Lhistoire médiévale de l'Italie s'étend de la chute de l'Empire romain d'Occident à la Renaissance italienne.

Le Moyen Âge est traditionnellement défini comme la période qui va de 476, année de la déposition du dernier empereur romain d'Occident, Romulus Augustule, jusqu'en 1453 avec Johannes Gutenberg et la diffusion de l'imprimerie, ou 1492, année de l'arrivée de Christophe Colomb sur le continent américain. À son tour, le Moyen Âge se subdivise traditionnellement en Haut Moyen Âge (jusqu'à l'année 1000) et Bas Moyen Âge. De telles datations ne sont que des conventions pour faire référence avec une plus grande clarté à une époque aussi longue que complexe.

De Romulus Augustule à Charlemagne (476-) Fin de l'empire d'Occident L'Italie subit l'invasion des Wisigoths au et Alaric assiège Rome en 410. Le dernier empereur romain d'Occident est déposé en 476 par Odoacre, chef d'un groupe de Germains orientaux. Pendant dix-sept ans, celui-ci gouverne l'Italie en tant que patrice, théoriquement assujetti à Zénon, empereur d'Orient, mais pratiquement en totale indépendance. Il maintient dans leur fonction le personnel administratif romain et donne la liberté de culte aux chrétiens. Odoacre combat les Vandales qui occupent la Sicile et d'autres tribus germaniques qui envahissent périodiquement la péninsule.

Royaume ostrogoth

thumb|Le royaume ostrogoth. En 489, l'empereur Zénon décide de faire quitter la région du Danube aux Ostrogoths, un peuple fédéré, pour les faire aller en Italie. Le , Théodoric vainc Odoacre et devient roi des Ostrogoths. Ravenne devient la capitale. Théodoric qui a vécu longtemps à Byzance est généralement considéré comme un Germain romanisé et il gouverne l'Italie par l'entremise de personnels romains. La minorité gothique, professant l'arianisme, constitue une aristocratie de propriétaires terriens et de militaires mais son influence sur le pays reste faible. La population latine est encore soumise aux lois de Rome et entretient la liberté de culte octroyée par Odoacre. Le règne de Théodoric est généralement considéré comme une période de redressement pour le pays : les infrastructures sont réparées, les frontières sont repoussées et l'économie se porte bien. L’agriculture reprend, la monnaie est contrôlée et les échanges commerciaux se développent.

La culture latine brille de ses derniers feux avec Boèce, le ministre de Théodoric. L’activité artistique se ranime : les monuments de Rome sont réparés, des constructions nouvelles s’élèvent dans toute l’Italie. Milan devient le siège d’un mouvement culturel qui attire Italiens et Gallo-romains. Ravenne, siège du gouvernement, devient le centre d’une intense activité édilitaire (Palatium, Saint-Apollinaire-le-Neuf, mosaïques…).

Le royaume d'Italie est, de nouveau, l'entité politique la plus puissante de la Méditerranée. Après avoir rétabli la paix en Italie, Théodoric apparaît comme le chef le plus puissant d’Occident. Il intervient dans les pays voisins, noue des alliances de famille avec les autres souverains. Il est en mesure de reconstituer l’empire à son profit. Ses successeurs n'auront pas la même importance.

Au début du , l'Empire romain d'Orient, maintenant centré sur Constantinople, envahit (du point de vue des royaumes barbares) ou reprend (du point de vue romain) l'Italie : à l'issue de la guerre des Goths (535-553), les généraux de l'empereur Justinien, Belisarius et Narsès, mettent fin au royaume Ostrogoth, mais la vie urbaine et commerciale s'est alors réduite par rapport à la période romaine : les villes sont beaucoup plus petites et plus rudimentaires qu'elles ne l'avaient été, et les pierres des monuments antiques ont servi de carrière pour les nouvelles habitations et les églises chrétiennes. L'agriculture de subsistance occupe le gros de la population de l'Italie. Guerres, famines et épidémies influent fortement sur la démographie de l'Italie. Toutefois les domaines agricoles de l'époque romaine ne disparaissent pas mais produisent le surplus agricole vendu aux villes. L'esclavage est remplacé par le servage.

