Le Condor de Californie (Gymnogyps californianus) est une espèce de rapaces de la famille des Cathartidae. C'est un vautour, qui vit sur la côte occidentale des États-Unis et en Arizona. C'est la seule espèce du genre Gymnogyps.
Description et mode de vie vignette|Condor de Californie en vol Avec ses de longueur et d'envergure , c'est un des plus grands oiseaux du monde. En termes de poids, il rivalise avec le Condor des Andes (Vultur gryphus) avec . Bien que robuste et ne comptant que peu de prédateurs, cette espèce a failli s’éteindre en 1985 lorsque seuls survivaient dans la nature uniquement en Californie. Elle a été sauvée in extremis par l’élevage en captivité (incubation artificielle d'œufs et élevage de jeunes, avec mise à disposition de viande pour les jeunes), qui a permis une tentative de réintroduction dans la nature, rendue difficile en raison d'une exposition extrême au saturnisme. Elle s'est néanmoins soldée par un certain succès puisqu'on recense sauvages en 2006« Le retour des oiseaux menacés de disparition » dans Courrier international du 28/08/2006, , dont 78 en Californie et 60 en Arizona (2007). Il y avait en liberté et en 2016.
Son espérance de vie est normalement de . Devenu adulte, il vit en couple monogame durable. Il atteint sa maturité sexuelle entre 6 et . Il dépose un œuf unique à même le sol, sans construire de nid, dans une grotte ou dans une crevasse. L'œuf mesure en moyenne et pèse environ . Le temps d'incubation est de et le jeune quitte le nid vers . Les femelles ne pondent qu'un œuf tous les deux ans environ , ce qui est très long, et a constitué une des causes du déclin de l'espèce. Sous certaines conditions mal déterminées, les œufs peuvent éclore d'un oisillon mâle sans qu'il n'y ait eu fécondation : la reproduction du condor de Californie peut donc parfois être parthénogénétique..
Répartition On le trouvait autrefois dans presque toute l'Amérique du Nord, de la Colombie-Britannique à la Californie et à la Floride. Il y a environ , l'espèce connut un déclin important à la suite des extinctions massives de la fin du pléistocène . Leur nombre baissa de manière importante aux et s : il disparut de l'Arizona dans les années 1920. Il ne restait que neuf individus en Californie en 1985. L'oiseau fut classé sur la liste fédérale des espèces en danger en 1967. L’aire de distribution actuelle est celle des zones de tentative de réintroduction : les montagnes de la Californie et le nord de l’Arizona, en particulier le parc national du Grand Canyon.
Comportement Le condor de Californie utilise les vents ascendants pour se déplacer : il peut atteindre la vitesse de et faire jusqu'à de trajet dans la même journée et sans effort particulier. Cet oiseau, qui peut faire de longs voyages pour se nourrir, remplissait une fonction écologique et sanitaire essentielle, proche de celle des vautours, en se nourrissant des charognes ou restes de charognes de bisons, cerfs, élans, etc. tués par les loups, lynx, couguars, coyotes ou par les hommes. Après la régression des bisons massivement tués par les colons, les cadavres de vaches et de moutons sont devenus importants dans son alimentation, avec les animaux mortellement blessés à la chasse ou par des véhicules (roadkill) et non récupérés par les chasseurs ou l'équarrissage.
