vignette|upright=1.4|Combat aux vaisseaux devant Troie.Sarcophage néo-attique du Musée archéologique de Thessalonique, deuxième quart du .

La guerre de Troie est un conflit légendaire de la mythologie grecque, opposant guerriers Grecs (Achéens) et Troyens.

Les récits sur ce conflit et ses suites forment le sujet d'un vaste cycle épique, le « Cycle troyen », ensemble de poèmes créés à l'époque archaïque (v. 750-500 av. J.-C.), dont les œuvres sont aujourd'hui perdues à l'exception de l’Iliade et l’Odyssée d'Homère qui, en raison de leur statut d'œuvres de référence, ont assuré en bonne partie la popularité du conflit légendaire. Des résumés, des représentations artistiques ainsi que de nouvelles œuvres (poèmes, pièces de théâtre, mythographie, etc.) permettent de reconstituer le déroulement général de la guerre, en sachant que les épisodes peuvent prendre un déroulement plus ou moins différent selon les auteurs, en l'absence de récit fixe.

C'est le prince troyen Pâris qui la déclenche en enlevant Hélène, épouse du roi de Sparte, Ménélas. En rétorsion, Ménélas, l'époux bafoué, lève avec son frère Agamemnon une expédition rassemblant la plupart des rois achéens, parmi lesquels se trouvent plusieurs héros majeurs de la tradition grecque : Achille, Ulysse, Ajax, Diomède, Nestor, Palamède, etc. Cette coalition assiège Troie pendant dix ans, durant lesquels les rangs troyens aussi bien qu'achéens sont décimés. Malgré les exploits accomplis en particulier par Achille, qui finit par succomber à son tour, les Achéens ne parviennent pas à remporter la victoire. Grâce au stratagème du cheval de Troie, les Achéens parviennent à prendre Troie, qui est brutalement mise à sac et détruite. Les guerriers achéens prennent le chemin du retour, qui donne lieu à de nouvelles péripéties concluant le cycle troyen, dont l’Odyssée d'Ulysse. Ce conflit était censé conclure l'âge héroïque de la mythologie grecque.

Les récits sur la guerre de Troie ont un rôle fondateur et fondamental pour la culture grecque, et conservent leur importance dans la culture romaine, puis dans les cultures occidentales postérieures. Ils sont à de nombreuses reprises reformulés et repensés, pour donner une nouvelle coloration à cette tradition : les Grecs en viennent à l'interpréter comme un premier affrontement entre Grecs et Barbares (notamment les Perses), puis les Romains revalorisant le rôle des Troyens, et à leur suite plusieurs communautés de l'Europe médiévale et moderne se revendiquent des origines troyennes. Le récit de cette guerre élevée au rang d'archétype est à nouveau réinterprété à l'époque contemporaine sous différentes formes, y compris dans la culture populaire.

La redécouverte du site archéologique de Troie en Anatolie occidentale (Turquie actuelle) et une meilleure connaissance du passé grec antique apportent d'importants renouvellements à la perception de cette tradition. L'historicité de cette guerre est débattue : aucune trace d'un tel conflit n'a été identifiée, mais il est possible qu'un événement non documenté par des sources connues ait inspiré les récits archaïques, quand bien même ils l'auraient considérablement magnifié.

