus du régiment. Ses chefs sont généralement issus des cercles supérieurs de la noblesse russe tandis que les soldats, d'origine paysanne, sont soumis aux châtiments corporels. Les officiers de rang moyen et inférieur sont mal formés et rarement en mesure de commander à des manœuvres complexes. L'artillerie est de bonne qualité et ses officiers formés dans le corps des cadets et les académies militairesTodd Fremont Fisher & Gregory Barnes, The Napoleonic Wars: The Rise and Fall of an Empire, Osprey Publishing, Oxford, 2004, p. 33.. L'infanterie, quand elle est bien commandée, a une réputation de fermeté presque fanatique. Cependant, faute de financement, ses hommes n'ont eu que peu d'exercices de tir. Les officiers de cavalerie sont beaucoup plus estimés que leurs collègues de l'infanterie, réputés ignorants et paresseux. La cavalerie lourde fait l'admiration des observateurs étrangers par la haute taille et la bonne tenue des hommes et des chevaux ; cependant, à partir de 1803, son importance est réduite au bénéfice de la cavalerie légère. En 1805, on compte six régiments de cuirassiers, trente de dragons, huit de hussards, un de TatarsPhilip Haythornthwaite, The Russian Army of the Napoleonic Wars (2): Cavalry, Osprey Publishing, 2010.. La défaite d'Austerlitz, en , entraîne une série de réformes comme la création de divisions et de corps d'armée.

thumb|Cosaques en marche dans la neige, peinture de Konstantin Filippov, 1851.

La Garde impériale fait figure de troupe d'élite, commandée par des officiers issus de la haute noblesse. En 1805, elle compte trois régiments de grenadiers, un de chasseurs à pied, deux de cuirassiers, un de hussards et deux de cosaques de la Garde.

Les cosaques, constituent une cavalerie irrégulière des régions frontalière, peu utile en bataille rangée mais appréciée pour la reconnaissance et le harcèlement ; cependant leur illettrisme limite leur usage en reconnaissance tandis que leurs habitudes sauvages effraient les populations alliées.

Un des handicaps de l'armée russe est l'immensité des distances qui rend lent et difficile le déplacement des troupes d'un secteur à l'autre.

Guerre de la Deuxième Coalition (1798-1802)

L'armée russe commandée par Souvorov se joint à la coalition européenne contre la République française. Mal soutenue par ses alliés autrichiens et britanniques, elle est battue en Suisse à la bataille de Zurich ainsi que lors de l'expédition en Hollande. Cependant, la campagne de l'amiral Seniavine permet à la Russie de prendre pied pour peu de temps en Méditerranée.

Guerre de la Troisième Coalition (1805)

La Russie se joint à une coalition européenne contre Napoléon. Elle sort de la guerre après la défaite d'Austerlitz.

Guerre de la Quatrième Coalition (1806-1807)

La Russie vient au secours de la Prusse battue par Napoléon. Après une dure campagne d'hiver, la France et la Russie concluent les traités de Tilsit.

Guerre russo-turque de 1806-1812

Le soulèvement de la Serbie contre l'Empire ottoman entraîne une intervention progressive de la Russie, d'abord hésitante car l'empereur Alexandre doit gérer plusieurs théâtres d'opérations très éloignés, en Méditerranée, où la Russie protège la république des Sept-Îles, et sur le Danube, tout en soutenant la guerre de la Quatrième Coalition contre la France. La flotte de l'amiral Dmitri Seniavine menace les Dardanelles mais le tsar abandonne ses possessions méditerranéennes par le traité de Tilsit en 1807. Alexandre essaie d'établir un protectorat sur la Serbie (pachalik de Belgrade) et propose à Napoléon un partage de l'Empire ottoman, que celui-ci refuse. Au début de 1812, la menace d'une nouvelle guerre contre la France amène Alexandre à faire la paix avec les Ottomans.

Guerre russo-suédoise (1808-1809)