vignette|upright=1.5|Taux de survie des non-fumeurs, fumeurs et ex-fumeurs ayant arrêté entre 25 et 34 ans. La courbe des ex-fumeurs suit de près celle des non-fumeurs. Arrêter de fumer avant 35 ans permet de gagner 10 années de vie. vignette|Cigarette brisée.
Le sevrage tabagique est l'arrêt de la consommation de tabac, dans le but de s'affranchir de la dépendance induite. Bien que le sevrage du tabac puisse être spontané, il existe plusieurs aides, essentiellement destinées à arrêter de fumer. Un tel sevrage reste souvent difficile, variable selon le degré de dépendance et de motivation. Le sevrage tabagique permet de réduire les effets du tabac sur la santé.
Évaluation de la dépendance L'évaluation de la dépendance est un préalable souvent nécessaire avant d'entreprendre un arrêt de la consommation de tabac. En effet, de celle-ci dépend le risque d'échec et le besoin de recourir à une aide thérapeutique. Cette dépendance peut par exemple être approchée par le test de Fagerström, qui consiste en un questionnaire sur les habitudes de consommation de tabac.
Chez un individu présentant cette dépendance, le souhait de s'en affranchir est majoritaire. Ainsi en Grande-Bretagne 78 % des fumeurs aimeraient être non-fumeurs à l'horizon d'un an et 80 % ont fait une tentative au cours des 5 dernières années (et déjà 75 % dans la tranche des 16-25 ans)..
Arrêt brutal ou progressif Le sevrage tabagique peut être réalisé de manière immédiate, ou progressivement par diminution du nombre de cigarettes journalières. Les deux stratégies semblent équivalentes en termes de réussiteLindson-Hawley N, Aveyard P, Hughes JR, Reduction versus abrupt cessation in smokers who want to quit, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2012;11:CD008033Lindson-Hawley N, Aveyard P, Hughes JR, Gradual reduction vs abrupt cessation as a smoking cessation strategy in smokers who want to quit, JAMA, 2013;310:91-92.
Arrêt spontané vignette|Refus spontané. Chez la personne dépendante, fumer soulage pendant quelque temps un manque imperceptible, assimilé subjectivement à une souffrance. La démarche classique d'arrêt consiste à éteindre une dernière cigarette et à être suffisamment déterminé et confiant pour ne plus jamais avaler à nouveau de la fumée. La probabilité de parvenir sans aide à s'abstenir de fumer durant un an ou plus avec cette méthode est estimée selon les sources entre 3 et 6,4 %.Haute Autorité de santé (HAS), Arrêter de fumer et ne pas rechuter : la recommandation 2014 de la HAS sur le site de la HAS.
Prise en charge médicale Selon une recommandation émise par la Haute Autorité de santé à l'intention des professionnels, une prise en charge médicale des patients fumeurs est toujours recommandée, surtout en cas de comorbidité ou risque de complications (hospitalisation, états dépressifs, grossesse, polytoxicomanie, antécédents ou traitement neuropsychiatrique, etc.)..
En France en 2008 étaient recensés 646 centres de consultation en tabacologie médicale, presque également répartis entre secteurs public (303) et privé (343). Il convient de prévoir 4 à 6 consultations réparties sur plusieurs mois.
Ces services puisent une partie de leur efficacité dans l'accompagnement par un tabacologue formé à la prise en charge de la composante psychologique de la dépendance. Elles sont le plus souvent accompagnées d'un traitement médicamenteux afin de réduire les envies de fumer et la sensation de manque pendant la période de sevrage. Il n'existe pas de remède connu pour la prévention de la récidiveTabac Comprendre la dépendance pour agir, Expertise collective, Inserm, 2004 .
Compte tenu de la sensibilisation créée par les effets pharmacologiques du tabagisme, la décision de cesser définitivement de fumer est requise.
Aides non médicamenteuses Thérapies comportementales et cognitives (TCC)
Ces thérapies, notamment l'entretien motivationnel, présentent l'avantage de permettre une validation scientifique objective. Elles améliorent les résultats du traitement médicamenteux de la prise en charge médicale, agissant notamment sur la dépendance sociale qui fonctionne par des conditionnements acquis« Tabac : comprendre la dépendance pour agir », rapport d'experts de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, janvier 2004, 473.
