Mathilde Laigle est une historienne française du début du , née le à Vandoncourt et morte le à Beaumont-de-Pertuis.
Elle est remarquable à plusieurs titres : elle est une des premières femmes françaises diplômées de l'enseignement supérieur américainIsabelle Ernot ("L’histoire des femmes et ses premières historiennes (xixe-début xxe siècle)", in Revue d'histoire des sciences humaines) cite aussi, pour la France, Marie-Josèphe Pinet et Suzanne Gugenheim. ; elle est la première à avoir publié une édition critique du Livre des trois vertus de Christine de Pisan, parcourant l'Europe et ses bibliothèques à la recherche des premières éditions de l'œuvre ; elle a publié un essai sur le milieu historique et littéraire de Christine de Pisan qui, outre une controverse avec Ernest Langlois, lui a valu d'être aujourd'hui reconnue comme une des pionnières de l'histoire des femmes ; enfin c'est une des premières femmes françaises à avoir enseigné à l'université (aux États-Unis, au Wellesley College) et à avoir participé à de nombreux ouvrages collectifs en anglais.
Mathilde Laigle est en outre une autrice dramatique méconnue, avec des pièces de théâtre pour enfants, notamment Une heure au château d'Étupes.
Malgré quelques articles et de nombreuses références à ses travaux, cette intellectuelle du début du XXe siècle n'a pas encore de biographie.
Biographie Les premières années Mathilde Laigle est née en 1865Notice BNF. Pour des recherches ultérieures, voici la notice manuelle concernant Mathilde Laigle sur le catalogue de la Bibliothèque Nationale de France (Paris). On peut retrouver cette notice (incomplète) sur le site Internet de la BNF : Laigle, Mathilde forme internationale Nationalité(s) : France Langue(s) : français, anglais Responsabilité(s) exercée(s) sur les documents : Auteur Naissance : 1865 Docteur en philosophie Notice n° : FRBNF12393471 Création : 94/02/23, à Vandoncourt dans une famille de confession protestante. Elle effectue ses études primaires et secondaires à Montbéliard, dans la classe de Sophie BanzetElle écrit en 1912 dans la préface de son Christine de Pisan : « Et surtout, il m'est bien doux d'envoyer un souvenir fidèle et ému à celle qui a été le cher guide intellectuel et moral de ma jeunesse, à mademoiselle Sophie Banzet, ancienne directrice des Cours secondaires de Montbéliard, actuellement missionnaire à l'île de Tahiti. » (page 12). Elle obtient le baccalauréatPaulette Bascou-Bance, Liste des femmes bachelières, Bordeaux, 1970. On compte 15 bachelières avant 1873, leur nombre augmente à partir des lois Ferry. mais on ignore ensuite si elle a obtenu un diplôme universitaire français ou si elle a rejoint directement les États-Unis. 230px|thumb|left|Mrs. Larrabee.
Il est vraisemblable qu'elle ait obtenu d'abord un diplôme de l'université française car de 1895 à 1903 elle est préceptrice des enfants du gouverneur de l'Iowa, poste qui nécessitait la plus grande qualification. Le couple Larrabbe (William, le gouverneur de l'Iowa et son épouse ) étaient politiquement très engagés dans le camp réformiste Voir la page de présentation de cette université pionnière dans le droit des femmes à l'éducation. au sein du parti Républicain. Fréquentant l'élite sociale et économique de l'état, Anna Matilda est connue pour ses idées en faveur du droit à l'éducation des femmes (mais pas du droit de vote). Si elle partage certaines idées du mouvement pour le suffrage des femmes, l'épouse du gouverneur Larrabbe n'est pas féministe, nuance que l'on retrouve ensuite dans les travaux de Mathilde Laigle. Tout en étant de la meilleure société, Anna Matilda Larrabee fait elle-même la cuisine le dimanche pour laisser ce jour libre à ses domestiques. Il est vraisemblable que cette ambiance libérale, au sens américain du terme, ait plu à Mathilde Laigle qui devient vite une grande amie d'Anna Matilda. Cette dernière lui permet d'entreprendre des études à l'université de l'Iowaarchives de l'Iowa University : lettre L au même titre que ses enfants (notamment Austin). En 1905, les Larrabee lui donnent Sources : Iowa Heritage Illustrated magazine - Spring 2004 and the Midwest Streams, Trails & Tales 1Q1998 Maurice Telleen Montauk historical information (State of Iowa) pour qu'elle poursuive ses études à l'Université Columbia.
La carrière universitaire Elle soutient une thèse portant sur la littérature française médiévale, sous la direction de M.R. Weeks et M.A. CohnM.A.Cohn est un historien des techniques. Il a publié avec J.I. Biegeleisen, Silk Screen Techniques, ouvrage qui a connu plusieurs éditions. C'est peut-être lui qui lui présente Kuntz.. Mathilde Laigle est présentée dans plusieurs notices comme docteure en philosophie mais il y a confusion avec le titre de Ph.doctor qui est l'équivalent américain du doctorat de Lettres. Son doctorat lui ouvre les portes de l'enseignement au Wellesley College.
