Bernardon de la Salle, né en 1339 et mort en juin 1391, originaire du diocèse d'Agen, gendre de Bernabò Visconti, chef routier, est le seigneur de Figeac, de Mornas, de Caderousse, d'Oppède, de Malaucène, de la Tour-de-Canillac et de Mas-Blanc (à Saint-Rémy-de-Provence) ainsi que de Soriano nel Cimino en Italie.
Biographie thumb|left|200px|Gravure à l'effigie de John Hawkwood, beau-frère de Bernardon de la Salle.
Surnommé Chicot par ses compagnons, il est aussi peu connu en France que célèbre en Italie où il apparaît sous les noms de Bernardo della Sala ou de Bernardo Guascone. John Hawkwood (Giovanni Acuto), son beau-frère, le considère comme le meilleur des condottières depuis Giovanni degli Ubaldini.
À la solde des Anglais, des papes d'Avignon et des Visconti Bernardon s'illustra tant par ses faits d'armes au service de Charles le Mauvais, roi de Navarre, du Prince Noir, du pape d'Avignon, Clément VII, de Louis II d'Anjou, comte de Provence et roi de Naples, que des Visconti. À leur service, il est de notoriété que jamais le Gascon ne commit un seul acte de lâcheté ou de félonie. Il serait difficile de dire de même lors de ses guerres d'aventure en Languedoc rhodanien (Pont-Saint-Esprit, Anduze), en Bourbonnais (Saint-Pourçain, Belleperche) ou en Italie contre Sienne, Pise ou Lucques. Marié à Riccarda, une fille naturelle Bernabò ViscontiBernardon de la Salle se maria à Riccarda Visconti, fille de Catarina Freganeschi de Crémone et de Bernabò. Quant à son beau-frère John Hawkwood (Giovanni Acuto), il épousa Donnina, fille naturelle de Bernabò Visconti et de Montaninna de Lazzari., il est aussi le père de Bernardon de Serres et d'Antoine de la SalleVers 1385, Bernardon de la Salle avait eu, avec sa compagne Perrinette Damendel, un fils naturel baptisé Antoine. À la mort de son père, celui-ci hérita de ses fiefs provençaux de la Tour-de-Canillac et de Mas Blanc sis sur le territoire de Saint-Rémy-en-Provence qui lui avait été vendus par Raymond de Turenne. Ils lui furent confirmés, le 8 mai 1407, par Louis II d'Anjou, comte de Provence. Antoine accompagna ensuite Louis II dans sa tentative de reconquête du royaume de Naples. Passé au service du roi René comme précepteur de son fils Jean de Calabre, en 1435, il écrivit, pour l'instruction du jeune prince, la fameuse Histoire et plaisante chronique du petit Jehan de Saintré et de la jeune Dame des belles cousines..
Ses campagnes en France
Il commença sa carrière en France, en 1359, aux côtés de Jean de Grailly, Captal de Buch, capitaine de Charles le Mauvais, roi de Navarre. Démobilisé après la paix de Brétigny, il fut l'un des initiateurs des Grandes Compagnies en mai 1360.
Un des chefs des Tard-Venus
Ces routiers arrivèrent dans la vallée du Rhône, en décembre de la même année. Outre Chefs Bernardon de la Salle, il y avait John Hawkwood, le Petit Meschin, Robert Briquet, l'Espiote, John Creswey, Naudon de Bageran, Lamit, Bataillé et le Bour de Lesparre. Ces routiers, connus sous le nom de Tard-Venus, étaient à la solde d'André de Beaumont, le beau-frère du duc de Lancastre, et de Pierre Vernay, dit l'Anglois, qui avaient pour mission de mettre sur le trône de France un dénommé Jean Gouge (Gianinno Guccio ou Baglioni). Celui-ci prétendait être Jean de France, dit le Posthume, le fils de Louis X le Hutin et de Clémence de Hongrie.
Le Gascon s'illustra dans la nuit du en prenant d'assaut Pont-Saint-EspritLes Spiripontains, réfugiés dans l'église, durent payer pour avoir la vie sauve .. Face à sa fougue, le Sénéchal de Beaucaire, Jean de Souvain, qui dirigeait la résistance, se cassa une jambe en tombant d'un des hourdages de bois des rempartsLe Parvus Thalamus de Montpellier indique : Aquel meteys, an LX, la nuoc dels innocens, fo pres lo luoc de Sant Esprit, sus lo Roze, per una compenha angleses. Johan Souant, sénescal del Belcaire, en la combatement tombet d'un cadafale de fuste ont era et rompet se cuyssa.. Ce dont fut pitié, car ils y occirent tant maint preudommes et violèrent tant maintes dames et demoiselles, et y confirent si grant avoir que sans nombre, et grande pourveance, pour vivre un an tout entier nous a confié Froissart.
