Spa (en wallon : ) est une ville francophone de Belgique située dans la province de Liège en Région wallonne. Elle est connue pour ses eaux thermales et a donné son nom au centre d'hydrothérapie éponyme.
Spa était une destination de villégiature thermale particulièrement fréquentée dans la deuxième moitié du par toute la noblesse européenne. C'est Joseph II, empereur du Saint-Empire romain germanique, qui en séjour à Spa à partir du déclara la ville Café de l'Europe. On retient qu'il s'accorda en toute simplicité un menuet aux abords du pouhon de la Géronstère où il venait de prendre les eaux. Depuis le , la ville est classée patrimoine mondial de l'UNESCO à côté d'onze grandes villes d’eaux d’Europe.. Toponyme L'étymologie du lieu serait, selon certaines hypothèses, à rapprocher du wallon spās/spōs, issu de l'ancien latin sparsa, féminin singulier ou neutre pluriel de sparsus, signifiant « épars, dispersé, éparpillé » et faisant référence à un village dont les maisons étaient éparpillées pour toutes sortes de raisons, dont — peut-être — la présence de nombreuses sources thermales.
Géographie
Spa se situe aux confins du massif ardennais, à la porte des Hautes Fagnes dans la vallée du Wayai. Le centre-ville est entouré de collines boisées dont celle d'Annette et Lubin au nord. La ville est limitrophe des communes rurales de Theux, Jalhay, Stavelot et Stoumont dans l’arrondissement de Verviers en province de Liège.
La surface communale est de ; dont de terres bâties et connexes, de terres agricoles et de forêts et terres boiséesDirection générale Statistiques et informations économiques, Service public fédéral, Belgique, 2005.
L'habitat du centre-ville est axé historiquement sur le pouhon Pierre-le-Grand. Il est en grande partie constitué de maisons entre pignons du , les deux tiers de la ville ayant brûlé dans la nuit du . Les autres parcelles loties de la commune comprennent principalement des maisons unifamiliales et des villas isolées des . Trois quartiers se distinguent, celui du centre-ville proprement dit, celui du Vieux-Spa. et du Waux-hall..
L'industrie d'eaux minérales de Spa et de ses dérivés, Spadel SA., ainsi que la gare ferroviaire et le quartier Lieutenant Général Baron Jacques de Dixmude, se situent à l'ouest de la ville.
Communes limitrophes vignette|centre|redresse=2|
Réseau de communication La commune est traversée en son centre (avenue Reine Astrid) par trois routes principales : La N697 qui rejoint à l'Ouest l'autoroute E25/A26, la N62 qui conduit vers Theux, au Nord et vers Francorchamps au Sud-Est, la N685 qui rejoint au Nord-Est l'autoroute E42/A27 à hauteur de Sart-lez-Spa.
Les principales voies routières de Spa sont l'avenue Reine Astrid à l’Ouest, Balmoral au Nord-Est, rue de la Sauvenière au Sud-Est et rue de Barissart au Sud. Spa connaît de voiries dont de voiries communales et de voiries régionales. La voie ferrée Verviers-Spa connaît un trafic essentiellement local.
Spa, en son centre-ville, possède une zone piétonnière aménagée mais aucune piste cyclable. Un projet de réaménagement urbain complet du centre-ville a été lancé en 2007 pour assurer une mobilité partagée entre les piétons, les cyclistes et les automobilistes.
Climat Spa est soumis à un climat océanique tempéré ou hyper-océanique. Il se caractérise par un total annuel des précipitations assez fort et par une faible amplitude thermique. Les étés dans le domaine océanique ne sont pas secs, sauf accident. La localisation de la commune au sein de l’Ardenne et à une altitude de , lui donne un climat aux hivers froids (-2 à + de moyenne) et aux étés tempérés (+18 à + en moyenne).
