Le royaume de Wu (), connu également sous le nom Sun Wu (), est l’un des royaumes de la période des Trois Royaumes en lutte pour le contrôle de la Chine après la chute de la dynastie Han.
Il était situé au sud du Yangzi Jiang dans la région des actuelles villes de Nankin, Shanghai et Suzhou, à l’emplacement de l’ancien État de Wu de la période des Printemps et Automnes. La capitale principale du royaume était Jianye (建業), près de l'actuelle ville de Nankin (Nanjing), mais parfois la capitale fut déplacée à Wuchang (武昌), actuelle Ezhou, Hubei.
Plus puissant que le royaume du Shu mais plus faible que celui du Wei, le royaume de Wu fut celui qui vécut le plus longtemps des Trois Royaumes de Chine. Il exista pendant , de sa fondation en 229 à sa conquête en 280 par le premier empereur de la dynastie Jin, Sima Yan.
Histoire
Origines et fondation du royaume En 190, au début du déclin de la dynastie Han, le seigneur de guerre Yuan Shu décide de rejoindre la coalition qui se monte contre le ministre Dong Zhuo. Avant de partir au combat, Shu nomme son subordonné Sun Jian Général Intérimaire qui Écrase les Lâches (破虜將軍) et Inspecteur de la province de Yu (豫州刺史). Ce grade d'Inspecteur signifie que Sun Jian se voit confier la gestion de la province de Yu, qui se situe à la limite entre le nord et le sud de la Chine des Han. Lors des combats de la campagne, Sun Jian fait montre de bravoure et réussit à vaincre successivement Dong Zhuo lui-même, puis Lü Bu, le plus puissant général de Zhuo, lors de deux batailles sous les murs de Luoyang, la capitale des Han. Après la fin des combats, Jian retrouve le sceau impérial au milieu des ruines et le confie à Shu une fois revenu au camp principal. À la suite de ces défaites, Zhuo se replie et s'enfuit à Chang'an, la seconde plus grande ville du pays, dont il fait sa nouvelle capitale. Cette victoire est sans lendemain, car la coalition s'effondre, victime des dissensions existant entre ses membres. Très vite, les anciens alliés se déchirent et les conflits se multiplient. Sun Jian est une des premières victimes de ces conflits, car il meurt en 191, lors de la bataille de Xiangyang qui oppose les troupes de Yuan Shu à celles de Yuan Shao, le cousin de Shu et ancien chef de la coalition contre Dong Zhuo.
En 194, Sun Ce, le fils aîné de Sun Jian, se présente devant Yuan Shu et demande à hériter du poste et des troupes de son père. Shu commence par refuser, puis décide d'employer Sun dans les guerres qu'il mène. Entre 194 et 197, Sun Ce conquiert la plus grande partie de la région du Jiangdong pour le compte de Yuan Shu; mais les choses changent au début de l'an 197. En effet, à cette date, Shu s'autoproclame empereur et fonde sa propre dynastie, en utilisant le sceau impérial que lui a remis Sun Jian en 190 pour émettre des édits. Pour Sun Ce, c'en est trop et il se retourne contre son ancien maître. En effet, Shu a promis à deux reprises à Ce de le nommer administrateur de Jiujiang et à chaque fois, le poste a été confié à quelqu'un d'autre. De plus, lorsque Sun Ce a appris qu'Yuan Shu comptait s'autoproclamer empereur, il lui a écrit une lettre lui déconseillant de le faire, mettant en avant les effets dévastateurs d'un tel geste dans une période aussi troublée. Voyant que Shu n'est pas fiable et qu'il est également un mauvais administrateur, Sun Ce décide donc de couper les liens avec lui et commence à diriger personnellement les territoires qu'il a conquis les années précédentes. Cette défection est un coup dur pour Yuan Shu qui perd son meilleur général, ses meilleures troupes et des territoires riches et peuplés. Finalement, au cours de l’hiver 199, le régime de Yuan Shu est écrasé par les forces des Han et Yuan lui-même meurt peu de temps après sa défaite.
