Louis Thomas Jérôme Auzoux, né le (19 germinal an 5) à Saint-Aubin-d'Écrosville et mort le à Paris , est un médecin anatomiste français.
Internationalement connu comme créateur de nombreux modèles anatomiques utilisés dans l'enseignement de la médecine humaine et vétérinaire, il a aussi conçu des modèles botaniques.
Biographie Né dans une famille d'agriculteurs de Normandie, il fait ses études à Bernay et obtient le baccalauréat en 1817. Il rejoint Paris pour faire des études de médecine. En 1818, il est externe dans le service de chirurgie du docteur Guillaume Dupuytren. En 1820, il devient interne dans l’hôpital des enfants dirigé par Alexis-René Baffos. Il se passionne pour l'anatomie et il expérimente des techniques de papier mâché pour construire des modèles anatomiques démontables. En 1822, il devient docteur en médecine avec une thèse sur l'anatomie de la vipère. De 1822 à 1825, il perfectionne sa technique au début sur des squelettes humains puis uniquement avec les pièces qu'il fabrique. En 1825, il réalise un modèle humain complet de 180 centimètres comprenant 66 pièces et présentant 356 détails anatomiques qui obtient un grand succès.
Pour répondre à la demande de copies, il établit en 1828 dans son village natal une fabrique de modèles, destinés à faciliter et à populariser l’étude de l’anatomie dans les écoles médicales du monde entier..
L’originalité du système qu’il a imaginé consiste dans la composition de pièces anatomiques artificielles, d’une exactitude rigoureuse, dont le principe est l'articulation d'une pièce anatomique en ses constituants élémentaires que l'observateur peut démonter et remonter à loisir pour en observer la forme, la taille et les rapports respectifs. Pour atteindre à son but, il a fait usage d’une pâte assez liquide pour prendre les empreintes les plus délicates sur les organes humains ou animaux. Soumise à des procédés de dessiccation spéciaux, cette pâte se prêtant parfaitement au coloriage acquérait une solidité qui assurait la durée des empreintes.. Celles-ci représentaient alors des organes ou des parties d’organes, montables et démontables, lui permettant d’exposer le fonctionnement des corps en toute clarté. vignette|Exemple d'un modèle de Louis Auzoux : l’œil humain. La vidéo montre comment il est démonté pour accéder aux différentes parties. Il a qualifié ce système d’« anatomie clastique »Du grec klastos : mis en morceaux.. Auzoux a exposé lui-même sa méthode, dans l’ouvrage intitulé : Leçons élémentaires d’anatomie et de physiologie, ou Description succincte des phénomènes physiques de la vie, etc., à l’aide de l’Anatomie clastique.. Il ne s’est cependant pas borné à composer d’ingénieux modèles, mais a été lui-même un professeur d’anatomie des plus éminents.
On conçoit que certains organes de peu de volume ne pouvaient être démontables dans leurs proportions réelles, tels l’œil, l’oreille, le larynx, l’œuf humain, auxquels il a fait subir un grandissement notable. En vue d’aider à l’étude de l’anatomie des animaux, il s’est imposé la tâche de reproduire un type de chaque grande famille. C’est ainsi qu’il a composé un cheval comprenant deux cents pièces ; un dindon, un serpent, une vipère, un poisson (la perche de mer), un hanneton grossi (cinq cents fragments), une abeille grossie, un colimaçon comprenant six cents pièces..
Principe de fabrication des modèles anatomiques Le principe imaginé par le docteur Auzoux a consisté dans la production d’une pâte de papier et de liège coulée dans des moules puis pressée, selon la technique dite du papier mâché.. Pour les pièces simples et peu articulées, le plus souvent des agrandissements d’organe, il utilisait des moules en plâtre sur lesquels étaient placées successivement plusieurs couches de papier coloré enduit de colle. La colle humidifie le papier et lui fait épouser correctement les plus petits détails du moule ; les différentes couches permettent d’apporter la rigidité future de la pièce, en commençant par une couche de papier fin (env. ), puis en continuant avec des couches de papier plus fort (env. ). L’utilisation de papiers de couleurs différentes permettait de mieux se repérer entre les couches. Lorsque le relief était tourmenté, de petits fragments de papier déchiré permettaient de reproduire les plus petits détails. Plus de de papier pouvaient être ainsi superposées. Le modèle brut ainsi obtenu était creux, léger et résistant.
