La pyramide rhomboïdale a été construite pour le roi Snéfrou à Dahchour en Égypte. Sa forme particulière en fait une tentative avortée de pyramide à faces lisses, dernier stade de l'évolution des pyramides.
Elle possède de nombreuses particularités et ressemble par bien des points à la pyramide érigée par le fils de Snéfrou, Khéops. Elle est munie de deux entrées dont l'une n'est pas située sur la face nord, fait unique dans l’Ancien Empire, et conserve encore la majeure partie de son revêtement, faisant de cette pyramide la mieux conservée de toute l’Égypte.
Le complexe pyramidal a révélé les vestiges d'un imposant temple funéraire dont la riche ornementation le distingue des autres monuments de la .
Exploration du monument vignette|La pyramide rhomboïdaleVoyage d'Égypte et de Nubie, Frédéric Louis Norden (). Il est fort probable que le monument fut visité dès la plus haute Antiquité comme en témoigne l'intérêt que portèrent les Égyptiens du Moyen Empire à la pyramide de Snéfrou. Le culte fut restauré, le souverain déifié et les nouveaux rois s'inspirèrent des tombeaux de l'Ancien Empire pour édifier leur propre pyramide. Ainsi, le système de fermeture avec herse sur plan incliné inventé pour Snéfrou se retrouve dans la pyramide de Hawara du roi . Durant les périodes de trouble, la pyramide a probablement été violée à l'instar des autres sépultures royales susceptibles de livrer des trésors, mais il est conjectural d'établir des hypothèses sur les spoliations qu'elle aurait subies durant toute l'Antiquité.
Au Moyen Âge, le Livre des perles enfouies et du mystère précieuxAhmed Kamal, Le livre des perles enfouies et du mystère précieux, 1907, écrit au , enflamma les imaginations et fit du site de Dahchour un haut lieu des trésors cachés. Cet écrit encouragea d'ailleurs la destruction et le pillage des grands monuments de la région memphite. La pyramide, tout comme la pyramide rouge, est connue depuis longtemps et a été visité par plusieurs personnes, comme les explorateurs Edward Melton en 1660Edward Melton, Zeldzaame en gedenkwaardige zee-en land-reizen door Egypten..., 1681., puis Cornelis de Bruijn vingt ans plus tard, Richard Pococke, qui visita Dahchour en février 1737, et enfin Nathaniel Davison en 1763.
Les premières investigations ont été réalisées par John Shae Perring en 1837 (il commança à travailler dans les appartements le ) ; il découvrit la deuxième entrée située sur la face ouest et composa des plans de l'infrastructure, puis par Karl Richard Lepsius en 1843, puis par William Matthew Flinders Petrie en 1880 et enfin par Gustave Jéquier en 1824.
Les premières fouilles d'envergure du complexe pyramidal ont été réalisées par Abdessalam Mohammad Hussein entre 1946 et 1949. Ce dernier déblaya entièrement les appartements funéraires, découvrit la charpente en cèdre de la chambre supérieure, la momie de chauve-souris et les graffitis attribuant la pyramide au roi Snéfrou. Cependant, du fait de la mort de l'égyptologue, les recherches furent interrompues brutalement et aucune documentation n'a été publiée par ce dernier . Immédiatement après, c'est Ahmed Fakhry qui mena des fouilles dans le complexe pyramidal en 1951 et 1955, dont il publia les résultats en 1959-1961 ; il mit notamment en évidence la richesse ornementale du temple funéraire. Des études architecturales approfondies ont par la suite été publiées, d'une part par Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi en 1964, et d'autre part par Gilles Dormion et Jean-Yves Verd'hurt en 2016.
ScanPyramids
Depuis , quatre grandes pyramides égyptiennes sont inscrites au programme de ScanPyramids : celles de Khéops et Khéphren à Gizeh, et celles de Snéfrou à Dahchour (Pyramide rhomboïdale, au sud, et Pyramide rouge, au nord). Ce projet international d’exploration est une initiative du HIP Institute (Héritage - Innovation - Préservation) en collaboration avec la Ingeneer Faculty de l’Université du Caire, sous la coordination et l’autorité du Conseil suprême des Antiquités égyptien.
