thumb|220px|right|Château d'Otrante thumb|220px|right|Martyrs d'Otrante Le sac d'Otrante désigne l'ensemble des combats, terrestres et maritimes, qui se sont déroulés dans et aux alentours de la ville d'Otrante, en 1480, lorsqu'une armée envoyée par le sultan turc Mehmed II s'empara de la ville.

Après la prise de la ville par les troupes du sultan, le , huit cents Otrantins, qui avaient refusé de renier la foi chrétienne, sont décapités au col de la Minerve. On commémore leur souvenir comme celui des saints martyrs d'Otrante. Leurs reliques sont conservées dans la cathédrale de la ville.

En 1481, le duc de Calabre Alphonse reprend la ville pour le compte de son père Ferdinand de Naples.

L'abbaye Saint-Nicolas de Casole qui abritait l'une des plus riches bibliothèques d'Europe, est détruite au cours de ces événements.

Contexte politique Empire ottoman Le , le sultan Osmanli Mehmed II s'est emparé de Constantinople après de longs combats. L'artillerie dont il a doté son armée a notamment contribué à son succès : quatorze batteries, composées chacune de quatre canons ont été utilisées pour tenter d'avoir raison des remparts de la ville. La pièce maîtresse de cette artillerie est le canon fondu par l'ingénieur Orban qui est long de huit mètres et qui peut lancer des boulets de six cents kilos. Soixante bœufs et deux-cents hommes sont nécessaires pour assurer son transport jusqu'aux lieux du siège.

Mais la possession de la ville ne présente d'intérêt que si celle-ci retrouve la puissance économique qui en a créé la légende. Ainsi Mehmed II accepte la soumission des nobles et des marchands génois de Galata qu'il autorise à rester sur place en conservant l'usage de leurs biens, mais s'emploie à détruire leurs « comptoirs » qui, lorsqu'ils ne servent pas d'appui aux corsaires et aux pirates, détournent une partie du commerce de Constantinople.

Après la prise de Constantinople, Mehmed II modernise son État, en publiant une collection des décrets (« ») qu'il a publiés ou qu'il a hérités de ses prédécesseurs en deux décrets organiques « » dont le premier concerne la classe militaire, à laquelle appartiennent les catégories de personnes qui travaillent au service de l’État et qui en reçoivent un salaire, et dont le second s'adresse à la classe civile, conçue comme l'ensemble des personnes qui n’appartiennent pas à la classe militaire et qui acquittent l’impôt, qui structurent le pouvoir et l'État ottoman. Ce second décret organique traite abondamment des questions fiscales. Le décret démontre aussi la volonté de modernisation de l'État ottoman qui tente d'éliminer les cadres féodaux et encourage la collecte des taxes sous forme de numéraire.

Le premier recensement de la population de Constantinople, ordonné par Mehmed II en 1477, estime la population de la ville, en y incluant Galata à pour la classe civile soit au moins le double de ce qu'elle était à la fin de l'Empire byzantin : 56 % des foyers recensés sont turcs et musulmans, 25 % sont grecs et orthodoxes, 19 % sont juifs.

Lorsqu'ils entreprennent et réussissent la conquête d'une ville ou d'un territoire, le souverain ottoman et ses commandants militaires appliquent deux principes : ils font aux dirigeants trois propositions de soumission que leur interprétation de la charî'a exige. Si ceux-ci se soumettent, et s'ils sont des « gens du Livre » (juifs ou chrétiens), s'ils acceptent de verser la « capitation », ils conservent leur vie, leur liberté et leurs biens. Si les dirigeants refusent et obligent les Ottomans à prendre la ville par force, la ville et le territoire sont livrés au pillage des troupes pendant trois jours. Les habitants et leurs biens meubles sont un butin qui appartient aux soldats — encore que le sultan s'en réserve un cinquième — les immeubles et les biens fonciers sont un butin qui revient au sultan. ils réorganisent le territoire en déportant une partie des habitants et en les remplaçant éventuellement par d'autres. Ces déportations concernent généralement une famille sur dix et servent des objectifs politiques, économiques et sociaux variés. Les personnes déplacées bénéficient, sur les lieux où elles sont réinstallées, d'une exemption fiscale triennale, mais elles sont assignées à résidence.