Le cycle troyen

Dans l'Antiquité, le mythe de la guerre de Troie circule avant tout sous la forme de poèmes épiques qui forment ce qu'on a désigné comme un « cycle troyen », dont les principales œuvres sont l’Iliade et l’Odyssée, attribuées au poète Homère. Ce cycle est lui-même inscrit dans un plus large « cycle épique » qui va des mythes des origines divines jusqu'à la mort d'Ulysse, événement qui marque la fin de l'âge héroïque. Ce cycle comprend notamment les récits des origines tels que la Théogonie d'Hésiode, ainsi que ceux du « cycle thébain » qui concernent Œdipe et les conflits liés à sa succession. Ces récits, composés durant l'époque archaïque (vers 750-480 av. J.-C.) et attribués à des auteurs dont l'historicité est discutée, puisent probablement dans des traditions orales antérieures, puisqu'ils circulaient en étant chantés par des aèdes. Le rôle qu'a joué l'écriture dans leur développement est discuté, cette période voyant l'élaboration et l'expansion de l'alphabet grec. Les épisodes qu'ils relatent se retrouvent aussi dans les arts visuels de l'époque, notamment les céramiques peintes. Bien qu'ils aient été considérés aux époques hellénistique et romaine comme un ensemble cohérent d'histoires (voire un « grand récit ») ayant pour fil directeur la place de la Grèce dans l'univers, ce n'était pas forcément le cas lors de leur élaboration. Il y a néanmoins des points communs entre les épopées (comme la manière de représenter les divinités et les héros), qui ont manifestement été composées en relation les unes avec les autres, facilitant les associations entre elles, ce qui a permis de les considérer par la suite comme un ensemble relativement cohérent.

Les origines du récit troyen sont impossibles à approcher faute de littérature antérieure aux épopées homériques (plus précisément l’Iliade) et de démonstration qu'un événement historique en serait à l'origine, ou qu'un récit originel ait existé. Pour autant qu'on puisse en juger à partir des seuls exemples des épopées homériques, les poètes ne décrivent pas une période précise, que ce soit la leur ou une antérieure, mais plutôt un passé imaginaire et idéalisé. Celui-ci repose certes en partie sur la société de leur temps (l'âge du fer), au moins sur le plan matériel, mais il est repoussé dans un « âge héroïque » lointain, révolu et donc pensé comme différent du présent, tout en gardant une valeur exemplaire pour celui-ci.

Les mythes grecs, comme ceux des autres cultures pré-modernes, ont pour caractéristique de ne pas circuler sous une version fixe, mais d'être au contraire fluides et susceptibles de varier et d'être altérés par de nouveaux auteurs. Les formes orales sont particulièrement variables, mais les écrits sont également concernés. Ce sont par bien des aspects des œuvres collectives, élaborées sur plusieurs générations. Après l'époque archaïque, de nouveaux poètes ont proposé de nouvelles approches d'épisodes mythiques, que ce soit dans la poésie ou la tragédie, influencées par leur propre époque, enrichissant donc les traditions sur la guerre de Troie. L'impression de stabilité qui ressort des présentations modernes dérive en fait des résumés des mythographes des époques hellénistique et romaine, qui ont réorganisé les différents mythes dans un ordre chronologique (une « pseudo-histoire »), mais n'ont jamais établi de version standardisée et évoquent à plusieurs reprises l'existence de différentes variantes d'un même mythe.

Les épopées homériques

Les principales épopées relatives à la geste troyenne sont l’Iliade et l’Odyssée, attribuées à Homère.. L'historicité de ce personnage, rapidement devenu une figure de légende, n'est pas démontrée et reste discutée depuis l'Antiquité, de même que l'attribution de ces deux poèmes (et d'autres) à un seul et même auteur, ainsi que la question de savoir s'ils ont été composés d'un seul trait ou bien par l'assemblage de plusieurs parties originellement indépendantes (la « question homérique »). Ces deux poèmes puisent leur inspiration dans des récits circulant sous forme orale, tout en évitant chacun d'aborder un événement traité par l'autre pour proposer leur propre vision de l'héroïsme autour de deux manifestations différentes de celui-ci : Achille et Ulysse. En l'état actuel de la recherche, on situe l'élaboration de ces poèmes dans les années 750-700 av. J.-C. ou peu après, ce qui en fait les plus anciennes œuvres de la littérature grecque. Ils ont été composés par un ou plusieurs auteurs, qui ont probablement réalisé l'essentiel des épopées actuelles (même s'il y a manifestement eu des ajouts et remaniements postérieurs). Ils ont été composés pour être déclamés oralement, mais ils ont sans doute été mis par écrit rapidement (peut-être dès l'époque de leur composition). Ils ont circulé sous différentes variantes, avec notamment des versions athéniennes des années 550-530 av. J.-C. qui ont été influentes (récitées lors des Grandes Panathénées), jusqu'à l'élaboration de versions stabilisées aux , à la bibliothèque d'Alexandrie. Devenues des références incontournables dans la culture grecque antique, elles ont été intégralement préservées et ont conservé leur statut de référence.

