Jean-Baptiste Dumay, né le au Creusot et mort le à Paris, est un ouvrier, syndicaliste et homme politique socialiste français.

Tourneur aux usines Schneider et , il prit part à l'organisation des grèves de 1870 et à l'implantation de l'Internationale dans sa cité natale. En , il dirigea, en tant que maire de la ville, la brève Commune du Creusot. Pour échapper à la répression conduite contre les communards, il s'exila en Suisse. En 1872, il assista en tant que délégué genevois au congrès de la Fédération jurassienne, au Locle. Rentré en France en 1880, il rejoignit le courant possibiliste, participa à Lyon au congrès fondateur de la Fédération nationale des syndicats (1886) et fut élu conseiller municipal de Paris (1887-1890), puis député de la Seine (1889-1893). Il assista aux deux premiers congrès de la Deuxième Internationale, à Paris (1889) et à Bruxelles (1891). Adhérent de la FTSF, il se rangea aux côtés des allemanistes contre la direction broussiste et participa avec eux en 1890 à la fondation du POSR. Après un échec aux élections législatives de 1893 à Saint-Étienne, où il s'était présenté en tant que socialiste indépendant, il se tint en retrait de la scène politique. Retiré à Chelles, il appartint à la section locale de la SFIO.

Biographie 1841-1868 - Jeunesse et formation Né au Creusot le , Jean-Baptiste Dumay est le fils posthume de Sébastien Dumay, mineur aux mines de charbon de la société Schneider frères et , mort dans une galerie du puits 14, acte . à la suite d'un coup de grisou, et de sa veuve Louise Forest, acte ., couturière ; l'enfant a pour grand-père paternel un manœuvre devenu sabotier et, du côté maternel, un cultivateur sabotier.

Très tôt, le jeune Dumay se montre rétif à la discipline des écoles primaires Schneider et, tout en même temps, lecteur passionné. Il fréquente un instituteur révoqué par le régime impérial et un ancien déporté de . En 1854, impatient de quitter l'école, il entre à moins de treize ans aux usines du Creusot, comme apprenti mécanicien-tourneur ; ayant conservé son goût de la lecture, il ressent violemment le caractère abrutissant d'une formation limitée à l'acquisition de routines.

À 18 ans, chassé pour avoir poussé ses camarades d'apprentissage à la revendication, il entreprend un « tour de France » ouvrier qui le conduit à Paris et dans le sud du pays par Dijon, Lyon et Marseille, afin de se perfectionner dans les grandes entreprises métallurgiques françaises. En 1860, le tirage au sort le contraint à cinq ans et demi de service militaire, d'abord à Cherbourg, puis à l'arsenal de Rennes, à Lyon et enfin à Saint-Étienne ; il regagne sa ville natale en 1868. Le , il épouse à Montchanin Jeanne Rausier, fille d'un cultivateur devenu ouvrier ; le couple aura quatre enfants.

1868-1870 - Contre l'Empire des Schneider Dumay anime alors le Cercle d'études sociales, un groupe de jeunes ouvriers, d'artisans et de petits commerçants qui milite pour le rétablissement de la République et, localement, contre l'omnipotence de la famille Schneider. Lors des élections législatives de 1869, le candidat républicain qu'ils soutiennent contre Eugène Schneider obtient au Creusot , alors que lors des élections précédentes, l’adversaire de l’industriel n'en avait recueilli qu'une seule..

vignette|« La grève du Creuzot. Les troupes, à leur arrivée, se forment sur la place de l'église du Creuzot. » (Le Monde illustré, 29 janvier 1870). En 1870, Dumay organise avec Adolphe Assi les grandes grèves qui paralysent les ateliers puis les mines, en janvier et mars ; cependant, malade, il doit laisser la direction du mouvement à son camarade. Il se lie d'amitié avec Benoît Malon, alors envoyé spécial de La Marseillaise et auteur d'une série d'articles sur les grèves du Creusot, qui identifie en lui une « capacité ouvrière » ; avec l'aide d'Eugène Varlin, il participe à la création dans sa ville, le , d'une section de l'Association internationale des travailleurs, dont il devient le secrétaire-correspondant.