La domination de Théodoric se caractérise par une continuité dans les hiérarchies sociales et dans le rôle de l'aristocratie sénatoriale. L'Église joue un rôle croissant, non seulement religieux, mais également économique et social. Les évêques sont souvent des intermédiaires entre les villes et le pouvoir, à la personnalité brillante, comme Ennodius de Pavie.

Royaume lombard

160px|gauche|vignette|En orange l'évolution de l'Italie lombardo-byzantine.

La conquête lombarde La naissance de nouveaux fronts en Orient et dans les Balkans occupent les troupes et les ressources byzantinesClaudio Azzara: Parma nell'Emilia longobarda Reti Medievali Rivista V 2004/1, , Florence University Press ce qui permet à un autre peuple germanique, les Lombards emmené par Alboïn, d'envahir l'Italie, en 569Claudio Azzara: Parma nell'Emilia longobarda Reti Medievali Rivista V 2004/1, , Florence University Press. Cividale del Friuli est le premier centre urbain important à tomber alors que la résistance byzantine se concentre sur les côtes. Les Lombards conquièrent rapidement une grande partie de la péninsule, établissent un royaume avec pour capitale Pavie et divisé en une série de duchés. Les régions du centre et du nord, qui restent sous contrôle byzantin (le Latium actuel et la Romagne) reliées par un étroit corridor vers l'Ombrie, auxquelles s'ajoute la Ligurie, deviennent l'exarchat de Ravenne. L'Italie méridionale, à l'exception de l'Apulie, l'actuelle Calabre, et de la Sicile font également partie des deux duchés lombards semi-indépendants, le duché de Spolète et le duché de Bénévent. Les Lombards n'étant pas un peuple de marins, de nombreux ports restent sous l'autorité byzantine. Ceux-ci deviendront, de fait, de véritables villes-États indépendants : Gaète, Naples ou Venise.

Émergence de l'Église catholique ( - ) L'Église, et notamment le Pape, joue un rôle politique important depuis le règne de Constantin qui a essayé de l'inclure dans l'administration de l'Empire.

Dans la situation politiquement instable qui suit la chute de l'Empire d'Occident, l'Église représente souvent l'unique institution stable et l'unique source de transmission des connaissances. Les « barbares » eux-mêmes doivent s'adresser aux clercs pour assurer l'administration de leurs conquêtes. De plus les ordres monastiques catholiques, tels que les Bénédictins, jouent un rôle majeur tant dans la vie économique que dans la préservation de la culture classique.

Après l'invasion lombarde, les Papes (comme le pape Grégoire ) sont formellement des sujets de l'empereur d'Orient en recevant un léger soutien de Constantinople. Ils doivent combler l'absence de pouvoir étatique en satisfaisant les besoins essentiels (par exemple, la nourriture pour les nécessiteux) ou en défendant Rome des incursions lombardes. Ce faisant, les papes commencent à établir un État indépendant.

Effondrement de l'Exarchat (751) thumb|L'Italie vers 750 (en orange les Lombards, en jaune l’Italie byzantine). À la fin du , les papes aspirent définitivement à l'indépendance et trouvent le moyen de la rendre effective en s'alliant, contre l'Empire romain d'Orient et parfois aussi contre les Lombards, à la dynastie carolingienne des Francs : les Carolingiens ont besoin de légitimité après avoir pris le pouvoir aux faibles rois Mérovingiens.

En 751, les Lombards s'emparent de Ravenne et de l'exarchat de Ravenne : l'Italie byzantine se réduit dès lors aux villes côtières et aux territoires d'Italie du Sud. Face à une nouvelle offensive des Lombards, la papauté demande l'aide des Francs. En 756, les Lombards sont vaincus par les Francs qui donnent à la papauté l'autorité légale sur toute l'Italie centrale par la création des États pontificaux, le reste de l'Italie restant sous le contrôle des Lombards et des Byzantins jusqu'au .