Circonstances de la construction
Les quatre pyramides attribuées à Snéfrou sont : la pyramide rouge, la pyramide rhomboïdale, la pyramide de Meïdoum et enfin la petite pyramide provinciale de Seïlah.
Selon la reconstruction chronologique généralement admise, le chantier de la pyramide rhomboïdale à Dahchour-Sud démarra après l'étape E2 (pyramide à huit degrés) de la pyramide de Meïdoum et avant la pyramide rouge à Dahchour-Nord, qui aurait démarré après la survenue du sinistre dans la pyramide rhomboïdale qui aurait rendu cette pyramide. En conséquence, le roi Snéfrou aurait, d'une part, fait commencer ce nouveau chantier à Dahchour-Nord en l'année du , et aurait, d'autre part, fait recouvrir la pyramide à huit degrés E2 de Meïdoum par un maçonnerie pour en faire une pyramide à faces lisses (phase E3) et fait achever la pyramide rhomboïdale à Dahchour-Sud avec un nouvelle pente inférieure.
Selon la reconstruction chronologique des chantiers de Snéfrou proposée par Gilles Dormion et Jean-Yves Verd'hurt, un noyau à degrés de la pyramide rouge aurait été construit après la phase E2 de la pyramide de Meïdoum. Après cette construction, Snéfrou aurait lancé le chantier de la pyramide rhomboïdale, d'abord avec un noyau à degrés, puis par un premier enrobage pour en faire une pyramide à faces lisses, puis par une extension qui n'aurait cependant pas été terminée du fait d'un sinistre. Après ce sinistre, il aurait alors commandité l'enrobage de la pyramide E2 de Meïdoum (phase E3) et l'enrobage, à partir du , de la pyramide rouge, tout en achevant la pyramide rhomboïdale à Dahchour-Sud avec un nouvelle pente inférieure.
Les trois ensembles funéraires ont été achevés. Les fragments d'os humains découverts dans la pyramide rouge et le temple haut achevé en briques, semblent prouver que cette pyramide a bien servi de tombeau. Cependant, la pyramide rhomboïdale a bénéficié d'une attention particulière au Moyen Empire car le temple funéraire fut réactivé à cette époque. Quoi qu’il en soit, les pyramides de Snéfrou d'un volume total de (soit près de de plus que la pyramide de Khéops) représentent l'un des projets le plus ambitieux de toute l'Antiquité.
Le complexe funéraire
L’ensemble funéraire est constitué de la pyramide du souverain et d’une pyramide satellite, toutes deux ceinturées par un mur de pierres de deux mètres d'épaisseur environ. Cette enceinte est reliée à un temple funéraire par une longue chaussée à ciel ouvert d’environ de long. En raison de sa position éloignée du bord de la vallée, ce temple funéraire ne devait pas être le temple d'accueil (ou temple de la vallée) à proprement parler. D'ailleurs, il subsiste des vestiges d'une deuxième chaussée qui devait relier ce temple au véritable temple de la vallée. C'est une particularité que l'on ne retrouve dans aucun autre complexe pyramidal.
Éléments du complexe funéraire Pyramide Pyramide satellite Temple haut Chaussée Temple bas
Pyramide vignette|redresse=2.5|Plans en coupe de la pyramide rhomboïdale (dessin : Franck Monnier).
Hauteur du premier projet : ; Hauteur prévue du second projet : Hauteur du changement de pente : Hauteur finale : ; Longueur des côtés de la base du premier projet : Longueur des côtés de la base du second projet : ; Périmètre du second projet : ; Surface du second projet : ; Angle d'inclinaison du premier projet : ou Pente du premier projet : 8/5 ; Angle d'inclinaison du second projet : ou ; Pente du second projet : 7/5 ; Angle d'inclinaison partie supérieure : ; Orientation : faces orientées sur les quatre points cardinaux (erreur: ~ ).