MoisJanvFévMarsAvrMaiJuinJuilAoûtSeptOctNovDécAnnéeTempératures moyennes (°C)1,51,54,06,811,713,915,515,112,69,04,22,18,2Précipitations (en mm)9783798277981111008395991101114Source : meteobelgique.be Démographie
Source: DGS , de 1831 à 1981=recensements population; à partir de 1990 = nombre d'habitants chaque 1 janvierhttps://view.officeapps.live.com/op/view.aspx?src=https%3A%2F%2Fstatbel.fgov.be%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Ffiles%2Fdocuments%2Fbevolking%2F5.1%2520Structuur%2520van%2520de%2520bevolking%2FPopulation_par_commune.xlsx&wdOrigin=BROWSELINK
+ Évolution démographiqueAnnéePopulationÉvolution 1992=index 1001992100,01993101,11994101,61995101,71996100,91997101,11998100,91999100,42000100,62001100,92002101,22003102,42004102,22005102,92006102,72007102,02008102,72009102,82010102,92011102,52012103,02013102,12014101,82015102,12016101,42017100,72018101,1201999,6202098,8202198,6202297,4202396,3202495,5202595,5202696,6
Histoire vignette|Fontaine des jardins du casino et colline d'Annette et Lubin.|gauche
Antiquité
Moyen Âge Spa était au début du le nom d’un lieu, d’un point d’eau, actuellement le Pouhon Pierre-le-Grand. Le bourg de Spa s’est développé, à cette époque, au sein du plus ancien centre sidérurgique du pays de Liège à l’initiative de la famille Bredar dont Collin de Spa est l’auteur. Le ban de Spa, créé vers 1335, comprenait deux concentrations urbaines, la « vilhe de Creppe » et la « vilhe » de Spas, à deux kilomètres de distance. L’industrie sidérurgique a précédé l’exploitation des eaux minérales. C’est le commerce sidérurgique qui développa les voies de communication, qui rendirent possible le développement de la ville d’eaux.
Parmi les différentes hypothèses émises sur l’origine étymologique de Spa, on retient celle de « source jaillissante », du latin sparsa « éparse » et « jaillissante » participe passé de spargere, ou, plus simplement, « espace libre » du wallon spâ et du latin spatia, pluriel de spatium.vignette|redresse|Funiculaire vers le nouveau centre de thermoludisme.
Le nom de la ville est parfois présenté comme l'acronyme de la locution latine Sana Per Aquam ; il s'agit en réalité d'un rétroacronyme, une fabrication a posteriori d'un acronyme fictif..
Spa est devenue une ville renommée grâce à ses sources d’eaux ferrugineuses. Une vingtaine d’entre elles jaillissent du sol spadois.vignette|Spa, gravé par Matthäus Merian 1647. À gauche le chemin vers la source de la Sauvenière, à droite la voie vers Liège
Temps modernes En 1559 parut le fameux ouvrage de Gilbert Lymborh « Des fontaines acides de la forêt d’Ardenne et principalement de celles qui se trouvent à Spa ». Il fut traduit en latin, italien et espagnol. En 1547, déjà, Agustino, médecin du roi d’Angleterre, Henri VIII, séjournait à Spa et contribua à faire connaître les eaux de Spa. Les bobelins européens sont alors de plus en plus nombreux à Spa. En juillet 1565, la petite noblesse des Provinces se réunit à Spa sous prétexte d’y prendre les eaux. C’est dans l’hôtel « Aux Armes d’Angleterre » qu’elle se met d’accord en vue de s’opposer aux édits de Philippe II, austère et intolérant ; c’est l’historique « Compromis des Nobles ». En 1654, le séjour de Charles II d'Angleterre à Spa apporte une renommée encore plus grande. Dès 1699, un système postal est mis en place entre Spa et l’extérieur. À Spa, en marge des cures thermales, on s’adonnait aussi à la promenade, au jeu, à la danse et au théâtre.
En 1717, le séjour du tsar Pierre le Grand est marquant pour tout le à Spa. Toute la noblesse européenne, et parmi les princes plus titrés, s’y retrouve chaque saison d’été dans une ambiance unique. Le terme Spa est devenu un terme générique pour le thermalisme en anglais et dans quelques autres langues..
Dès 1761, le décida de construire le premier casino moderne du continent européen, La Redoute, avec salles de bal, de jeux et de théâtre, pour répondre aux attentes de luxe des bobelins nobles.
