LExposition universelle de 1855 est une manifestation de type foire internationale à but commercial et culturel qui eut lieu à Paris en 1855. C'est la première exposition universelle française (et la deuxième mondiale, la première étant l'Exposition universelle de 1851 de Londres). Elle s'est tenue à Paris sur les Champs-Élysées du au Marc Aurel, Courrier de la Drôme et de l'Ardèche, Valence, le 16 novembre, samedi 17 novembre 1855, année, 270. Elle accueillit plus de . Vingt-cinq États et leurs colonies y participentLa Russie avec laquelle la France était en guerre y fut invitée, mais elle déclina l'invitation.Cf. Pierre de La Gorce, Histoire du Second Empire, Paris, Plon, 1894, t. II, p.54..

Naissance de l'Exposition left|thumb|alt=peinture : le prince Napoléon|Le prince Napoléon, président de la commission, peint par Hippolyte Flandrin.

C'est par un décret impérial du , que Napoléon III décide de la tenue à Paris, en 1855, d'une Exposition universelle où seront exposés des produits agricoles et produits industriels, à la suite de la première Exposition universelle de 1851Inventaire de l'Exposition universelle de 1855 à Paris. Sous-série F/12 conservée aux Archives nationales.

Le même décret autorise l'admission à cette Exposition des produits de toutes les nations. L'Exposition quinquennale, qui doit avoir lieu en 1854, est, de ce fait, ajournée et réunie à l'Exposition universelle. Un autre décret du décide à son tour qu'une Exposition universelle des Beaux-arts se tiendra en même temps que l'Exposition universelle de l'Industrie.

Une Commission impériale, ayant pour président le prince NapoléonLe prince Napoléon est hors de France du premier avril 1854 au premier février 1854, car il commande à une division de l'Armée d'Orient. et Arlès-Dufour comme secrétaire général est formée le , ayant pour charge d'organiser ces grandes manifestations. Cette commission comprend deux sections : la section des Beaux-Arts où l'on trouve les noms de Prosper Mérimée, Eugène Delacroix et Ingres et la section Agriculture et Industrie où l'on trouve les noms de Charles Legentil, Frédéric Le Play, Ferdinand de Lesseps, Émile Pereire, Michel ChevalierLa section de l'Agriculture et de l'Industrie est fortement empreint de la pensée Saint-simonienne.

La première tâche de la commission est de demander aux préfets l'organisation d'un comité dans chacun des départements et d'inviter les gouvernements étrangers à participer et à désigner des commissaires à l'Exposition.

center|thumb|upright=2.5|Plan et emplacement des bâtiments de l'Exposition.

L'Exposition thumb|alt=gravure de l'inauguration|Inauguration par Napoléon III de l'Exposition universelle dans le Palais de l'Industrie (lithographie colorée de Louis-Jules Arnout).

Le lieu retenu est le triangle formé par les Champs-Élysées, le cours la Reine et l'avenue Montaigne. L'Exposition universelle de 1851 de Londres a excité l'esprit de compétition et :

Le est le jour de l'inauguration officielle.

La cérémonie d'ouverture a lieu dans le Palais de l'Industrie devant une assistance nombreuse et internationale. Malgré la guerre de CriméeLe 16 mai sur le front de Crimée ravagé par le choléra, le général Canrobert est relevé par le général Aimable Pélissier. et les combats de la Marine française dans la Baltique, l'Exposition célèbre la collaboration économique des Nations.

Le palais de l'industrie

thumb|right|alt=gravure : Le Palais de l'Industrie|Palais de l'Industrie côté des Champs-Élysées. thumb|right|alt=gravure : Le Palais face nord|Façade nord du palais de l'Industrie.

Pour accueillir l'Exposition on construit le long des Champs-Élysées un gigantesque édificeDessin d'une coupe transversale du Palais de l'Industrie par Max Berthelin en 1854, musée d'Orsay, le Palais de l'Industrie.