Mercenaire des Anglais et du roi de Navarre
Puis, Bernardon participa à la fameuse bataille de Brignais où les troupes régulières françaises furent défaites et où trouva la mort Jacques de Bourbon, comte de la Marche. Il rejoignit ensuite Robert Knolles et John Creswey avec lesquels il ravagea le vignoble de Saint-PourçainRobert Knolles, dit Canolles ou Robin Quanole, vint assiéger Saint-Pourçain où s'était fortifié Thomas de La Marche, Lieutenant du duc de Bourbon dans tous les païs gouvernés par iceluy. Le Capitaine anglais s'y cassa les dents et, en représailles, fit ravager ce célèbre vignoble (cf. Marcellin Bourdet, 1900, Thomas de la Marche, Bâtard de France et ses aventures (1318 – 1361), Riom)..
Revenu au service de Charles le Mauvais en 1363, en octobre, il prit par surprise la Charité-sur-Loire, où il allait être assiégé par les troupes françaises en , après la victoire de Cocherel. Il avait en face de lui, le connétable Moreau de Fienne, les maréchaux Jean le Meingre, dit Boucicaut, et Arnould d'Audrehem, ainsi que Mouton de Blainville, Louis de Sancerre et Bertrand du Guesclin. Ne recevant aucun secours du roi de Navarre, Bernardon s'engagea avec Creswey et Briquet à rendre la Charité et à ne plus servir le Mauvais pendant trois ans. 200px|thumb|Le Prince Noir, lithographie du
Au service de du Guesclin et du Prince Noir L'année suivante, il se trouva en Espagne en compagnie de Bertrand du Guesclin pour aider Henri de Trastamare à renverser Pierre le Cruel, roi d'Aragon. Mais Bernardon, au cours du mois de février 1367, passa sans état d'âme au service du Prince Noir pour lutter cette fois contre Henri de Trastamare et Bertrand du Guesclin.
En la mi-août 1369, toujours pour le compte du Prince Noir, il s'empara avec Bernard de Wisk et Hortingo de la Salle, du château de Belleperche, ou résidait Isabelle de Valois, belle-mère de Charles V de France. Il y fut assiégé en , par Pierre de Bourbon, Louis de Sancerre et Édouard de Beaujeu mais ne se rendit qu'en mai 1370. Ce qui lui permit de participer en septembre de cette même année à la reprise et au sac de Limoges avec le Prince Noir.
Le seigneur de Figeac revient en Languedoc thumb|230px|left|Figeac, fief offert par les Anglais à Bernardon de la Salle Il fut adoubé par son compagnon d'armes Bertucat d'Albret le , jour où il prit Figeac pour les Anglais.. Il n'abandonna cette cité, dont lui avait été donné la seigneurie, que contre pour la délaisser au cours de l'été 1373 après avoir fait jurer fidélité par ses habitants au roi d'Angleterre.
Mais depuis le , d'étranges rumeurs circulaient à Nîmes concernant une compagnie de routiers qui s'était retranchée dans Anduze, fief de Guillaume III Roger de Beaufort, frère de Grégoire XI.
C'était l'avant-garde des troupes de Chicot qui campaient aux portes du Puy-en-Velay. Inquiets, les consuls nîmois envoyèrent leurs valets de ville auprès des municipalités de Viviers et d'Aubenas avec pour mission de vérifier sur place la présence, le nombre et les intentions de ces gens d'armesLes consuls de Nîmes dépêchèrent sur le chemin de Regordane des courriers pour prendre aussi contact avec leurs homologues d'Alès, de Génolhac et du Puy. Leur rapport, noté à la date du 3 juin 1372, faisait état de la présence de Routiers au-dessus d'Alès et dans la région de Saint-Quentin [la Poterie] qui bloquaient le passage du pont du Saint-Esprit ..
