Amédée (parfois Amé) de Genève (en latin ), mort le à proximité du château dit du Vuache, est comte de Genève à partir de 1280 à 1308 à la suite de son frère . Il est le fils de Rodolphe ou Raoul, comte de Genève, et de Marie de Coligny, issue de la famille de La Tour du Pin.
Biographie Origine Amédée, parfois écrit sous la forme Amé.Albin Thourel, Histoire de Genéve : depuis son origine jusqu'à nos jours, volume 1, éd. Colin, 1832, 463 pages, (présentation en ligne)., est le quatrième des fils du comte Rodolphe de Genève et Marie de Coligny, dame de Varey en Bugey, fille d', seigneur de la Tour du Pin, et de Béatrix dame de ColignyDocument du (REG 0/0/1/737)... Son année de naissance est inconnue.
La fratrie compte six frères et sœurs. L'aîné est Aymon, qui héritera du titre de leur père. Viennent ensuite Guy († 1294), qui fut religieux, Henri († 1296), qui fut archevêque de Bordeaux (1289-1296) et Jean († 1297), qui après avoir été prieur de Nantua, puis abbé de Saint-Seine (1280-1283) avant d'être choisi comme évêque de Valence de 1283 à 1297..
L'accession au trône et organisation du comté vignette|left|redresse=.6|D'or à quatre points équipolés d'azur, blason utilisé durant le règne d'Jean Daniel Blavignac, Armorial Genevois. Essai historique sur les armoiries, les sceaux, les milices, et les sociétés militaires, les uniformes et les bannières, les médailles et les monnaies de Genève, depuis l'époque la plus ancienne jusqu'à nos jours, Genève, Chez les principaux libraires et chez l'auteur, 1849, Lire en ligne.Jean-Baptiste Rietstap, Armorial général, volume 1, « Genevois (comtes du) » (Lire en ligne). in Revue savoisienne, Académie florimontane, 2000..
Le comte , son aîné, meurt très probablement le , à Marsan, dans les LandesCitation () de l'Obituaire d'Abondance, (REG 0/0/1/1171)... Il s'agit de la date de son testamentDocument du ), (REG 0/0/1/1170)... Amédée semble lui succéder dans l'année qui suit, sous le nom d'. L'historien Pierre Duparc le qualifie de « plus remarquable de ces princes libéraux »..
Les deux filles de son frère devaient hériter de l'ensemble de ses terres, sauf si les deux exécuteurs testamentaires, l'oncle d'Aymon, Gui, évêque de Langres, et son frère, Jean, abbé de Saint-Seine, trouvaient une solution plus avantageuse, notamment en désignant comme héritier un de ses frères. En 1302, Comtesson, dame de Miribel, renonce à l'ensemble de ses droits sur le comté en faveur de son oncle en échange d'une somme d'argentActe du (REG 0/0/1/1501 ou lire en ligne p.374)..
Amédée hérite en 1281 d'un comté en difficultés, tant par les dettes contractées par son grand-père et son père, mais aussi en raison des velléités d'émancipation de ses vassaux .. Le pouvoir des comtes sur la ville de Genève a également été fortement réduit à la suite de différents conflits avec l'évêque, mais aussi face à l'hostilité des bourgeois. Enfin, il doit tenter de résister à l'accroissement du pouvoir de la maison de Savoie, qui encercle désormais le comté de Genève. Celui-ci devient ainsi une enclave gênante au sein des possessions savoyardes..
améliore l'administration comtale mise en place par son père et poursuivie par son frère.. Il donne des chartes de franchises à Cruseilles (1282), qui appartient à son oncle l'évêque de Langres Gui...Charte du (REG 0/0/1/1266).. Il fait rénover les franchises des bourgs de Rumilly en 1291, Châtel (1307)Jules Vuy, « Les Franchises de Châtel en Genevois », extrait du des Mémoires de l'Institut genevois, 1866, (présentation en ligne). et peut être La Corbière (1288).
Jusqu'en 1305, il semble qu'il utilise comme résidence principale le château de Saconnex-delà-d'Arve (Saconnex-d'Arve)., qu'il a fait édifier entre 1299 et 1301.
