L'ojibwé est une langue algonquienne parlée par le peuple ojibwé. C'est une des langues amérindiennes d'Amérique du Nord les plus importantes pour ce qui est du nombre de locuteurs et il présente une importante diversité dialectale. Pour l'essentiel, cet article donne une description de l'aire dialectale Sud-Ouest telle que parlée dans le Minnesota. L'orthographe utilisée ici se nomme en anglais Fiero Double-Vowel System.
Caractéristique À l'instar de nombreuses langues amérindiennes, l'ojibwé est polysynthétique à un haut degré et présente un nombre moyen de morphèmes par mot très élevé (par exemple le mot traduit par « Ce sont des Chinois. » est aniibiishaabookewininiiwiwag, qui contient sept morphèmes : orme-PÉJORATIF-liquide-faire-humain-être-PLURIEL ou, plus ou moins littéralement « ils sont des fabricants de soupe à feuilles (c'est-à-dire du thé) »). C'est une langue agglutinante qui préfère former les mots en enchaînant des affixes bien distincts plutôt qu'en employant des affixes exprimant simultanément plusieurs sens (amalgame).
Comme la plupart des langues algonquiennes, l'ojibwé distingue deux types de troisième personne, « proche » et « éloigné » ou « obviatif ». « Proche » correspond en gros à la troisième personne de nos grammaires, tandis que l'obviatif (parfois aussi appelé « quatrième personne ») marque une troisième personne mise en retrait si deux troisièmes personnes ou plus sont impliquées dans un processus. En d'autres termes, l'obviatif ojibwé permet d'éviter des ambiguïtés au niveau de la référence pronominale dans des phrases telles que « John et Bill se sont battus. Il lui a mis un œil au beurre noir. » : À qui font référence il et lui ? Cette distinction est obligatoire en ojibwé, lorsqu'il y a deux participants de troisième personne, l'un des deux est forcément marqué comme obviatif, ce peut être l'agent comme le patient, selon ce que l'énonciateur veut mettre en relief.
Genre grammatical
L'ojibwé, comme les autres langues algonquiennes en général, ne distingue pas entre masculin et féminin mais plutôt entre animé et inanimé : le genre n'est donc pas lié au sexe. En général, les noms animés désignent des êtres vivants et les inanimés du non-vivant, mais en réalité ce n'est pas aussi simple, car, dans la culture, il importe de savoir si ce que désigne ce nom est susceptible d'abriter un « esprit » ou non (en général ce qui peut bouger de soi-même possède un esprit).
Ainsi, les objets d'une grande importance spirituelle pour les Ojibwés sont très souvent des animés plutôt que des inanimés. Certains homonymes se distinguent seulement par leur genre : par exemple mitig peut signifier « arbre » ou « bâton », animé (au pluriel mitigoog) il signifie « arbre », inanimé (au pluriel mitigoon) il signifie « bâton ».
Nombre
L'ojibwé connaît l'opposition simple singulier/pluriel. Noms et pronoms peuvent être singuliers ou pluriels, et les verbes s'accordent en nombre avec leur sujet et leur objet, bien que certains noms et certains verbes n'existent qu'au pluriel. La forme du pluriel varie selon le genre, la forme de la racine et l'accentuation. En examinant la forme du pluriel, on peut en général savoir quel est le genre du nom et déterminer sa racine. Le pluriel animé est en -g, tandis que les inanimés (et les noms obviatifs) le font en -n. La forme sous-jacente de la racine détermine une voyelle de liaison — cette voyelle qui apparaît avant le suffixe de pluriel (-g ou -n), mais après la racine proprement dite.