Lors du plébiscite du 8 mai 1870, qui vise à faire approuver des réformes libérales dans lesquelles l'opposition républicaine ne voit qu'une tentative de consolider l'Empire, le « non » pour lequel Jean-Baptiste Dumay fait campagne l'emporte très largement au Creusot : il est mis à pied par la direction de l'usine ; le mois suivant, il est lourdement battu par Henri Schneider, fils d'Eugène, à l'élection du conseil d'arrondissement.

En juillet, après la déclaration de guerre à la Prusse, il se rend à Paris pour rencontrer les dirigeants de l'Internationale et participer avec eux aux manifestations pacifistes ; le , il organise à son tour une manifestation de la section du Creusot : cette action lui vaut d'être définitivement renvoyé de l'usine.

L'élection municipale qui suit, à laquelle Dumay présente une liste, est largement remportée par celle d'Eugène Schneider et le nouveau conseil municipal s'installe le ; mais le surlendemain, la République est proclamée et Eugène Schneider, qui était président du Corps législatif sous le régime déchu, s'exile en Angleterre.

1870-1871 - Maire du Creusot Au Creusot, démocrates et conservateurs s'affrontent pour le pouvoir local vacant. Les premiers multiplient les réunions publiques et animent un comité de Défense nationale où la lutte contre les Prussiens s'organise selon les directives de Léon Gambetta, ministre de l'Intérieur du gouvernement provisoire. Dumay en prend la présidence ; le , le nouveau préfet, sous la pression populaire, le nomme maire provisoire du Creusot. Il ravitaille les armées du Centre qui viennent se battre près de Dijon, protégeant le Creusot, et organise dans sa ville une Garde nationale ouvrière.

Le Creusot connait alors une vie politique intense : un club fonctionne, où Dumay, à la tête du Comité républicain-socialiste (), s'avère excellent orateur. Face à la menace prussienne, il prône avant la lettre une forme d'union sacrée : « Trêve de divisions parmi nous, les hasards de la guerre peuvent amener l'ennemi aux confins du département et, ce jour-là, il nous faudra marcher tous ensemble et faire preuve de fraternité ».

Mais il doit faire face aux actions des dirigeants de l'usine qui tentent de le déconsidérer aux yeux de Gambetta. Le conseil municipal, simple émanation de l'état-major de Schneider, est resté en place : en effet, une délégation de la société a convaincu le ministre de l'Intérieur que seul son maintien pourrait préserver la production d'armes face à l'agitation révolutionnaire. Les quelques mesures sociales que propose le nouveau maire sont systématiquement rejetées par la direction..

Soucieux de ménager un fournisseur de la Défense nationale, Gambetta le maire par télégramme, pour entraves à la production et désordres dans la ville. Dumay donne sa démission, que le ministre accepte, ajoutant qu'. Les démocrates creusotins réagissent par une réunion au cours de laquelle ils . Pour finir, Gambetta refuse la démission et accepte la dissolution du conseil municipal..

vignette|droite|« Garibaldi contre les Prussiens » (estampe contemporaine). En 1871, Jean-Baptiste Dumay demande et obtient de Giuseppe Garibaldi, avant qu'il ne quitte Dijon, quelque et autant de kilogrammes de munitions qui lui permettent d'équiper la Garde nationale. Lors des élections législatives du , il figure sur la liste républicaine gambettiste conduite par Garibaldi : elle est plébiscitée au Creusot par 77 % des suffrages ; mais la liste conservatrice, massivement soutenue par le vote paysan, l'emporte dans le département, où lui-même rassemble néanmoins .

Le , des troubles éclatent en ville ; le gouvernement d'Adolphe Thiers envoie des troupes. Le , le préfet de Saône-et-Loire, ami de Gambetta, démissionne ; son successeur reçoit instruction de destituer le maire et le commandant de la Garde nationale. Le , le commissaire de police est révoqué et remplacé par son prédécesseur nommé sous l'Empire : Dumay proteste publiquement auprès du ministère de l'Intérieur et obtient l'annulation de la nomination.

