Située au sein de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise, l’abbaye de « Notre-Dame-la-Royale », plus connue sous le nom d'abbaye de Maubuisson est une ancienne abbaye cistercienne de femmes, fondée en 1234 par la reine Blanche de Castille. Devenue centre d'art contemporain en 2001, l'abbaye de Maubuisson produit des expositions à la fois monographiques et collectives, en prise directe avec le lieu. L’abbaye développe son projet de production et de médiation autour des trois axes qui structurent son identité : création contemporaine, et environnement naturel.

Historique De la fondation à la guerre de Cent Ans

Blanche de Castille, dans le cadre d'un renforcement des liens entre la royauté et les abbayes, décide de financer sa propre abbaye.

Elle annexe donc à son domaine, en 1234, Pontoise et des terres sur le territoire de Saint-Ouen, qui ne deviendra Saint-Ouen-l'Aumône que bien plus tard. Ces terrains présentent l'avantage d'être situés à proximité de son château situé à Pontoise, au confluent de l'Oise et du petit ru de Liesse.

C'est là, entre les villages de Saint-Ouen et d'Épluches, sur la rive gauche de l'Oise, qu'elle fonde son domaine de Maubuisson. Selon une légende locale, il s'agirait d'un terme traduit du latin et signifiant Maudit buisson, dû à la présence de brigands dans l'ancien bois situé sur ses terres. Néanmoins cette version n'est pas avérée et les historiens du service archéologique du Val-d'Oise cherchent encore la signification de Maubuisson en effectuant des recherches, notamment dans des archives de la commune de Saint-Ouen-l'Aumône.

L'enclos de l'abbaye couvrait à cette époque.

Pour donner vie à cette abbaye, Blanche de Castille s'est adressée, dès 1237, au chapitre général de Cîteaux et, en 1242, elle a tenu elle-même à installer, dans des bâtiments à peine achevés, un groupe de moniales venues de Saint-Antoine près du Paris de l'époque. Elle avait donné à cette abbaye le nom de Notre-Dame-la-Royale, en l'honneur de la Vierge Marie qui est la sainte patronne du royaume de France, mais le nom de Maubuisson a prévalu au cours des siècles.

Après la fondation de l'abbaye en 1241, celle-ci est rattachée à l'ordre cistercien en 1244. Elle bénéficie, du fait de son caractère royal, d'une forte protection et joue un rôle important dans l'économie locale.

Blanche de Castille fonda cette abbaye qui possèdait trois rôles bien distincts : dans un premier temps, il s'agit d'un endroit de recueil pour les jeunes filles de bonne noblesse ; dans un deuxième temps, l'abbaye de Maubuisson est utilisée comme résidence royale ; enfin, c'est une nécropole royale : la duchesse Bonne de Luxembourg y fut inhumée ; son fils y avait fait préparer son propre tombeau, et Gabrielle d'Estrées sera inhumée en 1599 dans le chœur de la chapelle.

C'est dans cette abbaye qu'en le roi complota la chute de l'ordre du Temple. C'est depuis l'abbaye qu'est émis l'ordre d'arrestation des Templiers, le , jour de la fête de l’exaltation de la Sainte-CroixSelon Julien Théry, le choix de ce jour a un sens mystique, puisque les accusations avancées par les conseillers royaux consistaient pour la plupart en offenses directes ou indirectes au Christ. Selon eux, les templiers « crucifiaient de nouveau Notre Seigneur », et le légiste Guillaume de Plaisians affirma en 1308 devant le pape que l'arrestation des « perfides templiers » par le roi de France était « la plus grande victoire remportée par le Christ depuis sa mort sur la Croix » - ..

C'est ainsi que dans la prairie de cette abbaye que le roi Philippe fit traîner les dépouilles meurtries de Gauthier d'Aunay et de son frère Philippe, en , et c'est dans cette abbaye qu'en 1324, Blanche de Bourgogne après avoir passé dix ans en détention à Château-Gaillard à la suite de l'affaire de la tour de Nesle, fut autorisée à se retirer où elle mourra peu après..

Du au , avant d'aller aux villes de la Somme, le roi de France (1423-1483) séjourna à Pontoise, et attribua sa protection spéciale à l'abbaye de Maubuisson par ses lettres patentesLettres patentes de , Pontoise, septembre 1463, . ainsi qu'en Lettres patentes de , Mitry, décembre 1474, ..

