vignette|alt=Dessin couleur de style manga, où deux jeunes hommes s'embrassent sous un parapluie.|Deux qui s'embrassent, situation typique dans une œuvre .Le , aussi appelé , est dans la culture populaire japonaise un genre d'œuvres de fiction centré sur les relations sentimentales et/ou sexuelles entre personnages masculins. Le genre du concerne essentiellement la littérature ainsi que le monde du manga et de l’, mais se retrouve aussi à plus petite échelle dans le cadre des jeux vidéo, de la télévision et du cinéma, ainsi que d'autres types de supports. L'équivalent féminin du est le .
Bien que centré sur les relations homosexuelles masculines, le est un genre qui est principalement supposément destiné au public féminin. Il cohabite avec le , un autre genre qui traite de l'homosexualité masculine, cette fois destiné à un public gay. Ces deux genres, bien que possédant des différences thématiques et stylistiques, possèdent aussi des points communs et s'inter-alimentent. La frontière entre les deux est donc parfois poreuse, et il arrive que les deux genres soient confondus. Le public est aussi partiellement partagé, avec des hommes gays qui lisent du et des femmes qui lisent du .
Le est réputé pour sa forte communauté amateur dans les cercles . Ces productions amateurs peuvent être des créations originales ou bien des parodies d'œuvres ou de personnes existantes. Là encore la littérature et les mangas forment la majeure partie des créations amateurs.
Des œuvres de type ou approchant sont apparues tout au long du , mais il ne s'établit comme genre à part entière qu'au cours des années 1970 au sein des . Au fil des décennies qui suivent le genre se diversifie, et bien que toujours fortement lié aux démographies féminines, il touche un public de plus en plus large et diversifié en termes de sexes, de genres et de sexualités. Depuis les années 2000, la production tant professionnelle qu'amateur de s'est globalisée à l'international, se mêlant à la pratique occidentale du .
Définitions Au cours de l'histoire, différents termes ont été utilisés pour désigner tout ou partie du genre ainsi que ses sous-genres. Les universitaires spécialistes en manga Mark McLelland et James Welker considèrent qu'il y a eu quatre principaux termes historiques, qu'ils définissent ainsi :
Ce terme a été largement utilisé pendant les années 1970 et 1980 pour désigner les mettant en scène l'homosexualité masculine. Aujourd'hui il est parfois utilisé rétroactivement afin de désigner les œuvres de cette époque, mais dans le discours japonais actuel le terme a repris son sens premier, où il désigne la pédérastie.
Ce terme est dérivé d'un magazine éponyme qui était publié de la fin des années 1970 au milieu des années 1990, et a été utilisé pour nommer le type de mangas publié dans ce magazine. Il a aussi été utilisé pour désigner des créations amateurs, essentiellement les créations originales et non les parodies.
Est un acronyme pour qui peut se traduire par . Ce nom auto-dérisoire est établi en 1979 et a été diffusé par un cercle influent. Il s'est popularisé au cours des années 1980 et désigne depuis les créations amateurs du genre, mais est aussi parfois utilisé comme terme-parapluie pour désigner l'ensemble des créations amateurs et professionnelles.
Généralement écrit en katakana ou par son acronyme . Ce terme apparaît au début des années 1990 pour désigner les productions professionnelles, mais est aussi utilisé comme terme-parapluie pour désigner l'ensemble de la production amateur et professionnelle.
Ces termes représentent des concepts qui se chevauchent les uns les autres, il n'y a pas de frontière exacte entre chacun d'eux. De plus en Occident le sens de ces termes a tendance à changer en fonction des pays, notamment le terme est souvent utilisé en Occident pour désigner les amours suggérées ou platoniques.
D'autres termes sont régulièrement utilisés dans la culture , sans toutefois être limités à cette dernière. Par exemple : , , , et .
Concepts et thématiques
Les protagonistes de sont pour leur majorité des . Les de sont des adolescents ou des jeunes hommes plus ou moins androgynes, que James Welker décrit comme un mélange des , des petits chanteurs de Vienne, des célébrités androgynes telles que David Bowie, et de la figure de la . Il ajoute que ces ne sont ni des hommes ni des femmes, ce sont des êtres qui vivent en dehors du , ils appartiennent en quelque sorte à un troisième sexe. Ils sont essentiellement homosexuels, c'est-à-dire qu'ils sont romantiquement et sexuellement attirés par d'autres , bien que ce ne soit pas toujours de façon exclusive ; ils peuvent aussi avoir des relations avec des hommes ou des femmes.
Plusieurs mangakas et d'autres académiciens, telle Yukari Fujimoto de l'université Meiji, considèrent que les de sont des , et sont la continuation des femmes travesties en hommes des mangas telles que Saphir de Princesse Saphir ou Oscar de La Rose de Versailles, directement inspirés des de la revue Takarazuka. Ce permet aux femmes d'échapper à la relation hétérosexuelle qui est perçue comme violente et effrayante, assimilable à un viol ou à du masochisme, où la femme y est systématiquement la victime. Les relations entre sont au contraire et , ce qui permet aux femmes d'expérimenter le sexe en toute sécurité.
