vignette|upright=1.4|Le et le dans l'Antarctique par James Wilson Carmichael (1847).

Lexpédition Erebus et Terror, ou expédition Ross (en ), est la plus importante expédition britannique en Antarctique du et le dernier grand voyage d'exploration fait entièrement à la voile. Menée entre 1839 et 1843 par James Clark Ross , la mission a pour but l'exploration et la recherche scientifique, notamment sur le magnétisme, vers une région inexplorée qui deviendra la mer de Ross et la dépendance de Ross. Lors de l'expédition, Ross découvre notamment la chaîne Transantarctique, l'île de Ross et ses volcans : les monts Erebus et Terror.

L'expédition infère la position du pôle Sud magnétique, et fait des observations substantielles en zoologie et en botanique dans la région, résultant en une monographie sur la zoologie, et une série de quatre monographies détaillées par le jeune botaniste Joseph Dalton Hooker sur la botanique, collectivement appelées Flora Antarctica et publiées en plusieurs parties de 1843 à 1859. Parmi les découvertes biologiques de l'expédition se trouve le phoque de Ross, une espèce endémique de l'Antarctique.

Cette expédition tire son nom des navires d'expédition, les bombardes et .

Préparation Contexte

Au , de nombreux bateaux viennent chasser le phoque le long des rives de l'Antarctique mais ce n'est qu'en 1840 que des explorateurs français, commandés par Dumont d'Urville plantent leur drapeau sur les terres antarctiques. Quelques jours plus tard, c'est au tour de la flotte américaine de Charles Wilkes d'y parvenir.

Dans le même temps, les Britanniques veulent se relancer et préparent une expédition d'envergure : l'expédition Erebus et Terror. Elle est d'abord proposée par l'astronome John Herschel, et est appuyée par la (future British Science Association) et la Royal Society.

Principale expédition scientifique menée au en Antarctique par les Britanniques, il s'agit aussi de la dernière quête de l'explorateur et administrateur britannique John Barrow, le second secrétaire de l'Amirauté. L'expédition doit aussi faire partie de la contribution du Royaume-Uni à une année internationale de coopération dans laquelle les nations européennes établissent des observatoires sur le magnétisme dans le monde entier.

Membres

vignette|redresse|Portrait de James Clark Ross par John R. Wildman. Une boussole d'inclinaison est visible en bas à droite du tableau. L'expédition est dirigée par un capitaine de la Royal Navy, James Clark Ross, qui commande le . Le est commandé par un proche de Ross, Francis Crozier.. James Clark Ross est le neveu de l'explorateur John Ross et l'un des officiers britanniques qui, en 1839, a le plus d'expérience des expéditions polaires. Il a participé à une expédition avec William Edward Parry, a réussi lors d'une autre et à localiser le pôle Nord magnétique sur la péninsule Boothia en 1831 et a passé de nombreux hivers dans l'Arctique. Il apparaît donc évident de le désigner pour commander cette mission.

Le botaniste Joseph Dalton Hooker, alors âgé de , est le plus jeune membre de l'expédition. Il est assistant-chirurgien de Robert McCormick et le responsable de la collecte de spécimens zoologiques et géologiques. , qui a participé à de précédentes expéditions dans l'Arctique avec John Ross, est . David Lyall est également médecin-naturaliste sur l'expédition.

Hooker est devenu par la suite l'un des plus grands botanistes d'Angleterre. Proche de Charles Darwin, il est devenu le directeur des Jardins botaniques royaux de Kew pendant vingt années.. McCormick avait été lui le chirurgien du navire pour le second voyage du HMS Beagle sous le capitaine Robert FitzRoy, avec Darwin comme naturaliste..

