L’hiver du Mécontentement (winter of discontent) désigne la période hivernale de 1978-1979 au Royaume-Uni, pendant laquelle le pays a connu de grandes grèves et un important désordre. Le gouvernement travailliste de James Callaghan a dû y faire face péniblement alors même que sa ligne politique était de représenter les syndicats devant le parlement.

La grève résulta de la tentative travailliste de mettre en place un plafond de 5 % à l'augmentation des salaires pour lutter contre la forte inflation. Cette règle fut d'abord appliquée dans l'industrie privée puis dans le secteur public. Les grèves causèrent de nombreux problèmes tels que la pénurie de nourriture, des coupures d'électricité larges et fréquentesOn This Day: 1979: Early election as Callaghan defeated, bbc.co.uk, accessed .

Bien que les grèves fussent en grande partie finies en , l'incapacité du gouvernement à contenir les grèves aida le Parti conservateur de Margaret Thatcher à remporter les élections générales de 1979 et mettre en place une législation pour affaiblir les syndicats.

Les grèves des employés du secteur public comprirent une grève non officielle des fossoyeurs, travaillant à Liverpool et celle des éboueurs. De plus, des employés du NHS, service public de la santé, formaient des piquets de grève devant les hôpitaux.

L'expression « hiver du mécontentement » provient de la pièce Richard III de William Shakespeare et fut popularisée par un éditorial du journal The Sun.

Traduction La formule originale de la pièce Richard III de Shakespeare est "the winter of our discontent". Elle a été traduite diversement, par exemple par "l'hiver de nos disgrâces" par François Guizot, puis par "l'hiver de notre déplaisir" par François-Victor Hugo. Le Larousse contemporain traduit "discontent" par "mécontentement".

Contexte Les gouvernements travaillistes de Harold Wilson et James Callaghan combattaient depuis de nombreuses années l'inflation, qui avait atteint un sommet à 26,9 % par an en août 1975, mais voulaient éviter une forte hausse du chômage. En cherchant à diminuer l'inflation, le gouvernement s'était accordé sur un « contrat social » avec le Trades Union Congress (TUC), qui fédère les syndicats britanniques, le contrat social prévoyait une politique des revenus volontaire selon laquelle les hausses de salaire des travailleurs étaient limitées à des plafonds fixés par le gouvernement. De précédents gouvernements avaient institué de telles politiques de revenus par la législation mais le gouvernement promettait qu'avec le contrat social ce ne serait plus le cas.

Phases I et II La phase I de la politique de paiements est annoncée le par un livre blanc intitulé « L'attaque contre l'inflation » (The Attack on Inflation). Il propose un plafond des hausses de salaire à £6 par semaine pour tous ceux qui gagnent moins de £ par an. Le conseil général du TUC avait accepté ces propositions par 19 votes à 13. Le le TUC accepte une nouvelle doctrine d'augmentations de salaire pour les négociations pendant un an à partir du qui place les objectifs d'augmentation entre £2,50 et £4 par semaine ; le congrès annuel du cette année rejette une motion appelant à revenir à la libre négociation collective (ce qui aurait mis fin aux politiques de salaires) une fois que l'accord aurait expiré le . Cette proposition devint la phase II de la politique de paiements.

Phase III Le le Chancelier de l'Échiquier Denis Healey annonce la phase III de la politique des revenus selon laquelle il devrait y avoir un retour progressif vers la libre négociation collective. Après des négociations prolongées, le TUC accepta de continuer avec les augmentations recommandées pour cette année sous la phase II et ne pas essayer de rouvrir des accords conclus sous l'ancienne politique, pendant que le gouvernement promettait de ne pas intervenir dans les négociations sur les salaires. Le Parti conservateur critiqua l'absence de politique plus forte. Le taux d'inflation tomba continuellement pendant 1977, et en 1978 le taux annuel passa sous les 10 %.

La limite des 5 % Bien qu'ayant annoncé la fin des politiques de revenu, le Denis Healey introduit un nouveau livre blanc qui fixe une recommandation d'augmentation de salaires à 5 % pour l'année à partir du . Le conseil du TUC vota le à une large majorité contre cette limite et insista pour revenir à la libre négociation collective. De façon inattendue, le , le premier ministre James Callaghan annonça qu'il n'appellerait pas d'élections générales cet automne, mais qu'il chercherait à restreindre les salaires pendant l'hiver de sorte que l'économie serait dans un meilleur état en préparation de l'élection de printemps. Le plafond de paie fut officiellement nommé 'Phase IV' même si on parlait plus de « the 5% limit » (« la limite des 5 % »). Bien que le gouvernement ne fit pas de cette limite à 5 % un impératif légal, il décida d'imposer des sanctions contre ses partenaires contractuels qui passaient outre celle-ci.

Les négociations chez Ford Bien qu'il ne s'agissait pas d'une ligne officielle, la hausse des salaires fixée par Ford Motors servit dans l'industrie privée d'étalon pour les négociations. Ford avait bénéficié d'une bonne année et pouvait offrir de larges augmentations, mais était un partenaire contractuel du gouvernement important. La direction de Ford fit alors une offre dans la limite de la recommandation de 5 % ; ouvriers de Ford, principalement de la Transport and General Worker's Union commencèrent une grève non officielle à partir du , et le TGWU la rendit officielle le (le nombre de participants monta à ). Pendant la grève, les employés de Vauxhall Motors acceptèrent une hausse de 8,5 %. Après de longues négociations pendant lesquelles sont évaluées les chances de subir des sanctions gouvernementales contre celles de subir les pertes dues à la grève, Ford révise finalement son offre qu'elle monte à 17 %, acceptant le risque de sanctions; les ouvriers de Ford acceptent l'augmentation le .

