Le comte Pierre Baruzy, né le à Amiens et décédé le à , est un industriel, boxeur et entraîneur de boxe française, militant associatif et politique français.

Biographie Jeunesse Descendant d'une noble famille vénitienne, le comte Pierre Baruzy est le fils d'un officierDossier de la Légion d'honneur du Colonel Louis-Marie Charles Baruzy dans la base Léonore.

Au cours de la Première Guerre mondiale, il sert successivement dans la cavalerie et dans l'aviation. Il est blessé à trois reprises, la dernière assez gravement, l'obligeant à plusieurs mois de rééducation. Il reçoit la Médaille militaire et la croix de guerre.

Il devient ingénieur après des études à Paris, à la Sorbonne et aux États-Unis, à l’Institut polytechnique de Worcester.

L'Industriel, militant de la productivité et du management Il est entré en 1920 à la compagnie des meules Norton, filiale française du groupe américain Norton Abrasives, établi à Worcester (Massachusetts)Charles W. Cheape, Family firm to modern multinational : Norton Company, a New England entreprise, Harvard university press, 1985 (l’auteur signale que Baruzy était le neveu d’un vendeur de Norton en France avant la « Grande Guerre », Georges Bouillon, et qu’il profita du soutien du président de la filiale allemande, Schutte, durant l’Occupation).. Il est directeur commercial de 1922 à 1930, directeur général, puis président de 1938 à 1962. Il est ensuite P-DG de la société Electro-Vorwerk de 1962 à 1967. La société Electro-Vorwerk, établie en France en 1961 et spécialisée dans l’électroménager, est une filiale d’un groupe allemand familial fondé en 1883. Il est également président du conseil de direction de la société Timken-France de 1962 à 1972, une filiale du groupe américain Timken Roller Bearing company. Il est aussi administrateur de la banque de l’Union occidentale de 1960 à 1975Philippe Nivet, Les assemblées parisiennes de la déclaration de guerre à la Libération de Paris, 1939-1944, Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et d’Ile-de-France, 1996, pp. 87-88 Who’s who, 1977 et 1980 "La fête des familles à la compagnie des meules Norton", La Machine moderne, janvier 1941, Annuaire industriel, 1935. Concernant Timken, cf. Betty H. Pruitt, Timken. Fron Missouri to Mars – a century of leadership in manufacturing, the Timken company, 1998..