Officiers de lErebus Officiers du Terror Edward Joseph Bird - Lieutenant Joseph Dayman - Thomas R. Hallett - Purser Joseph Dalton Hooker - Assistant chirurgien Robert McCormick - Chirurgien Henry Oakley - Mate James Clark Ross - Captain John Sibbald - Lieutenant Alexander J. Smith - Mate Charles T. Tucker - Master James F. L. Wood - Lieutenant Henry B. Yule - Second master Pownall P. Cotter - Master Francis Crozier - Commander John E. Davis - Second master Joseph W. Kay - Lieutenant David Lyall - Assistant chirurgien Archibald McMurdo - Lieutenant William Molloy - Maître d'équipage Thomas E. L. Moore - Premier maître d'équipage George H. Moubray - Clerc Charles G. Philips - Lieutenant John Robertson - Chirurgien Peter A. Scott - Mate Au-delà des officiers, chaque navire comporte d'équipage.

Navires

vignette|gauche|LErebus et le Terror en août 1841 en Nouvelle-Zélande par James Wilson Carmichael.

L'expédition est réalisée sur deux navires de guerre : le ( de classe Hecla) et le ( de classe Vesuvius). Ces navires, des bombardes, sont destinés aux bombardements côtiers et se trouvent avoir une coque renforcée pour supporter les tirs de mortier. En conséquence, leur conception ayant pour but de résister au recul substantiel de ces armes de trois tonnes, convient idéalement pour une utilisation dans le packLe pack désigne un ensemble de blocs de glace détachés de la banquise et flottant dans l'océan jusqu'à leur fonte totale. Pour plus d'informations, se reporter à l'article concernant la banquise de mer. qui peut immobiliser les navires et les « écraser » par sa pression. Les navires ont, en plus, un renforcement supplémentaire.

L'expédition est bien préparée avec des réserves alimentaires pour trois années. La nourriture embarquée comprend notamment des légumes et de la viande pour lutter contre le scorbut. Ross met volontairement l'accent sur la nourriture et les conditions de vie à bord qu'il juge primordiale pour le moral de l'équipage. Le matériel est choisi avec soin au point qu'aucun navire à voile n'est à l'époque mieux préparé pour une expédition. L'équipage est payé trois mois en avance et l'Amirauté donne son accord pour le départ.

LErebus et le Terror connaîtront une histoire polaire notable, puisqu'ils seront repris plus tard par l'explorateur John Franklin et finiront leurs carrières lors de la dernière expédition de celui-ci destinée à traverser le passage du Nord-Ouest et explorer une partie de l'Arctique canadien. L'officier de marine Francis Crozier les accompagnera notamment.

Expédition Départ d'Angleterre et étapes jusqu'à l'océan Austral L'expédition quitte l'Angleterre le , et après un voyage ralenti par les nombreux arrêts nécessaires afin d'effectuer des travaux sur le magnétisme notamment aux îles Kerguelen, elle atteint la Tasmanie, en août 1840. La pause de trois mois imposée par l'hiver austral est utilisée pour la création d'un observatoire sur le magnétisme à Hobart avec l'aide des condamnés mis à disposition par le lieutenant-gouverneur John Franklin. Le , soit près d'une année après le départ d'Angleterre, le et le quittent la Tasmanie pour l'Antarctique.

Ross ne cherche pas à rivaliser avec les deux expéditions dans la zone au même moment : l'expédition Dumont d'Urville et l'expédition Wilkes. Avant le départ, Charles Wilkes permet l'usage des cartes qu'il a réalisé. Le décalage imposé permet de mieux préparer la percée vers l'Antarctique avec le choix, sur la base de conseils d'autres marins parlant d'une zone ouverte avec peu de glace, d'une route bien plus à l'est en atteignant le 180 méridien, avant de mettre le cap au sud.

vignette|upright=1.4|Trajet de l'expédition Erebus et Terror les deux principales saisons :

Un arrêt aux îles Auckland apporte l'information des passages précédents de Dumont d'Urville et de Wilkes à la mi-mars. La prochaine destination est les îles Campbell pour un départ vers le sud à la mi-décembre.

Cap sur l'Antarctique et découverte de terres Le premier iceberg est aperçu le , le cercle antarctique est traversé à la nouvelle année et le pack est atteint le . Ross, grâce à lErebus, percute plusieurs fois la glace au même point et parvient à percer un chemin pour les deux navires en dans une mer qu'il baptise de son nom, la mer de Ross. La conception particulière de ses navires lui permet cette opération, différemment de ceux de Dumont d'Urville et de Wilkes.