À l'origine, le bâtiment est prévu pour abriter les Expositions nationales qui se tiennent depuis la Révolution dans des locaux mal adaptés. La conception de l'édifice est le fruit de la collaboration de l'architecte Jean-Marie Victor Viel et des ingénieurs Alexis Barrault et Georges Bridel. La façade de de long s'ouvrait sur un portail monumental en arc de triomphe dont la corniche est décorée d'un groupe allégorique La France couronnant l'Art et l'Industrie, œuvre du sculpteur Élias Robert. Cette France est encadrée par des groupes de putti portant les armes impériales qui sont l'œuvre du sculpteur Georges DieboltMobilier de France. Les quatre façades sont percées d'une double rangée de fenêtres en plein cintre ; entre les deux étages de fenêtres, court une frise où sont gravés les noms des grands hommes de l'humanité.

Ce bâtiment est une prouesse technique. On y emploie pour la première fois des poutres en fer forgé, portées par des colonnes de fonte. La voûte en berceau de la nef centrale, d'une portée de , repose sur les colonnes, sans avoir recours à des tirants. On utilise des arcs-boutants et pour contrecarrer les poussées de la toiture et d'énormes blocs de plomb servent de butées.

Il est d'évidence, très rapidement, que la place manque pour recevoir tous les exposants (près de , dont la moitié sont français et la commission impériale étudie la possibilité de créer des annexes. On construit donc une galerie de jonction qui relie le Palais à la rotonde du PanoramaLe Panorama, construit en 1831 sur des plans de Jacques Hittorff est intégré aux bâtiments de la première Exposition universelle comme salle d'Exposition. Là sont présentés la production des manufactures de Sèvres et des Gobelins ainsi que les joyaux de la couronne de France., vouée pourtant à la démolition, puis une nouvelle galerie de jonction relie la Rotonde à la galerie annexe. La galerie annexe des machines, large de , est bâtie le long de la Seine et s'étend de la place de la Concorde au pont de l'Alma.

La ville de Paris expose les travaux de cartographie du sous-sol parisien réalisé par les ingénieurs de l'Inspection générale des carrières. Cet atlas des carrières, cavités souterraines, rivières, catacombes dessine un Paris mystérieux inconnu des habitants de la capitaleAtlas des carrières de Paris 1855. Cet atlas est récompensé d'une médaille de première classe.

Le Palais des Beaux-Arts left|thumb|upright=1.2|alt=gravure : le palais des Beaux-Arts|Palais des Beaux-Arts. right|thumb|upright=1.3|alt=plan|Plan du palais des Beaux-Arts avenue Montaigne.

Si Londres a devancé Paris pour la tenue de la première Exposition universelle, la France est en 1855 la première nation à offrir une grande exposition internationale d'art contemporain, peinture, gravure, lithographie, sculpture, médailles et architecture.

Sur les plans de l'architecte Hector Lefuel on édifie avenue Montaigne un Palais des Beaux-Arts. La façade en forme de fer à cheval est de style Renaissance. Là, s'exposent 28 nations, et , dont français. Ces œuvres sont admirées par un million de visiteurs.

Frédéric Auguste Bartholdi y montre sa statue du général Rapp et Jean-Léon Gérôme sa peinture Le Siècle d’Auguste et la naissance de Jésus-Christ. Delacroix enthousiaste devant le tableau de Paul Huet L'Inondation de Saint-Cloud lui obtient une médaille supplémentairePierre et Rolande Miquel avec la collaboration du professeur Gérard Bonin et de Michael Tazi Klaa, De l'aube romantique à l'aube impressionniste, éditions Somogy, 2011, p. 122..

Au moment de l'Exposition, Ingres a 75 ans, Corot 59 ans, Delacroix 57 ans, Diaz 47 ans, Th. Rousseau 43 ans, Millet 41 ans, Daubigny 38 ans, Courbet 36 ans, Antoine Chalot 30 ans. La génération suivante, qualifiée d'impressionnistes : Pissarro a 25 ans, Manet 23 ans, Degas 21 ans, Cézanne et Sisley 16 ans, Monet 15 ans, Renoir et Berthe Morisot 14 ans.

Charles Baudelaire, critique d'art reconnu dans le milieu des Salons, écrit trois articles sur l'Exposition. Ces articles sont réunis dans l'ouvrage posthume Curiosités esthétiques.