La Commune de 1871

Le , Jean-Baptiste Dumay fait une conférence aux ouvriers d'une fabrique de limes à Arnay-le-Duc : c'est là qu'il apprend le soulèvement, la veille, de la population parisienne contre le gouvernement de Thiers. Le lendemain, le Comité républicain-socialiste du Creusot décide pour le une revue de la Garde nationale et une manifestation en faveur du mouvement parisien. Le , Albert Leblanc, envoyé en province par le Comité central de la Garde nationale parisienne, appelle les Creusotins à proclamer la Commune, à l'exemple de Paris, Lyon et Saint-Étienne. Avec son aide, Dumay prépare soigneusement la proclamation en vue du rassemblement du lendemain.

Le , sur la place de l'hôtel de ville, le face-à-face entre gardes nationaux et soldats de ligne tourne à la fraternisation aux cris de « Vive la République » ; le colonel retire ses troupes. Depuis une fenêtre du premier étage de la mairie, sur laquelle est hissé le drapeau rouge., Jean-Baptiste Dumay proclame : « Je ne suis plus le représentant du Gouvernement de Versailles, je suis le représentant de la Commune du Creusot ».

Dans la nuit, il envoie les gardes nationaux occuper la gare, le télégraphe et la poste, mais c'est pour trouver les trois établissements déjà tenus par la troupe. Le matin du , le préfet, le parquet et un renfort de mille soldats arrivent par le train. Les réunions sont interdites et des mandats d'arrêt sont lancés contre les meneurs du mouvement. Les manifestations de soutien à Dumay et à la Commune sont dispersées.

Pourtant la proclamation est répétée plusieurs fois, le drapeau rouge est de nouveau hissé. Les autorités proposent à Dumay la fin des poursuites en échange d'une promesse de retrait à Autun ; il refuse la proposition et écrit au préfet qu’il continuera à combattre le gouvernement de Thiers. Mais le , l'ordre est définitivement rétabli. Les dirigeants du Comité républicain-socialiste parviennent pour la plupart à gagner Genève ; certains sont emprisonnés. Lui-même fait prisonnier, Dumay s'échappe et reste caché au Creusot.

L'élection municipale du 30 avril voit Jean-Baptiste Dumay, toujours dans la clandestinité, s'opposer cette fois-ci à Henri Schneider : il s'en faut de seize voix que sa liste ne passe tout entière au premier tour. Mais une centaine d'ouvriers sont opportunément renvoyés avant le second et, le , tous les candidats « Schneider » sont élus. Henri Schneider restera maire 25 ans. Quant à Dumay, bien qu'élu conseiller municipal avec trois de ses colistiers, il ne pourra siéger et sera destitué en 1873.

1871-1880 - Exil en Suisse

vignette|Perforatrice pneumatique, exemple de machine utilisée sur le chantier du Saint-Gothard. Après l'écrasement de la Commune de Paris, Jean-Baptiste Dumay quitte Le Creusot pour rejoindre ses camarades exilés en Suisse, où il arrivera le . Les et , la Cour d'assises de Chalon juge vingt-deux Creusotins inculpés pour excitation à la guerre civile : après avoir acquitté les treize accusés présents, elle condamne par contumace Dumay, le , aux travaux forcés à perpétuité, et les quatre autres accusés absents à la déportation en enceinte fortifiée.

Pendant la durée de son exil en Suisse, Dumay travaille aux ateliers de maintenance des machines utilisées pour le percement du tunnel ferroviaire du Saint-Gothard. Parallèlement, il participe, avec Benoît Malon, Jules Guesde et d'autres proscrits français, à la fondation de la Section de propagande et d'action révolutionnaire socialiste de Genève, le . Dans les dissensions de l'Internationale, cette section prend le parti de Bakounine contre le conseil général de Londres. Elle adhère à la Fédération jurassienne et délègue Dumay au congrès que tient cette organisation au Locle le .

1880-1882 - Retour en Saône-et-Loire vignette|droite|Le Creusot (gravure des années 1880).