Nedroma (en arabe: ندرومة, en berbère : Nedruma), est une commune de la wilaya de Tlemcen dans l'ouest algérien, située à proximité de la frontière marocaine, à environ au nord-ouest de Tlemcen.
Capitale des Trara, sa médina a conservé son allure médiévale et compte plusieurs monuments historiques classés. Surnommée « la petite Tlemcen », la ville figure parmi les cités du Maghreb ayant conservé la plus forte influence culturelle andalouse.
Toponymie
Le nom de Nedroma appartient vraisemblablement à une ancienne dénomination libyco-berbère dont les attestations remontent probablement à l’Antiquité..
La plus ancienne forme rapprochée de Nedroma est la séquence libyco-berbère , attestée à quatorze reprises dans le Recueil des inscriptions libyques de J-B Chabot, notamment dans l’ancienne Numidie. Cette fréquence est remarquable, d’autant que la formule apparaît dans un contexte épigraphique précis. Dans les inscriptions où elle est relevée, la séquence se trouve presque toujours à la fin du texte, après le nom du défunt et le nom de son père. La structure habituelle peut être résumée ainsi : X, fils de Y, . Autrement dit, le texte ne se contente pas d’identifier un individu par son nom et sa filiation ; il ajoute un troisième niveau d’appartenance. Cette place finale suggère que désignait un groupe plus large, probablement un clan, une fraction ou une tribu.
L’analyse linguistique permet de comprendre cette séquence comme la combinaison de la préposition n, signifiant « de », avec un ethnonyme . La séquence pourrait ainsi se lire comme : « X, fils de Y, de », c’est-à-dire « de la tribu ». Le dernier signe, transcrit par H, est généralement considéré comme une convention graphique finale dont la valeur phonétique reste discutée. En écartant cette finale comme marque purement graphique, on retrouve une base , correspondant très étroitement a la forme médiévale Nadrūma.
Plus tard, dans les sources médiévales, Ibn Khaldoun, mentionne les Nadrūma comme l’une des trois branches des Koumia, fraction des Faten, groupe berbère installé au dans l’Ouest du Maghreb central, aux environs d’Archgoul et de Tlemcen. Cette localisation correspond précisément à l’espace dans lequel s’inscrit la ville actuelle de Nedroma. Le nom de la ville dérive donc d’un ethnonyme plus ancien : comme dans de nombreux cas du monde berbère, le nom d’une tribu ou d’un groupe humain a fini par désigner le lieu où ce groupe était établi, d’autres cas sont connus, comme Meknès, dont le nom dérive de l’ethnonyme Miknasa.
La question géographique introduit toutefois une difficulté importante. Les attestations antiques de NDRM(H) se concentrent en Numidie, notamment autour de Mactar, dans le nord-ouest de l’actuelle Tunisie, et surtout dans la région de la Cheffia, dans l’actuelle wilaya d'El Tarf en Algérie, dans la haute vallée de l’oued El-Kébir, entre Annaba et La Calle (aujourd’hui El Kala). Les Nadrūma médiévaux, eux, sont situés par Ibn Khaldoun beaucoup plus à l’ouest, près de Tlemcen. Il faut donc admettre une translation importante du groupe ou du nom vers l’ouest. Une telle migration n’a cependant rien d’invraisemblable dans l’histoire des tribus berbères, marquée par des déplacements, des recompositions et des changements d’implantation sur la longue durée.
L’analyse linguistique du nom permet d’aller plus loin. Selon Salem Chaker, la forme ancienne NDRM(H) ne doit probablement pas être comprise comme un mot simple et indivisible. En berbère, les racines composées de quatre consonnes sont relativement rares. Il est donc plus vraisemblable que le nom repose sur une racine plus courte, DRM, précédée d’un élément initial n-.
