Le calendrier de Coligny, ou « calendrier gaulois », est une grande table de bronze trouvée en morceaux à Coligny, dans l'Ain, en France, et datée du . Sa reconstitution a révélé qu'il s'agit d'un calendrier servant à fixer les dates des fêtes religieuses ainsi que les jours fastes et néfastes. Il est exposé au Lugdunum, le musée des antiquités gallo-romaines de Lyon.

C'est une source épigraphique capitale pour la connaissance de l’Antiquité celtique, qui renseigne sur la conception que les Celtes avaient du temps, leurs connaissances en astronomie et la tradition druidiqueP.M. Duval et G. Pinault, Les calendriers (Coligny, Villars d'Héria). Recueil des Inscriptions gauloises, vol. III, CNRS, Paris, 1988.. Plus long texte écrit en gaulois qui nous soit parvenu, c'est aussi un document linguistique qui contribue à la connaissance du vocabulaire de cette langue.

Découverte vignette|140px|gauche|Le dieu à taille d'homme trouvé avec le calendrier et reconstitué par A. André. En , au lieu-dit « Verpoix » sur la commune de Coligny dans l’Ain, le long de l'antique route de Lugdunum à Lons-le-Saunier à un peu plus de vingt kilomètres au nord de Bourg-en-Bresse, Alphonse Roux, un agriculteur, trouve dans un champ qu'il est en train de minerA. Héron de Villefosse, cité in Séance du 17 décembre 1897, in Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, , n° 6, pp. 703-705, Paris, 1897., ce qui ressemble au contenu d'une hotte dont les fibres ont été dissoutes par le temps. Ce sont 550 fragments de bronze enfouis à une trentaine de centimètres sous terre.

Le travail d’assemblage mené par Paul Dissard, conservateur des Musées de Lyon qui en font l'acquisition, révèle qu’il s’agit de deux objets distincts : une statuePhotographie in Ch. Picard, Le bronze de Coligny, op. cité infra, p. 11. gallo-romaineCh. Picard, Le bronze de Coligny, in L. Rosenthal, "Florilège des musées" du Palais des Arts de Lyon, p. 10, Mairie de Lyon, [s.d.] (1920<>1932). d'un mètre soixante dix<ref>Ch. Picard, Le bronze de Coligny, in L. Rosenthal, "Florilège des musées" du Palais des Arts de Lyon, p. 9, Mairie de Lyon, [s.d.] (1920<>1932).</ref> fondue entre la fin du et le début du Joseph Buche, Le Mars de Coligny (Musée de Lyon), in Monunments et Mémoires de la Fondation Eugène Piot, X, pp. 61-90, Académie des inscriptions et belles-lettres, Paris, 1904, en ligne sur Persée. (environ 400 pièces), un calendrier dont il manque environ la moitié (149 pièces, dont 126 portent une inscriptionA. Héron de Villefosse, cité in Séance du 29 décembre 1897, in Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, , n° 6, pp. 730-732, Paris, 1897 (comprend une reproduction du calendrier).).

La statue en bronze représente un dieu nu, glabre et chevelu, levant une main droiteA. Héron de Villefosse, cité in Séance du 24 octobre 1902, in Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, , n° 5, p. 550, Paris, 1902. qui devait tenir une lance. Un hypothétique casque disparu l'identifie à Mars, possible avatar du dieu à la lance Lug, la divinité éponyme de la ville de Lyon que le Livre de Leinster qualifie « d'au long bras » (Láṁḟada). Sa destruction et celle du calendrier sont rapprochées d'une razzia conduite par Chrocus en 275.

Les fouilles récentes menées sur les lieux n'ont pas permis de retrouver d'autres fragments. Pour éviter des fouilles sauvages, la zone a été classée. Le calendrier et la statue sont exposés au Musée gallo-romain de Fourvière. Une reconstitution à l'identique du calendrier est visible à la mairie de Coligny.

Présentation vignette|140px|Fac-similé du calendrier de Coligny publié par Seymour de Ricci en 1926.

Reconstitué par Paul Dissard en une quinzaine de jours, le calendrier se présente sous la forme d’une table aux dimensions de sur A. Allmer & P. Dissard, Inscriptions antiques de Lyon n° 87, I, Musée des beaux-arts de Lyon, Lyon, 1898., les cent quarante neuf fragments assemblés couvrant moins des deux tiers de la surface totale.