Le , sur la route le menant vers le pôle Sud magnétique, la terre est en vue. Ross estime au début qu'il s'agit d'une illusion, mais une longue côte montagneuse s'étendant vers le sud est aperçue. Ross nomme ce territoire Terre Victoria et les montagnes qui s'y trouvent chaîne de l'Amirauté. Il est déçu que la terre le bloque dans sa quête vers le pôle magnétique. Quelques jours après, l'équipage des deux navires débarque et continue de baptiser les zones et points remarquables avec les noms de personnalités britanniques, ainsi que des membres de l'équipage. Les îles Possession sont revendiquées.

Ross suit la côte vers le sud et franchit le record du point le plus au sud détenu jusque-là par James Weddell à , le . L'île Franklin est aperçue et également revendiquée. Quelques jours plus tard, comme l'expédition s'est déplacée plus loin à l'est afin d'éviter la côte de glace, ils se retrouvent face à deux volcans, le mont Erebus et le mont Terror, deux volcans de l'île de Ross nommés en hommage aux navires de l'expédition.

La Grande Barrière de glace, nommée initialement en l'honneur de la reine Victoria puis plus tard nommée , se trouve à l'est de ces montagnes, et forme un obstacle infranchissable empêchant de progresser plus au sud. Ross baptise l'endroit de la rencontre avec cette plate-forme de glace le détroit de McMurdo. L'équipage, incapable de monter le mur de glace qui la compose, la suit vers l'est. À la recherche d'un détroit ou d'une crique, Ross explore le long de la barrière et atteint une latitude proche du sud, le, ou vers le . Ross ne réussit pas à trouver un ancrage propice qui aurait permis aux navires d'hiverner, et par conséquent retourne en Tasmanie en . Les navires arrivent à Hobart en avril pour trois mois de maintenance.

Seconde saison en Antarctique À la saison suivante, en 1842, Ross dispose des cartes réalisées lors de l'expédition Dumont d'Urville. Il souhaite continuer d'arpenter la comme elle est alors nommée, en continuant de la suivre vers l'est mais ses navires sont pris par la glace et y reste bloqué plusieurs semaines. Ross localise une crique dans la Barrière qui lui permet, le , de porter son « point le plus au sud » à , un record qui restera inégalé durant près de soixante ans. Ross n'est toujours pas en mesure de débarquer sur le continent antarctique, ni d'approcher du lieu du pôle Sud magnétique.

Une importante collision entre les deux navires a lieu le , mais si les dégâts sont importants, les conséquences ne sont pas graves.

Retour triomphal au pays et étapes supplémentaires Les deux navires retournent ensuite aux îles Malouines avant de retourner explorer la péninsule Antarctique via la mer de Weddell au cours de la saison 1842-1843. Le pack est cependant impénétrable et Ross rebrousse chemin. L'équipage mène des études sur le magnétisme et les navires rapportent de précieuses données océanographiques avec une collection de spécimens botaniques et ornithologiques.

Les réalisations dans l'exploration scientifique et géographique de l'expédition sont, à son retour en Angleterre le , récompensées par de nombreux honneurs dont celui d'un anoblissement de Ross. Lors de ce dernier grand voyage d'exploration fait entièrement à la voile, l'existence du continent sud est confirmée et la cartographie d'une grande partie de son littoral est réalisée. L'expédition aura duré près de quatre années et demie.

Découvertes Géographie vignette|upright=1.2|La carte de l'île de Ross.

De nombreux lieux sont découverts et nommés, ou le seront a postériori : la Terre Victoria d'après la reine Victoria (récemment couronnée à l'époque) ; l'île Franklin d'après John Franklin. le détroit de McMurdo et les vallées sèches de McMurdo d'après Archibald McMurdo ; la barrière de Ross, la mer de Ross et l'île de Ross d'après James Clark Ross ;