Les Carolingiens (-) En 774, à la demande du pape, les Francs envahissent le royaume lombard, prennent la capitale Pavie et finalement assujettissent les Lombards. Le roi des Francs, Charlemagne prend également le titre de roi des Lombards et reçoit le soutien du pape. Plus tard, le , Charlemagne est couronné empereur d'Occident par le pape, s'instituant ainsi héritier de l'Empire romain d'Occident, et s'affirmant l'égal occidental de l'Empire romain d'Orient (que nous appelons « byzantin » depuis 1557). En 812, les Byzantins acceptent de reconnaître l'existence des deux Empires romains à condition que les possessions byzantines en Italie ne soient pas remises en question.

L'autorité de l'Empire carolingien ne s'étendra jamais beaucoup au sud de la péninsule italienne. L'Italie du sud étant constituée de territoires appartenant à l'Empire byzantin et par les deux duchés lombards, le duché de Spolète et le duché de Bénévent qui n'accepteront la suzeraineté formelle de Charlemagne qu'en 812, lors de l'entente franco-byzantine. Des cités côtières byzantines (mais de culture latine) de Gaète, Amalfi, Naples sur la mer Tyrrhénienne et Venise sur l'Adriatique, sont de plus en plus indépendantes vis-à-vis de Constantinople (qui, elle, est de plus en plus de culture grecque). La prise du duché de Bénévent par Charlemagne aurait complètement enclavé dans son empire les territoires pontificaux, mais l'empereur franc y renonça, probablement pour garder de bonnes relations avec la papauté. Sa puissance contrecarrait déjà les ambitions de papes comme Adrien , dont l'interprétation quelque peu idéalisée de la donation de Pépin (confirmée en 774 par Charlemagne) étendait théoriquement l'autorité papale bien au-delà des territoires qu'il contrôlait effectivement, allant jusqu'en Istrie et en Corse et impliquant l'indépendance des États pontificaux.

La papauté s'était émancipée des tutelles lombarde et byzantine, mais devait désormais composer avec Charlemagne qui était parfaitement capable d'étouffer ses velléités, car les forces papales étaient faibles et peu fiables, comme en témoigne la tentative d'assassinat de Léon III par des proches du pape précédent. Éliminés d'Italie centrale, les Byzantins n'avaient plus grand-chose à offrir aux Papes et n'avaient aucune raison d'affronter Charlemagne qui avait respecté l'accord de 812 et n'avait pas touché leurs possessions au cours de ses campagnes. Enfin, les ducs lombards, eux aussi, se montraient peu dignes de la confiance papale, et se souciaient surtout d'élargir leur autonomie.

Le fossé entre l'Occident (représenté par Charlemagne et par les papes) et l'Orient (représenté par l'Italie byzantine) se creuse davantage. Le pape Léon III est le premier à dater les bulles pontificales à partir du règne de Charlemagne (795) au lieu de se référer au calendrier julien des empereurs byzantins. Toutefois, « fossé » ne signifie pas rupture, et les relations pacifiques entre Charlemagne et Constantinople assurent une période de stabilité pour l'Italie.

Une économie agraire Au début de la période Carolingienne, l’administration de l’Italie continue à être assurée par les cadres lombards (ducs et gastaldes dans les villes, administration centrale à Pavie). La politique carolingienne, comme la politique lombarde, repose avant tout sur la possession de la terre, et les droits de passage, corvées et services exigés par les rois Lombards le sont par les Carolingiens. Vers 814, des comtes francs administrent la plupart des anciens duchés lombards. Les missi dominici, représentant l’Empereur, président les tribunaux locaux. La présence franque est de peu d’effets sur les politiques et les cours locales, pas plus que sur les structures sociales où les règles dirigeant la vie politique.