Graphiquement, le calendrier s'organise en 16 colonnes de 8 blocs quinzaines, représentant 62 mois, et non 64. En effet, chaque colonne contient 4 mois sauf la première et la neuvième qui n'en contiennent que 3 : ce sont en effet les deux mois intercalaires, qui occupent, dans la moitié haute de la table, un espace double des mois normaux.

vignette|redresse=2.0|centré|Calendrier de Coligny (reconstitué).

Comme sur d'autres calendriers trouvés à Rome, à chaque jour correspond un trou, où l’on place une goupille pour indiquer la date du jour. Au-delà de ce constat, le calendrier pose des questions, en particulier sur sa fonction, perpétuelle ou pas, son utilisation éventuelle à des fins civiles inconnues, questions qui restent sans réponsesD. Laurent, [ Le calendrier celtique de la table de Coligny aux traditions des pays de langue celtique.], , Agence Bretagne Presse, Pouldreuzic, novembre 2007., P.-Y. Lambert, Un calendrier gaulois, in La langue gauloise, p. 115, Errance, 1997 ..

Les lettres et chiffres sont gravés en caractères latins, mais la langue est gauloise. Le document comporte environ mots, avec environ 130 lignes par colonne, soit environ 2200 cellules : c'est le plus long connu en cette langue. L'étude apporte une soixantaine de mots nouveaux dont le sens, basé essentiellement sur la philologie comparée aux langues gaéliques, reste très incertain en l'état actuel des connaissances.

60 mois lunaires plus 2 pour 5 années solaires vignette|300px|Détail du calendrier de Coligny :le mois (mid) de Samonios. Les douze mois de l'année C’est un calendrier luni-solaire, semblable à tous les calendriers protohistoriques des zones tempérées, depuis la Chine jusqu'à RomeD. Laurent, Le calendrier celtique de la table de Coligny aux traditions des pays de langue celtique., & , Agence Bretagne Presse, Pouldreuzic, novembre 2007., qui présente un cycle de 5 années de 12 mois de 29 ou 30 jours, chaque mois étant divisé en deux quinzaines. On remarque que les mois de 29 jours sont notés « anmatu » et que les mois notés « matu » sont de 30 jours.

Les noms des douze mois avec leur durée et leur attribut seraient : Samonios (30 jours, matu), été (irlandais Samain « Toussaint », sámhradh « été », breton hañv) au sens téléologique de terme, résumé ou bilan de la saison estivaleC. Lainé Kerjean, in Zeitschrift für keltische Philologie und Volksforschung n° 23, pp. 249-284, université Frédéric-Guillaume, Berlin, 1943. Dumannios (29 jours, anmatu), peut-être fumigation (moyen irlandais dumacha « brouillard ») Riuros (30 jours, matu), gelées (cf. irl. reo, gallois rhew, bret. reviñ) Anagantios (29 jours, anmatu), protectionP.-Y. Lambert, Un calendrier gaulois, in La langue gauloise, p. 110, Errance, 1997 ., peut-être au sens de bénédiction Ogronios (30 jours, matu), frimas (cf. vieil irlandais úar, gall. oer) Cutios (30 jours, matu), sans doute un emprunt au mois grec Kooútios (nom régional de Chaléion) Giamonios (29 jours, anmatu), hiver (cf. v.irl. gaim, geimred, bret. goañv) au sens téléologique de terme de la saison hivernale Simi Visonnios (30 jours, matu), mi-printemps (cf. gall. gwanwyn « printemps », cornique gwenton) au sens de milieu de la belle saison Equos (30 jours, matu), peut-être une forme dialectale séquanaise archaïsanteP.-Y. Lambert, Un calendrier gaulois, in La langue gauloise, p. 111, Errance, 1997 . d'''epos « cheval » en référence au poulinage Elembivios (29 jours, anmatu), peut-être en rapport avec les cerfs, sans doute un emprunt au grec attique Eláphios, Elaphebolión Aedrinios (30 jours, matu), peut-être ardeurs ou flamboyance (cf. v.irl. áed « feu », gall. aidd « ardeur », bret. oaz « jalousie, inimitié ») Cantlos (29 jours, anmatu), chant (cf. gall. cathl « chant », bret. keñtel « leçon »), peut-être au sens de célébrations bardiques

