L'histoire d'Arles sous la Révolution s'inscrit dans le cadre général de la Révolution nationale avec des particularités à la fois départementales et locales. La ville se déchire entre MonnaidiersNom donné aux habitants du quartier de la Monnaie, ancien nom du quartier de la Roquette. et ChiffonistesNom dérivé de la maison du chanoine Giffon dans laquelle se réunissent les partisans du roi qui tiennent à l'est de la ville les quartiers de l'Hauture et de la Cavalerie. c'est-à-dire entre patriotes et royalistes qui tour à tour dirigent la cité. Cette époque est illustrée par quelques figures nationales telles le jacobin aristocrate Antonelle, premier maire élu et plus tard membre de la conjuration des Egaux, ou le dernier archevêque d'Arles, monseigneur du Lau assassiné aux Carmes en septembre 1792. Marquée par des éléments climatiques rigoureux et des conditions économiques difficiles qui accroissent un climat social tendu, cette période révolutionnaire aura pour conséquence la disparition de l'église d'Arles et va structurer profondément la population et la vie politique arlésiennes en créant des rancœurs persistantes qui se manifesteront jusqu'au début du .
Les prémices thumb|180px|Ouverture des états généraux à Versailles
// évoquer les particularités sociales de la cite : importance de la noblesse, les conflits entre noblesse et bourgeoisie, le peuple de la Roquette, l'état du clergé...//
En 1788-1789, un rude hiverÉmile Fassin – Bulletin archéologique d’Arles, 1891 , pages 11-14 : Lors de la débâcle, le 13 janvier 1789, « dans la nuit, la glace s'est détachée à la porte Saint-Jean, et a approfondi le pont dans le Rhône et l'a brisé totalement.» (Mémorial de Vallière). Un nouveau pont est construit et mis en place en septembre de la même année. avec une température qui descend à -18°Pierre Véran - Manuscrit 630 de la Médiathèque d’Arles : ... Le 29 décembre le thermomètre de Reaumur placé en plein air descendit au 10° degré au-dessous de la glace, le lendemain il lut au 11° degré, et le dernier décembre au 18° degré un vent affreux du nord soufflant et couvrant le soleil, la consternation devint générale. détruit les oliviers et interdit les travaux agricoles. Ce froid plonge dans une profonde misère une population essentiellement rurale réduite au chômage et accablée par l’impôtIl s'agit essentiellement d'impôts sur la consommation, dont le fameux piquet de la farine. Au mois de mars 1789, des émeutes éclatent partout en Provence. La ville d'Arles se soulève dès le ; matelots et gens de mer arrachent au premier consul une baisse du prix des comestibles.
La préparation des États-Généraux à Arles
Après la décision du roi de convoquer les États-Généraux, Arles élit dès le ses délégués chargés de rédiger les cahiers de doléances. Sont désignés deux avocats, Blain et Lombard, deux médecins, Bret et Boyer, deux procureurs, Féraud et Estrangin et deux notaires Gilbert et BertrandChristophe Gonzales - Un grand bourgeois arlésien Jean-Mathieu Arthaud... - Collection "Histoire d'Arles" - Société des amis du vieil Arles - 2011 - - . Présenté dès le lendemain, ce projet de cahiers est validé et adopté dans la fouléeRémi Venture – AVA , Petite chronologie des évènements révolutionnaires arlésiens – septembre 1990 – et suivantes . Le lieutenant-général de la sénéchaussée d'Arles et plus haut représentant du roi dans la cité, Jean-Mathieu Artaud, ouvre l'assemblée générale le . Il préside également la séance qui inaugure les travaux du tiers-état le Christophe Gonzales - Un grand bourgeois arlésien Jean-Mathieu Arthaud ... - Collection "Histoire d'Arles" - Société des amis du vieil Arles - 2011 - - . Toute cette préparation se déroule dans un contexte social difficile, lié notamment à la cherté des produits alimentaires (pain et viande), comme le soulignent les réunions des 21, 22 et et l’affichage de placards dans la nuit du 27 au 28 du même mois.
