L'Opération Trident désigne l'intervention et la présence militaire de la France au Kosovo qui s'étend de 1999 à 2014.. L'armée française intervient au Kosovo et participe au maintien de l'ordre et de la paix en fournissant hommes et matériel à la KFOR sous la juridiction de l'ONU et sous commandement de l'OTAN. L'opération débute les jours suivant la campagne de bombardement de l'OTAN sur les forces serbes en 1999, à laquelle la France participe activement.
Contexte Avant la guerre d'indépendance du Kosovo, la région est rattachée à la Serbie. En 1998, cette région est composée d'une majorité ethnique albanaise (87%) et d'une minorité de serbes (10%)https://www.icty.org/x/file/About/OTP/War_Demographics/en/milosevic_kosovo_020814.pdf. La Serbie et l'Albanie considèrent la région comme le berceau d'origine de leurs peuples. Ces deux pays se disputent l'autorité territoriale de la région depuis plusieurs siècles. Le Kosovo est rattaché en 1945 à la Serbie avec le statut de province autonome.. À la suite de la dissolution de l'URSS en 1991, de multiples pays prennent leur indépendance et des guerres éclatent notamment entre les différentes républiques de la Yougoslavie. Néanmoins, la question de l'indépendance du Kosovo n'est pas évoquée.
Dans les années 1990, un mouvement nationaliste se développe au Kosovo et demande l'indépendance de celui-ci. En 1996, une branche armée nommée l'UÇK se détache du mouvement et se fait connaitre par une série d'attentats à la bombe. Cette branche paramilitaire est soutenue par le gouvernement albanais et se fournit en armes en Albanie en 1997. Au cours de la même année, l'UÇK commet une série d'attentats. Les forces serbes conduisent une campagne de répression en dans la région du Drenica, bastion de l'UCK. Elles visent un commandant de l'UCK et sa famille dans le village de Prekaz, 80 personnes sont tuées. Les rangs de l'UÇK grossissent à la suite de cette campagne.
Une médiation internationale est demandée par l'OSCE, l'Organisation pour la sécurité et la Coopération en Europe. Elle envoie l'ancien chef du gouvernement espagnol Felipe Gonzalezmais la médiation est refusée par le gouvernement serbe. L'OSCE demande de l'aide à un groupe de consultation composé des États-Unis, de la Russie, de la France, du Royaume-Uni, de l'Allemagne et de l'Italie. Ce groupe demande à la Serbie d'officialiser l'indépendance du Kosovo mais les négociations échouent. Le , le Conseil de sécurité de l'ONU se saisit aussi de la question et par le vote de la résolution 1160, elle demande aux autorités serbes d'accroitre l'indépendance administrative et générale du Kosovo. La répression continue néanmoins. Par la suite, l'ONU ratifie la résolution 1199 le et demande l'arrêt immédiat des combats et le retrait des troupes serbes de la province du Kosovo.. Le , l'OTAN donne un ultimatum à la Serbie de respecter les résolutions de l'ONUhttps://international-review.icrc.org/sites/default/files/S1560775500075416a.pdf et la menace de bombardements si elle ne se plie pas.
Le , les forces serbes tuent les habitants du village de Račak. Une nouvelle tentative de négociations a lieu à la conférence de Rambouillet en février et . Aucun accord n'est trouvé. Les affrontements entre forces de sécurité serbes et l'UCK s'intensifient. Le , l'OTAN démarre une campagne de bombardements, l'opération Allied Force, qui durera 78 jours. Les cibles sont d'abord des infrastructures militaires puis seront élargies aux infrastructures civiles. La France y participera en tant que membre de l'OTAN. L'Opération Trident débute le , 2 jours après la fin de la campagne de bombardements, quand les troupes stationnées en Macédoine sont débarquées au Kosovo.
La participation à la KFOR
Déploiement, responsabilités et retrait Dès la fin de la campagne de bombardements et le retirement progressif de l'armée serbe, les pays de l'OTAN et d'autres pays mobilisent des soldats sous la bannière de la KFOR, une armée internationale mandatée par l'ONU et sous contrôle partiel de l'OTAN. Elle est créée pour rétablir l'ordre et la sécurité au Kosovo. L'OTAN a subdivisé au départ le commandement de la KFOR en cinq Task Forces multinationales (TFMN) : Nord, Ouest, Sud, Est et Centre. Le commandement militaire de la zone Nord autour de Mitrovica est attribué à la France.
La KFOR a été commandée par des généraux français :
Du au par le général de corps d'armée Marcel Valentin Du au par le général de corps d'armée Yves de Kermabon. Du au par le général Xavier Bout de Marnhac.
Déploiement et organisation du détachement français de la KFOR La zone Nord concentre la partie la plus importante des soldats français dans la KFOR. Les bases principales se concentrent autour de Mitrovica. La base du détachement de l'ALAT se situe à Plana, à 6km de Mitrovica. Des contingents étrangers sont aussi présents dans les bases de la zone Nord. Elles sont sous le commandement français. De plus, les troupes françaises représentent la moitié des soldats de la zone Nord. Les commandants des zones sont sous l'autorité directe du commandant de la KFOR et du SACEUR de l'OTAN.
Néanmoins, la France possède aussi une chaine de commandement nationale. Le RepFrance est un organe décisionnel qui représente le Chef d'état-major des Armées au Kosovo. Ses missions sont de participer au soutien de l'action de la France au Kosovo et à fournir une capacité d'appréciation indépendante au profit du haut commandement national. Les autres pays ne possèderaient pas ce type d'entité. Cette entité possède ses propres services de renseignement. Elle a un statut d'organe de consultation et d'aide au commandement français de la zone Nord. Elle n'est pas censée donner des ordres.