Deux mois intercalaires par lustre S'y ajoutent deux mois intercalaires, dont nous ignorons les noms exacts, leurs en-têtes n'ayant pu être reconstitués complètement : Qvimon (d'après le dernier mot de son en-tête) entre Cantlos et Samonios (30 jours, matu) Ciallos (d'après le premier mot de son en-tête) entre Cvtios et Giamonios (30 jours, matu)

L’ajout d'un mois intercalaire au début de la première année, et d'un second au milieu de la troisième, soit en fait un tous les deux ans et demi, aboutit au terme d’une période de trente ans, période qui correspond à un « siècle » gaulois de six lustres romains, à un nouveau décalage entre le calendrier lunaire et le calendrier solaire. On compte en effet par rapport à l'année tropique un retard de 4,789 jours par lustre de 5 ans (5x365,2422 - 1831), qui aboutissent à un écart de 28,734 jours par « siècle » de 30 ans. Le siècle gaulois pourrait alors se marquer par l'absence d'un de ces deux mois intercalairesKeltia Magazine pour rétablir l'alignement avec les saisons, ce qui s'accorderait avec l'inscription sonnocingos sur le second mois intercalaire.

Ainsi, pour un lustre d'un nombre de jours toujours identique, les années, elles, ne comptent pas le même nombre de jours.

Alternances propitiatoires Les mots « matu » (issu du celtique *matos, breton mad) et « anmatu » (*an, marque du contraire) indiquent certainement les périodes (jours et mois) fastes et néfastes. Le mois d'Eqvos, noté « anmatv », rompt la régularité de l'alternance. Les fragments sur lesquels étaient inscrits trois des cinq occurrences de ce mois n'ont pas été retrouvés. Sur les deux qui l'ont été (années 1 et 5), Eqvos compte 30 jours. Comme, pour la troisième année, où le fragment portant Eqvos manque, l'en-tête du mois intercalaire évoque une durée de 385 jours, on conclut que cette troisième occurrence d'Eqvos compte également 30 jours.

Le mystère de cette apparente irrégularité trouve une explication avec l'hypothèse émise en 1924 par l'Irlandais Eoin Mac Neill qu'Eqvos ne compte habituellement que 28 jours, en particulier pour la deuxième et la quatrième année dont on ne possède pas l'inscriptionE. Mac Neill, On the Notation and Chronology of the Calendar of Coligny, Ériu n° X, pp. 1-67, Académie royale d’Irlande, Dublin, 1928.. Une série de notations de jours (« ivos ») comptent en effet un nombre variable de jours, de 5 à 9. Or ce « ivos » est allongé de 2 jours la seconde année autour du mois « Eqvos » incomplet.. Ce comput aurait l'avantage de donner un lustre de 1831 jours, très proche des 62 lunaisons de 1830,89 jours.

Le nycthémère gaulois, appelé « latis » (pluriel « lates »), se compose d’une nuit suivie d’un jour, et non l'inverse. Le changement de date intervient au coucher du soleil.

Les mois sont divisés en deux quinzaines numérotant les jours de un à quinze, ou quatorze pour la seconde. Chaque quinzaine est séparée par le mot « atenoux », qui a été envisagé comme un « ateno VX », au sens de nouvelle quinzaine (en breton, gallois et irlandais quinze, XV, se dit cinq dix, VX)P.-Y. Lambert, Un calendrier gaulois, in La langue gauloise, p. 112, Errance, 1997 . ; cependant la numérotation du dernier jour de chaque quinzaine est notée "XV". Ce mot a d'abord été compris comme désignant la pleine luneFrancisco Marco Simon, « Entre chaque période de quinze jours des mois du calendrier de Coligny, le mot atenoux est inscrit (interprété comme renaissance ou la nuit qui revient) ; atenoux indique la nuit de la pleine lune, l'équivalent du romain idus », Celtic Ritualism from the (Graeco)-Roman Point of View, in )., mais Pline l'AncienHistoire Naturelle, XVI, 249-251, trad. Jacques André, 1962, Paris, Les Belles Lettres. indique que les Gaulois démarrent leur mois le sixième jour de la lune montante, ce qui correspond au premier quartier. Étant situé quinze jours plus tard, "atenoux" indiquerait donc le dernier quartier et le passage à la moitié "obscure" du temps.