Guerres contre la maison de Savoie Le règne d'Amédée est caractérisé par de nombreux conflits, ponctué de trêves ou traités de paix avec son voisin le comte de Savoie. Alfred Dufour, historien suisse du droit, observe que la période allant de 1280 à 1329 est marquée par ces « guerres féodales » entre les deux familles comtales.. L’historien Bernard Demotz parle, lui, de « véritable guerre de cent ans », qui a débuté vers 1234. Cette lutte voit surtout la maison de Savoie dépouiller peu à peu le pouvoir du comte de Genève, ainsi que celui de l’évêque de Genève.
Le comte Amédée cherche à trouver des alliés dans sa lutte contre le comte de Savoie. Les premiers sont les seigneurs voisins de Faucigny, dont le titre vient de passer aux dauphins de Viennois, détenu par la famille de Bourgogne (rameau de Viennois), puis de La Tour du Pin. Plus au nord, Rodolphe de Habsbourg, devenu roi des Romains en 1273, est en conflit lui aussi depuis quelques décennies avec la maison de Savoie, dans la partie septentrionale du pays de Vaud.
Il épouse, en 1285, Agnès de Chalon, fille de .Document sur la dot promise, du (REG 0/0/1/1215).. Pierre Duparc voit, dans ce mariage, l'alliance entre Amédée et le frère d'Agnès, , dont l'une des autres sœurs est l'épouse de de Habsbourg. Il semble que cela soit à cette occasion que sa sœur, MargueriteRenoncement de l'héritage du (REG 0/0/1/1213)., et son frère aîné, GuiRenoncement de l'héritage du (REG 0/0/1/1214)., renoncent à leur héritage en sa faveur. Il organise le mariage de sa jeune sœur, Marguerite de Genève, en 1288, avec , comte de Valentinois et de DioisContrat de fiançailles du (REG 0/0/1/1266)..
Première guerre En 1282, Amédée entre dans une coalition à l'initiative de et du Dauphin, ainsi que son oncle, l'évêque de Genève, Robert, contre le comte de Savoie, Philippe de Savoie. En , Amédée signe un traité à Versoix avec la régente Béatrice de Faucigny, son fils, le Dauphin , ainsi que son oncle, l’évêque RobertTraité du (REG 0/0/1/1182).Décision de la Grande Dauphine, le (REG 0/0/1/1183).. Par ce traité, Béatrice de Faucigny, héritière de son père le comte , . En échange, le comte de Genève s'engage à rendre hommage au Dauphin Jean, et lui apporter tout son soutien contre ses ennemis, tout comme celui-ci apportera son aide à l'évêque. L'évêque de Genève quittera la coalition en , face aux victoires diplomatiques du comte de Savoie, mais aussi en raison des pressions du chapitre ainsi que des habitants de la ville de Genève. En effet, au cours de cette période, les habitants de Genève tentent d'obtenir une autonomie communale tant face au pouvoir comtal, que celui de l'évêque.. D’ailleurs depuis 1250, ils obtiennent régulièrement le soutien des comtes de Savoie, veulent faire de Genève la « capitale idéale de leur État », pour reprendre l'expression de l'historien suisse Louis Binz. C’est le comte qui obtiendra en , après à l'occupation de la ville, le serment de fidélité des citoyens. L'évêque Robert tente de contester ce serment, tandis qu’Amédée doit quitter la cité. C’est lors de ce serment que les habitants obtiennent pour la première fois le droit de se constituer en commune. Quelques jours plus tard, l'évêque fait annuler cette émancipation, obligeant le comte de Savoie à intervenir pour garantir ces nouveaux droits.
Le vieux comte Philippe de Savoie, mort en , a été remplacé par son neveu . Ce dernier prend l'initiative d'une trêve dès , afin de régler la succession au sein de sa famille. Ce répit est de courte durée, puisque le conflit reprend un mois plus tard, avec notamment l’occupation de la ville de Genève. Son château de Genève (dit aussi du Bourg-de-Four), qui contrôle la Ville Haute, est pris et en partie détruit. Au mois suivant, le , signe une nouvelle alliance au château de Châtillon-sur-Cluses avec la Grande Dauphine, le Dauphin et le second mari de Béatrice de Faucigny, Ratification d'un acte d'alliance du (REG 0/0/1/1222).Alliance avec Gaston de Béarn du (REG 0/0/1/1214).. L'année suivante, une nouvelle trêve est signée en , mais le conflit reprend peu après..Traité de paix du (REG 0/0/1/1231).Trêve du (REG 0/0/1/1234)..
