Le siège de Dantzig, du au , est un des premiers épisodes de la guerre de Succession de Pologne. Dantzig, ville libre de la République polono-lituanienne, prend le parti du roi Stanislas Leszczyński, élu en , contre son rival Frédéric-Guillaume de Saxe (pour les Polonais, Auguste III), fils d’Auguste II, soutenu par la Russie. La tsarine Anne envoie une armée assiéger Dantzig. Stanislas, réfugié dans la ville, attend les secours de son gendre Louis XV qui se révèlent tardifs et très insuffisants. La ville, défendue par sa milice et des nobles partisans de Stanislas, est durement bombardée. Un corps de secours français de moins de échoue à percer les défenses russes, ce qui oblige la ville à capituler.

Contexte vignette|gauche|Élection de Stanislas Leszczyński par la noblesse polonaise le 12 septembre 1733, estampe anonyme légendée en allemand, 1733. À la mort d’Auguste II, Électeur de Saxe et roi de Pologne, en 1733, son fils Frédéric-Guillaume (futur Auguste III) revendique sa succession. Mais la noblesse polonaise préfère élire pour la seconde fois Stanislas Leszczyński, beau-père de Louis XV, sous le nom de Stanislas : l'ambassadeur français Antoine-Félix de Monti paie largement le vote des électeurs et leur fait espérer le soutien de la France. Le cardinal Fleury, qui gouverne au nom du jeune roi, hésite à s'engager dans une guerre européenne mais le garde des sceaux Chauvelin et le maréchal de Villars organisent malgré lui le retour de Stanislas en Pologne tandis que la Russie et l'Autriche se prononcent pour Frédéric-Guillaume. Une escadre française de 12 vaisseaux, commandée par Charles-Hercule d'Albert de Luynes et François de La Luzerne, est envoyée de Brest vers la mer Baltique avec un sosie de Stanislas pour faire croire à l'arrivée de celui-ci par Dantzig, tandis que le roi traverse l'Allemagne par terre incognito. Il arrive à Varsovie le et son élection est proclamée le 12. Louis XV, par une lettre du , avait promis de payer sur son trésor pendant deux ans toutes les dépenses de l'armée polonaise, plus les gratifications aux nobles électeurs. La nouvelle de l'élection de Stanislas arrive à Versailles le et amène de grandes réjouissances : même Voltaire rédige un poème de circonstance où il célèbre le triomphe du roi de France sur les « aigles » de Russie et du Saint-Empire.

À peine élu, Stanislas doit compter avec une confédération d'opposants qui se rassemblent dans le faubourg de Praga, sur l'autre rive de la Vistule. La tsarine Anne se déclare contre Stanislas, déjà détrôné par les Russes en 1709 : une armée russe de hommes marche vers Varsovie tandis que Frédéric-Guillaume de Saxe parvient à un accord avec l'empereur Charles VI. Stanislas n'a que soldats peu disciplinés et aucun moyen d'arrêter ses adversaires. Dès le , l'ambassadeur Monti écrit à Versailles que les partisans de Stanislas fuient la capitale pour s'abriter à Dantzig, ville libre qui a pris parti pour le roi élu, tandis que leurs épouses se réfugient dans leurs domaines de campagne. Stanislas quitte Varsovie le et arrive à Dantzig le . Le , Frédéric-Guillaume de Saxe est proclamé roi par ses partisans à Kamień près de Praga, sous la surveillance des troupes russes, sous le nom d'Auguste III. Les partisans de Stanislas, commandés par le prince Stanislas Poniatowski, repoussent une première tentative des Russes pour passer la Vistule mais doivent bientôt se retirer. L'armée russe commandée par Peter de Lacy, entre à Varsovie le .

Frédéric , roi de Suède, n'est pas prêt à entrer en guerre sans un soutien assuré de la France, non plus que l'Empire ottoman, autre allié de la France dans la région. Le royaume de Grande-Bretagne, les Provinces-Unies, la Suède, le Danemark, la république de Venise s'engagent à rester neutres. L'Espagne qui convoite le royaume de Naples, et la Sardaigne, qui convoite le Milanais, s'unissent à la France contre l'Autriche mais ne peuvent intervenir que sur le théâtre italien.