Baruzy milite à partir de 1945 au moins au Comité national de l'organisation française (CNOF), qui s'intéresse à l'organisation du travail dans les entreprises, et notamment à la productivité. Il le préside de CNOF, février 1953, CNOF, novembre-décembre 1952 à 1957, après avoir été membre de son conseil d'administration puis son vice-président de 1949CNOF, janvier 1946, CNOF, janvier 1950 : organigramme à 1951. Il est ensuite président du CIOS (comité international d’organisation scientifique) en 1957, président du conseil européen du CIOS (CECIOS)Mathias Kipping et Jean-Pierre Nioche, « Politique et productivité et formations à la gestion en France (1945-1960) : un essai non transformé », Entreprises et histoire, juin 1997, n° 14-15, pp. 65-87 ; Chnica, juin-juillet 1945, p. 19 ; Régis Boulat, « Jean Fourastié : un expert en productivité. La modernisation de la France (années trente – années cinquante) », Presses univ. de Franche-Comté, 2008, Olivier Dard, Hans-Jürgen Lusebrink, Américanisations et anti-américanismes comparés, Presses universitaires du Septentrion, 2008 ; L’Indépendant du Sud-ouest, n° 80, février 1957 (article de Baruzy présentant le CIOS, qui groupe 27 nations et tient un congrès tous les 3 ans), Compte-rendu des travaux, congrès du CNOF Paris 24-28 juin 1957. Le CNOF, indique Régis Boulat, comptait membres représentant entreprises en 1947. Il publie un bulletin, organise des commissions d’études mensuelles, des séances plénières mensuelles, et, à partir de 1947, chaque année, au Centre culturel de Royaumont, une conférence internationale des problèmes sociaux de l’organisation du travail. Elle rassemble des universitaires, des industriels, majoritaires, et des représentants de syndicats patronaux et ouvriers. Les convictions de Baruzy apparaissent dans cette lettre adressée en 1953 à un Américain, le président du Council for international progress in management, au sujet de la nomination à la tête du Commissariat à la productivité de Gabriel Ardant, un proche de Pierre Mendès-France, décrit comme un « gauchiste désireux de favoriser le secteur nationalisé » : « [Ardant] constitue l’avant-garde d’un gouvernement gauchiste en préparation pour le début de l’année prochaine. Il a déclaré qu’il n’était pas intéressé par un groupe privé et indépendant comme le CNOF et a un plan socialiste qui consiste à organiser l’industrie sur de vieilles bases socialistes afin d’en garder le contrôle, ce qui est le but final du système » : Régis Boulat, Jean Fourastié : un expert en productivité. La modernisation de la France (années trente – années cinquante), op. cit., p. 374. Régis Boulat souligne qu’il s’agit aussi d’éviter que l’argent américain échappe au CNOF, d’où cette dénonciation d’un rival avec des arguments propres à effrayer les Américains.. Dans les années 1960, il préside l’Association française des conseillers de direction (AFCOD) et participe, en tant que tel, aux travaux de la commission de productivité du . Il est aussi chancelier de l'International Academy of Management de 1963 à 1968C'est une section du CIOS : Site de l'international Academy of management..

Il a publié plusieurs articles, brochures et livres consacrés au management. Son fils, Jacques-Georges Baruzy, sera délégué général du CNOF dans les années 1960.

Champion de boxe française Il entre à 13 ans à l’académie de boxe française où il est l'élève de Charles Charlemont. Il est titré onze fois champion de France poids moyensLe comte Baruzy, un siècle de boxe française, article de L'Humanité du 20 décembre 1993. En 1924, la boxe française est incluse pour la première fois aux Jeux olympiques d'été de 1924 à Paris. En une journée Baruzy bat le matin le mi-lourd Demerle et l'après-midi le champion de Belgique Bar. En 1930, il succède au docteur Pugniez à la présidence de l'Académie de boxe française. En 1937 se déroule le dernier championnat de France (jusqu'à sa renaissance en 1966) durant lequel Baruzy obtient le titre de champion toutes catégories en battant même les tireurs mi-lourds et lourds. Entre 1922 et 1935, il obtint 11 titres de champion"Comte Pierre de Baruzy et la boxe française" film sur Daily Motion (en français), du 2 novembre 2011.

Il tente de donner un nouvel élan à ce sport après la Seconde Guerre mondialeID magazine, numéro 10, p.27, La savate, un sport dans l'histoire par Régent Bolduc, en présidant la Fédération nationale de boxe française« La boxe française est en train de reprendre un nouvel essor », La Presse, 25 janvier 1955 (photographie)., en continuant à le pratiquer chaque jour, à plus de 60 ans« Ce comte de 65 ans est le roi de la savate »Paris-presse, L'Intransigeant, 9 mars 1963. Le , il est président fondateur du Comité national de boxe française dont Lucien Alliot assure la présidence par la suite et qui sera remplacé en 1975 par la Fédération française de boxe française savate (FFBFS et DA).

Auteur d'un ouvrage de référence sur la boxe française, Pierre Baruzy estimait que « cette discipline offre une excellente méthode de lutte et d'éducation physique, aidant la personne qui la pratique à être en contrôle de sa santé, autant au niveau du corps que de la tête, et lui apporte une meilleure confiance en lui pour affronter les difficultés de la vie »Le Matin, 29 novembre 1940.P. Baruzy, "Un sport qu'il ne faut pas oublier", Tous les sports, 4 octobre 1941..