Ce n- pourrait ne pas appartenir à la racine elle-même. Il pourrait résulter de la transformation d’un ancien préfixe berbère m-. En effet, lorsqu’un préfixe m- précède une racine contenant déjà le son m, il peut se modifier par dissimilation, c’est-à-dire par différenciation de deux sons proches à l’intérieur d’un même mot. Dans cette hypothèse, serait donc formé d’un ancien préfixe, devenu n-, ajouté à la racine DRM. Cette racine constituerait le noyau du mot, tandis que le n- initial servirait à former une dérivation pouvant désigner une personne, une qualité ou, plus probablement dans ce contexte, un groupe humain. Le nom aurait ainsi pu être, dès l’origine, une désignation collective.
Chaker propose plusieurs reconstructions possibles. La forme arabe médiévale Nadrūma pourrait correspondre à un ancien pluriel berbère, ou bien à une forme collective employée au singulier. Ce type de formation n’est pas exceptionnel dans le monde berbère : certains noms de groupes, comme Zemmur, Ahaggar ou Ajjer, peuvent fonctionner comme des collectifs, même lorsqu’ils présentent l’apparence d’un singulier.
Le rapprochement est d’autant plus significatif que la racine DRM est attestée dans plusieurs parlers berbères. Elle renvoie à des sens variés, mais le parallèle le plus important se trouve dans le kabyle adrum, qui désigne un clan, une fraction de village ou de tribu, un quartier de village ou une parentèle. Cette valeur collective correspond à l’hypothèse selon laquelle aurait d’abord désigné un groupe humain, avant de devenir l’ethnonyme médiéval Nadrūma, puis le toponyme moderne Nedroma.
Cette origine ethnonymique permet d’écarter l’explication tardive rapportée par Jean-Léon l’Africain et Marmol de Carvajal, selon laquelle le nom Nedroma viendrait de l’expression « ned + Roma », interprétée comme « semblable à Rome » ou « rivale de Rome ». Présentée comme berbère par ces auteurs, cette étymologie relève en réalité de l’étymologie populaire : elle cherche à rendre intelligible un nom ancien ou devenu obscur en le rattachant à des mots plus familiers de l’environnement linguistique immédiat.
L’analyse linguistique conduit à rejeter cette interprétation. Il n’existe pas en berbère de terme ned ayant le sens de « semblable à ». Le mot le plus proche, nedd, signifie plutôt « égal en âge » ou « contemporain » ; il est lui-même emprunté à l’arabe nidd, qui signifie « égal », « pair », « semblable » ou « contemporain ». L’étymologie supposément berbère transmise par Jean-Léon l’Africain et Marmol repose donc en réalité sur un élément arabe, ce qui confirme son caractère artificiel, d'autant plus qu'aucun vestige ou inscription de l'époque romaine n'a été retrouvé à Nedroma..
, Nadrūma puis Nedroma fait ainsi du nom de la ville un cas remarquable de continuité onomastique. Un ancien nom de clan ou de tribu attesté dans l’épigraphie libyque se serait maintenu dans les sources médiévales de langue arabe, avant de devenir le nom d’une ville de l’Algérie occidentale.
Géographie
Situation Le territoire de la commune de Nedroma est situé au Nord-Ouest de la wilaya de Tlemcen. Elle est la capitale du massif des Trara et située à de Tlemcen, à au nord de Maghnia sur le CW 46, à (à vol d'oiseau) d'Oran et à (à vol d'oiseau) d'Alger. Elle est proche de la mer Méditerranée, à de Ghazaouet, à proximité des côtes ibériques.
vignette|Localisation de Nedroma au centre des Trara Relief et hydrographie Nedroma est située à d'altitude, la commune s'étale sur le versant nord du mont Fellaoucene dans le massif des Trara, l'un des chaînons de l'Atlas tellien dans sa terminaison occidentale extrême.. Elle est perchée sur un replat, dominant une plaine fertile accessible à la mer. et alimentée par des sources abondantes.
Climat Le climat à Nedroma est chaud et tempéré, de type méditerranéen. Les précipitations annuelles avoisinent les , la température annuelle en moyenne est de 16.9°.