Pour les pièces articulées, il imagina une pâte qui permettait d’acquérir la densité suffisante pour fixer des attaches, articuler les pièces entre elles et disposer des armatures métalliques pour les modèles de grande taille. Les moules utilisés étaient alors en alliage métallique. Les ouvriers réalisaient des coquilles cartonnées, plus fines que dans la technique précédente ( de papier) puis y disposaient une pâte, la « terre », qui se composait de colle de farine, de papier finement déchiré, de filasse hachée, de blanc de Meudon et de poudre de liège, ce dernier composant étant réputé être l’élément essentiel à la réussite du moulage. Le moule était ensuite refermé et placé sous une presse qui, en plusieurs heures, compactait petit à petit la « terre » et l’étalait jusqu’aux plus minutieux détails.
L’usage de ce nouveau matériau a permis de mouler et de produire en série les modèles qui sont devenus abordables pour un plus large éventail d’institutions et de personnes.. Ces techniques sont exposées au Musée de l'écorché d'anatomie au Neubourg.
L'usine de fabrication des pièces anatomiques de Saint-Aubin-d'Écrosville vignette|Ateliers du à Saint-Aubin-d'Écrosville.
Le succès considérable rencontré en France et à l'étranger par ses reproductions anatomiques d'une technicité et d'une précision inégalées l’ont amené à créer en 1828 une usine de production dans son village natal.
En 1831, il s’est rendu à Londres pour effectuer la démonstration de ses modèles et les proposer comme solutions possibles aux problèmes d’approvisionnement en cadavres à disséquer en Angleterre. Ses modèles ont généralement été bien reçus, tant dans la presse médicale que dans la presse générale. Le roi a même ordonné qu’un exemplaire soit envoyé au King’s College nouvellement créé à Londres.
Rapidement, les effectifs augmentèrent et, en 1868, plus de quatre-vingts personnes étaient nécessaires pour assurer la production des centaines de pièces expédiées chaque année dans le monde entier. En 1833 il créa un magasin au 8 rue du Paon, à Paris, qui se chargea aussi des expéditions de pièces en province et à l’étranger. À sa mort il laissait une collection exceptionnelle de pièces d’anatomie clastique internationalement reconnue et une fabrique prospère. En raison de la concurrence et de la multiplication des moyens d’apprentissage de l’anatomie (photographies, vidéos, internet, plastination, …), l’usine Auzoux passa dans les années 1980 à la fabrication de modèles en résine moins onéreux. Elle ferma définitivement au début des années 2000.
Ses papiers personnels sont conservés aux Archives nationales sous la cote 242APArchives nationales..
Modèles botaniques vignette|redresse|Modèle de fleur, fruit et graines de Rumex. Dès 1860, Auzoux diversifie la production de l'usine de Saint-Aubin et commence à produire des modèles botaniques entièrement démontables – plantes à fleurs, graines, champignons – qui répondent aux besoins de l'enseignement...
Distinctions
Utilisation des modèles dans l'enseignement
Les modèles anatomiques du docteur Auzoux sont exposés dès 1822 à l'Académie royale de médecine à Paris dès 1822..
Modèles Auzoux dans des collections publiques Ses modèles ont été acquis par de nombreux établissements d'enseignement, facultés de médecine et écoles vétérinaires, non seulement en France, mais aussi dans d'autres pays d'Europe, ainsi qu'aux États-Unis. et en Asie, notamment au Japon. et en Inde. Devenus pièces de collection, ces modèles, désormais inutilisés pour l'enseignement, sont aujourd'hui principalement conservés dans des musées.
