Radiola est le nom du premier émetteur de radio privé français, d'une émission de radio et d’une marque française d'électronique, qui apparaissent en 1922. À partir de 1924, l'émission de radio et le centre d'émission changent de nom. Quant à la marque, elle représente d'abord des appareils radio, puis des téléviseurs et de l'électroménager à partir des années 1950. En 1929, Radiola devient une division commerciale de la société La Radiotechnique, puis de Philips.
En 2016, la marque est reprise par la société Schneider Consumer Group (anciennement Admea), groupe français créé en 1994 et spécialisé dans les produits électroniques et électroménager grand public. Le , les marques Schneider et Radiola sont reprises par le groupe franco-américain Established.
La fondation de la société française de radio-électronique Émile Girardeau, polytechnicien entré ensuite au Génie, se passionne pour la radiotélégraphie et s’intéresse aux services qui établissent des postes pour l’armée et la marine. En 1910, il s’associe avec l’ingénieur Joseph Berthenod : leur idée est de créer une industrie capable de monter des postes complets de TSF ou Télégraphie Sans Fil, sans qu’il soit nécessaire d’aller chercher des pièces auprès de fabricants divers.
Par ailleurs, l’inventeur et mathématicien André Blondel suggère l’utilisation d’une fréquence plus élevée (celle des notes musicales correspondant au « la » du diapason) pour améliorer les émissions de TSF.
L’opportunité se présente de mettre en pratique cette nouvelle fréquence et de financer l’entreprise de Girardeau. Alphonse Fondère, pionnier de l’Afrique noire française, qui possède une compagnie de navigation sur le fleuve Congo, est en effet intéressé par la construction d’une liaison de qualité entre le port de Pointe-Noire et Brazzaville. Alphonse Fondère introduit Blondel et Girardeau auprès de Martial Merlin, gouverneur du Congo, qui offre un contrat de deux cent mille francs pour construire une radio entre les deux villes.
C’est sur la base de ce contrat qu’Émile Girardeau réunit avec quelques amis un capital de cent cinquante mille francs et, le , fonde la Société française radio-électrique.
Avec la S.F.R., la France possède désormais une société capable de rivaliser avec des entreprises étrangères comme Marconi’s Wireless Telegraph ou Telefunken.
Radiola pendant la Première Guerre mondiale La Première Guerre mondiale offre l’occasion à la SFR de se développer. De fait, la société livre soixante-cinq stations fixes, dix-huit mille postes d’avions, trois cents postes de navires et autant de postes mobiles sur véhicules. Elle commence aussi à construire des alternateurs de haute fréquence.
À la fin du conflit, la Banque de Paris et des Pays-Bas investit dans la SFR, encouragée par son développement pendant la guerre. Un pool d’investisseurs est créé. C’est la naissance, en 1918, de la Compagnie générale de télégraphie (CSF) dont Émile Girardeau est le président. Elle s’organise en une holding qui chapeaute trois sociétés :
la SFR ou Société française radio-électrique, qui produit des alternateurs haute fréquence, des antennes, des centres d'émission et des centres de réception pour la France, l'Algérie et le Maroc ; la Radiotechnique (elle-même créée en 1919 à Lyon) dont la CFS a pris le contrôle en 1920 et qui est spécialisée dans la fabrication de tubes électroniques d'émission et de réception pour la TSF ; et enfin la Compagnie Radio France, créée en 1921 pour assurer l'exploitation de réseaux internationaux.
Création de la marque Radiola Prenant exemple sur des essais de radiodiffusion qui mêlent annonces publicitaires, informations et musiques, et qu’il a découverts aux États-Unis, Girardeau propose en 1921 à l’État un « service public d’informations, de musique, de chant et de diffusion d’œuvres diverses en demandant les ressources à la publicité » et parvient à obtenir des essais de radiodiffusion sous son contrôle financier, technique et administratif.
Parallèlement, dès 1922, à l’instigation du général Ferrié, des émissions régulières sont diffusées depuis l’émetteur militaire de la tour Eiffel. Si les émissions de la tour Eiffel sont antérieures à celles de Radiola, c’est celle-ci qui, par la puissance de son rayonnement et le prestige de ses transmissions, est le véritable berceau de la radiodiffusion française.
Le , une station d’émission SFR est mise en service depuis les ateliers de Levallois-Perret. C’est le premier service européen privé de cette sorte. Le même jour, la SFR dépose la « marque de fabrique et de commerce Radiola » pour tous appareils d’émission ou de réception de concerts musicaux par TSF, auprès du Bureau International de Berne sous le numéro 28 666. Radiola est donc à la fois le nom du poste central lancé par la SFR et celui du premier récepteur construit par la SFR. C’est aussi le nom de la marque.
Radiola commence avec des concerts enregistrés depuis l’auditorium de la SFR, situé à Paris, au 79 boulevard Haussmann. Un câble relie l’auditorium à Levallois-Perret. L'orchestre tzigane de Radiola est dirigé par Gustave Charpentier..
Création de la CFR et fin de l’émission Radiola Le , la Compagnie française de radiophonie, société anonyme au capital de huit millions de francs, est fondée par plusieurs fabricants de T.S.F., sous l’égide d’Émile Girardeau, dans l’idée de mettre au point un poste d’émission de qualité. Dans son conseil d’administration, on trouve notamment la « Compagnie générale de TSF », qui représente les industries radioélectriques, Gaumont, la société des Lampes, Thomson, la Banque de Paris et des Pays-Bas. Le , la CFR a l’autorisation du gouvernement français pour se substituer à la CSF dans l’exploitation de la station Radiola.. Elle invente l’émission sponsorisée, en obtenant de la part du syndicat national des industries radioélectriques le versement de redevances volontaires de la part de fabricants de lampes et, en juin, le versement de subventions par des sociétés privées.