Après 197, Sun Ce continue de conquérir des territoires dans le Jiangdong pour son compte, jusqu'en l'an 200. Durant l'été de cette année, il conduit son armée vers l’Ouest pour lancer une attaque contre Huang Zu, un seigneur de guerre local, mais meurt durant les combats à cause d'une blessure à la joue qui s'est infectée. Sun Quan, le frère cadet de Sun Ce, hérite du territoire conquis par ce dernier et s'emploie à l'agrandir durant les années suivantes. Il étend sa domination vers le sud et l'ouest, où il se heurte à Liu Biao, le seigneur de guerre qui règne sur la province de Jing.
La situation change lorsque Biao meurt vers septembre 208 et que Cao Cao attaque la province de Jing. Durant les années précédentes, Cao Cao s'est débarrassé de la quasi-totalité de ses rivaux de Chine du Nord et est devenu le plus puissant des seigneurs de guerre. N'ayant plus rien a craindre sur ses arrières, il profite de la mort de son vieux rival pour lever une puissante armée et se lancer à la conquête de Jing, puis du reste du sud de la Chine, qu'il entend bien réunifier à son profit. C'est alors que Liu Bei, un seigneur de guerre vaincu par Cao qui s'était réfugié dans la province de Jing, prend contact avec Sun Quan et lui propose une alliance contre Cao Cao. Quan hésite et convoque ses généraux qui lui suggèrent presque tous de se rendre. Seuls son stratège Zhou Yu et son général Lu Su prônent la résistance, Yu considérant que malgré leur infériorité numérique, de nombreux facteurs font qu'il est possible de résister à Cao Cao. Zhou Yu réussit à convaincre Sun Quan, qui accepte de s'allier à Liu Bei et donne l'ordre de lever des troupes pour contrer l'invasion.
L'affrontement a lieu pendant l'hiver 208, lors de la bataille de la Falaise rouge, durant laquelle la flotte de Cao est incendiée. Ayant perdu plus de la moitié de ses soldats à cause des épidémies et des combats ; Cao Cao se replie et évacue la province de Jing. Sun Quan pousse son avantage, pénètre dans ladite province et s'empare des villes de Yiling et Jiangling au début de l'an 209, pendant que Liu Bei conquiert les commanderies de Wuling, Changsha, Guiyang et Lingling. Par la suite, Sun Quan soumet les différents seigneurs de guerre de l’extrême-sud de la Chine et du nord de l'actuel Viet-Nam, pendant que Liu Bei s'empare de la province de YiCe qui correspond à l'actuelle province du Sichuan entre 212 et 214. Sun Quan s'en irrite, car son allié lui avait affirmé qu'il ne comptait pas s'emparer de cette province. Quan envoie donc des émissaires à Bei pour lui demander de rendre les commanderies qu'il contrôle dans la Province de Jing, mais ce dernier lui répond : « La province de Jing vous sera rendue dès que la province de Liang sera sous mon contrôle »(孫權以先主已得益州, 使使報欲得荊州。 先主言:「須得涼州, 當以荊州相與。 」權忿之) Chen Shou. Les Chroniques des trois royaumes , Volume 32, biographie de Liu Bei.. Cette réponse rend Sun Quan furieux, au point qu'il envoie Lü Meng, Ling Tong et quatre autres généraux chasser Liu Bei de Jing. Bei arrive rapidement sur le lieu des combats et la situation semble dégénérer en guerre ouverte entre les alliés. Mais en fait, Liu Bei accepte très vite de signer un traité par lequel il partage la province de Jing avec Sun Quan ; car il apprend que Cao Cao a l’intention d’attaquer Hanzhong, une ville qui est la « porte nord » de la province de Yi.