C'est le traitement de première intention pour la femme enceinte (Conférence de consensus 1999). Elles peuvent être proposées également sans apport médicamenteux et, dans ce cas, ont les mêmes résultats que le traitement médicamenteux mais sans aucun effet secondaire.
L'accent en France étant mis sur l'approche médicale en centre de tabacologie spécialisé, les TCC restent peu pratiquées pour le sevrage tabagique.
Assistance téléphonique Initialement mis en place en Californie, en Australie et au Royaume-Uni dans les années 2000, les centres d'assistance téléphoniques n'ont pas donné lieu en France à une évaluation médicale rigoureuse. Ces services sont peu développés en pratique : environ à Tabac Info Service au mois de par exempleOFDT Tableau de bord mensuel Tabac juin 2011..
Aide en ligne Internet a permis le développement de groupes bénévoles de soutien, modérés ou autogérés, comme des forums de discussionpar exemple le forum Stop-tabac.ch ou sur des réseaux sociaux (Twitter, Facebook). Différents fabricants de produits pharmaceutiques proposent un accompagnement de soutien à la pharmacothérapie, parfois nommé éducation thérapeutique.
Des logiciels d'aide à l'arrêt sont disponibles sur internetiCoach"Coach" du site Stop-tabac.ch ou sur ordinateur ou console de jeu. L'utilisation de ces logiciels peut être utileSeung-Kwon Myung, McDonnell DD, Kazinets G, Hong Gwan Seo, Moskowitz JM, Effects of Web- and computer-based smoking cessation programs, meta-analysis of randomized controlled trials, Arch Intern Med, 2009;169:929-937.
Mois sans tabac
Le Mois sans tabac est un dispositif français, lancé en 2016., destiné à aider les fumeurs qui souhaitent entreprendre un sevrage. Ceux-ci sont encouragés à ne pas fumer pendant le mois de novembre. Les participants sont invités à s'inscrire sur le site Tabac Info Service. Ils peuvent ensuite être aidés dans leur démarche par les autres participants et par des professionnels..
Les éditions 2018 et 2019 auraient chacune encouragé environ tentatives d'arrêter de fumer en France.
Médicaments Substituts nicotiniques
vignette|Timbre de nicotine. Un timbre autocollant diffuse lentement la nicotine par la peau, ce qui maintient une titration en nicotine et réduit ou supprime les impressions de manque. Le traitement habituel dure huit semaines, avec diminution progressive du dosage. Le dosage initial est établi en fonction de l'évaluation de l'intensité de la dépendance tabagique et du résultat de la mesure du CO expiré.
Selon une méta-analyse , la prise de nicotine augmente de 50 à 70 % la probabilité d’arrêter de fumer par rapport à l’absence de traitement ou à un placebo le taux d'arrêt à 12 mois en contexte clinique est de 13,7 % Silagy C, Lancaster T, Stead L, « » Cochrane Database of Systematic Reviews. 2004;(3):CD000146. ; d'autres études ont montré une efficacité plus réduite (sur 100 tentatives, 3 à 6 arrêts confirmés à 12 mois) Patricia Yudkin, Kate Hey, Sarah Roberts, Sarah Welch, Robert Walton « » The BMJ 2003;327(7405):28-29.
Il existe d'autres modes d'administration des substituts nicotiniques : gommes à mâcher, inhalateurs, vaporisateurs, comprimés à sucer, comprimés sublinguaux Concernant l'arrêt durable, ces différentes spécialités de nicotine n'ont pas une efficacité supérieure à celle des timbres transdermiques. Elles lui sont parfois associées, pour tenter d'augmenter le taux de succès.
En France, les timbres transdermiques sont vendus en pharmacie, éventuellement sur ordonnance (la prescription est obligatoire pour les mineurs). Depuis le , l’Assurance maladie subventionne à hauteur de par année civile et par bénéficiaire l'achat de nicotine pharmaceutique prescrite par un professionnel de santé. Le , la participation a été portée à pour les femmes enceintes.