Menaces et cause de régression thumb|Crâne de condor. Bien que ses plumes aient été utilisées pour les parures, il ne semble pas avoir pâti de la chasse par les Amérindiens. C’est avec l’arrivée des pionniers qu’il a brutalement régressé pour devenir rare au milieu du et très rare au , en raison de la chasse, des collectes d'œufs, et à cause des appâts empoisonnés disposés par les éleveurs contre les prédateurs, mais aussi à cause de l'industrialisation de l'agriculture qui l'a privé des grandes carcasses dont il se nourrissait. Il est possible qu'il ait localement souffert de pollutions industrielles (mercure, plomb..), mais c’est surtout l'intoxication par le plomb de chasse qui est devenu sa première cause de disparition. Le Condor de Californie mange en effet les cadavres en commençant généralement par la plaie constituée par l'entrée de la balle quand l’animal a été tué ou blessé à la chasse. Il peut aussi ingérer la ou les balles qui sont restées dans le cadavre, ce qui explique que le saturnisme reste la première cause de mortalité des condors adultes, malgré les efforts plus importants et plus précoces pour réduire le plomb dans l'environnement en Amérique du Nord. La plupart des oiseaux ne sont intoxiqués que par la grenaille de plomb, mais les gros oiseaux tels que cygnes ou condors sont régulièrement victimes d’empoisonnement aigu par ingestion de balles de plomb ou de plomb (turlutte et autres agrès) de pêche (pour le cygne).
La zone de réintroduction (Big Sur) est peu polluée et est l'une des moins chassées de l'Ouest des États-Unis. L'exposition au plomb de chasse y était donc jugée être un risque faible pour les condors. Mais l'observation au sol, par radiotracking et par satellite, a montré que, si les jeunes acceptaient de se nourrir des cadavres « propres » apportés par les hommes à proximité, les adultes, eux, pouvaient consommer des cadavres de cerfs communs jusque dans le comté du Sud-Monterey au nord et dans le comté de San Luis Obispo au sud, où les cervidés sont encore chassés avec - le plus souvent - des munitions au plomb. Les balles de plomb ou fragments de balles (parfois improprement nommés shrapnels en référence aux éclats d'obus de la Première Guerre mondiale) présents dans les carcasses de cerfs communs sont la cause probable de ce saturnisme.
On sait depuis longtemps que les rapaces situés au « sommet » de la chaîne alimentaire sont particulièrement touchés par le saturnisme lié à l’ingestion indirecte de plomb de chasse ou de pêche (100 % de 100 busards des roseaux testés en France dans deux grandes zones humides étaient atteints de saturnisme aigu), le pygargue nord-américain est également souvent victime de saturnisme induit par la chasse et la pêche, mais, les condors sont probablement encore plus sensibles au plomb que les autres rapaces, car ils ne régurgitent pas les plumes, os et autres fragments et objets indigestes qu’ils mangent. Or, chez la plupart des oiseaux, les plumes, mais surtout comme chez les mammifères, les os fixent et accumulent le plomb ingéré et non excrété (80 % de ce plomb est stocké dans les os). L'acidité élevée de ses sucs gastriques facilite le passage rapide du plomb dans son sang.
Programme de réintroduction thumb Objectifs Il a été lancé en 1992 par le gouvernement fédéral et plusieurs ONG (dont la Wilderness society) alors que le nombre d’individus (toujours maintenus en zoos) était jugé devenu suffisant pour tenter de reconstituer deux noyaux de population, l’un au sud de la Californie, l’autre au nord de l’Arizona, chacun à partir de 150 individus, incluant 15 couples élevant un petit.
Histoire de la réintroduction L'élevage en captivité a débuté par le prélèvement dans la nature de l'œuf issu de la première ponte de condors sauvages. En 1983, le premier poussin, né en captivité, éclot d'un œuf pondu dans la nature, après incubation artificielle au zoo de San Diego.
Dans le but de sauver le condor de Californie, la décision fut prise en 1985 de capturer tous les individus quand la population sauvage tomba à . Le dernier condor volant en liberté fut capturé en 1987. Le premier poussin conçu en captivité éclot en 1988 au Wild Animal Park de San Diego. En 1992, les premiers condors élevés en captivité furent réintroduits dans la nature en Californie, alors que la population captive s'élevait à Milestones in California Condor Conservation.