Comparée aux flottes vénitienne, génoise et catalane, la marine ottomane est médiocre : composée de navires peu maniables servis par des équipages inexpérimentés, elle sert surtout au transport des troupes et à assurer la logistique nécessaire à celles-ci.

République de Venise

Venise est le seul État qui lutte de manière constante contre les corsaires et les pirates en s'appuyant sur le contrôle des armements privés et sur un dispositif de répression basé en Crète. La république ne tolère pas la constitution de « seigneuries corsaires », même temporaires, dans les îles placées sous sa souveraineté. Les escadres vénitiennes n'hésitent pas à attaquer pirates et corsaires ou ceux qui sont réputés tels, quitte à faire des excès de zèle que Génois et Catalans leur reprochent.

Royaume d'Aragon Le royaume d'Aragon qui possède les comtés de Barcelone, de Roussillon et de Cerdagne, les royaumes de Valence, de Majorque, de , de Sardaigne et de Corse, est l'une des principales puissances maritimes européennes.

Alexandrie, qui est la principale place de commerce du sultanat mamelouk, revêt une importance critique pour le commerce catalan, notamment dans le domaine des produits de luxe comme les épices et les pierres précieuses.

Les rois d'Aragon utilisent la course et tolèrent la piraterie afin de servir leurs intérêts politiques et notamment dans le cadre de leurs affrontements avec la république de Gênes pour la possession du royaume de Sardaigne et de Corse. La prise de contrôle de la Sardaigne puis la conquête du royaume angevin de Sicile (royaume de Sicile péninsulaire ou royaume de Naples) par Alphonse le Magnanime marque une rupture dans la politique « catalane » et tend à déplacer ce qu'il reste de l'activité des corsaires et des pirates depuis la mer Tyrrhénienne vers le bassin oriental de la mer Méditerranée.

Gênes n'en reste pas moins l'un des principaux ennemis d'Alphonse le Magnanime. Lorsqu'il meurt en 1458, sa flotte bloque le port de Gênes et ses troupes l'assiègent par mer. Le roi utilise la rumeur qui veut que Génois et Turcs se seraient accoquinés pour faire chuter Constantinople, n'hésitant pas à affirmer que combattre Gênes consiste aussi à affronter les Turcs.

Les corsaires et les pirates catalans étaient nombreux à Chypre, en partie parce que la république de Gênes s'était emparée de la ville de Famagouste, en partie parce que l'île constituait une base idéale pour attaquer les possessions des sultans Mamelouks, en partie à cause de l'instabilité politique du royaume de Chypre sous les derniers rois de la maison de Lusignan.

Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Rhodes L'île de Rhodes, depuis sa conquête par Foulques de Villaret, entre 1305 et 1310, constitue la principale possession des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Les possessions de l'ordre qui comprennent Cos et Kastellórizo, des îles d'Alimniá, Chálki, Symi, Tilos, Nissiros, Kalymnos et Leros constituent un État indépendant, libre de fait même de la suzeraineté de l'Empire byzantin.

Cet État joue un triple rôle symbolique, militaire et économique.

Du point de vue symbolique, il assure le prestige de l'ordre en Occident car il est supposé servir de base pour une reconquête de la Terre sainte, et en attendant de permettre des expéditions contre les infidèles. il sert aussi d'appui pour les initiatives papales dans ces domaines. Rhodes est aussi, au , l'une des étapes du voyage des pèlerins qui se rendent ou qui reviennent de Terre sainte.