France vignette|Le modèle de cheval complet de l'École nationale vétérinaire de Toulouse. Le musée de l'écorché d'anatomie du Neubourg, situé à proximité de l'usine des établissements Auzoux, conserve un fonds important d'objets et de documents sur cette entreprise et notamment d'impressionnants écorchés humainsMusée de l’Écorché d'Anatomie du Neubourg.. Le musée Fragonard de l'École vétérinaire de Maisons-Alfort conserve un modèle de chevalLe Musée Fragonard... Christophe Degueurce, professeur d'anatomie et directeur du musée Fragonard de l'École vétérinaire de Maisons-Alfort, a dirigé le travail de la thèse vétérinaire de Guillaume Ruiz consacrée à Louis Auzoux. Dans cette thèse consultable en ligne on trouvera les photographies de nombreux modèles anatomiques et zoologiques de Louis Auzoux. Une autre thèse vétérinaire consacrée plus particulièrement à l'entreprise Auzoux et à la diffusion internationale de ses œuvres a été soutenue en 2014 par Nicolas Chanal.. Le cheval conservé de l'École vétérinaire de Maisons-Alfort a fait l'objet d'un diplôme en conservation-restauration. en 2008 par Barbara Dumont à l'Institut National du Patrimoine, Paris. L'École nationale vétérinaire de Toulouse possède une importante collection de pièces anatomiques animalières et aussi humaines qui témoignent de l'enseignement de l'anatomie et de la zoologie tel qu'il était pratiqué autrefois.. Le musée national de l'Éducation à Rouen conserve 32 modèles de botanique créés par les établissements Auzoux en 1877. Donnés au musée par le lycée Corneille de Rouen en 2007, ces modèles témoignent de l'usage scolaire de ces objets ainsi que de la reconnaissance alors nouvelle de l'enseignement de l'histoire naturelleLes modèles botaniques Auzoux et les collections scientifiques du Lycée Corneille (Rouen).. L'institut supérieur du professorat et de l'éducation de Paris (Sorbonne Université) conserve une importe collection de modèles Auzoux qui ont été restaurés, documentés et photographiés en 3D. Le musée de Bretagne conserve une collection de modèles botaniques provenant de l'École nationale supérieure agronomique de Rennes.. La préparation à l'agrégation des SV-STU de l'Université Paris-Sud possède un écorché humain, un œil en papier mâché, et quelques autres modèles en plâtres provenant des établissements Auzoux. Ces objets sont conservés au sein d'un cabinet de curiosités créé en 2014, lors de la fête de la science.. L'Université Lyon 1 possède plusieurs modèles Auzoux (botaniques, zoologiques) dans ses collections gérées par le CEntre de Ressources pour les Sciences de l'Évolution.. L'université de Montpellier possède plus de 150 modèles anatomiques, dont certains classés Monuments historiques L'ESPE d'Aquitaine possède plusieurs modèles (écorché, œil, cerveau etc.).. Le Muséum national d'histoire naturelle à Paris possède notamment un gorille en papier mâché daté de 1877.. Un autre exemplaire de gorille, réalisé d’après dissection d’un exemplaire réel, en possession de la libraire Alain Brieux en 2012, a fait l'objet d'une étude détaillée.. Le lycée Gambetta de Tourcoing possède une belle collection qui a fait l'objet d'une étude. et d'un ouvrage . du service régional d'inventaire des Hauts de France. Le lycée Colbert (Paris) possède une collection de modèles anatomiques et naturalistes du . Ces modèles étaient réalisés avec du papier mâché, en superposant des couches de papier pour former une structure creuse qui pouvait, en changeant les couleurs du papier, donner une apparence réaliste ou symboliser le fonctionnement des organes.. L'université Rennes-I possède quelques éléments signés Auzoux. Une enquête du Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-arts de 1884 signale la présence dans les collections de zoologie de 32 pièces Auzoux (anatomie clastique et modèles en cire)..