Les nizârites, nizâriens, nizaris sont les membres d'un segment mystique et religieux islamique du courant religieux chiite ismaélien, très actifs religieusement, politiquement et économiquement, entre la fin du et 1257 (année de la chute d'Al-Musta'sim, dernier calife abbasside de Bagdad, renversé par les Mongols).

Elle tire son nom de Nizar ben al-Mustansir, héritier désigné mais contesté d'Al-Mustansir Billah, fatimide et ismaélien de 1035 à 1094.

En 1094, à la suite d'une scission importante dans le chiisme ismaélien fatimide, une nouvelle prédication (da‘wa al-jadîda) fut organisée par Hasan-i Sabbâh, à partir du fort érigé sur le mont Alamût, au sud-ouest de la mer Caspienne.

À la fin du Moyen Âge, le développement de la communauté ismaélienne se poursuivit clandestinement sous le couvert du soufisme et a coïncidé avec l'essor de l’ismaélisme oriental (15 millions de fidèles de nos jours), avec à leur tête l'Aga Khan.

L'histoire des Nizari Isma'ili est souvent retracée à travers la chaîne héréditaire ininterrompue de tutelle, ou walayah, commençant avec le premier imam Ali Ibn Abi Talib, jusqu'à l'actuel imam, l'Aga Khan V.

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Origine À l'origine, ceux qu'on appelle les nizâriens sont des adeptes de l'ismaélisme en Perse, c'est-à-dire une communauté chiite minoritaire dans une région sous la tutelle de vizirs sunnites. Sous la direction de leur chef charismatique Hassan-i Sabbâh, parfois surnommé « le Vieux de la Montagne », les ismaéliens prennent le contrôle du fort d'Alamût en 1090 et étendent leur influence en Iran ainsi qu'en Syrie.

Après la mort du calife fatimide Mustansir Billâh, en 1094, une grave scission se produit dans la communauté ismaélienne au sujet de la succession à l'imamat. Al-Mustansir aurait, selon la tradition nizârite, désigné son fils Nizâr comme héritier ; par contre son jeune fils Ahmad gagne l'appui de son beau-père, le vizir Al-Afdhal, qui le place sur le trône avec le titre d'Al-Musta‘lî.

Selon la version nizarite, l'imam Nizâr, après s'être réfugié à Alexandrie, est attaqué à plusieurs reprises par le vizir Al-Malik al-Afdhal. Finalement l'armée d'Al-Afdhal arrête Nizâr et son gouverneur, et ils sont menés devant Al-Musta‘lî. Le gouverneur est tué sur-le-champ et l'imâm Nizâr meurt emprisonné en 1097. Avant de mourir, Nizâr désigne son fils Al-Hâdî pour lui succéder au trône de l'imamat et ce dernier rejoint Hasan ibn Sabbâh à Alamût. L’Empire fatimide était très affaibli par la crise économique et le manque d’unité parmi les ismaéliens. De plus, le pouvoir militaire entre les mains initialement du vizir Badr al-Jamâlî (un ancien esclave arménien) puis de son fils Al-Afdhal, commençait à décliner, alors que le pouvoir à Alamût subsistera jusqu'au .

Hasan-i Sabbâh et les ismaéliens de Perse font allégeance à Nizâr et à sa descendance. Les ismaéliens nizaristes s'emparent de la forteresse de Qadmûs (la Cademois pour les croisés) dans la région du Jabal Bahrâ‘ en 1132 ; Masyâf, la place forte la plus importante, est prise en 1140-1141. C'est ainsi que les ismaéliens nizâriens de Syrie furent dirigés par des délégués envoyés par les seigneurs d'Alamût ; le plus célèbre d'entre eux était Rachid ad-Din Sinan (1162-1192) qui dirigea la prédication (da‘wa) ismaélienne en Syrie. Ces ismaéliens nizaristes .

Selon Vladimir Ivanov et Henry Corbin, le petit-fils de Nizâr (Al-Muhtadî ?) aurait été amené à la forteresse d'Alamût par Hasan ibn Sabbâh, qui dirigea la campagne nizârienne au nom de l'imam. La situation était analogue à la période de clandestinité (dawr al-satr), qui prévalait avant la montée des fâtimides, car les imâms restaient cachés (mastûr) à la vue du public pour éviter les persécutions dont ils étaient l’objet. Cette période de l'histoire est très confuse, car nous avons très peu de sources historiques ismaéliennes, la majorité des documents disponibles sont ceux écrits par les historiens sunnites, les plus âpres adversaires des ismaéliens nizâriens. Ces derniers croient que la descendance de Nizâr a survécu mais elle est demeurée cachée du public pour éviter les persécutions. Durant cette période d’incertitude Hasan-i Sabbâh était le représentant officiel qui entretenait une relation privilégiée avec l’imam pour mener la communauté à travers cette période turbulente.