Six oiseaux ont été réintroduits dans le Grand Canyon en 1996. On en compte, en 2007, soixante oiseaux dans tout l'État d'Arizona.
ont été réintroduits dans la zone de Big Sur (zone montagneuse littorale de de long sur la Caldeira de Californie), dans une zone sauvage, pauvre en sources de pollution et peu fréquentée par les chasseurs et donc a priori parmi les moins contaminées en plombs (grenaille) de chasse. Ils sont contrôlés tous les 6 mois. Ils avaient au début de l’expérience des plombémies plus basses que la moyenne et qu’ailleurs. Pourtant, fin 2002, l’un des de Californie réintroduit par la Ventana Wilderness Society a dû être soigné pour saturnisme aigu et 7 de ses compagnons (sur ) présentaient des plombémies caractéristiques d'un saturnisme chronique, mais permettant toutefois selon les vétérinaires qu’on les relâche dans la zone de réintroduction.
En , il y avait de Californie vivants, dont 226 à l'état sauvage et 179 en captivitéCalifornia Condors Hit a Milestone – a Population of 405 – after Nearly Going Extinct...
Fin 2016, il y avait en liberté et 170 en captivitéCalifornia Condor Recovery Program.
Fin 2017, la population totale avait augmenté. Il y avait vivants, dont 290 en liberté et 173 en captivité.
Fin 2018, il y a , dont 312 en liberté et 176 en captivitéCalifornia Condor Recovery Program 2018 Annual Population Status.
Fin 2019, il y a , dont 337 en liberté et 181 en captivitéCalifornia Condor Recovery Program 2019 Annual Population Status .
Fin 2022 la population totale compte , dont 336 vivant dans la nature, et 201 en captivité.
Difficultés thumb|250px|Les cadavres de baleines et plus encore de cachalots sont très pollués par les métaux lourds, les pesticides et autres polluants bioaccumulés. Ils peuvent être une source de contamination supplémentaire et importante pour les nécrophages qui les consomment. Celui-ci s'est échoué près de Big Sur.
Contamination par le plomb On a constaté par de nombreuses analyses que c'est une des causes les plus fréquentes de mortalité de cette espèce, même si d'autres métaux et toxiques ont été retrouvés dans l'organisme de ces nécrophagesWiemeyer, S.N., Jurek, R.M., Moore, J.F., (1986), Environmental contaminants in surrogates, foods, and feathers of California condors (Gymnogyps californianus). Environ. Monit. Assess. 6, 91–111 (résumé)Wiemeyer, S.N., Krynitsky, A.J., Wilbur, S.R. (1983), Environmental contaminants in tissues, foods, and feces of California condors. In: Wilbur, S.R., Jackson, J.A. (Eds.), Vulture Biology and Management. University of California Press, Los Angeles, pp. 4727–4739 (résumé). Beaucoup des oiseaux relâchés en bonne santé après acclimatation sont morts rapidement, presque toujours pour les raisons qui ont récemment conduit au déclin général des populations du condor et d'autres oiseaux : intoxication par le plomb (balle ou grenaille de plomb) des munitions, et ce, pour les adultes, en dépit d’une offre en alimentation saineWiemeyer, S.N., Scott, J.M., Anderson, M.P., Bloom, P.H., Stafford, C.J., (1988), Environmental contaminants in California condors. J. Wildlife Manage. 52, 238–247 (résumé).
Quatre des condors réintroduits en Arizona et l’un de ceux du sud de la Californie sont morts de saturnisme aigu en . Et plusieurs autres oiseaux morts et non retrouvés en Californie du nord pourraient aussi être morts de saturnisme.
Depuis , les oiseaux réintroduits sont suivis par des analyses de sang. Treize d’entre eux ont dû subir un traitement médicamenteux continu pour intoxication par le plomb (chélateurs).
Les restes des cadavres de quarante autres des condors relâchés dans la nature ont été trouvés entre et , victimes de collisions avec des lignes électriques ou mangés par des aigles ou des coyotes, ou après une mort dont les causes sont restées inconnues. Ces restes étant très dégradés, ils n’ont pas fait l’objet d’analyse de plomb, mais il est possible que le plomb soit — au moins pour certains cas — un facteur responsable de leur mort prématurée.
Plombémie et saturnisme