Localités de la commune En 1984, la commune de Nedroma est constituée à partir des localités suivantesJournal officiel de la République Algérienne, 19 décembre 1984. Décret , fixant la composition, la consistance et les limites territoriale des communes. Wilaya de Tlemcen, page 1500. :
Nedroma Khoriba Zaouiet El Yagoubi Djebabra Kaïbia Dar Benfarès Ouled Daoud Sidi Daoud Ouled M'Hammed Stor Ouled Benhmiti Moulay Ahmed Ouled Ichou Mellala Alkehala Ouled Meftah Dar Benzerka El Assa Aïn Zebda Sidi Bouhadja Erouita Ouled Berahou kasba
Histoire
Préhistoire et Antiquité La proche région de Nedroma a été habitée à l'époque néolithiqueÉmile Janier, Regards sur le passé, Richesses de France , Ed. Delmas, Bordeaux 1954, ce dont témoigne la découverte de lames de silex, des fragments de poteries dans les grottes sur la rive gauche de l'oued Ghazaouet, tandis que celle de Mezoudj était habitée..
II n'y eut certainement pas de ville romaine à l'emplacement de Nédroma. Toutefois, les Romains étaient présents dans la région, le comptoir d'Ad Fratres situé sur l'actuel Ghazaouet en est la preuve.
Fondation de la ville après la période islamique La tribu de Ndrouma appartenait à la grande tribu berbère zénète des Koumïa.. Vieille cité berbère, Nedroma s'est affirmée depuis le milieu du Moyen Âge et a joué un rôle important dans son cadre régional en tant que centre d'artisanat et foyer de culture.. Elle est habitée alors par une population berbérophone en voie d'arabisation, dans une zone qui a connu une arabisation précoce.
D'après la tradition, l'actuelle ville semble avoir été bâtie avant le , à l'emplacement de la grande cité berbère de Médinet-En-Batha, littéralement sur la plaine de Mezaourou. Elle paraît aussi avoir porté le nom de Fellousen, au pied du djebel Felhaoussen, ainsi que l'affirme, à la fin du , le géographe Al-Yaqubi dans son Kitab el-Boldan.
La ville et le nom de Nedroma existent dès l'époque almoravide, et très probablement avant. Au , le géographe Al-Bakri donne une brève description de la ville de Nédroma, il la qualifie de « madina » (ville).. Nedroma était reliée à la mer par la vallée de l'oued Masin, qui aboutissait au port de Masin, toujours selon Al-Bekri. On ignore si ce port correspond à la baie de Ghazaouet, ou à celle de Sidna Youcha.
La Grande Mosquée est attribuée aux Almoravides à la fin du , ainsi la ville revêt un caractère officiel et jouit d'une dignité religieuse. Dans les villes islamiques, la grande mosquée jouait un rôle à la fois religieux, culturel et politique. En 1164, Al Idrissi, présente la ville comme florissante : .
Période almohade et zianide vignette|gauche|Statue d'Abd al-Mumin Ibn Ali dans la ville
Abd al-Mumin, souverain almohade, est généralement sacré par la tradition populaire, qui en a fait le de la cité. En effet le fondateur de la dynastie Abd al-Mumin Ibn Ali en est originaire. Il est fils d'un artisan de la tribu zénète Koumïa, de la région de Honaïne, au pied du djebel Tejra, non loin de Nedroma Meynier Gilbert, « 5. De l’Atlas au Maghreb : le rassemblement impérial almohade, grandeurs et crispations (1130-1269) », dans : L'Algérie, cœur du Maghreb classique. De l'ouverture islamo-arabe au repli (698-1518), sous la direction de Meynier Gilbert. Paris, La Découverte, « Hors collection Sciences Humaines », 2010, p. 92-111. URL..
Abd al-Mumin s'appuya principalement dans son gouvernement sur sa tribu d'origine et la ville va lui servir comme base de départ. Nedroma connut avec lui un regain de célébrité. La ville, déjà précédemment entourée de murailles, est transformée en véritable place forte, dominée par une qasba..
Il est probable que la cité a connu de grands bouleversements dans la structure de la population. Il semble que, à l'époque de la décadence du régime sinon avant, Nedroma ait bénéficié d'un statut indépendant. C'est ce que suggère l'épisode rapporté par Ibn Khaldoun, et situé au temps où Djabar Ibn Yousef était gouverneur de Tlemcen et de sa région au nom du sultan almohade al-Mamun : .