L’Iliade est centrée sur le héros Achille et sa colère, durant une cinquantaine de jours (mais surtout quatre) de la dixième année du conflit entre Achéens et Troyens, avec en arrière-plan les machinations des dieux pour influencer le conflit. Achille refusant de combattre en raison de la querelle l'opposant à Agamemnon, son ami Patrocle va combattre à sa place mais, après avoir remporté des victoires, il trouve la mort sous les coups d'Hector. Achille se venge en tuant ce dernier, puis restitue son cadavre à son père Priam, après avoir refusé dans un premier temps. Le récit ne se contente cependant pas de relater cette période, puisqu'il contient différentes évocations des événements passés, ainsi que des annonces d'événements à venir. Plus ancien récit connu sur la guerre de Troie, il pourrait déjà s'agir d'une réinterprétation du mythe, proposant une nouvelle vision de l'héroïsme, incarné par sa figure centrale, Achille.

thumb|Papyrus de Médinet Ghoran (Fayoum, Égypte), faisant partie d'un ensemble constituant la plus ancienne copie connue de passages de l'Odyssée. Institut de Papyrologie de la Sorbonne.

L’Odyssée concerne le retour d'un des héros achéens, Ulysse (Odysseus), dans sa patrie, l'île d'Ithaque, après dix années d'errances. Elle se déroule donc après la précédente et la fin de la guerre de Troie. L'intrigue se concentre sur une quarantaine de jours durant lesquels Ulysse quitte l'île où il est retenu par la nymphe Calypso, se rend au pays des Phéaciens, d'où il peut revenir dans son pays. Là, son épouse Pénélope a repoussé les avances de prétendants qui profitaient de la disparition de son époux. Ulysse parvient à les vaincre et à reprendre sa place à Ithaque. Le récit évoque aussi les pérégrinations de son fils Télémaque parti à sa recherche, et comprend plusieurs chants durant lesquels Ulysse évoque aux Phéaciens ses mésaventures depuis son départ de Troie, qui l'ont confronté à divers êtres surnaturels (le cyclope Polyphème, le dieu Éole, la magicienne Circé, les monstres Charybde et Scylla), rencontrer aux Enfers les âmes de ses anciens compagnons de combat décédés (Achille, Agamemnon, Ajax) et l'ont vu perdre ses compagnons. Bien que relatant des faits postérieurs à la guerre de Troie, l’Odyssée est hantée par son souvenir : des épisodes du conflit sont évoqués à plusieurs reprises, comme le cheval de Troie, la gloire qu'Ulysse en a tiré, ainsi que les destinées des autres héros après la guerre. Ce récit se distingue du précédent, qui a manifestement été composé avant lui, par plusieurs aspects, notamment son protagoniste Ulysse dont les aspects humains sont particulièrement prononcés.

Les récits homériques s'arrêtent souvent sur les tractations et machinations qui ont lieu dans la société divine (réunie dans des assemblées divines répliquant celles des hommes) pour influencer le sort des armes. Les dieux se divisent entre ceux qui sont favorables aux Achéens (Athéna, Héra, Poséidon, Thétis) et ceux qui soutiennent les Troyens (Apollon, Aphrodite, Arès, Artémis), alors que Zeus se doit de rester neutre et de contenir les ardeurs des autres. Ils interviennent souvent sur le cours de choses en assistant ou influençant les différents personnages, en leur transmettant des messages et parfois en apparaissant directement, y compris au milieu des batailles. Les questionnements relatifs au destin, à la fatalité et à la responsabilité sont récurrents..

Les épopées perdues