Deux promenades arborées seront aussi tracées : celle des Quatre heures et celle des Sept heures. L’élégant jardin à la française du couvent des Capucins, ouvert tant aux dames qu’aux hommes et, chose exceptionnelle, aux badauds. .
En 1770, un deuxième casino ouvre ses portes avec sa salle de bal et ses salons : le Waux-Hall.
En été, la ville connaissait une grande effervescence. Dans cette petite cité, il grouillait une activité intense, notamment artistique, mais surtout Spa parvint à une incroyable mise sur orbite dans le sillage des plus grandes capitales européennes ; du hameau ardennais, berceau sidérurgique du , à la ville d’eau européenne du , que de chemin parcouru !
. Mme de Genlis nous donne un témoignage de cette époque en 1782 dans Adèle et Théodore : . Voltaire écrit le à la marquise du Deffant : « Je crois votre M. de Gleichen à Spa, où il y a grande compagnie ».
Giacomo Casanova décrit pour sa part la station thermale comme Philippe Viguié Desplaces, « Le temps retrouvé des eaux de Spa », Le Figaro Magazine, semaine du 10 novembre 2017, pages 80-91..
vignette|redresse|Fontaines intérieures du « pouhon » Pierre le Grand.Pour satisfaire pleinement au confort et plaisirs des bobelins de Spa, il s’est ouvert, à mesure des années et de l'affluence des visiteurs, des boutiques « internationales » d’horlogers, de bijoutiers, de porcelaine de Saxe, de lingerie, de librairies, etc. et autant de métiers de coiffeurs, de perruquiers, de pâtissiers, de musiciens… « Pendant une vingtaine d’années, Spa devient de plus en plus florissant ; les étrangers se disputaient la gloire de donner des fêtes très brillantes, des courses de chevaux, etc. Plus de 20 à 25 marchands de Cambrai, en batiste, en linon, autant de perruquiers et coiffeurs encombraient les rues, 4 bijoutiers, 3 horlogers avec des boutiques bien assorties en montres et pendules, des opticiens, des marchands d’estampes, un superbe magasin de Saxe ». En 1784, Robert de Limbourg rapporta dans le Pays de Liège, à Spa, le premier parapluie venu d'Angleterre. Spa était le Café de l'Europe, une capitale en miniature, l'endroit où toute innovation de luxe paraissait bien avant que tout autre agglomération des Pays-Bas. Au , Spa exporte aussi annuellement jusqu'à bouteilles de ses eaux médicinales partout en Europe.vignette|Le Grand Hôtel de Spa (fin ).|gauche
Les Jolités de Spa, ou ouvrages de Spa, font aussi le bonheur des bobelins ; on achetait de magnifiques nécessaires de toilette, des boîtes de Spa, des lavis représentants les environs, des objets décoratifs en ivoire finement tourné, etc. Les dynasties des Dagly, Leloup et Xhrouet en sont représentatives. Lorsque Gustave III de Suède, séjourna à Spa, il alla rendre visite au fameux tourneur, Lambert Xhrouet ; celui-ci tourna devant le souverain, en un instant, dans un bloc de glace, une coupe à champagne admirablement ciselée, dans laquelle le roi but à la santé et au succès de l’habile artisan.
Autre aspect de ce « Café de l’Europe », on y croisait à peu près toutes les langues. Les Anglais étaient friands de séjours à Spa et y étaient nombreux à représenter les anglophones. Par ailleurs, Spa, la francophone, se trouvait aux confins de la Rhénanie, germanophone, des Pays-Bas du Sud, néerlandophone à sa frontière, et était voisine, par sa principauté de Liège, du royaume de France. Chaque visiteur y apportait un peu de sa culture, sans oublier que les spadois parlaient, entre eux, le wallon liégeois.
Il s'y mélange aussi, sur le modèle des salons parisiens des Lumières, les artistes, les intellectuels, les aristocrates, les hommes d’église, etc., de toute l’Europe, le tout dans une ambiance décontractée, loin de l’étiquette rigide de certaines cours de l’époque. Les différents cultes, ou la loge maçonnique, y étaient aussi représentés et pratiqués, dans un respect et une neutralité garantie.
Époque contemporaine
Révolution liégeoise