Du au , les représentants élaborent, non sans grandes difficultés, leurs demandes et choisissent leurs députésLes troublent reprennent à l'occasion de la préparation des cahiers de doléances qui se tient à Arles le 30 mars, et après avoir récusé leurs députés aux États Généraux, les Arlésiens se rendent maîtres de la municipalité. ; pour le clergé, il s'agit de l'archevêque de la ville, Jean Marie du LauL'abbé Chailan (AVA ; Chailan - Un grand Vicaire de Mgr du Lau : l’abbé Pierre de Bertrand des Ferris (1741-1819) - ) précise que son élection fut assez compliquée : « Les électeurs de la Sénéchaussée d'Arles s'étaient réunis le 30 mars 1789, dans l'église des Cordeliers pour élire trois députés. Mgr du Lau présenta sa candidature : elle rencontra de l'opposition. C'est ainsi que quelques prêtres ne voulurent pas admettre, comme électeurs, les députés du clergé comtadin sous prétexte qu'ils n'étaient pas sujets du roi de France, en réalité parce qu'ils étaient favorables à l'archevêque. Le président de l'assemblée, Artaud, nomma quatre ecclésiastiques pour juger le différend, parmi lesquels l'abbé de Bertrand; ils furent récusés. Néanmoins les députés du Comtat ne furent pas exclus et Mgr du Lau fut élu le 8 avril par 157 voix sur 208 électeurs. », pour la noblesse M. de Provençal de Fonchâteau et pour le tiers-état, du médecin André Pélissier et d'un ancien magistrat, M. de ServanChristophe Gonzales - Un grand bourgeois arlésien Jean-Mathieu Arthaud... - Collection "Histoire d'Arles" - Société des amis du vieil Arles - 2011 - - p.23. Le , sur convocation des consuls, un autre député représentant "la ville et pays d'état d'Arles" avec un cahier de doléances spécifique, est également désigné.
L'été 1789 Au début des moissons en juin, une émeute éclate. Elle est conduite par des journaliers s'insurgeant contre des salaires trop basÉmile Fassin – Bulletin archéologique d’Arles, 1890 , pages 85–88 : Le 14 juin 1789, manifestation de journaliers - « Les moissonneurs montagnards parcoururent la ville ayant à leur tête un tambour et un fifre ; ils publiaient sur les places publiques que ceux qui se loueraient à moins de 40 sols seraient pendus. Les Consuls, avertis de cette sédition à 8 heures du matin, prièrent M. du Chevalier, major du régiment de Soissonnais, de leur accorder main-forte pour arrêter les chefs. À l'instant deux piquets se rendirent sur la place des Portefaix (actuelle place du Forum), sous les ordres du major et de l'officier de garde, et les Consuls à la tête des gardes de police firent saisir une femme assise sur un tambour. Le soir, à 5 heures, le moissonneur qui avait joué du fifre fut arrêté dans un cabaret, et à 8 heures celui qui avait battu de la caisse. La multitude fut si effrayée qu'elle resta tranquille » (Manuscrit Pomme).. La Grande Peur gagne le territoire arlésien à la fin de Émile Fassin – Bulletin archéologique d’Arles, 1889 , pages 107-110 : Le 30 juillet 1789, grand émoi dans la ville d'Arles sur le bruit qu'une troupe de brigands pillait les villages voisins. Tout le monde s'armait en prévision d'une attaque. Cette fausse alerte dura plusieurs jours.. Le , ils déposent leurs consuls et un nouveau conseil est formé, composé de représentants de la noblesse, du clergé, de la bourgeoisie et de diverses corporations.