Le pillage de l'Anduzenque
Jusqu'à la fin de l'été 1372, Bernardon de la Salle et ses hommes s'installèrent dans l'Anduzenque et vécurent sur le pays. Le , plusieurs compagnies du Gascon firent mouvement vers Bagnols-sur-Cèze, autre fief du vicomte de Turenne défendu par Jean Coq, son Capitaine des Gardes. Après avoir tenté de s'emparer sans succès de la cité, les routiers se retirèrent et passèrent le Rhône par le pont du Saint-Esprit dans la nuit du 8 au afin de rejoindre leur chef qui s'était dirigé vers le Comtat Venaissin. Là, Bernardon traita avec Juan Fernández de Heredia. Le Capitaine des Armes du Comtat l'engagea avec nombre de ses gens dans les troupes de François des Baux, duc d'AndriaBernardon de la Salle passa au service de François des Baux, duc d'Andria, et partit à la tête de 15 000 hommes d'armes pour l'aider à reprendre ses fiefs napolitains confisqués par la reine Jeanne. Cette campagne ayant échoué, il monnaya son retour en Provence contre 600 000 florins.. Le reste des compagnies se débanda pour refluer vers Nîmes dès le et passer sous les Arênes le 29 du même moisDès les premières semaines d'octobre 1372, les consuls de Nîmes envoyèrent un coureur d'estrade sur le chemin de Regordane en direction du Puy et de Brioude pour savoir ce que devenaient les Gascons. Quelques jours plus tard les consuls du Puy dépêchèrent à leur tour un courrier à leurs collègues d'Alès pour les informer des bandes armées étaient bien de retour en Velay et parcouraient le pays.. 230px|thumb|Le château de Suze-la-Rousse La défense du Comtat Venaissin
Arrivé dans le Comtat Venaissin, il entra au service de Grégoire XI. Au cours du premier semestre 1375, Raymond des Baux, prince d’Orange, menaçant les États pontificaux, Juan Fernández de Heredia chargea le Gascon et Raymond de Turenne d’attaquer Gigondas, Jonquières et Suze-la-Rousse, fiefs de son frère BertrandQuand l’artillerie de Carpentras arriva, Aymar de Poitiers-Valentinois, Recteur du Comtat Venaissin, vint avertir les protagonistes que des négociations s’engageaient.. Une trêve ayant été signée, les deux Capitaines pontificaux engagèrent alors la lutte contre les Bretons d’Olivier du Guesclin qui repassèrent le Rhône.
Ses campagnes d’Italie
Pour Bernardon cette première incursion en Italie fut décisive. Désormais, toute sa carrière militaire allait se dérouler dans la péninsule tant au service des papes d’Avignon (Grégoire XI ou Clément VII), qu’à celui de la seconde maison d’Anjou, (Louis et son fils Louis II) ou aux côtés de son cousin Jean Galéas Visconti.
Le Capitaine de Grégoire XI thumb|Raymond de Turennepar Girolamo di Benvenutofresque de l’Ospedale Santa-Maria della Scala à Sienne À la demande du pape, il fut recruté par Guillaume Noellet, cardinal-légat à la fin de l’année 1375. Sur son ordre, en compagnie de Jean de Malestroit et Sylvestre Budes, il mit le siège devant Bologne en juillet de l’année suivante. Pendant ce temps, Grégoire XI se préparait à retourner à Rome. Le pape prit la mer le . Après un voyage mouvementé, le , il débarqua à Ostie et remonta le Tibre pour rejoindre RomeLe retour de Grégoire XI ne souleva pas l’unanimité dans la péninsule italienne. Le 31 janvier 1377, sur les ordres du cardinal Robert de Genève, futur Clément VII, la révolte de Césène fut noyée dans le sang par John Hawkwood et ses Anglais. Le 12 mars, Florence, la cité guelfe sur laquelle le pape avait jeté l’interdit, faisait alliance avec Pise et Lucques. Une semaine plus tard, leurs troupes s’emparaient de Bologne, capitale du Patrimoine de Saint-Pierre..
Raymond de Turenne, neveu du pape, qui commandait les armées pontificales, fit immédiatement de Bernardon son bras droit. Face à une situation qui se dégradait, ils partirent en campagne afin de mâter les villes révoltées contre Grégoire XI. Tandis qu’en avril, Raymond attaquait Viterbe et BolsenaL’attaque de Bolsena par le Capitaine Général des armées pontificales se solda par un cuisant échec. Francesco di Vico, le préfet de Rome, averti de sa venue, tendit un guet-apens et fit prisonnier Raymond de Turenne avec 20 chevaliers, tous neveux du pape et des cardinaux. C’est ce nous apprennent les lettres de Grégoire XI datée du 24 et du 25 août 1377, envoyée d’Anagni à Pierre d’Estaing, cardinal d’Ostie, et au chancelier de Naples., en mai, Bernardon, à Solaro, mettait en fuite Astorre Manfredi.