D'un point de vue chronologique, on sait grâce aux archives en ligne d'Ellis Island que Mathilde Laigle effectue après 1892Les archives d'Ellis Island sont largement incomplètes avant cette date. trois voyages transatlantiques entre 1904, 1908 et 1918Source : le matching passenger records du site site de l'île d'Ellis.. Elle ne rentre pas en France pour la simple raison qu'aucune université française d'alors n'accepte pour titulaire de Chaire une femme (par exemple Marie Curie enseigne à l'École normale supérieure de jeunes filles créée en 1881). Elle signe alors un contrat avec le Wellesley College qui va durer au moins une vingtaine, voire une trentaine d'années. Voir Le Wellesley college est une université privée américaine qui n'accueille que des femmes, généralement de la haute société. L'éducation dispensée est « libérale » au sens américain du terme, c'est-à-dire basée sur un dialogue entre les enseignants et les étudiants. L'université fondée en 1875 a pour but de préparer les femmes à administrer une collectivité : Non Ministrari sed Ministrare est la devise du Wellesley College, et signifie « Ne pas être administrées, administrer » ou « ne pas être gouvernées, gouverner » selon les traductions. Si on connaît peu, faute d'archives, le contenu de son enseignement, on connaît mieux ses élèves qui pour certaines sont devenues célèbresVoir ., et la mentalité de cette université. Il s'agit aujourd'hui encore d'une université féminine, qui se présente comme « »page du site W.C. qui signifie « le Wellesley est une université pour une étudiante ayant l'espérance d'un développement important de son potentiel personnel, intellectuel et professionnel ».
En parallèle, Mathilde Laigle participe à des publications historiques et littéraires, notamment avec George Frederick Kunz pour l'écriture du Book of Pearl.
Les travaux sur Christine de Pisan Elle est ensuite contactée par l'éditeur Honoré Champion qui a demandé en 1906 à Jean Dufournet de diriger la collection Bibliothèque du , qui existe encore aujourd'hui. Il lui demande de publier la première version critique de l'ouvrage de Christine de Pisan, Le Livre des trois vertus. Celui-ci est aussi connu sous le titre Le Trésor de la Cité des Dames, devenu depuis un sous-titre.
Mathilde Laigle quitte momentanément les États-Unis pour réaliser un grand tour d'Europe des bibliothèques à la recherche des manuscrits de Christine de Pisan. Elle visite la Bibliothèque nationale, la bibliothèque de l'Arsenal à Paris, la bibliothèque municipale de Lille, le British Museum, la Bibliothèque royale de Bruxelles et la bibliothèque royale de Dresde pour comparer les manuscrits de Christine de Pisan. Elle répertorie treize manuscrits qui lui permettent de retracer l'histoire même du Livre des Trois Vertus.
L'édition critique du Livre des Trois vertus parue en 1912 est précédée par un essai sur le milieu littéraire médiéval. 230px|thumb|Deux comédiennes dUne heure au château d'Étupes 300px|thumb|left|La troupe dUne heure au château d'Étupes 200px|thumb
Les dernières années Le , à l'âge de soixante dix ans, elle achète une maison à Beaumont-de-Pertuis avec sa sœur Eva Laigle-Mottet, professeure de mathématiques ; elles y élèvent leur neveu, Philippe Chambart, fils de sa sœur Léonie Laigle-Chambart. C'est dans ce village que commence sa deuxième carrière d'écrivaine pour enfants avec notamment une pièce de théâtre pour enfants jouée à partir de 1936. Elle y meurt en 1950 et est enterrée dans le cimetière du village.
Œuvre Une thèse personnelle sur Christine de Pisan Mathilde Laigle mène une réflexion sur l'histoire des femmes qui tente de dépasser les visions féministes et anti-féministes. En 1888, quelques années avant le début de ses propres travaux, était paru le livre de William Minto (auteur d'une biographie de Daniel Defoe publiée en 1879 et d'un manuel de littérature anglaise, en 1872), qui défendait l'idée que de Pisan était une des pionnières du féminisme. Mathilde Laigle, dans la monographie Le Livre des trois vertus de Christine de Pisan, consacre un chapitre pour le réfuter : « Le prétendu féminisme de Christine de Pisan ». Elle y développe deux idées, la première étant que l'auteure du Livre des trois vertus ne s'oppose pas à l'antiféminisme de son époque : « Je ne sais pas le sens exact qu'on attache à ce mot de féminisme à propos de Christine, mais […] les revendications qu'elle propose par le respect de l'usage, la pratique, les devoirs, le culte de l'honneur, tels qu'une femme sensée et vertueuse les concevait au . Il semble que l'antiféministe le plus convaincu ne pourrait que gracieusement s'incliner devant le féminisme de Christine de Pisan ». La seconde idée est que Christine de Pisan ne formule pas de revendications que l'on pourrait à proprement qualifier de « féministes » : « Le livre des Trois Vertus, tout attaché aux devoirs et non aux droits de la femme, ne porte aucune trace de ces timides protestations, et si Christine nourrissait quelques secrètes velléités de révolte contre le sort injuste réservé à ses sœurs, nous n'en savons rien. Elle n'en parle pas. La Cité des dames nous fournirait aussi bien son contingent d'idées anti-féministes. » Elle admet toutefois que a contrario, dans La Cité des dames, il existe , avec des où
Mathilde Laigle ne rentre pas dans le débat, trop contemporain à ses yeux, et propose une autre lecture : « Ce que Christine prêche, ce n'est pas le murmure, la rébellion contre les lois ou usages établis, c'est l'énergie personnelle, l'effort constant pour parer au mal : l'éviter, si possible, l'atténuer, si on ne peut l'anéantir, ou le subir avec courage, s'il est plus fort que la volonté humaine. »
La controverse avec Ernest Langlois