L'économie solide de l'abbaye lui permis de survivre à la guerre de Cent Ans.

Du vignette|La façade Nord-Ouest de la grange dîmière et l'emplacement d'un parking visiteurs depuis 2001. Au début du , sous l'impulsion de l'abbesse Antoinette de Dinteville (1482-1523), de nouveaux corps de bâtiments sont construits et l'abbaye compte 120 moniales. Mais la communauté traverse une période sombre avec les guerres de Religion : par deux fois au moins, en 1566 et en 1588, l'abbaye et ses dépendances sont pillées par les troupes protestantes.

En 1597, Angélique d'Estrées, la sœur de Gabrielle, obtient du roi Henri IV la charge de mère abbesse de l'abbaye royale. Les mœurs de l'abbaye n'ayant plus grand-chose à voir avec la règle de saint Benoît et l'esprit de saint Bernard, Angélique Arnauld reçoit en 1618 l'ordre du vicaire général de l'ordre de Cîteaux de quitter l'abbaye de Port-Royal pour réformer l'abbaye de Maubuisson. Là, elle a maille à partir avec Angélique d'Estrées et ses protecteurs. Mais, sur l'intervention du Parlement de Paris, le prévôt de l'Île s'empare des chapelains opposés à la réforme et rétablit Angélique Arnauld à la tête de l'abbayeCf. le récit de .. François de Sales rend plusieurs fois visite à la nouvelle abbesse.

Puis Angélique Arnauld est remplacée par de Soissons, mais celle-ci, qui , nous dit Racine, , meurt en 1627. La nouvelle abbesse, Marie Suireau, dite « Marie des Anges », choisie sur proposition d'Angélique Arnauld, dirige Maubuisson jusqu'en 1648. Dès 1628, elle eut à combattre l'influence du molinisme sur certaines religieuses, mais deux moniales suspectées de cette hérésie ayant été écartées, le retour à l'orthodoxie et aux canons cisterciens s'affirma.

Louise Hollandine de Bavière (1622-1709), fille de Frédéric V du Palatinat et tante d'Élisabeth-Charlotte de Bavière, seconde belle-sœur de Louis XIV, fut également abbesse de Maubuisson.

Le , l'archevêque Christophe de Beaumont, duc de Saint-Cloud, séjourne à l'abbaye pour réconcilier l'abbesse avec ses religieuses.

Au , l'abbaye voit son effectif de moniales diminuer et son influence régresser : le nombre de religieuses passe de 70 en 1720, à 18 en 1780. En 1786, Louis XVI décide de fermer l'établissement.

Avant la Révolution, cette abbaye rapportait de rente à l'abbesse..

Après la Révolution thumb|Lavis des ruines d'une partie de l'abbaye, en 1798, neuf ans après la Révolution française. vignette|Pièce d'eau du parc, traversée et alimentée par le rû de Liesse dévié.

En 1786, par décision de Louis XVI, l'abbaye perd donc sa fonction religieuse, situation définitivement entérinée sous la Révolution, et devient un hôpital militaire en 1793, puis après la démolition de certains bâtiments, sert de carrière de pierres au début du . Les bâtiments non détruits, étant encore utilisables au milieu de ce siècle, deviennent alors une filature et une ferme.

Classée monument historique en 1947, après des inscriptions en 1926 et 1945., elle devient la propriété du conseil général du Val-d'Oise en 1979. Des fouilles archéologiques poussées y sont menées durant deux ans, jusqu'en 1981, suivies d'importants travaux de restauration avec, notamment, la rénovation de la couverture de la tour de la grange à dîmes en 1988-1990.

Centre d'art contemporain L'abbaye de Maubuisson abrite aujourd'hui un centre d'art contemporain organisant des expositions. Depuis 2001, il dédie sa programmation aux arts plastiques et visuels contemporains. Les artistes invités sont choisis pour la pertinence et l’actualité de leur recherche, mais aussi pour leurs capacités à interroger un espace beaucoup plus complexe que sa seule identité patrimoniale.