Les appuis d'un roi thumb|Le port de Copenhague, tableau de Johannes Rach et Hans Heinrich Eegberg, v. 1750. vignette|redresse|Marie Leszczynska, épouse de Louis XV, illustration de Pierre de Nolhac, 1900. Stanislas se réfugie dans la pour attendre le puissant renfort que lui a promis Louis XV. Dantzig est alors une ville libre unie à la République polono-lituanienne qui vote à la Diète mais s'administre elle-même. Stanislas est accueilli avec enthousiasme par les habitants. Il est bientôt rejoint par l'ambassadeur français Monti et par ses partisans : Stanislas Poniatowski, la famille Czartoryski, le primat de Pologne Teodor Andrzej Potocki, le grand trésorier Ossolinski, le grand écuyer Jerzy Felicjan Sapieha, le garde de la Couronne , les frères évêques Andrzej Stanisław Załuski et Józef Andrzej Załuski, propagandistes actifs de la cause royale. Dans le personnel de l'ambassade de France figurent encore le chevalier Pierre-Joseph de La Pimpie de Solignac, futur secrétaire perpétuel de l'Académie de Lorraine, et le jeune Jean Pierre Tercier, futur directeur occulte du Secret du Roi: avec les frères Zaluski, ils rédigent des textes d'histoire de la Pologne et des manifestes destinés à couvrir de honte l'usurpateur Auguste III.

Cependant, l'escadre française attendue par Stanislas ne se montre pas. Arrivée à Elseneur entre le 15 et le , elle va mouiller à Copenhague où elle est accueillie par Louis de Plélo, ambassadeur de France, un jeune militaire breton, beau-frère du ministre Maurepas. Le cardinal de Fleury, tenant l'élection de Stanislas pour acquise, envoie à l'escadre l'ordre de retourner en France : le courrier arrive à Copenhague le et seule l'avarie du vaisseau Conquérant fait différer le départ. Plélo, informé des derniers événements en Pologne, proteste vivement et réclame que l'escadre reprenne sa route vers Dantzig pour intimider les puissances étrangères, conformément aux consignes initiales de Chauvelin : La Luzerne objecte les instructions secrètes de Fleury qui lui interdisent de s'attarder plus d'un jour près de Dantzig. Le , alors que l'escadre est en train d'appareiller, Plélo la rejoint en barque et supplie qu'on laisse au moins quelques vaisseaux pour empêcher la flotte russe de faire le blocus de Dantzig. La Luzerne, à contrecœur, accepte de lui laisser l’Argonaute, l’Astrée et la Méduse.

Plélo, avant de partir pour Copenhague, avait été un familier de la reine Marie Leszczynska, fille de Stanislas, et de Catherine Opalinska, épouse du prince, qui l'avaient vivement encouragé à tout faire pour restaurer sa couronne. Il entretenait une correspondance suivie avec Monti, ambassadeur auprès de Stanislas, et ses collègues Charles-Louis de Brandos de Castéja en Suède, La Chétardie en Prusse et Poussin, chargé d'affaires à Hambourg : ce dernier organisait le service de courrier avec la France.

D'octobre à , les courriers de Chauvelin et de Louis XV se succèdent, recommandant à Stanislas de tenir bon mais sans lui offrir aucun moyen concret de résistance. Plélo rejette avec dégoût l'offre d'un officier de l'armée saxonne qui lui propose d'assurer l'empoisonnement d'Auguste III. Le Danemark, qui était bien disposé envers Stanislas, s'en détourne de plus en plus et le roi Christian VI cesse de donner audience à l'ambassadeur français. Les militaires suédois sont favorables à la cause de Stanislas, ancien compagnon d'armes de Charles XII, mais Frédéric , roi de Suède, consent seulement à vendre quelques munitions de guerre à Dantzig.