L'année 1287 marque l'échec de la coalition et la fin de la guerre. Après avoir battu le comte de Genève., le comte de Savoie profite de la vacance du siège épiscopal de Genève pour s'emparer de la ville et placer sous sa garde, selon son droit, les possessions épiscopales que sont les châteaux de Peney et de l'Île.... Un traité est signé entre le comte et ses ennemis, , le nouveau Dauphin, Humbert, à Annemasse le (Article sur persee.fr).. Amédée se voit obligé de prêter serment au comte de Savoie, de même que le Dauphin. Cet accord, devant traiter de la rupture de fidélité entre hauts personnages, a demandé l'intervention de cinq docteurs en droit de l'université de Bologne. Amédée après avoir prêté serment pour ses possessions en Albanais, reçoit les châteaux de Ballaison et de Genève.
En , son fils, Guillaume, à peine âgé de onze ans, est fiancé à Béatrice de Savoie († entre 1291 et 1294)<ref>Marie-José de Belgique, La Maison de Savoie. Les origines: Le Comte Vert ~ Le Comte Rouge’', éditions Albin Michel, Paris 1956 .</ref>Dispense pour un mariage en date du (REG 0/0/1/1325)., très probablement afin de sceller la paix entre les deux comtes Amédée. Une demande de dispense au pape a été faite en raison des liens de parenté entre les deux comtes et leurs enfants (au quatrième degré de computation canonique).
Seconde guerre En , le comte Amédée attaque la ville de GenèveActe sans date (REG 0/0/1/1349).. Les habitants résistent. Le vidomne de Genève, Pierre des Portes, attaque le château comtal de GenèveComptes produits entre 1291 et 1292 (REG 0/0/1/1362)..
Le , les deux comtes signent un traité de paix à Aix..Traité de paix du (REG 0/0/1/1386).. Les deux arbitres sont Guillaume de Champvent, évêque de Lausanne, et Aimon du Quart, chantre de la cathédrale de Lyon (futur évêque de Genève). L'article premier stipule que les deux comtes s'engagent à respecter l'ensemble des clauses du traité d'Annemasse de 1287. Le comte de Genève doit jurer fidélité au comte de Savoie et s'engage à ne pas s'allier avec les habitants de Genève. Il engage également le lien de fidélité d'une vingtaine de ses vassaux qui seront déliés s'il renonce à ces engagements. Enfin, Amédée récupère le château de Genève.
Ce traité marque la fin de la deuxième guerre. Le mois suivant, Amédée doit jurer fidélité pour ses possessions dans le comté de Savoie auprès du fils du comte , Édouard.Traité de paix du (REG 0/0/1/1387)..
En 1297, la paix entre les deux comtes est renforcée par un nouvel accord.. La vingtaine de vassaux du comte de Genève, qui avaient apporté leur garantie à leur seigneur lors de l'accord d’Aix, renouvellent leur soutien au mois de juillet. Les deux comtes signent au château comtal de la maison de Savoie, à Saint-Georges-d'Espéranche le , le contrat de mariage liant leurs deux enfants, Guillaume de Genève avec Agnès de Savoie (Béatrice de Savoie étant décédée entre-temps). Par ce contrat, le comte de Savoie s'engage à donner « 10 000 livres tournois de dot et le château de La Corbière, à charge d'hommage et sous condition que le comte de Genève empêchât toute attaque ». De son côté le comte Amédée donne « 4 000 livres et le pont devant le château à son fils, avec les châteaux de Rumilly en Abanais, Hauteville, Alby, Charousse comme garantie » ainsi que d'autres gages.
Troisième guerre À la suite des derniers accords, le comte Amédée évite toute nouvelle coalition.. Toutefois en 1300, il ne peut s'empêcher d'apporter son soutien à la noblesse vaudoise qui se soulève contre le comte de Savoie. Pierre Duparc indique qu'il s'agit peut-être, pour lui, de regagner une certaine influence dans la région. Toutefois, lors du règlement du conflit, le comte n'est pas mentionné, l'historien suisse pense par conséquent qu'il n'a pas dû véritablement prendre part au conflit.
Amédée entreprend la construction d'un château à Gaillard, à une lieue de Genève, en Document de juillet 1304 (REG 0/0/1/1529).. Les frères Aymon et Mermet de Villette sont invités à habiter la « villeneuve » (bourg) du château de Gaillard pour défendre le site..