La situation semble se calmer, jusqu'en septembre 219, date à laquelle Guan Yu, le général que Liu Bei a chargé de défendre sa portion de la province de Jing, part vers le nord pour attaquer la forteresse de Fancheng, qui appartient à Cao Cao. Après qu'Yu a réussi à détruire une armée envoyée aider les défenseurs de Fancheng, Cao entre en contact avec Sun Quan et lui propose une alliance : s'il l'aide à vaincre Guan Yu en attaquant ses arrières, Cao Cao garantit à Sun Quan la possession de la totalité de la province de Jing. Dans un premier temps, Quan ne donne pas suite et envoie à Guan Yu une proposition de mariage entre deux de leurs enfants. Yu rejette grossièrement la proposition et insulte le messager de Quan avant de le renvoyer. Peu de temps après, comme il commence à manquer de vivres, il donne l'ordre à ses soldats de piller un des entrepôts de vivres de l'armée de Sun Quan. Ces insultes suivies d'une attaque balayent les hésitations de Quan, qui accepte l'offre d'alliance de Cao Cao. Il valide un plan d'invasion que lui soumet son général Lü Meng et ce dernier commence à faire avancer ses troupes vers le début du mois de décembre 219. Grâce à un mélange de ruse et d'exploitation de la peur que ressentent certains des généraux de Guan Yu, il s'empare très rapidement de tous les territoires contrôlés par Liu Bei dans la province de Jing. Il réussit même à s'emparer de Guan Yu lui-même, lorsque ce dernier se replie vers le sud après avoir été finalement vaincu par les troupes de Cao Cao. Yu est exécuté sur ordre de Sun Quan, qui fait envoyer sa tête à Cao Cao en signe d'allégeance. En retour, Cao fait de Quan le protecteur de la province de Jing (荊州牧) et lui confère le titre de marquis de Nanchang (南昌侯).
En mars 220, Cao Cao meurt et son fils Cao Pi lui succède. Quelques mois plus tard, il force l’empereur Xiandi à abdiquer, mettant fin à la dynastie Han, et se proclame premier empereur du Wei. En mai 221, Liu Bei fonde également sa propre dynastie et se proclame empereur du Shu. Au mois de décembre, Cao Pi décerne à Sun Quan le titre de roi de Wu () et lui transmet les neuf sacrementsJiu xi () - Récompenses que l’empereur offre à ses mandarins les plus méritants. Selon le Classique des rites, ces neuf sacrements étaient : don d’un chariot et de chevaux : le mandarin est modeste dans sa démarche et n’a plus besoin de marcher – Sun Quan reçut de Cao Pi un grand chariot et un chariot de guerre, chacun tiré par deux étalons noirs don de vêtements : le mandarin écrit élégamment et montre ses bonnes actions – Sun Quan reçut les vêtements d’honneur, un bonnet et des chaussons rouges don d’une partition musicale : le mandarin a l’amour en son cœur et enseigne la musique aux siens – Sun Quan reçut une sélection d’instruments pour décorer son palais don d’une porte rouge : le mandarin gère bien sa maisonnée, et a le droit d’utiliser une porte rouge pour montrer que sa maison est différente des autres don d’une rampe : le mandarin fait ce qui est approprié, il peut marcher en usant de la rampe pour maintenir sa force don de gardes : le mandarin est brave et prêt à dire la vérité, il doit être protégé – Sun Quan reçut cent « guerriers ayant l’énergie du tigre » don d’armes, d’un arc et de flèches : le mandarin a bonne conscience, il représente le gouvernement et écrase la trahison – Sun Quan reçut un arc écarlate avec cent flèches écarlates et dix arcs noirs avec mille flèches noires don d’une hache cérémonielle : le mandarin est fort, sage et loyal envers le clan impérial, il doit exécuter les criminels don de vin : le mandarin fait preuve de piété filiale et doit offrir des libations à ses ancêtres – Sun Quan reçut une coupe de jade pour les libations avec une liqueur de millet noir.. Cao Pi demande que Sun Quan lui envoie son fils Sun Deng comme otage, mais Quan refuse et préfère accepter de payer un tribut démesuré pour garder son fils près de lui. En février 222 Liu Bei lance une attaque contre Sun Quan pour venger la mort de Guan Yu et s'emparer de la province de Jing. Lü Meng étant mort entre-temps, Quan charge le jeune général Lu Xun de repousser l'attaque du Shu. Xun rassemble ses troupes et reste sur la défensive pendant plusieurs mois, avant de soudain passer à l’offensive au mois de juillet. Il inflige à Liu Bei une défaite écrasante lors la bataille de Yiling, renforçant ainsi le pouvoir et la légitimité de son Roi.