En , le directeur des émissions Radiola est l’ingénieur Maurice Vinot (dit Gabriel Germinet). Les programmes de la station sont élaborés par Henry de Jouvenel, assisté d’un comité spécial que constituent de nombreuses personnalités, tels Paul Valéry ou Maurice Ravel. En , Radiola diffuse le combat de boxe Georges Carpentier contre Marcel Nilles, qui a des répercussions en France, en Europe et en Amérique.. La devise de Radiola est : « En prise directe avec le monde »..
SFR embauche également Marcel Laporte, ancien acteur de l’Odéon, pour animer ses émissions. Celui-ci a su se démarquer des autres candidats au poste de speaker en ayant compris la façon dont il convient de parler pour éviter les bruits parasites : lentement, sans forcer la voix et en articulant. C’est donc lui qui, le , annonce le premier concert de Radiola. Très populaire, il devient la voix de la station, sous le surnom de « Radiolo ».
Radiola est également la première radio à couvrir des Jeux Olympiques, en l’occurrence ceux d’hiver qui se déroulent à Chamonix. Chaque soir, entre le bulletin d’information et le radio-concert, quelques minutes sont consacrées à la transmission des résultats commentés.
En 1924, la CFR décide de construire un nouveau poste émetteur situé à Clichy. Par la même occasion, la radio change de nom, signant ainsi la fin de l’émission Radiola qui aura duré deux ans. La nouvelle radio se nomme Radio Paris. Parallèlement, les radios privées se multiplient sur tout le territoire. Et l’État développe ses stations régionales, développées par les PTT. Les reportages se multiplient, la fiction radiophonique s’enrichit.
En 1933, l’émetteur de Radio Paris est repris par l’État qui lance, le , le nouveau Poste National Radio Paris.
L’accord avec la Radiotechnique puis avec Philips La Radiotechnique, créée à Lyon en , fabrique des lampes d’émission et de réception pour la TSF. En 1922, la SFR prend le contrôle du capital de la Radiotechnique. En 1929, à la tête de la CSF, Émile Girardeau décide de concentrer la SFR sur la fabrication des émetteurs TSF et de confier à la Radiotechnique l’étude et la construction des récepteurs Radiola. Ainsi, la Radiotechnique ajoute t-elle à son activité d’origine la branche « Appareils Radiola ». Celle-ci est désormais un département commercial grand public de la Radiotechnique.
En 1931, la Radiotechnique passe des accords financiers et techniques avec Philips. Cette société néerlandaise, créée en 1891 à Eindhoven, fabriquait et commercialisait initialement des lampes d’éclairage avant d’étendre ses activités, au début des années 1920, à la fabrication de tubes radio, d’appareils d’émission et de réception. Dès 1932, Philips apporte à La Radiotechnique sa branche TSF pour les applications et les territoires qui correspondent à l’activité de la filialeLe Temps, 10 juillet 1933..
Dès 1932, une grande partie des appareils radio Philips ne seront plus importés mais fabriqués dans l’hexagone par les usines de La Radiotechnique, conjointement aux appareils Radiola. Les appareils radio et télévision des marques Philips et Radiola seront alors d’une conception technique totalement identiques avec, toutefois, une esthétique et une stratégie marketing différentes. Les appareils Philips étant positionnés haut-de-gamme et ceux de Radiola comme des appareils robustes. En 1947, la CSF cède La Radiotechnique à Philips qui introduit 47 % des actions en bourse.
Dans l’histoire de Philips, la situation de la France est atypique. D’une manière générale, le groupe néerlandais s’est développé à l’étranger en imposant sa marque comme marque phare et en suscitant une deuxième marque moins haut de gamme. En outre, les marchés sont directement alimentés depuis les Pays-Bas.
Ce système ne peut fonctionner en France. En effet, sur le plan commercial, la concomitance de la naissance de Radiola et du développement de son réseau parallèlement à celui de Philips a conduit les deux marques à coexister sur l’ensemble du territoire. Radiola a bénéficié d’une notoriété et d’un ancrage forts qui la situe au niveau des marques leaders sur le marché. Sur le plan industriel, les normes spécifiques à la France (grandes ondes pour les radios, la norme 819 lignes pour les téléviseurs noir et blanc et SÉCAM pour la couleur) ont conduit à développer un outil industriel spécifique et donc un tissu d’usines qui n’existe dans aucun autre pays, hormis la Hollande.
Au total, pendant les années 1950 et 1960 l’outil industriel est devenu puissant avec :
l’usine de radio et d’autoradio à Rambouillet (1954), les usines de télévision à Dreux (1956), séparées pour les châssis et les tubes, l’usine de Nogent-le Rotrou (1958) pour les sous-ensembles de télévision, l’usine du Mans reprise de l’usine Schneider en 1971, avec des téléviseurs noir et blanc, des magnétoscopes, des calculatrices, puis des téléphones mobiles.
Construction d’un réseau En 1932, le taux d’équipement des foyers français en postes de radio est d’un sur cinq ; il est d’un sur deux en 1936.
Suivant l’exemple anglais et allemand, l’État crée en 1933 une redevance radiophonique payée par les auditeurs afin de financer la radio d’État. Les radios privées vivent déjà des revenus de la publicité.
Pendant ce temps, l’apparence des appareils évolue. Ainsi avec le Radiola 41, fait de deux blocs séparés habillés par un meuble très pratique. De nouveaux progrès acoustiques sont aussi réalisés avec les super-inductance (postes à amplification directe disposant de plusieurs circuits haute fréquence accordés en série).