Cette vision des comme étant des fait que ces ne cherchent aucunement à décrire l'homosexualité masculine, et qu'au contraire, ils autorisent une lecture lesbienne. James Welker compare ainsi les à la définition du mot de la théoricienne lesbienne Bonnie Zimmerman :
et vignette|alt=Dessin manga couleur, ou deux hommes à moitié déshabillés se font face à face, l'homme de gauche étant dans une posture dominante par rapport à l'homme de droite.|Représentation d'un couple (à gauche) et (à droite). La dynamique entre la figure du et la figure du apparaît dans les œuvres amateurs au cours des années 1980 avant d'être reprise et généralisée par les BL commerciaux, devenant un standard du genre. Le désigne , le membre qui domine le couple et qui lors du rapport sexuel pénètre l'autre. Le est quant à lui le , il est le membre dominé et qui lors du rapport sexuel est pénétré.
Ces deux termes ont été empruntés au monde du sport japonais, avec les deux verbes et employés dans les arts martiaux japonais. L'usage d'un tel vocabulaire peut ainsi signifier que le rapport sexuel obéit à ses propres règles et codes.
Des critiques du tels que Keith Vincent de l'université de Boston voient dans cette dynamique / un écho à la dynamique hétérosexuelle, notant que le est généralement efféminé, naïf, et sujet aux attentions et aux désirs des hommes autour de lui, quand le apparaît comme une sorte de . Il considère ainsi que la seule différence entre les romances hétérosexuelles et vient du fait que puisque les deux protagonistes sont des hommes, aucun n'est socialement bridé, notamment dans le cadre du monde du travail.
D'autres critiques, telles que la spécialiste littéraire Yōko Nagakubo récusent cette lecture hétérosexuelle de la dynamique /. Nagakubo note que si le est essentiellement féminin, il conserve des traits masculins, et que le possède lui aussi des traits tant masculins que féminins. De plus elle note que le rôle sexuel des deux membres du couple est déterminé par le contraste entre ces traits masculins et féminins, ce qui fait qu'un personnage peut être selon la situation un ou une , et que selon le partenaire, le personnage peut changer de rôle. Pour Nagabuko les caractéristiques masculines et féminines ne sont ainsi plus des contraintes imposées par le modèle patriarcal, mais deviennent des libertés, qui peuvent être explorées de différentes façons.
L'essayiste Yumiko Watanabe considère que la répartition des rôles entre le et le est soumise à trois facteurs différents : le statut social, la stature physique et la spiritualité du personnage. Ces trois facteurs permettent de jouer avec les rôles, ce qui a permis de créer de nombreux archétypes et stéréotypes, tels que le (quelqu'un de mentalement mais physiquement ), le (un ), le (un qui a le port d'une fière princesse), le (un qui s'adresse à son partenaire avec révérence), le (un pervers), le (lorsque le se met à dominer son ), et d'autres encore. Tous ces archétypes et stéréotypes sont construits pour être contradictoires.
Pour Yukari Fujimoto, cette fluidité entre les genres offerte par la dynamique / permet tant à l'auteur qu'au lecteur de de , en combinant les facteurs du genre et les dynamiques de domination comme il l'entend. Comme l'histoire se passe entre hommes et qu'il n'y a plus de différence physique entre les partenaires, l'œuvre autorise au lecteur, tant féminin que masculin d'essayer de nouvelles possibilités vis-à-vis des caractéristiques genrées traditionnelles, en s'identifiant au , au , ou en adoptant une position voyeuriste.
et
Une part importante des amateurs consiste en des où une relation amoureuse ou sexuelle entre deux personnages masculins est imaginée. Cette pratique de du est l'équivalent du pratiquée en Occident, si bien que les deux pratiques sont aujourd'hui généralement confondues.
La création du commence par la recherche du , une réponse affective pour un personnage fictionnel, ou dans le cas du , une réponse affective sur la relation partagée entre deux personnages. Le terme est relativement large : il concerne aussi bien des personnages de fictions existantes, des personnalités réelles ou des personnes de l'entourage du créateur de qui ont été , ainsi que des représentations anthropomorphiques d'objets, de plantes, d'animaux ou même de concepts. Si à peu près n'importe quoi peut être , généralement seul ce qui est originaire d'une fiction ou ce qui est lié aux fictions est sujet au , une personne réelle doit quant à elle être réappropriée par le créateur comme un personnage fictionnel avant de pouvoir être . Par ailleurs les personnages réellement gays sont généralement jugés peu intéressants et rarement sujet au .
Lorsque le est établi entre deux personnages, la fantaisie peut commencer. Cette fantaisie consiste principalement à et selon les modalités de la dynamique entre et .
Thématique du viol
Lors du premier rapport sexuel entre un et un , il n'est pas rare que ce dernier soit relativement violent, le forçant le , ce qui s'apparente à un viol. Pour autant le finit par répondre positivement au rapport sexuel et atteint la jouissance. Aux yeux des auteurs et des lecteurs japonais ce est en fait l'expression la que le a pour le . Cette dynamique et cet acte du viol est similaire aux situations que l'on retrouve dans les mangas érotiques et pornographiques hétérosexuels, où le personnage féminin est elle aussi régulièrement violée par le personnage masculin. Rare est l'apparition de scènes de viol "réalistes" où les victimes ont des répercussions psychologiques suivant les actes qu'elles ont subis. Under Grand Hotel, une histoire qui se passe dans une prison, est une des œuvres qui mettent en scène l'acte violent qu'est le viol. La victime/le uke s'y fait violer à maintes reprises par son "amoureux"/seme.
Histoire Avant 1970 : les prémices du