vignette|Jakob Hutter.

Le huttérisme est un mouvement chrétien anabaptiste né dans le Tyrol au . Ce groupe ethno-religieux issu de l'anabaptisme prend ses racines de la Réforme radicale au , à l'instar des mennonites et des amish. L'un des plus grands foyers anabaptistes au se situe en Moravie, où les fidèles sont tolérés par une partie de la noblesse. Aujourd'hui ce mouvement subsiste surtout au Canada (pour les trois-quarts) et aux États-Unis (pour un quart) où environ adeptes vivent en circuit fermé dans des communautés agricoles. Ils parlent un dialecte allemand, le huttérien. Ils se sont divisés en deux groupes : les vieux huttérites et les nouveaux huttérites, ces derniers ayant été excommuniés par les premiers.

Origines du mouvement Le mouvement a ses origines dans la fondation d'une communauté anabaptiste en 1528 à Austerlitz (Moravie) par Jacob Hutter Donald B. Kraybill, Concise Encyclopedia of Amish, Brethren, Hutterites, and Mennonites, JHU Press, USA, 2010, p. 110 . Les huttérites s'efforcent de vivre en conformité avec le christianisme du Nouveau Testament, ce qu'ils font en rejetant toute forme de violence, y compris celle en situation de « légitime » défense. Se référant à Actes II, 42-47, ils avaient décidé de mettre en commun leurs biens afin de pouvoir subsister : il s'agit d'entraide et pas d'une véritable communauté de production.

En 1535, la répression s'abat sur eux. L'archiduc Ferdinand d'Autriche impose à la noblesse morave de les chasser. Pendant des mois, ils se cachent dans les forêts et les cavernes. Les fermes collectives huttérites sont détruites. Hutter retourne au Tyrol où il est pris et exécuté le .

De 1536 à 1542, l'autorité au sein de la communauté est exercée par Hans Amon. Peter Riedemann est à l'époque un théologien important, auteur de deux témoignages de la foi qui sont devenus des classiques du mouvement huttérite.

Organisation de la communauté thumb|right|Intérieur de ferme huttérite du dans le Tyrol du Sud. Les huttérites se distinguent des autres anabaptistes par la pratique de la communauté de biens. Du simple partage du début de leur histoire, ils ont évolué vers une mise en commun de la propriété et de la production. La vie quotidienne se fait en commun. Les repas sont pris ensemble. L'éducation des enfants est également le souci de tous. Mis à part l'aspect religieux, on retrouve ce genre de vie à l'époque contemporaine à des degrés divers dans les kolkhozes ou les kibboutz, mais aussi récemment dans certains mouvement charismatiques et pentecôtistes.

Principes huttérites Quatre motivations sont à l'origine de cette mise en commun : l'idée que la communauté des fidèles rétablit un état paradisiaque où la propriété est absente elle est à l'image de l'amour fraternel qui unit le Père et le Fils elle s'appuie sur un principe mystique, la résignation, par laquelle le fidèle ne peut plus désirer posséder et s'abandonne à la Providence. enfin c'est la destruction de tous les désirs égoïstes des hommes.

Communauté de biens Les huttérites prennent modèle de la communauté de biens de l'Église primitive. Chaque nouveau fidèle huttérite remet ses biens aux anciens. Si un frère meurt, ses instruments de travail et son linge reviennent à la communauté. Cette dernière pourvoit ses membres en nourriture, vêtements et logement. Les huttérites vivent ensemble dans des fermes collectives, qui accueillent en moyenne trois cents personnes à l'époque (aujourd'hui au maximum deux cents). Elles comprennent des lieux d'habitation mais aussi des pièces pour les différentes activités artisanales, une salle d'école, une cuisine et des entrepôts. Chaque ferme est dirigée par un ancien, économe responsable de la discipline et de l'ordre économique. En 1545, les huttérites possédaient 21 fermes. Elles étaient 25 en 1547 et 57 en 1589. La plupart se trouvaient en Moravie du Sud, en particulier dans la région de Brno (Brünn).