Engagement politique : des Jeunesses Patriotes au CEPEC thumb|Tombe au cimetière de Passy.

Baruzy est un militant du corporatisme au sein des Jeunesses patriotes. « JP de la première heure », il adhère aux Jeunesses patriotes en 1926 et intègre leur commission ouvrière en 1933. Devenu son président en 1934, il la rebaptise en 1935 Union corporative des travailleurs et producteurs de France (UCTPF)Jean Philippet, Le temps des ligues. Pierre Taittinger et les jeunesses patriotes (1919-1944), Institut d'études politiques de Paris, thèse de doctorat d’histoire, 2000.L'Ami du peuple, 2 juin 1934, Ibid., avril 1936, Ibid., 3 janvier 1936 (Appel signé Baruzy). Son association se montre hostile à la CGT. Il donne des conférences pour présenter le projet corporatiste de Charte sociale du travail, « pour en finir une fois pour toutes avec la lutte de classes » ; il recommande alors aux chefs d’entreprise de faire appel « aux travailleurs loyaux et français qui se groupent autour des JP » et de chasser « impitoyablement ceux qui se dressent devant vous en ennemi et qui rêvent d’anéantir la fortune de la France ». Il exalte dans les années 1930 « l’ordre, la hiérarchie, la discipline » face aux « chimères » de « l’Anti-France »L'Alerte (organe mensuel des JP de Lyon), mars 1935, P. Baruzy, « Aux chefs d’entreprise », L'Ouest-Eclair, 15 octobre 1937, Le Matin, 4 mai 1937, Ibid., 28 février 1937, Le Journal, 7 décembre 1936, Le Populaire, 17 octobre 1937 (Lettre de Baruzy), L'Action française, 18 janvier 1938, L'Usine, 19 mai 1938, La Journée industrielle, 17 janvier 1939, La Journée industrielle, 12 mars 1939, L'Usine, 25 avril 1940, L'Usine, 20 mai 1937. Sur la collaboration entre patron et salariés dans son entreprise en 1939 : L'Usine, 6 juillet 1939 . Il entre en relation avec d'autres militants corporatistes de droite : il prend part ainsi au congrès des Métiers français en 1937, aux côtés de patrons catholiques comme Jacques Warnier, de militants comme André Voisin, d'intellectuels catholiques comme Jean de FabrèguesCourrier royal, 3 juillet 1937, Cf. Olivier Dard, op. cit., .

Sous l'Occupation, Baruzy est désigné en membre du comité provisoire du Rassemblement pour la Révolution nationale imaginé par Henry du Moulin de Labarthète, directeur du cabinet civil de Pétain. Fondé en réaction aux ambitions de Marcel Déat, ce Rassemblement est aussi un organisme concurrent de la Légion française des combattants. Son comité devait réfléchir à la mise en place d’un mouvement de masse visant à « assurer au nouveau régime ses assises et briser l’activité renaissante de certaines organisations [le PCF]», mais il n’eut qu’une existence éphémèreLe Temps, 31 janvier 1941, Sur le comité de rassemblement, cf. Jean-Paul Cointet, La Légion française des combattants, Albin Michel, 1995, p. 104-111. et Jérôme Cotillon, « Un homme d'influence à Vichy : Henry du Moulin de Labarthète », Revue historique, 2002/2, n° 622. Cette même année, Baruzy approuve la Charte du travail du 4 octobre 1941 voulue par le régime de VichyLe Journal, 13 décembre 1941 (conférence de Baruzy à Lyon). Il est également nommé en conseiller municipal de Paris (du ) par le ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu et devient secrétaire du conseil municipal en Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 22 décembre 1941Philippe Nivet, Les assemblées parisiennes de la déclaration de guerre à la Libération de Paris, 1939-1944, Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et d’Ile-de-France, 1996, .