La KFOR réduit régulièrement ses effectifs chaque année en fonction de la stabilisation de la sécurité du pays et le développement de la nouvelle administration. La France revoit donc aussi ses effectifs à la baisse et transfère ses compétences à la police kosovare et à la KFOR. Des opérations communes sont menées pour former les troupes alliées puis les troupes françaises se retirent.
Le , le bataillon multinational nord a été dissous dans le cadre de la réorganisation de la KFOR transformant les TFMN en Mutinational Battles Groups (MNBG). Dans ce cadre, la France rend à la KFOR le commandement de la zone Nord. Les derniers soldats français présents au Kosovo se concentrent au camp de Novo Selo. La France rapatrie ses derniers hommes en .
Objectifs de la mission et initiatives La résolution 1244 du , votée par le Conseil de Sécurité des Nations unies, fixe le périmètre des agissements de la KFOR.. La KFOR a la tâche complexe de sécuriser le territoire du Kosovo, porter assistance à la population et appuyer les missions onusiennes qui tenteront de mettre en place un gouvernement et relancer le pays.
D'après la résolution 1244, les missions principales de la KFOR au sont :
Assurer le retrait des forces militaires de la Serbie et empêcher leur retour éventuel ainsi que toute insurrection ou reprise des hostilités. Le cessez-le-feu doit être aussi appliqué et imposé Démilitariser tous les groupes armés et paramilitaires au Kosovo, en particulier l'UCK, les groupes armés d’Albanais du Kosovo et les groupes armés serbes Assurer la sécurité des différents groupes ethniques et permettre le retour des réfugiés Assurer la sécurité de la future administration et les missions humanitaires onusiennes Surveillance des frontières Assumer les fonctions de la police traditionnelle mais aussi de maintien de l'ordre et d'intervention Commencer les opérations de déminage Garantir la liberté de circulation
Ces missions vont nécessiter différents types de déploiement des forces armées. Certains bataillons seront affectés à une sécurité de proximité, de surveillance et de garde de lieux stratégiques : ponts, villages de minorités, routes principales ... Les violences interethniques et les pogroms sont des scénarios craints par la KFOR.
Le pont Austerlitz de Mitrovica est un bon exemple : dès 1999, une présence militaire est établie des deux côtés du pont. L'accès est fermé par des blocs de béton et des grilles, un checkpoint est installé. Il sera remplacé par une simple guérite à partir de . Les communautés serbes et albanaises sont séparées et présentes des deux côtés du pont : au Nord les serbes et au Sud les albanais. Ce pont cristallise les tensions entre les deux communautés. En , à la suite de la noyade d'enfants qui aurait été causée selon la rumeur par des Serbes, le pont a été traversé et des émeutes ont éclaté. Des tirs à balles réelles ont eu lieu, les forces françaises de la KFOR se sont interposées et repris le contrôle de la situation mais trop tard. Le bilan final serait de 10 morts : 8 Albanais et 2 Serbes. Au moins deux personnes auraient été tuées par des tirs de kalachnikov. Plus de 200 Albanais et 60 serbes ont été blessés.
D'autres régiments effectuent des patrouilles le long des frontières et dans les villages pour maintenir la présence d'une force de sécurité et tenir à l'écart les groupes paramilitaires. Le , une patrouille de la aurait arrêté un véhicule près de la frontière entre le Kosovo et l’Albanie, elle y retrouva 50 fusils d’assaut AK-47 et 42 chargeurshttps://documents.un.org/doc/undoc/gen/n00/762/66/pdf/n0076266.pdf. Il est aussi nécessaire d'assurer la fonction des postes aux frontières. Il faut préparer le retour des réfugiés au Kosovo et assurer leur sécurité. Des fouilles peuvent aussi être conduites pour confisquer et détruire tout matériel militaire. En 2000, un important dépôt d'armes de l'UCK est découvert. Il contient plusieurs bunkers et un stock de guerre est saisi. Ce serait environ 20 000 grenades, 950 mines anti-personnelles, 185 mines antichars, 855 obus de mortier, 1 156 roquettes antichars et 75 kg de TNT. Des canons antichars de calibre 105 mm et des mitrailleuses lourdes auraient aussi été saisis.
Une partie du personnel est aussi assignée à la collecte d'informations chez les populations locales, maintenir le lien entre civils et militaires et aussi assurer une mission de prévention liée aux déchets de guerre comme les bombes, obus ou mines. L'objectif est à la fois de découvrir des zones minées en interrogeant les locaux mais aussi de les prévenir des zones découvertes par les militaires. Le lien permettra aussi la collecte de renseignements sur les groupes armés qui pourraient être présents dans les localités, orienter les premiers convois humanitaires et collecter des informations pour la future administration.
Au début de l'intervention, les forces armées sont mises aussi à contribution pour restaurer les routes, déblayer des débris liés aux bombardements, sécuriser des zones et commencer le déminage. En plus des mines terrestres et des obus largués lors des bombardements, l'OTAN a utilisé des bombes à sous-munitions. 1 392 bombes à sous munitions contenant 289 536 sous munitions ont été larguées sur le Kosovo, ce qui complexifie significativement les opérations de déminage. En effet, une partie importante des sous-munitions n'explose pas au contact du sol, de nombreux civils meurent à cause de ce type de bombes. De plus, des groupes armés continuent la lutte et réalisent entre autres des opérations de sabotage. Le , un viaduc ferroviaire a été dynamité et détruit. Un dispositif de 27 mines antichars a été démantelé par les hommes de la KFOR. Les mines étaient placées à côté des piliers d'un pont routier au nord de Kosovska Mitrovi.