Les événements 1790-1792 : la lutte communale entre Monnaidiers et Chiffonistes La prise du pouvoir par les Monnaidiers
Dès les premiers mois de la Révolution, Pierre-Antoine Antonelle, chef des Monnaidiers (partisans de la Révolution) en dépit de ses origines aristocratiques, devient le plus important protagoniste de la Révolution française à Arles. Il est élu le maire de la ville, grâce aux voix des artisans et des marins du quartier populaire de la Roquette. Au cours de sa mandature, il octroie une autonomie au village de Fontvieille qui devient commune autonome par déduction du territoire arlésien et avec ses officiers municipaux, il réorganise le découpage administratif de la ville en procédant notamment à une nouvelle nomenclature de rues et en divisant la cité et son territoire en sections.
thumb|left|La cathédrale Saint-Trophime sur la place de la République Le , la première fête patriotique se tient sur la place de la République et tous les prêtres constitutionnelsDans le diocèse d'Arles, environ 60 % des prêtres prêtent serment. prêtent serment ce jour-là. Aristocrate mais farouchement anti-clérical, Pierre-Antoine Antonelle s’oppose dans la cité à l’archevêque Monseigneur du Lau et aux partisans royalistes, les Chiffonistes. Le , le maire Pierre-Antoine Antonelle, assisté d'un ancien procureur royal devenu officier municipal, Ripert, met le décret du Il s'agit du décret de l'Assemblée nationale abolissant le siège archiépiscopat et la chapitre d'Arles. à exécution en expulsant de Saint-Trophime les chanoines récalcitrants.
Tous ces événements se déroulent à partir de l'automne dans une situation climatique et sociale dégradée. Des pluies exceptionnelles entraînent en effet les 11 et une crue du Rhône et une inondation de la majeure partie du territoire arlésien. Cette catastrophe oblige la municipalité à demander des secours et à l'approche de l'hiver, à subvenir aux plus pauvres par des distributions de blés puis à organiser par la levée d'un impôt, des ateliers jusqu'à la reprise des travaux agricolesJean-Maurice Rouquette (sous la direction de) - ARLES, histoire, territoires et cultures, pages 794-795..
La réaction royaliste
En dépit de la couleur politique des édiles, Arles avec une noblesse abondante en contact avec le Languedoc et les réseaux aristocratiques, devient rapidement une plaque tournante contre-révolutionnaire. Un club de nobles bâtit à cette époque le monumental Cercle de la Rotonde, édifice inspiré des œuvres de l’architecte néoclassique Claude-Nicolas Ledoux. Dès , la Chiffone se dote d'un programme : les Commandements du vrai français qui exigent la soumission au roi et le retour des formes traditionnelles de la religionJean-Maurice Rouquette (sous la direction de) - ARLES, histoire, cultures et territoires, page 797.. À la fin de l'année 1790, la crainte d'un complot suscite dans toute la Provence une flambée de violences, notamment à Aix-en-Provence. Dans ce climat de tension quotidienne, les deux clans Monnaidiers et Chiffonistes s’affrontent.
Contre toute attente, alors que l'opposition royaliste s'organise, Antonelle commet certainement une faute politique en abandonnant à la mi-avril 1791 la cité pour aller combattre aux côtés des Avignonnais. En son absence, les Monnaidiers se retrouvent sans véritable chef ce qui favorise les excès en tous genres notamment contre les religieuses qui refusent de reconnaître la Constitution civile du clergé et attise la colère de leurs ennemis. Le mois de mai voit ainsi se multiplier exactions et assassinats par les deux camps. Aussi lorsque le , l'évêque métropolitain des Côtes de la Méditerranée (M. Benoit Roux, d'Eyragues) fait son entrée dans la ville d'Arles, il a beaucoup de peine à se faire reconnaître. La majorité de la population lui témoigne de l'hostilité, le clergé « réfractaire » faisant le vide autour de luiÉmile Fassin – Bulletin archéologique d’Arles, 1890 , pages 85-88.. En représailles, le , les Monnaidiers chassent les prêtres insermentés de la ville. Dans cette situation, lorsqu'Antonelle revient le , il ne peut qu'assister impuissant à ce chaos et au coup de force que vient de réaliser la Chiffone le jour mêmeHippolyte Taine, Les origines de la France contemporaine, III :