Hieronymus Brunschwig, Jérôme Brunschwig, né vers 1450 à Strasbourg et mort vers 1512 dans la même ville, est un apothicaire et chirurgien alsacien, germanophoneOtto Brunfels. Contrafayt Kreüterbuch…, Strasbourg 1532, Vorred, Cap. 32.Digitalisat.. Il est l'auteur d'ouvrages pratiques sur les techniques chirurgicales et les instruments et procédés de distillation de matière médicale. Écrit en allemand (plutôt qu'en latin) pour se mettre à la portée du plus grand nombre, il s'adresse directement à ses lecteurs et leur indique comment procéder pas à pas par eux-mêmes. Les deux tomes du Livre de la Distillation (publiés en 1500 et 1512) sont probablement les premiers manuels de distillation destinés aux apothicaires publiés en Europe. Ouvrages à succès, ils eurent une influence profonde à travers de nombreuses rééditions, traductions et imitations. Leur célébrité tient aussi à la qualité du travail de l'imprimeur-éditeur Johann Grüninger qui employait une équipe de graveurs de planches xylographiques afin de pourvoir ses publications de nombreuses illustrations de belle facture.
En tant qu'apothicaire, Brunschwig concevait la distillation comme une technique de purification des substances permettant d'en extraire la partie pure, thérapeutiquement efficace, de la partie impure, toxique. Il prôna le remplacement des formes galéniques traditionnelles de la matière médicale par une forme distillée.
Sa notion de la distillation influencée par Roquetaillade et l'usage qu'il en fit en pharmacologie, marque le début du passage de l'usage des herbes médicinales aux produits chimiques.
Biographie
On sait très peu de choses de la vie de Jérôme Brunschwig. Il est né vers 1450 à Strasbourg, ville libre du Saint-Empire, et il y a vécu. Après une formation chirurgicale, il a voyagé en Alsace, Souabe, Bavière, Franconie et Rhénanie. et a appris sur le tas à préparer des remèdes et à procéder à des distillations. Il indique dans une de ses œuvres avoir soigné le bourgmestre de Francfort, Melchior Blüme, pour 15 florinsBrunschwig, Liber de arte distillandi de compositis und das Buch Thesaurus pauperum […], J. Grüninger, Strasbourg, 1512, fol CCX v°.. Il signale en plusieurs endroits comment il a appris par l'expérience au contact des malades. C'est donc à juste titre que des pièces d'archives parlent de lui comme d'un homme non pas instruit et savant (« gelehrt »), mais « expérimenté » ().
Quelques notes dans son Das Buch der Cirurgia (1497) ont suggéré qu'il avait étudié à Bologne, à Padoue et à Paris et participé à la guerre de Bourgogne. Mais ces hypothèses, pourtant répétées à satiété, restent sans preuvesH. E. Sigerist, 1923, .Jan Frederiksen, « Hieronymus Brunschwig », dans Die deutsche Literatur des Mittelalters : Verfasserlexikon, , Berlin, De Gruyter, ..
Il s’installe à Strasbourg à la fin du comme apothicaire et chirurgien. Dans la réédition de 1532 de son ouvrage le Grand Livre de la distillation, l'éditeur-imprimeur Barthélemy Grüninger, fils de Jean Grüninger qui a publié ses ouvrages de son vivant, le désigne explicitement comme chirurgien (« médecin des plaies ») et apothicaire : . Cette information est confirmée par deux autres sources : En 1518, le Miroir de la Médecine de Laurent Fries parle de lui comme de l'apothicaire qui a sa maison près du marché aux poissons, chez qui le menu peuple des villages et châteaux se précipite en implorant de l'aide () et qui leur a écrit deux beaux livres () où on peut puiser de bonnes leçons. Cet ouvrage mentionne aussi le fait que Brunschwig avait une activité d'apothicaire ambulant dans la campagne alsacienne où il était très populaire. En 1517, les pièces d'un procès mentionnent à deux reprises .
Il écrivit plusieurs ouvrages sur l'anatomie, le traitement des blessures, la préparation des remèdes et la distillation, qui connurent un certain succès et furent plusieurs fois réédités. L'ouvrage sur l'art de la distillation, Liber de arte distillandi de simplicibus (1500) a établi sa renommée.