La première caractéristique évidente de la pyramide est son aspect en double pente qui est le résultat d’un changement de plan intervenu durant la construction (voir ). La seconde caractéristique est le doublement de sa distribution interne. Deux chambres funéraires sont accessibles par deux entrées, l’une située sur la face nord et l’autre sur la face ouest. La pyramide de Khéphren possède également deux entrées, mais elles sont situées toutes les deux sur le côté nord du monument.
La superstructure de la pyramide présente un parement dont les blocs en calcaire sont inclinés vers l'intérieur d'un angle variant de à . Un grand nombre de blocs ont été enlevés par des carriers de l'époque moderne. Mais des signes d'instabilité (et sans doute des accidents) ont écourté l'extraction, laissant à la pyramide rhomboïdale un aspect extérieur quasi intact.
La maçonnerie de l'ensemble de la pyramide présente une concavité irrégulière des faces, un aspect que l'on retrouve également à la pyramide de Khéops. L'excellent état de conservation du monument ne permet pas de tirer des informations sur la structure du nucléus, ni d'affirmer s'il est composé de gradins comme dans la plupart des autres pyramides.
Première distribution interne (entrée nord) vignette|Vue axonométrique de la chambre inférieure de la pyramide rhomboïdale (dessin : Franck Monnier).
L’entrée nord est située à au-dessus du niveau du sol. Il s'agit de la seule pyramide ayant conservé son entrée intacte au niveau du parement. L'architrave est composée d'un seul bloc de de long sur de hauteur, bien plus gros que les pierres composant le parement et rendant nettement discernable la position de l'entrée. Les égyptologues ont noté sur les parois latérales, deux paires de trous placées en vis-à-vis sur les murs est et ouest qui devaient sans aucun doute accueillir les fixations d’une porte pivotante que les architectes italiens Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi supposent être en bois. L'entrée ouvre sur un couloir descendant de et d’une pente de sur les mètres puis de . Cette descenderie a la particularité d'être couverte de dalles disposées en léger retrait les unes par rapport aux autres permettant ainsi de décharger les masses supérieures à la manière d'une voûte en encorbellement. Le couloir conduit à un corridor dont le sol est situé à au-dessous du niveau du sol. Ce corridor est haut de et possède une voûte en encorbellement.
La chambre dite inférieure est surélevée de par rapport à celui-ci et montre une parfaite maîtrise de la part de ses concepteurs en matière de répartition des charges. Le toit de cette chambre, culminant à en son point le plus haut, est une voûte en encorbellement innovante puisque la technique est appliquée, non plus sur deux faces comme à la pyramide de Meïdoum, mais sur les quatre faces et édifiée en pierres calcaires. Maragioglio et Rinaldi ont repéré des traces de fissures colmatées avec du plâtre qui ont dû survenir, d’après eux, durant la construction de la chambre. Ils ont également noté la présence de plusieurs paires de trous placés en vis-à-vis, pouvant permettre l’introduction de poutres. Lors des premières fouilles de l'édifice, cette pièce était encombrée d'une multitude de gravats et de blocs à peine équarris, certains portant des graffitis. Il est impossible d'estimer quelle hauteur atteignait ce remplissage.
La chambre inférieure offre un accès au sud, surplombé par un petit couloir remplissant le rôle de voûte en encorbellement. Ce conduit aboutit à un haut « puits » (parfois appelé la « cheminée ») de qui s’avère être la superposition de deux cavités probablement obturées initialement par deux herses, comme semble l'indiquer un bloc de calcaire reposant encore au bord de la cavité inférieure. La fonction de ce puits, placé au niveau de l'axe central de la pyramide, est inconnue et sa structure pour le moins inhabituelle. Le sol du conduit entre le puits et la chambre inférieure repose sur des gravats remplissant une cavité profonde de huit mètres.