Dantzig sur la défensive vignette|Dantzig vue depuis la hauteur du Bischofsberg, illustration de Julius Greth (1824-1903). vignette|Le port de Dantzig, gravure de Matthäus Deisch, av. 1765. Dantzig passe alors pour une des premières places fortes d'Europe. Cependant, c'est avant tout une cité marchande, entourée de jardins et de maisons de plaisance. Les bras du delta de la Vistule et de son affluent de gauche, la Radunia, arrosent des prairies et marécages au nord-est et au sud tandis que la rive ouest est dominée par les collines sableuses du Bischofsberg et du Hagelsberg. Plusieurs voies d'eau traversées par des ponts relient les différents quartiers et leur apportent les productions de céréales et bois résineux de l'arrière-pays qui font la richesse de la bourgeoisie marchande. L'enceinte, construite au , se trouve principalement sur la rive gauche du fleuve ; percée de 11 portes dont quatre monumentales, elle est couverte par quatre forteresses dont celle de Weichselmünde, à 6 km au nord du centre-ville, dominée par un phare.

La population de Dantzig a peu de tradition guerrière. Cependant, Monti obtient de la ville la levée de soldats et d'une milice bourgeoise. C'est peu quand la tsarine Anne adresse un ultimatum où elle annonce l'arrivée de russes dont commandés par Peter de Lacy.

Depuis , les armées françaises sont en marche contre les Impériaux sur le Rhin et en Italie : le maréchal de Berwick prend Kehl le , le maréchal de Villars entre à Milan le . Cependant, aucune de ces armées n'est en mesure de secourir Dantzig. Plélo demande en vain qu'un corps de soit détaché de l'armée du Rhin pour marcher vers la Pologne en traversant la Saxe et le Brandebourg de façon à s'assurer la neutralité du royaume de Prusse.

Pendant ce temps, Auguste III est reconnu roi à Cracovie où il est couronné le tandis que l'armée saxonne, commandée par Weissenfels, achève de soumettre les derniers partisans de Stanislas en Posnanie. Les troupes saxonnes s'avancent entre Dantzig et Oliwa pour couper à la ville l'accès à la mer. Également le , Lacy s'empare de Toruń, la grande ville qui commande le bassin au sud de Dantzig : le général , qui y commandait au nom de Stanislas, l'abandonne après l'avoir mise au pillage. Les habitants de Toruń en gardent une vive rancune envers Stanislas, au point que leur ville devient un centre d'impression de pamphlets contre lui. Le , Lacy publie un manifeste donnant un délai de quinze jours aux Polonais pour abandonner le parti de Stanislas et reconnaître le roi Auguste III ; le même jour, son armée, en trois colonnes, se met en marche vers Dantzig.

Le , le conseil de ville reçoit le texte d'une convention signée par Louis XV qui félicite les Dantzicois de protéger « la personne sacrée du roi de Pologne », leur promet des « secours prompts et réels » et de rembourser largement toutes les dépenses d'armement et de fortifications qu'ils pourront faire pour sa défense.

Le , Stanislas ordonne une levée en masse pour compléter la garnison insuffisante de la ville. Ses troupes, à cette date, comprennent : Un régiment de gardes du corps et un régiment de dragons, soldés par Monti ; Une centaine d'officiers de l'130 volontaires recrutés en Suède par l'ambassadeur français Charles Louis de Biaudos de Casteja, selon Hoburg, p.13. débarqués avec les munitions, destinés à encadrer les nouvelles troupes ; Les dragons de Freneuse et de Bukowski et une partie des gardes de la Couronne, soldés par le prince Czatoryski ; à la solde de la ville, qui prêtent serment au conseil de ville et au commandant de place ; 48 compagnies de garde bourgeoise ; Quelques centaines de volontaires sommairement armés, chargés de harceler l'ennemi aux approches de la ville, vivant de leur butin.

En fait, ces francs-tireurs se conduisent en pillards et les paysans ont plus peur d'eux que des Russes.

Selon K. Hoburg, les forces du parti de Stanislas comprennent de troupes régulières, de garde bourgeoise, 540 pionniers, des métiers mineurs dont 50 barbiers faisant office de chirurgiens, 175 bouchers servant comme cavaliers, 700 francs-tireurs, , 260 Suédois, , soit un total de environ.