Difficultés politiques Alors que la grève de Ford commençait, la conférence du Parti travailliste se réunissait à Blackpool. Terry Duffy, Président de Amalgamated Union of Engineering Workers (présent comme délégué de Liverpool Wavertree Constituency Labour Party) fit discuter une motion le qui demande au gouvernement de cesser immédiatement d'intervenir dans les négociations salariales. Bien que Duffy soit connu pour être un dirigeant syndicaliste relativement à droite, il était furieusement opposé à la doctrine des 5 %, qualifiant celle-ci de « suicide politique », « malade » et « ridicule ». Malgré la prière de Michael Foot de ne pas porter la motion aux voix, la résolution est votée par voix contre . Le jour suivant, le premier ministre reconnait la défaite en disant « je pense qu'il y a eu une leçon de démocratie hier » (« I think it was a lesson in democracy yesterday »), mais il insista sur le fait qu'il continuerait à combattre l'inflation.

Pendant ce temps, la position du gouvernement dans la Chambre des communes se dégradait. Il avait perdu sa majorité en 1976 et avait été forcé de conclure un pacte d'alliance avec le Parti Libéral en 1977 pour continuer à remporter les votes, mais ce pacte s'était écroulé en . La promesse d'accorder des sièges parlementaires supplémentaires à l'Irlande du Nord permit un support temporaire du Parti unioniste d'Ulster, mais les Unionistes dirent clairement qu'ils arrêteraient leur soutien aussitôt que le Bill accordant les sièges supplémentaires serait voté. L'abstention de ce parti permit au gouvernement de remporter une motion de censure par 312 voix contre 300 le .

Davantage de négociations au TUC À la mi-novembre il était clair que Ford allait offrir une augmentation substantielle au-dessus des 5 % et le gouvernement entama des négociations intenses avec le TUC, espérant obtenir un accord sur sa politique des salaires qui préviendrait les disputes et montrerait une unité politique à l'approche des élections générales. Une formule faible et limitée fut finalement forgée et portée au TUC le , mais le conseil général vota à 14-14 sur l'adoption ce qui permit au président, doté de la voix décisive, de la rejeter.

Après l'accord chez Ford mis en place, le gouvernement ne perdit pas de temps et le annonça des sanctions contre Ford et , pour rupture de la politique des salaires. L'annonce de réelles sanctions produisit une protestation immédiate de la part de la Confederation of British Industry qui annonça qu'elle contesterait leur légalité. Les Conservateurs déposèrent une motion à la Chambre des communes pour révoquer les sanctions. Une protestation coordonnée entre membres de l'aile gauche de parlementaires du Parti travailliste à propos des dépenses de défense force à repousser le débat du , ayant lieu malgré tout le , un amendement contre les sanctions est voté par 285 voix contre 279. Amendée elle est revotée par 285 voix contre 283. James Callaghan remporte le lendemain une motion de censure par 10 voix d'écart (300 à 290), mais reconnait qu'il ne peut appliquer de sanctions. De fait le gouvernement est privé du pouvoir d'appliquer la limite des à l'industrie privée.

Les camionneurs Le gouvernement se trouvant sans moyen effectif pour mettre en œuvre la politique des salaires, les syndicats qui n'avaient pas encore émis de revendications salariales commencèrent à augmenter leurs objectifs. Les premiers à recourir à des actions extrêmes sont les camionneurs (lorry drivers), membres du TGWU. De nombreux camionneurs transportaient du carburant, et les conducteurs travaillant pour BP et Esso commencèrent à rejeter toute heure supplémentaire en revendiquant des augmentations jusqu'à 40 % le . Les fournitures de carburant étant altérées, le Cabinet Office prépare l'Operation Drumstick, par laquelle l'Armée se prépare à effectuer l'approvisionnement. Cependant, l'opération nécessite la déclaration de l'État d'urgence de façon à permettre la saisie des biens des compagnies pétrolières, et le gouvernement recule. Avant que la situation ne dégénère en crise, les compagnies pétrolières accordent des hausses de 15 %.

À partir du , une grève non officielle de tous les camionneurs du TGWU commence. Les livraisons de pétrole étant suspendues, les stations-service ferment dans tout le pays. Des piquets de grève se forment devant les principaux ports. Les grèves sont rendues officielles le par le TGWU et le par United Road Transport Union. Avec 80 % des biens nationaux transportés par la route, des approvisionnements essentiels sont mis en danger, des conducteurs grévistes formant des piquets contre les entreprises qui poursuivent le travail. Alors que les conducteurs de tankers pétroliers poursuivaient le travail, les principales raffineries étaient aussi visées et les conducteurs de tankers faisaient savoir aux grévistes leurs destinations, permettant des piquets de grève volants. Plus de de travailleurs sont mis à pied temporairement.

Un nouveau plan est conçu pour protéger les approvisionnements essentiels au moyen de l'Armée et l'invocation de l'état d'urgence. Le gouvernement prévient les dirigeants du TGWU, qui acceptent le une liste d'approvisionnements d'urgence officiellement écartés des actions de grève. En pratique, ce qui était considéré comme urgent était laissé à la discrétion des officiels locaux du TGWU, et les pratiques variaient selon les délégués syndicaux locaux et les « comités de dispense » (Dispensation committees) qu'ils mettaient en place pour décider. Quand les grévistes de Kingston-upon-Hull ne permirent pas la fourniture correcte de nourriture pour les animaux des fermes locales, les fermiers jetèrent les cadavres des pourceaux et poulets morts devant les bureaux des syndicats ; les syndicats affirmèrent que les fermiers avaient tué eux-mêmes ces animaux.