Œuvres
Il est l'auteur de quatre ouvrages majeurs, publiés par un des grands représentants de la tradition strasbourgeoise des incunables illustrés, l'imprimeur Johann Grüninger .. Dis ist das Buch der Cirurgia. Hantwirckung der Wund artzny, 1497 Liber de Arte distillandi de simplicibus. Das Buch der rechten Kunst zu distilieren die eintzigen Ding, 1500 Liber pestilentialis de venenis epidemie. Das Buch der Vergift der Pestilentz, 1500 Liber de Arte distillandi de compositis. Das Buch der waren Kunst zu distillieren die Composita und Simplicia und das Buch Thesaurus pauperum, ein Schatz der Arme, 1512 Pour se mettre à la portée des barbiers-chirurgiens et de l'homme du commun, Brunschwig écrit en allemand, son manuel de chirurgie. Avec les plus importants chirurgiens germanophones de la Renaissance, , Hans von Gersdorff, Brunschwig écrit dans une langue et un style accessibles aux profanes.. En France, le réformateur de la chirurgie française, Ambroise Paré, fait de même, dans des textes pleins de verve et de bon sens.
En , sort Liber pestilentialis de venenis epidemie sur la peste. Normalement les soins du patient relevaient du médecin et le rôle du chirurgien n'était que d'ouvrir les plaies des pestiférés. Brunschwig fut témoin de l'épidémie de peste de 1473 qu'il décrit en termes saisissants. C'était comme un abattoir, dit-il, où chacun cherchait à tout prix à s'en sortir seul, en oubliant tous les liens de solidarité familiale, amicale ou de voisinage. Les médecins fuirent et les prêtres et frères mendiants firent de même, sans recevoir les confessions des mourants. Mais les chirurgiens restèrent, dit-il.
Brunschwig continuera à préférer la langue vernaculaire au latin académique pour écrire ses ouvrages sur la distillation des remèdes, même s'il donne des titres en latin. Il fournira des traités pratiques, accumulant des détails de fabrications et de recettes, et donc parfois considérés comme uniquement destinés aux praticiens mais en fait assez novateurs sur le plan interprétatif, car fournissant une conception de la Quintessence qui annonce l'alchimie spéculative du . Publiés initialement par l’éditeur Johann Grüninger à Strasbourg, ils eurent de nombreuses éditions et furent traduits en anglais, hollandais, tchèque et russe mais pas en français.. Ils firent autorité pendant tout le .
Chirurgie, 1497
L'incunable Cirurgia. publié en 1497 rencontra un succès considérable. C'était l'époque où les chirurgiens de langue allemande absorbaient allégrement les découvertes et les techniques des chirurgiens italiens et français, pour essayer de combler leur retard sur leurs confrères d'Europe du Sud qui avaient reçu le savoir médical des Anciens et des Arabes.. Avant Brunschwig, le chevalier teutonique (Pfalzpeunt) était le type même de l'habile praticien qui ne connaissant pas le latin, avait rendu cependant compte dans son œuvre de son expérience de chirurgien de guerre. et fait part de son intérêt pour les blessures par balles. Les œuvres des chirurgiens latins commencèrent à traverser les Alpes à partir du dans des traductions en allemand : les innovations de Théodore Borgognoni, Henri de Mondeville, et Guy de Chauliac devinrent alors disponibles.
Quand il publia son manuel de chirurgie, Brunschwig eut l'avantage sur ses prédécesseurs du fait qu'il était doué d'un talent littéraire certain et qu'il trouva un imprimeur-éditeur Johann Grüninger, qui attachait la plus grande importance à l'illustration des ouvrages.