Personnes
On trouve en ojibwé sept catégories flexionnelles mêlant personne et/ou genre pour chacun des deux nombres (singulier et pluriel). Cependant, les deux catégories singulier et pluriel ne se correspondent pas exactement. Le nombre remarquable de 14 « personnes » provient de la prise en compte de toutes les catégories qui entrent dans les oppositions entre animé et inanimé, proche et obviatif, singulier et pluriel. X — personne indéfinie, proche, singulier 0 — personne 0, inanimé, proche, singulier 0' —personne 0, inanimé, obviatif, singulier 1 — première personne, animé, proche, singulier 2 — deuxième personne, animé, proche, singulier 3 — troisième personne, animé, proche, singulier 3' — troisième personne, animé, obviatif, singulier (ou quatrième personne animé singulier) 0p — personne 0, inanimé, proche, pluriel 0'p — personne 0, inanimé, obviatif, pluriel 1p — première personne exclusive, animé, proche, pluriel 21 — première personne inclusive, animé, proche, pluriel 2p — deuxième personne, animé, proche, pluriel 3p — troisième personne, animé, proche, pluriel 3'p — troisième personne, animé, obviatif, pluriel (ou quatrième personne animé pluriel)
Les caractéristiques morphologiques de ces 14 catégories se trouvent exprimées dans les noms et les pronoms, et répercutées dans le verbe qui s'accorde. Chez les noms, chacune de ces 14 formes personnelles peut ou non apparaître, mais toutes apparaissent avec les pronoms en général.
Pronoms
Les pronoms ojibwés, en plus de distinguer le nombre aux quatre personnes (première, deuxième, troisième proche et troisième obviative) distingue aussi entre première personne du pluriel inclusive et exclusive. Les prénoms se présentent sous forme de mots indépendants ou sous forme d'indices préfixaux et suffixaux.
Une première personne inclusive inclut la personne destinataire du message « nous, toi/vous inclus » : en ojibwé giinawind. Au contraire, la forme exclusive n'inclut pas ce destinataire : en ojibwe niinawind.
Autres pronoms : 1psg niin, 2psg giin, 3psg wiin, 2ppl giinawaa, et 3ppl wiinawaa.
En tant que termes indépendants, la première personne est indiquée par n-, la seconde par g- et la troisième par w-. En revanche, les suffixes associés à ces personnes ne sont pas les mêmes selon qu'on a affaire à un verbe ou à un nom. Début du mot... 1 ou« n- » 2 ou« g- » 3 ou« w- » a aa e i (n)ind- gid- od- oo n- g- od- ii n- g- w- o (n)indo- gido- odo- b (n)im- gi- (o)- d g ' j z zh (n)in- gi- (o)- p t k h ch m n s w y ni- gi- (o)- Dans beaucoup de communautés parlant ojibwé, le préfixe de première personne est utilisé sans ce n initial. Dans certaines communautés, il se produit une aphérèse et ces préfixes se retrouvent en plus privés de la voyelle i. Par contre, chez les communautés Saulteaux, les préfixes de première personne nim- et nin- sont au contraire réduits à ni-.
L'ojibwé possède également un système de démonstratifs opposant animé/inanimé, ici/là/loin/hors de vue, singulier/pluriel, et proche/obviatif. Les formes phoniques des démonstratifs diffèrent beaucoup selon les dialectes et les communautés, donc les exemples du tableau suivant, tirés de la variété parlée dans le Minnesota (aire dialectale Sud-Ouest), ne sont pas grammaticalement corrects du point de vue de nombreux locuteurs : AniméInaniméSingulierPlurielObviatifSingulierPluriel Iciwa'awongowonowo'owonow Làa'awingiwiniwi'iwiniw Là-bas/Loina'awediingiwediginiwedini'iwediiniwedin Hors de vuewa'awediongowedigonowedino'owedionowedin Il possède aussi des pronoms interrogatifs (awenen, « qui ? », awegonen, « quoi ? »), pronoms « dubitatifs » (awegwen, « je ne sais qui », wegodogwen, « je ne sais quoi »), et des pronoms indéfinis (awiiya, « quelqu'un », gegoo, « quelque chose » les deux derniers peuvent être précédés de gaawiin(négation) ou akina(totalité) pour signifier respectivement « personne, rien » et « tous, tout ».
Verbes
Les verbes ojibwés marquent non seulement le sujet (personne, genre, nombre), mais aussi l'objet. On trouve plusieurs classes de verbes dans cette langue, les intransitifs avec sujet animé ou inanimé, les transitifs avec objets animé ou inanimé. On utilisera, pour les principales classes, les abréviations suivantes : ISA (intransitif sujet animé), ISI (intransitif sujet inanimé), TOA (transitif objet animé), et TOI (transitif objet inanimé).
