vignette|290px|Les dirigeants de l'Action française lors de la fête de Jeanne d'Arc, le 8 mai 1927. vignette|290px|Une de L'Action française du 3 décembre 1923 (Philippe Daudet s'était en réalité suicidé).

L'Action française (AF) est un mouvement politique français d'extrême droite nationaliste et royaliste. Historiquement antisémite, c'est l'une des principales ligues d'extrême droite de la Troisième République.

L'Action française est fondée en 1899, en pleine affaire Dreyfus, par Henri Vaugeois et Maurice Pujo dans l'objectif d'effectuer une réforme intellectuelle du nationalisme. Originellement structuré par un nationalisme républicain antidreyfusard et antisémite, ce mouvement devient rapidement royaliste sous l'influence de Charles Maurras et de sa doctrine du nationalisme intégral.

Durant l'entre-deux-guerres, l'Action française est une des ligues d'extrême droite les plus virulentes à l'égard de la Troisième République et participe à la crise du . La condamnation temporaire du mouvement par l'Église catholique entre 1926 et 1939 diminue son audience au profit d'autres ligues.

Après la défaite de 1940, l'Action française se rallie à la Révolution nationale du maréchal Pétain suivant la position de France seule. La pérennité de l'antisémitisme d'État durant l'Occupation et le soutien indéfectible au maréchal Pétain compromettent le mouvement durant la Seconde Guerre mondiale.

À la Libération, Charles Maurras est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour intelligence avec l'ennemi et Maurice Pujo à cinq ans d'emprisonnement et à la dégradation nationale. Le mouvement sort déconsidéré du conflit. Le quotidien L'Action française cesse de paraître en 1944 et l'utilisation de son titre est interdite. Cependant, dès 1947, le journal Aspects de la France relance le mouvement.

En 1955, la Restauration nationale (RN) se structure et prend le relais de l'Action française avant de connaître deux scissions : la Nouvelle Action française (NAF) en 1971 et le Centre royaliste d'Action française (CRAF) en 1997. Le mouvement a depuis repris son nom d'origine avec la fusion du CRAF et de la RN actée en 2018. L'Action française revendique 3 000 adhérents la même année.

Histoire Création vignette|gauche| vignette|

L'Action française naît en pleine affaire Dreyfus. Le s'organise un petit Comité d'action française où Henri Vaugeois, professeur de philosophie au collège de Coulommiers, et Maurice Pujo coudoient l'ancien officier Caplain-Cortambert. et le colonel de Villebois-Mareuil.. L'idée de créer le mouvement est lancée par Maurice Pujo le .. Au moment où s'ouvre l'affaire Dreyfus, Maurice Pujo appartient avec Henri Vaugeois à l’Union pour l'action morale que dirige Paul Desjardins, cercle d'intellectuels qui veulent 35.. dans la société. Vaugeois et Pujo, ne cautionnant pas le soutien de l’Union au capitaine Dreyfus, décident de partirMaurice Pujo fera une satire de l’Union pour l'Action morale dans sa pièce Les Nuées (le terme est de Maurras). — Michel Leymarie, Serge Berstein, La Postérité de l'affaire Dreyfus, Presses universitaires du Septentrion, 1998, 127.. Ils travaillent alors à la création d'un groupement qui serait une Union pour l'Action française. Fin 1898 est fondée la Ligue de la patrie française (antidreyfusarde), pour s'opposer à la naissance de la Ligue des droits de l'homme (dreyfusarde). Certains des fondateurs de l'Action française participent à la Ligue de la patrie française, mais il ne s'agit pas du même mouvement montre toutefois que Pujo tenta à la création de la Ligue de la patrie française de lui donner le nom d'Action française, nom que Marcel Dubois et Maurice Barrès refusèrent..