Brunschwig fournit avec Cirurgia, un manuel pour les apprentis, un compendium de pratique générale, , dit-il. Il y expose la pratique chirurgicale connue des Italiens et des Français et fournit des conseils pratiques propres à aider les chirurgiens dans le traitement des plaies. Pour être tout à fait à la portée de tous, Brunschwig écrit dans le parler de sa ville natale, l'alsacien. Il examine en sept articles, le traitement des blessures, fractures et luxations, et en raison du rôle important du traitement médicamenteux qui accompagnait les interventions, il annexe un antidotaire. Pour les anesthésies, il utilise une potion narcotique, faite à base de Solanaceae (atropa, jusquiame, mandragore) et de Papaveraceae (opium, coquelicot) etc. Le procédé pouvait être dangereux et entrainer la mort du patient.
Selon Gundorf Keil, l'ouvrage est essentiellement une compilation, n'apportant rien de nouveau par rapport aux traités chirurgicaux antérieurs en langue allemande.. On y relève des citations de divers auteurs comme du chirurgien français du , Guy de Chauliac (Guido), auquel Brunschwig fait de larges emprunts. Il emprunte aussi au moine médecin italien Guillaume de Salicet du , au chirurgien des rois de France, Henri de Mondeville, et à travers eux à la tradition du galénisme : Galien, Rhazès, Mésué, Aboulcassis. On ne trouvera pas d'originalité dans le traitement des blessures, des fractures, luxations ainsi que dans la pratique de la trépanation et de l'amputation, traités tous de manière traditionnelle. Cependant, Brunschwig peut faire preuve d'esprit critique en s'appuyant sur son expérience personnelle.
L'œuvre a été très appréciée pour sa riche iconographie, largement diffusée par la suite. Les planches de gravures de bonne facture représentent un progrès notable pour la chirurgie de langue allemande qui était en retard par rapport à celle d'Italie et de France.
Cirurgia sortit à Strasbourg le chez Johann Grüninger mais dès , une édition pirate paraît à Augsbourg, chez Schönsperger, avec une correction des erreurs. Grüninger entra immédiatement en contact avec l'auteur qui écrivit quatre chapitres supplémentaires, sur l'embaumement, l'amputation de membres gangrénés, l'expulsion des vers intestinaux, illustrés de deux nouvelles gravures. Ce nouveau texte fut rassemblé dans un cahier annexé à l'ouvrage. Au , trois nouvelles éditions sortirent : en 1513 chez Grüninger à Strasbourg, en 1534 et 1539 chez Alexandre Weyssenhorn à Augsbourg. Un traduction anglaise sortit en 1525, une néerlandaise en 1535 et une tchèque en 1559.
Distillation, 1500, 1512 Les deux volumes du Livre de la Distillation (Liber de Arte Distillandi) produits par Brunschwig en 1500 et 1512 visaient, suivant ses dires, (d'après The vertuose boke of distyllacyon, traduction anglaise de 1527 de Kleines Destillierbuch). Dans ces ouvrages, il fait le point des connaissances de son époque sur les appareils à distiller et indique l'usage qui peut en être fait en pharmacologie.
En ces débuts de l'imprimerie européenne, ces ouvrages de Brunschwig sur la distillation connurent un grand succès en raison des innovations que constituaient la typographie, l'utilisation d'une riche iconographie et le choix d'écrire dans une langue vulgaire plutôt qu'en latin académique. C’est dans l‘incunable Liber de arte distillandi de simplicibus (1500) qu’on trouve la première description imprimée des techniques de distillation des substances d’origine végétale et animale.
L'art de la distillation qui remontait aux alchimistes gréco-égyptiens (comme Zosime de Panopolis), fut approprié et modifié par les médecins-alchimistes de langue arabe qui distillaient des minéraux et des matières organiques et produisaient de l'eau de rose à des fins médicinales. La réception de ces travaux se fit à École de Salerne en Italie aux s, par des traductions de arabe en latin. Cependant pour pouvoir produire efficacement de l'eau-de-vie par distillation du vin, il fallait aussi disposer d'alambics dotés d'un système de refroidissement efficace des vapeurs, par l'intermédiaire d'un serpentin refroidi en permanence par de l'eau fraîche. Cette innovation essentielle semble s'être produite dans la Bologne de Théodore Borgognoni, durant la période 1275-1285 (McVaugh., 2005) mais tarda très longuement à être mise en œuvre, puisque Brunschwig ne l'utilise pas.