Ainsi les historiens sunnites, ‘Atâ-Malik Juwaynî (gouverneur de Bagdad), Rashid al-din Fadl Allah (vizir des Houlagides Ghazan et Oldjaïtou) et l'auteur du livre intitulé Sargudhasht-i Sayyidnâ nous ont rapporté une version partielle et non objective de l'ismaélisme qui s’est développé à Alamût. Hasan ibn Sabbâh était à la fois un homme politique et religieux. Selon le philosophe Christian Jambet, Les régions appartenant aux ismaéliens nizâriens faisaient face aux différentes attaques de l’armée Saljûqs, de plus les Abbassides voulaient isoler les nizâriens afin de les faire disparaître de la région.

Le fils de Kiya Buzurg-Ummîd, , entreprit en 1138 de consolider le petit territoire nizârien, jusqu’à sa mort en 1162. Par la suite, comme la période était plus favorable et plus paisible, l’imâm Hasan ‘Alâ Dhikrihi al-Salâm, le descendant légitime de Nizâr, assuma pleinement la responsabilité l’administration de l’État nizârien.

La En 1162, Hasan II succède à son père (Al-Qâhir). Il va totalement bouleverser les conceptions religieuses nizâriennes. Le , il proclame la « Résurrection des Résurrections » (Qiyâmât al-Qiyâmât) devant une assemblée de croyants réunis à Alamût. Cette proclamation initiait les croyants au sens caché (bâtin) de la révélation afin de dévoiler la vérité (haqîqat), elle avait pour conséquence la levée de la loi religieuse (sharî‘a), non pas en l’abolissant mais en la considérant comme une étape préliminaire avant de la parachever avec la signification intérieure. Le cycle prophétique de Mahomet désormais achevé, les imams avaient pour mission de dévoiler le sens caché, en expliquant la dimension intérieure du Coran, en allant au sens premier, c’est-à-dire à la source de la révélation.

L’ismaélien nizârien Abû Ishâq-i Qohistânî, de la fin du , rapporte un extrait de la Grande Résurrection :

Le règne de Hasan ‘Alâ Dhikrihi al-Salâm est bref, il est tué par blessure en 1166Daftary, 1990, .. Son successeur l'imam Nûr al-dîn Muhammad poursuit cette mission spirituelle jusqu'en 1210. L’imam suivant, Jalâl al-dîn Hasan, proclame que la communauté entre à nouveau dans une période de clandestinité (satr). met plus d’emphase sur la sharî‘a afin d'établir de bonnes relations avec les sunnites, ce qui lui permet d'acquérir de nouveaux territoires. Son fils Muhammad III donne un peu moins d'importance à la sharî‘a, il restructure la doctrine et la pratique de la dissimulation de la foi (taqiyya) est rétablie pour entrer de nouveau en période de clandestinité (satr).

Le déclin L'État ismaélien à Alamût prend fin au avec l'invasion des Mongols dirigée par le conquérant Houlagou Khan. Rukn ad-Dîn Khurshâh est assassiné au cours de cette invasion vers 1255-1256. L'ismaélisme nizârien se perpétue en Perse, caché sous le manteau du soufisme ; un début d'émigration vers l'Inde s'amorce. Une partie des nizâriens préfère rester sur place puis migrer vers l'ouest.

Les descendants On connaît mal l’histoire des nizâriens dans la période qui suivit les destructions et les massacres des Mongols. Ce qui reste de la communauté se disperse en groupes isolés et tente de survivre le plus discrètement possible, toujours sous la menace de persécutions des sunnites. Le mouvement connaît une certaine résurgence au . La petite ville iranienne d’ est choisie comme siège de la communauté et des missionnaires sont envoyés en Inde et en Asie centrale.

Au , Hasan ‘Alî Shâh, imam héritier de la longue succession des imams ismaéliens nizâriens, reçoit le titre d’Aga Khan des mains du Shâh d’Iran. Obligé de quitter l’Iran pour des raisons politiques, Hasan ‘Alî Shâh s’installe en Inde. L'administration britannique impose aux Khôjas de le reconnaître comme leur imam, beaucoup refusent. Depuis 2025, l'Aga Khan V dirige la communauté ismaélienne.