En , un premier comité s'organise, bientôt rejoint par Maurice Barrès et Henri Vaugeois. Puis, le , le mouvement naît officiellement lors d'une conférence donnée par Vaugeois, rue d’Athènes à Paris, présidée par François Césaire de Mahy, sous le titre : « L'Action française ». La Revue d'Action française est fondée au mois de juillet. Il s'agit pour les fondateurs de l'Action française de tirer la leçon du fiasco de la Ligue de la patrie française qu'ils estiment faible sur le plan doctrinal en dépit de son succès (cent mille adhésions recueillies en 24 heures et le patronage de la moitié de l'Académie française).. Leur but est d'abord doctrinal : il s'agit d'effectuer une réforme intellectuelle du nationalisme.

Le premier numéro de cette revue bimensuelle de petit format et de couverture grise fait état du compte-rendu de la réunion publique faite par Vaugeois. Le second numéro, auquel commence la pagination, paraît le . Lors de son premier éditorial, Vaugeois intitule « Réaction d'abord » son article manifeste. Vaugeois était alors républicain ; sa revue le fut, tout en acceptant la collaboration du monarchiste Charles Maurras mais aussi des républicains, des catholiques et des libres penseurs. Leur mot d'ordre est et leur leitmotiv est de réagir contre l'anarchie qu'ils déclarent des droits de l'homme. Dès 1899, la revue qu'ils publient s'affirme antisémite, hostile à la démocratie39. et rejette 46..

Le rôle de l'affaire Dreyfus

thumb|Une de l'Action française au sujet d'une manifestation antidreyfusarde en 1909. L'Action française est, dès sa création, radicalement engagée dans le camp antidreyfusard. Elle se félicite de sa condamnation et conteste le décret de grâce qui lui est ultérieurement accordé, dans la mesure où, par antisémitismeRobert Paxton écrit ainsi dans Le Fascisme en action (85-86) :

Il ajoute en note : ., elle voit en lui la quintessence du Une affiche, reproduite dans L'Action française, 3, , proclame ainsi : .. Justifiant le , après que celui-ci fut découvertRobert Paxton, , poursuit ainsi : ., Maurras poursuit Dreyfus de ses invectives. Ne s'intéressant pas, au fond, à la question effective de l'innocence ou de la culpabilité de Dreyfus, qui devait selon lui être sacrifié à l'intérêt national167.Voir également : ., il généralise le cas Dreyfus en dénonçant ses défenseurs.

Après la grâce de Dreyfus (1899) et plus encore après sa réhabilitation (1906), l'Action française nie l'innocence de Dreyfus, pourtant parfaitement établie, et n'a de cesse, pour reprendre le mot de Maurras, de l'affaire. Elle mène ainsi de 1906 à 1911 une campagne ininterrompue et d'une rare violence qui lui vaut d'être plusieurs fois lourdement condamnée à la suite des plaintes portées par le commandant Dreyfus lui-même..

L'Enquête sur la monarchie

gauche|vignette| Les deux premiers fascicules de l’Enquête sur la monarchie paraissent en 1900 dans les colonnes de la Gazette de France sous la plume de Charles Maurras (le troisième paraît en 1903). Il s'agit d'une stratégie de conquête des adhérents d'un , stratégie qui connaît peu de succès. Maurras affirme que . La légitimité du pouvoir monarchique en France repose pour lui sur sa capacité à assurer le salut public..

Pour Jacques Prévotat, , que Maurras nomme les , .

Depuis la mort du comte de Chambord en 1883, le sentiment royaliste était frappé à mort. Son déclin s'était précipité avec le soutien au boulangisme et avec la mort du comte de Paris (1894)171.. Son fils ne parvenait pas à susciter d'enthousiasme ni à être crédible en tant qu'héritier de la maison de France. Le zèle, de Maurras, alors âgé de , et le ralliement d'une poignée de jeunes hommes allaient régénérer : un néoroyalisme plus combatif et plus jeune mais sans , un royalisme positiviste172..