Au Canada, les timbres transdermiques sont également vendus en pharmacie. Délivrés dans un premier temps uniquement sur ordonnance, ils sont désormais en vente libre. Les compagnies d'assurances n'exigent plus l'ordonnance pour rembourser l'assuré.
Les moyens médicaux de sevrage actuels ne dépassent pas des taux réels de réussite de 20 %, à 30 % — pour les études les plus optimistes — des fumeurs qui les utilisent. Les fumeurs qui tentent d’arrêter de fumer spontanément sont moins de 10 % à rester abstinents au-delà d’un an., tandis que ceux qui utilisent un placebo ou assimilé sont 10 % à rester abstinents.
Bupropion
vignette|Conditionnement de bupropion vendu aux États-Unis.
Le bupropione est autorisé comme psychotrope antidépresseur aux États-Unis et l'on constata que l’un de ses effets secondaires était de réduire l’envie de fumer des patients sous traitement. Le produit inhibe la recapture de la noradrénaline et de la dopamine, ce qui réduit chez un fumeur la sensation de soulagement du manque de nicotine lorsqu'il fume.
Ce médicament amphétaminique commercialisé depuis 2001 par GlaxoSmithKline sous la marque Zyban permettrait un taux de sevrage confirmé à 12 mois à compter du début du traitement de 15 % (source Pfizer), correspondant à un taux d'arrêt du tabac double de celui obtenu avec un traitement placebo Hughes JR, Stead LF, Lancaster T. « » Cochrane Database of Systematic Reviews. 2007 (1):CD000031 . Il est délivré sur ordonnance et nécessite un suivi médical car il est accompagné d'effets secondaires et présente une longue liste de contre-indications. Il fait l'objet d'un suivi de pharmacovigilance renforcé.
Varénicline
Commercialisée en France depuis par Pfizer, la varénicline présente une utilisation similaire au bupropion. Elle est commercialisée sous la marque Champix en Europe et Chantix aux États-Unis. La varénicline n'est disponible que sur ordonnance.
La varénicline agit en réduisant l'intensité de l'envie de fumer ainsi que la sensation de manque : occupant les seuls récepteurs nicotiniques alpha4bêta2 dans le cerveau, elle réduit l'effet de la nicotine inhalée sur le système de récompense (c'est un agoniste partiel). Fumer perd ainsi grandement de son intérêt.
Avec un accompagnement psychologique régulier et intensif comprenant un suivi hebdomadaire avec un thérapeute pendant les 3 premiers mois, dans une étude sur personnes, la proportion de sevrage à 12 mois après un traitement de 12 semaines était de 22 %, contre 10 % avec le traitement placebo. Une étude préalable réalisée à l'initiative du fabricant montrait, après 7 semaines de traitement chez 300 malades environ, un taux d'abstinence à 52 semaines de 14 % contre 4,0 % avec le placebo Nides M, Oncken C, Gonzales D, Reeves K ; Varenicline Study Group « » Arch Intern Med. 2006;166:1561-1568.. Ces résultats sont dépendants de la qualité de l'accompagnement et du suivi lors des tests.
La varénicline occasionne des et fait l'objet d'une surveillance renforcée par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. De ce fait, elle ne faisait plus partie depuis de la liste des produits bénéficiant de la subvention forfaitaire de en France. Elle est néanmoins à nouveau remboursée.
Autres traitements pharmacologiques La cytisine est employée dans ce cadre depuis des décennies dans certains paysTutka P. « » Expert Opin Investig Drugs 2008;17:1473-1485., notamment en Europe de l'Est Etter JF, Lukas RJ, Benowitz NL, West R, Dresler CM, « » Drug Alcohol Depend. 2008;92:3-8.. Elle semble plus efficace qu'un placebo et son intérêt est d'autant plus important qu'il est bien moins cher que les autres solutions pharmacologiques disponibles West R, Zatonski W, Cedzynska M « » N Engl J Med. 2011;365:1193-120..