Chaque groupe avait son maître qui surveillait le travail, procurait la matière première et s'occupait de la vente des produits. La production se faisait souvent en circuit fermé. Les matières premières étaient fournies par les coreligionnaires. Les prix étaient bas car les frères huttérites n'étaient pas payés. Leur efficacité leur assurait une réelle prospérité économique qui suscita la jalousie.

Cette prospérité rendit possible l'accueil de nouveaux fidèles. Le prosélytisme huttérite était important au .

Représentants huttériens 1533–1762 vignette|Migrations européennes des Huttéristes. Jacob Hutter 1500–1536, Hanns Amon (Bavière) 1536–1542, Leonhardius Lanzenstil (Bavière) actif vers 1542–1565, Peter Riedemann (né en Silésie) 1542–1565, (vers 1589-1662), Tobias Bersch 1694–1701, Jakob Wolman 1724–1734, Jergl Frank 1734–1746, Heinrich Müller, , Autres Peter Rideman (1506-1556), (1518-1578), (?1520-1573), auteur de la première chronique connue de l'huttérisme (morave) Zacharias Walther 1746–1761, qui abandonne la vie selon les principes huttériens pour rejoindre l'Église catholique, (1749-1824), Klein-Geschichtbuch Jakob Walter (Sabatisch) 1824–1855, Jörg Waldner 1846–1857, Michel Waldner 1876–1889...

Moravie (1528–1622) thumb|right|La Vie communautaire "belle et biblique" des huttérites (1589). Les anabaptistes pourchassés parviennent à s'installer dans des lieux isolés où ils peuvent jouir d'une certaine tolérance. La plupart s'installent en Moravie, où leurs talents et leur diligence sont reconnus. Dans la pratique, le magraviat de Moravie est régi jusqu'en 1620 par une oligarchie nobiliaire qui pratique une certaine tolérance religieuse, à l'inverse de la plupart des terres de l'Empire des Habsbourg. Les anabaptistes trouvent refuge dans les terres des Liechtenstein, des Zierotin, des Leipa, des Boskowitz, des et des Waldstein Thomas Winkelbauer, Ständefreiheit und Fürstenmacht. Länder und Untertanen des Hauses Habsburg im konfessionellen Zeitalter. Patrie II (= Herwig Wolfram, Österreichische Geschichte 1522–1699), Vienne, 2003, p. 148sq. Une des premières implantations des huttérites de Moravie se trouve à Mikulov (Nikolsburg), où Balthazar Hubmaïer (1480-1528) avait trouvé refuge en 1526 pour en faire un foyer de la Réforme radicale. Une dispute théologique a lieu sur la légitimité de l'usage de la violence, provoquant la scission du jeune mouvement anabaptiste entre Schwertler (partisans du glaive) et Stäbler (non-violents). Ces derniers quittent Nikolsburg en 1528 pour Austerlitz où ils fondent la première communauté de frères anabaptistes non-violents (Bruderhof). Une année plus tard, Jacob Hutter se rend pour la première fois dans cette communauté. Il fait venir d'autres anabaptistes en Moravie dans les années suivantes. Cette communauté s'agrandit et fonde vers 1530 une communauté-sœur non loin à Butschowitz. Pendant l'hiver 1530-1531, ces partisans de Hutter sont au nombre de six cents membres adultes Martin Rothkegel, Die Austerlitzer Brüder oder Bundesgenossen – Pilgram Marpecks Gemeinde in Mähren, Sammelwerk=Schriften des Vereins für Reformationsgeschichte, vol. 209, 2009, 246 pages. Après des conflits internes, cent cinquante membres du groupe s'installent en sous la conduite de (ver 1484-1559) à Auspitz. Ils nouent des liens étroits avec les gabriélites (partisans de (?-1545)) et les philippites (partisans de l'anabaptiste (vers 1500-1545)) qui y sont établis en communautés. En octobre, ils choisissent Jacob Hutter pour diriger leur communauté, et ainsi deviennent la première cellule du mouvement. Hutter fait venir d'autres adeptes et consolide la jeune communauté, qui devient ainsi un modèle de production communautaire où les biens sont mis en commun comme dans les toutes premières communautés chrétiennes face à l'adversité. Après sa mort, c'est Peter Riedemann qui codifie les règles et la pratique communautaire, tant matériellement que spirituellement.