Le temps est marqué au moyen de préfixes (gii-, passé, ga-/da-, futur, et wii-, futur désidératif), mais il existe aussi de multiples affixes appelés « préverbes », qui ajoutent une grande quantité d'information au processus exprimé par le verbe. Par exemple, le préverbe izhi- signifie « d'une telle manière », ajouté à la racine -ayaa-, « être », cela donne izhi-ayaa, « être d'une certaine manière ». Le préverbe bimi-, « le long de » combiné à la racine -batoo-, « courir » donne bimibatoo, « longer en courant ». L'ordre le plus courant de ces préfixes est : un préfixe personnel, un préfixe de temps, un préfixe directionnel, un préfixe relatif, un nombre indéterminé de préverbes, et enfin le verbe. De plus, la syllabe initiale est susceptible de se modifier par apophonie ou par reduplication.
Il existe trois catégories verbales appelées « ordres ». L'ordre de base s'appelle ordre indépendant : il s'agit simplement d'un mode indicatif. Il existe aussi un ordre conjonctif, le plus souvent utilisé dans les propositions subordonnées, dans les phrases interrogatives globales (réponse par oui/non), et les participes (les participes sont en fait des noms verbaux en ojibwé, leur sens équivaut grossièrement à « quelqu'un qui est, fait… » comme le mot pour « voyageur » bebaamaadizid, est la 3 personne du conjonctif babaamaadizi, « voyager à travers le monde », littéralement il signifie « quelqu'un qui voyage à travers le monde »). Enfin, le troisième ordre s'appelle « ordre impératif », utilisé dans les énoncés impératifs et correspond au mode impératif.
Les négatifs sont généralement constitués par l'addition sii (ou zii) pour les indépendants et afin si (ou zi) de l'ordre conjoint, à la fois l'élément négatif ajoutant immédiatement après la racine, mais avant d'autres suffixes. Le sii / si sont trouvés après voyelles tandis que le zii / zi sont trouvés après n. En quelques mots, la consonne finale est abandonnée et le sii / si sont ajoutés à la voyelle restants, en d'autres termes la version finale m est converti en n avant d'ajouter zii / zi, encore en d'autres termes, un lien entre voyelle i (ou aa) ajoutée après la consonne finale et ensuite la sii / si ajouté. Impératifs ne suivent pas la sii (zii) / si (zi) pattern.
On trouve trois impératifs : l'impératif brut, indiquant un processus à exécuter dans l'immédiat (nibaan!, « Dors ! (maintenant) », l'impératif « à long terme », indiquant un processus à réaliser à plus long terme mais pas immédiatement (nibaakan!, « Tu vas dormir ! (dans un moment) »), et l'impératif d'interdiction, un ordre négatif ((gego) nibaaken!, « Ne dors pas ! »).
Tout verbe peut aussi être marqué de ces quatre « modes » : indicatif (neutre), dubitatif (l'énonciateur n'est pas sûr de la vérité de ce qu'il dit, par exemple : bakade, « il a faim », mais bakadedog, « il a peut-être faim, il doit avoir faim »), prétérit (qui insiste sur le caractère passé d'un processus, on l'utilise aussi pour les processus commencés ou essayés mais non achevés, par exemple : imaa ninamadabi, « Je suis assis là. » mais imaa ninamadabiban, « J'étais assis là, j'avais l'intention de m'y asseoir. »), et enfin le dubitatif passé (qui exprime une incertitude quant à la réalisation d'un processus dans le passé : imaa namadabigoban, « Il se peut qu'elle fût assise là, elle a dû être assise là. »).
Intransitifs
Pour une illustration concrète des distinctions qui régissent l'emploi des verbes conjugués en ojibwé, voici le tableau de conjugaison, à l'indicatif, des verbes intransitifs avec sujet animé (ISA) se terminant par une voyelle longue (ici, le verbe nibaa, « dormir »). Il convient de noter les différences qui s'opèrent selon que la phrase est à la forme affirmative ou à la forme négative.