En marge de l'Exposition, Gustave Courbet, dont onze œuvres sont exposées officiellement, est furieux de ne pas voir choisie sa composition L'Atelier. Il fait bâtir à côté du Palais des Beaux-Arts un pavillon de bois et de briques, le Pavillon du réalisme où il expose L'Atelier du peintre et une quarantaine d'autres œuvres.

L'horticulture C'est sur un terrain d'environ un hectare, dit carré de l'Élysée, que se tient l'Exposition d'horticulture en face du Palais de l'industrie. Elle réunit 555 exposants et présentera tout ce qui est nécessaire à l'art du jardin. On y trouve des pavillons de bois, des volières, des serres, des bassins d'agrément et aussi des plantes et arbustes potagers ou décoratifs. Après la manifestation le terrain devient un jardin public.

L'Agriculture Les grands points sur lesquels se porte l'intérêt de la section de l'agriculture sont le drainage, l'irrigation, l'amendement des sols et la mécanisation des tâches agricoles. Avec sa machine à moissonner, la firme américaine Mc Cormick triomphe comme elle l'avait déjà fait en 1851 à Londres.

À l'annonce de la tenue de l'Exposition, la Chambre de Commerce de Bordeaux demande à la Chambre syndicale des courtiers en vins de Gironde d'établir une classification officielle des vins de Bordeaux dans le but de faciliter les transactions commercialesLe vin, Jean-François Gautier, ed. Le Cavalier Bleu, 2001.

Le , le prince NapoléonLe prince Napoléon est le président de la commission de l'Exposition universelle. assiste aux « expériences agricoles de Trappes » (démonstrations de machines agricoles)Journal d'agriculture et d'horticulture. Réd. par le Comité central d'agriculture de la Côte-d'Or p.203 à 212 , article de M. Borie du journal La Presse..

Les récompenses La remise des récompenses a lieu le jeudi en présence de dans la grande nef du Palais de l'Industrie. La cérémonie commence vers 13 heures par un discours du prince Napoléon, président de la commission impériale, que l'empereur et l'impératrice écoutent debout, puis est suivie d'un discours de l'empereur Napoléon III, grandement accueilli par des bravos et acclamationsMarc Aurel, Courrier de la Drôme et de l'Ardèche, Valence, le 16 novembre (suite), samedi 17 novembre 1855, année, 270.

Dans la catégorie Commerce et industrie sont attribuées en plus des décorations décernées par l'empereur : des grandes médailles d'honneur, des médailles d'honneur, des médailles de première et de deuxième classe et des mentions honorables.

Dans la liste de ceux que l'empereur décore de la Légion d'honneur, on relève les noms d'ouvriers qui se sont distingués par les améliorations apportées aux procédés de fabrication de leur industrie. L'empereur récompense aussi ceux qui se sont illustrés pour services rendus aux classes ouvrièresRelation de la distribution de récompenses aux exposants, CNUM.

Dans la catégorie Beaux-Arts sont attribuées 40 décorations décernées par l'empereur, 16 médailles d'honneur décernées par le jury ainsi que des médailles de première, deuxième et troisième classe et de mentions honorables.

Parmi les récipiendaires, le peintre Ingres est élevé à la distinction de grand officier dans l'ordre de la Légion d'honneur, Delacroix est promu commandeur et le sculpteur Antoine-Louis Barye est nommé chevalier. Sur la liste prévue par le jury de l'exposition, il y a aussi des refus d'être décoré de la Légion d'honneur, comme Émile Jamet.

Les médailles à l'effigie de l'empereur sont l'œuvre du sculpteur Désiré-Albert BarreD.A Barre (1818-1878), fils de Jean-Jacques Barre, graveur général des monnaies et des timbres..

La cérémonie se termine en musique. C'est Hector Berlioz qui dirige l'orchestre. On y interprète des morceaux de Mozart, Beethoven, Gluck, Rossini et Meyerbeer et la cantate L'impériale que Berlioz a écrite pour l'occasion. Berlioz pour diriger l'orchestre utilise pour la première fois en France un métronome électrique.

Le chimiste américain Charles Goodyear reçoit la médaille d'honneur du travail et l'ordre national de la Légion d'honneur décerné par l'empereur Napoléon III..