Du point de vue militaire, l'ordre constitue une force d'une haute valeur dont les effectifs sont réduits : en 1466, 300 chevaliers et 30 sergents d'armes constituent l'effectif des Hospitaliers à Rhodes. Leur flotte comprenait, selon les époques cinq à dix galères, un certain nombre de bâtiments de moindre importance, et la « Grosse Nef », un bateau rond de gros tonnage qui joue un rôle capital dans l’approvisionnement et le transport des troupes. Même s'il la complétaient par des mercenaires, cette force permet à l'ordre de défendre ses propres îles, d'opposer une résistance limitée aux desseins des Ottomans et des mamelouks, et d'épauler les initiatives latines de croisade.

Occupation turco-ottomane d'Otrante Mehmed II, une trentaine d'années après la prise de Constantinople, grâce aux richesses que lui avait apportées cette ville, disposait d'une flotte et d'une armée qui pouvaient lui permettre de menacer l'Europe. Son artillerie était des plus efficaces et ne craignait aucune comparaison.

Il avait maintes fois essayé de se libérer des chevaliers de Rhodes, la dernière île ennemie qui, entourée par ses possessions, continuait à lui résister.

Le sultan, à la recherche d'autres conflits, avait mis Rhodes parmi ses priorités. Courant mai 1480, la flotte turque fit une nouvelle fois route vers Rhodes, et Ferdinand de Naples envoya deux gros navires au secours des chevaliers. En réalité c'était une action de diversion de la part du sultan. En effet celui-ci, contre toute attente et simultanément, fit prendre la mer à une seconde flotte qu'il avait préparée à Valona en Albanie. Le sultan voulait attaquer le royaume de Naples et non Rhodes. Il avait choisi comme objectif Brindisi, prétextant de soi-disant droits turcs sur l'hérédité des princes de Tarente. Mehmed II, dans un premier temps, (indépendamment de son rêve de prendre Rome), voulait punir Ferdinand d'Aragon d'avoir aidé les chevaliers de Rhodes et les insurgés albanais.

Gedik Ahmed Pacha était le commandant de la flotte turque. Il était célèbre en tant que Giacometto, félon grec ou peut-être albanais, qui fut parmi les premiers à apprendre aux Turcs l'art de la navigation. Gedik Ahmed Pacha venait d'être désigné sançak bey, gouverneur du sandjak (c'est-à-dire d'une partie de la province) de Valona. Sa flotte était très importante. Les sources historiques parlent de 70 à 200 navires capables de transporter entre . Ces chiffres sont difficiles à établir selon la définition que l'on fait du navire. En effet, les flottes, en plus des navires de guerre, comprenaient une série d'embarcations de plus faible importance, qui allaient des navires de transport aux petites barques de soutien. La flotte devait en définitive compter 90 galères, 40 galiotes et 20 navires, pour un total d'environ 150 embarcations. Le chiffre de est donc plus réaliste.

L'armée turque se concentra à Valona afin d'y embarquer les troupes. Elle traversa de nuit le canal d'Otrante. Le , elle fut poussée par une puissante tramontane devant Otrante, port facile à conquérir et plus proche de la côte albanaise. Otrante était une ville riche et florissante mais ses fortifications étaient inadaptées à la défense face aux artilleries turques. Ce sont pourtant ces fortifications qui auraient pu protéger la cité, qui ne comptait alors que , des .

La crise italienne favorisait les Turcs. Les États italiens divisés étaient incapables d'opposer une quelconque force politico-militaire.

En 1479, la paix qui avait mis fin à la longue guerre turco-vénitienne, avait de fait provoqué la neutralité de Venise. La Sérénissime était de toute façon hostile à Ferdinand de Naples auquel elle voulait prendre les villes des Pouilles. De ce fait Venise n'empêcha pas le passage d'une aussi grande flotte. Les Turcs savaient aussi que les armées aragonaises et papales étaient en guerre depuis 1478 contre Florence. Cet environnement favorable permettait aux Turcs d'envisager la création d'une tête de pont dans le Salente, qui serait une épine dans le flanc des puissances chrétiennes.