Au sein du mouvement, Charles Maurras insuffle une nouvelle idéologie, le nationalisme intégral, qui reprend des éléments traditionnels. Dans le vocabulaire de l'Action française, le nationalisme intégral a toujours désigné le nationalisme qui conclut à la monarchie. L'historien René Rémond, dans son ouvrage de référence sur les droites françaises, souligne que l'Action française demeure toujours plus nationaliste que monarchiste et plus monarchiste que royaliste.. À partir de 1903, l'Action française est dotée de ses deux traits fondamentaux (le nationalisme et le monarchisme) et a ainsi amalgamé dans son idéologie . Le mouvement se fait désormais le vecteur avec le soutien de figures des lettres françaises d'alors tels Paul Bourget et Jules Lemaître..

Les derniers partisans républicains de l'Action française s'en éloignent alors, ou se convertissent au monarchisme, face à l’autorité croissante de Maurras et de son nationalisme intégral ; une partie de la clientèle catholique visée répugne à adhérer à ce nouveau royalisme. Caplain démissionne de ses fonctions d'administrateur de la revue. La liste des collaborateurs, sur laquelle Barrès figurait au verso de la couverture, avec d'autres républicains nationalistes, disparaît le ..

Un mouvement attaché au catholicisme thumb|left|270px|Manifestation devant Notre-Dame-des-Champs, en 1904. En ce début de , la République française cherche à élever un rempart de sécularisation entre l’Église et la société ; un fort courant anticlérical se développe. Considérée par certains catholiques comme une Louis Capéran, L'Invasion laïque. De l'avènement de Combes au vote de la Séparation, Desclée de Brouwer, 1935., cette politique conduit à la Loi de séparation des Églises et de l'État en 1905Voir sur ce point la distinction opérée par René Rémond entre l'inspiration libérale de la société et les aspects anticléricaux de la sécularisation : René Rémond, Religion et société en Europe, Le Seuil, 1998. Sur ces derniers, voir Adrien Dansette, Histoire religieuse de la France contemporaine, Flammarion, 1965.. Les deux formules sont de Gérard Cholvy, « Les deux France », dans Histoire religieuse de la France contemporaine, Tome 2, Privat, 1989, 172.23..

Au début du , l'Action française est soutenue par une importante proportion de l'épiscopat français, mais elle y compte aussi qui dénoncent des erreurs ou demandent sa condamnation. Certains apprécient une défense rigoureuse de l'énoncé dogmatique de la foi chrétienne..

La condamnation du Sillon par Rome en 1910, Notre charge apostolique, . augmente d'autant plus l'intérêt des catholiques pour l'Action française. Le mouvement de Maurras, de par la foi chrétienne partagée par ses membres et selon des considérations sociales et politiques, voit en l'Église catholique, apostolique et romaine l'instigateur de l'équilibre politique français et l'assurance d'un corps social français en bonne santé.

Rapport avec la papauté : la condamnation de l'Action française et sa levée Sous , en dépit du ralliement de 1892, essentiellement tactique, l'Église catholique continue de se méfier de la République française, régime né de la Terreur, dont les soutiens travaillent à l'extirpation de la religion de la sphère sociale et politique.. La doctrine politique de n'exclut pas la monarchie comme forme possible de régime, conformément à la théologie de saint Thomas d'Aquin qui la recommande et sur laquelle s'appuie largement le magistère de l'Église. En 1901, Maurras est frappé par une encyclique de ce pape suggérant qu'une monarchie peut sous certaines conditions correspondre aux exigences de la démocratie chrétienne au sens où ce texte l'entend : une société organisée mais tournée vers Dieu..

Sous , les relations avec la papauté se développent. Louis Dimier est reçu par le Pape et ce voyage est vu par Maurras et ses amis comme un encouragement exaltant.. s'oppose à ceux qui veulent condamner globalement Maurras à cause de certains écrits témoignant de son agnosticisme et d'une métaphysique non chrétienne.

Sous , son agnosticisme suscite l'inquiétude d'une partie de la hiérarchie catholique et en 1926, le pape classe certains écrits de Maurras dans la catégorie des « Livres Interdits » et condamne la lecture du journal L'Action française. Cette condamnation du pape est un choc pour bon nombre de ses partisans, dont un grand nombre de membres du clergé français, et cause un grand préjudice à l'Action française.