De grandes expositions monographiques sont organisées chaque année, d'une durée de deux à huit mois. Elles donnent lieu à la production d’œuvres originales et reflètent la richesse et la diversité de la création contemporaine (installation, vidéo, photographie, sculpture, peinture, art numérique, création sonore…). L’abbaye est un laboratoire de projets : toute l’année, elle développe des programmes de recherche, de production et de médiation autour des trois axes qui structurent son identité : patrimoine architectural, création contemporaine et patrimoine naturel.

L'abbaye fait partie du réseau Tram, réseau fédérateur de structures qui produisent des œuvres d'art contemporain en Île-de-France, facilitant ainsi le dialogue entre professionnels de l'art.

Description thumb|Le bâtiment des latrines et le canal collecteur.

Abbatiale Notre-Dame-La-Royale C'était un édifice de très haute taille selon un texte de Noël Taillepied daté de 1584 : . Des grilles et des boiseries séparaient la clôture des moniales. Le maître-autel était orné d'un retable en marbre blanc, offert en 1340 par Jeanne d'Évreux. Il fut démantelé à la Révolution. Le relief de la Cène qui en ornait le centre est conservé à Paris dans l'église Saint-Joseph-des-Carmes.

Dans son mobilier se trouvait une Vierge à l'Enfant ouvrante conçue comme reliquaire, située près du maître-autel. Datée du , elle mesure de haut, et est en bois de noyer taillé, peint et doré. La Vierge est représentée assise, tenant l'enfant Jésus sur un genou. Elle s'ouvre par le milieu et forme un triptyque composé de trois parties creuses, divisées en plusieurs cases ornées de colonnettes de bois et de statuettes représentant le Paradis, l'Enfer, le Purgatoire et des scènes de l'Ancien et Nouveau Testament. En 1792, les religieuses la confièrent à leur jardinier et, en 1839, la statue fut donnée à l'église Saint-Ouen de Saint-Ouen-l'Aumône. Elle ne comportait plus aucune des statuettes intérieures d'origine, les statuettes des Douze Apôtres autour du Calvaire ayant été restituées lors d'une restauration vers 1840.... Elle a été classée le et a été volée le .

Sépultures Jusqu'à la fin du , l'église fut une nécropole royale, des laïcs de grandes lignées, ainsi que les abbesses y furent inhumés. Il y avait cinq lieux d'inhumation dans l'abbaye :

L'église abbatiale Elle est destinée à la famille royale et aux personnages de hautes lignées. 1252 : Blanche de Castille.. Lors des fouilles de 1907 on a retrouvé près du lieu de sa sépulture de nombreux objets précieux qui disparurent mystérieusement sans que l'on sache à qui ils appartenaient. 1320 : Jeanne de la Marche (fille de Charles IV le Bel et de Blanche de Bourgogne), inhumée dans un tombeau de marbre noir recouvert d'un gisant de marbre blanc. 1271 : Alphonse de Poitiers (1220-1271), sépulture de ses entrailles. 1275 : Marie de Brienne (1225-1275)Obituaires de Sens Tome I. 2 de l'abbaye de Maubuisson, .. 1296 : Jean de Brienne dit d'Acre (mort en 1296), bouteiller de France, fils de Jean de BrienneÉpouse en 1251/1252 Marie de Coucy, veuve du roi Alexandre II d'Écosse dit Le Pacifique, et fille d'Enguerrand III de Coucy.. Inhumé dans le chœur des religieuses. 1302 : Robert II d'Artois (1250-1302), dans le chœur des religieuses. 1309 : Blanche de Brienne d'Eu (1276-), abbesse, inhumée dans le petit chœur d'hiver des religieuses. 1326 : Blanche de Bourgogne, morte à l'abbaye le , inhumée dans le chœur des religieuses. 1328 : Charles IV le Bel (1294-1328), il meurt le , ses entrailles sont inhumées dans le chœur à droite du maître-autel, devant le premier pilier. 1328 : Marguerite de Brienne (morte le ), inhumée dans le chœur à droite du maître-autel et du pilier. Fille de Louis de Brienne dit d'Acre et d'Agnès de Beaumont-au-Maine. Elle fut l'épouse à Naples de Bohémond VII dit Le Beau de Poitiers, prince d'Antioche, comte de Tripoli le .. 1329 : Mahaut d'Artois (1269/70-1329), morte le et inhumée dans le chœur des religieuses.