Selon Carole Faucher, professeure à la Graduate School of Education de l'université Nazarbayev au Kazakhstan, on trouve de nos jours deux grandes communautés ismaéliennes nizârites : une dans les vallées des massifs montagneux de l'Hindou Kouch, du Karakoram et du Pamir, l'autre représentée par les Khojas, des descendants de convertis hindous du nord de l'IndeLes Ismaéliens du Tadjikistan : entre tradition et mondialisation, Carole Faucher - Dans Relations, numéro 794 - Février 2018.

Les imams nizâriens aux

+ Les imams nizâriens en Perse et en SyrieRègneImamReprésentant de l’imamRégion(s)1094-1095NizârHassan ibn al-SabbâhPerse1095-1096 ?`Alî ben Nizâr al-HâdîHassan ibn al-SabbâhPerse et Syrie1096 ?-1124al-Muhtadî ?Hassan ibn al-Sabbâh1124-1138Al-Môhtadî ben al-HâdîKiya Buzurg-Ummîd1138-1162Al-Qâhir ben el-Môhtadî bi-Ahkâmî’l-LâhMuhammad ben Kiya Buzurg-Ummîd1162-1166Hasan II ‘Alâ Dhikrihi al-SalâmRachid ad-Din Sinan1166-1210Muhammad II Imâm Nûr’ûd-Dîn1210-1221Hasan III Imâm Jalâl ad-Dîn1221-1255Muhammad III Imâm ‘Alâ ad-Dîn1255-1257Rukn ad-Dîn Khurshâh

Notes à propos des nizârites Doctrine du « ta‘lim » Souvent défini comme l'enseignement de l'imam, la doctrine du ta‘lîm fut développée plus particulièrement par Hasan-i Sabbâh. Al-Ghazali utilisa le mot de ta‘lîmiyya pour désigner les ismaéliens afin de les attaquer avec une hostilité spécialement violente dans son traité Kitâb al-Mustazhirî. Les ismaéliens en général ne suivent pas le sens littéral du Coran, mais beaucoup plus le sens ésotérique (bâtin) qui est donné par l'imam ; cet enseignement est appelé communément ta‘lîm. Ainsi les ismaéliens accordent beaucoup d'importance à l'exégèse spirituelle (ta'wîl), qui consiste à découvrir le sens caché derrière le zâhir. Le ta'wîl donné par l'imam éclaircit les versets allégoriques du Coran et donne le sens ésotérique des réalités transcendantales (haqâ'iq). Grâce à cet enseignement ta‘lîm, le croyant (murîd) a la possibilité de connaître et de s'unir à la déité. La charia, dans le sens de religion littérale, est néanmoins utile dans l'ismaélisme ; elle constitue la première étape de l'initiation. Comme l'imam est sâmit (« silencieux »), ce n'est pas lui qui enseigne les mustajîbs (néophytes), c'est le hujja qui transmet la ta‘lîm de l'imam. Grâce à son inspiration divine (ta'yîd) et à son raisonnement pur (‘aqlânî), le hujja est capable de transmettre l'enseignement de l'imam à l'adepte. L'homme laissé à lui-même est incapable de percevoir les réalités spirituelles, car il a tendance à associer à la déité des qualités anthropomorphiques.

Durant le Cycle d'épiphanie (Dawr al-kashf) où l'Imâm se manifeste intégralement, le zâhir et le bâtin sont en concomitance ; les adeptes connaissent le bâtin du zâhir, la présence du Hujja n'est donc plus nécessaire. Il n'y a donc plus de ta‘lîm.

Étymologie de « assassin » Existe-t-il un lien étymologique entre les termes « haschisch » et « assassin » ? Sur ce sujet, les avis divergent. Dans le Trésor de la langue française informatisé, on peut lire la thèse qui a largement prévalu en Occident depuis les croisades jusqu'à nos jours : le terme assassin provient de l'italien assassino, assessino, lui-même emprunté à l'arabe hashishiyyin, nom donné aux ismaëliens de Syrie par leurs ennemis., et désignant les consommateurs de haschich. Cette étymologie et la légende qui l'accompagne ont nourri l'imagination de nombreux auteurs, parmi lesquels on peut citer l'écrivain slovène Vladimir Bartol (Alamut), le bédéiste italien Hugo Pratt (La Maison dorée de Samarkand). Depuis les attentats du 11 septembre 2001, enfin, certains voudraient établir des parallèles, sinon une filiation, entre les méthodes de la secte des Assassins et celles d'Al-Qâ`idaPhilippe Ilial, La « secte des assassins » à travers les chroniques médiévales..