Le mouvement huttérite connaît une période florissante jusqu'à la Guerre de Trente Ans. En particulier les années entre 1563 et 1592 constituent l'apogée de l'anabaptisme communautaire de Moravie. Les chroniques huttérites évoquent de cette époque, ou l'. Ils pratiquent alors le prosélytisme et les conversions sont nombreuses, tandis que leur nombre s'accroît aussi par leur fécondité. Ils font profiter à la communauté non seulement de leur dons d'agriculteurs, mais aussi de leurs talents d'artisans. Ils sont également horlogers, brasseurs, forgerons, verriers, potiers, fileurs, câbleurs, mineurs et même médecins ; toutes ces professions n'existent plus en leur sein aujourd'hui. Les médecins huttérites étaient fort considérés et leurs écoles renommées, si bien qu'elles accueillaient aussi des enfants d'autres confessions protestantes. Les communautés comptent alors quatre-vingts centres pour vingt mille membres. Leurs fermes dépendent de lieux communautaires.

Pendant la Guerre de Trente Ans, les fermes des huttérites sont convoitées par les seigneurs locaux. Les chroniques des huttérites rapportent, qu'entre le mois de juillet et le mois d' seulement, ce sont vingt-neuf communautés (Bruderhöfe) qui sont pillées et détruites par les troupes impériales. Ils doivent se cacher souvent dans les forêts et les cavernes pendant ces assauts. Ces cavernes sont alors spécialement aménagées et reliées entre elles, pour les abriter pendant ces vagues de pillage, avec des entrées dissimulées. En 1622, l'empereur Ferdinand II interdit leur mouvement communautaire et ils ont quatre semaines pour quitter le territoire. C'est ainsi que commence une longue errance qui va durer trois siècles.

Basse-Autriche (1538–1622) Quelques huttérites fondent dans le Weinviertel en Basse-Autriche une petite communauté au nord de Steinebrunn. La famille de Fünfkirchen qui avait hérité du comté de Falkenstein est représentée à l'époque par Jean III de Fünfkirchen et son fils Jean-Bernard; ceux-ci sont eux-mêmes des disciples de Jacob Hutter et ils font de leur seigneurie un havre pour les huttérites en fuite; mais en 1539 les soldats de Ferdinand s'attaquent à la population et déportent une partie des hommes vers Trieste, un certain nombre de ces derniers peuvent néanmoins s'enfuir et retrouver leur foyer. En dépit des difficultés, les huttérites s'y fixent jusqu'au début des années 1620. Après la bataille de la Montagne-Blanche (1620), les huttérites de Steinbrunn doivent s'installer ailleurs et ils fuient en Haute-Hongrie Der Steinebrunner Brüderhof, consulté le 19 octobre 2017. L'histoire des huttérites en Basse-Autriche et en Moravie méridionale proche est présentée au de Niedersulz (Basse-Autriche) et à l'exposition permanente sur les huttérites du château de Falkenstein.

Haute-Hongrie et Transylvanie thumb|right|Céramique produite par des anabaptistes huttérites (les habans). Au cours du , des communautés de frères huttérites se forment en Haute-Hongrie (en Slovaquie aujourd'hui) qui appartenaient alors à la couronne de Hongrie. Les communautés les plus importantes se trouvent à Sabatisch (Sobotište aujourd'hui), à St. Johann et à Großschützen. La première maison communautaire de Sabatisch est formée en 1546. Les membres de la noblesse terrienne hongroise qui sont passés au calvinisme ou au luthéranisme accueillent favorablement ces huttérites qui peuvent exploiter et coloniser leurs terres dépeuplées. Leurs talents d'artisans sont aussi reconnus. À l'époque, les huttérites de Haute-Hongrie sont appelés les (Habaner en allemand). La faïence qu'ils produisent et dont ils sont passés maîtres est qualifiée jusqu'à aujourd'hui de faïence des habans (Habanerfayencen).