La théorie du complot maçonnique est une théorie du complot qui attribue à la franc-maçonnerie des intentions et des actions secrètes, principalement antichrétiennes ou visant à l'établissement de projets politiques, tel celui d'un nouvel ordre mondial.

Cette théorie est principalement diffusée dans les milieux d'extrême droite, intégristes, réactionnaires, monarchistes ou dictatoriaux.

Analyses et critiques Selon le chercheur Jean-Philippe Schreiber de l'université libre de Bruxelles, l'expression « synagogue de Satan », appliquée en 1873 à la franc-maçonnerie dans l'encyclique Etsi Multa de Pie IX, puis popularisée et fixée dans l'imaginaire catholique par Léon Meurin dans son ouvrage La Franc-maçonnerie, Synagogue de Satan [expression tirée de la Bible -Revelation 2:9] en 1893, résume les fantasmes sociaux d'un christianisme refoulé et désemparé devant le dilemme de l'acceptation du monde moderne. Selon cet auteur, pendant tout le , toute atteinte à l'ordre moral inspiré par l'église catholique, toute tentative de modernisation de la société, sont systématiquement perçues par l'opinion réactionnaire comme provenant d'un complot occulte qu'il s'agit de diaboliser. Selon Alain de Benoist, la maçonnerie s'attribuant elle-même des origines mythiques depuis la construction du temple de Salomon aurait ainsi favorisé l'idée que la conspiration maçonnique est un moteur de l'histoireAlain de Benoist, Psychologie du conspirationnisme, . Il est invoqué l'interdit fait aux maçons dans les Constitutions d'Anderson de se mêler de politique pour nier un rôle conspirationniste à la maçonnerie. Une interprétation littérale serait pourtant naïve, car si elle ne participe pas en tant qu'institution à un événement politique, elle peut y contribuer grâce à l'action individuelle de ses membres et grâce aux principes qu'elle affirme dans ses logesEncyclopédie de la franc-maçonnerie, Le livre de poche, article "Révolution américaine", .

Thèse du complot maçonnique anti-chrétien D'après l'auteur Claus Werner, ..

À la fin du , deux religieux catholiques français, George Dillon., Nicolas DeschampsNicolas Deschamps, Les sociétés secrètes et la société ou philosophie de l'histoire contemporaine ainsi qu'un jésuite américain, Leonard Feeney., affirmèrent l'existence de liens entre Napoléon Bonaparte et la franc-maçonnerie en vue d'abattre la civilisation chrétienne, semblant oublier le Régime concordataire français qui rétablit la religion catholique en France.

Les liens entre l'Empereur et la maçonnerie sont décrits, par exemple, par Alexandre Dumas dans un de ses romans. Henri Delassus, militant antimaçonnique, cite et dénonce un article du Journal de Genève de 1881 où un chef de majorité maçon à l'assemblée nationale française, mais restant anonyme, déclare au journaliste, en privé, vouloir briser le catholicisme romainLe , Journal de Genève publiait une conversation de son correspondant à Paris avec l’un des chefs de la majorité franc-maçonne qui dominait alors comme aujourd’hui la Chambre des Députés. Il disait : « Au fond de tout cela, il y a une inspiration dominante, un plan arrêté et méthodique, qui se déroule avec plus ou moins d’ordre, de retard, mais avec une logique invincible. Ce que nous faisons, c’est le siège en règle du catholicisme romain…nous voulons le faire capituler ou le briser. Nous savons où sont ses forces vives, et c’est là que nous voulons l’atteindre. » Cité par Henri Delassus dans La Conjuration antichrétienne).. L'abbé George Dillon dénoncera également des liens entre la Franc-maçonnerie et les carbonari., sur la base du livre de Jacques Crétineau-Joly, L'Église romaine et la Révolution qui dénonça, avec l'approbation du pape Pie IX en 1861, un (Alta Vendita) au sein des Carbonari.

Le degré maçonnique de chevalier Kadosh est le du rite écossais ancien et accepté et fut considéré comme anti-catholique (et non anti-chrétien) par l'édition de 1918 de la Catholic Encyclopedia qui considérait que le rite d'initiation à ce degré comportait une offense à la tiare papale. Julius Evola explique que le est d'inspiration templière et associe à l'élément initiatique un élément subversif anti-traditionnel qui en transforme, selon lui, le rite en contre-initiation. Evola prétend que lors du rite, la personne qui l'exécute doit frapper à coup de poignard la couronne et la tiare, les symboles du double pouvoir traditionnel de l'autorité royale et pontificale. Selon lui, ce geste exprimerait le sens des événements que la maçonnerie, en tant que force occulte de la subversion mondiale, aurait favorisé dans le monde moderne dont la Révolution française, la constitution de la démocratie américaine, les mouvements de 1848, la Première Guerre mondiale, la révolution turque et la révolution d'Espagne.

Abel Clarin de La Rive a signalé une relation entre la maçonnerie et le luciférisme dans un texte qu'il présente comme écrit par Albert Pike, Instructions to the 23 Supreme Councils of the World . À sa suite, de nombreux auteurs le dénonceront.The Masonic Fairy Tale Known As The Leo Taxil ConfessionFreemasonry: Midwife to an Occult Empire tout comme Jack ChickThe curse of Baphomet por Jack Chick. Abel Clarin de La Rive fut accusé par deux auteurs maçons de citer des sources en relation avec la créature de Léo Taxil et de son canular, Diana Vaughande Hoyos, Arturo et Morris, S. Brent, Is It True What They Say About Freemasonry?, chapitre Albert Pike and Lucifer, 1998, Masonic Information Center, Silver Spring, Maryland, édition (revised), , consulté le 24 juin 2008. Dans un de ses livres, Manly Palmer Hall fait un rapprochement entre Lucifer et la franc-maçonnerie Manly Palmer Hall, The Lost Key of Freemasonry, .

Louis Freeland Post dans son livre, Mass Deception: The Catholic Bishops Plot to Destroy the Mass, accuse la franc-maçonnerie d'infiltrations dans l’Église catholique et suppose son contrôle au plus haut niveau.. L'auteur de bandes dessinées, romancier et essayiste Pier Carpi indique dans son essai Les Prophéties de Jean XXIIIPier Carpi, Le profezie di papa Giovanni: la storia dell'umanita dal 1935 al 2033, Edizioni mediterranee 1976 Texte en ligne en français, qu'en 1935 Angelo Roncalli, le futur pape Jean XXIII, aurait été invité à intégrer une société initiatique de type maçonnique héritière des enseignements rosicruciens à laquelle auraient appartenu dans le passé Louis-Claude de Saint-Martin, le comte de Cagliostro, Joseph Balsamo et le comte de Saint-Germain. Il mentionne également ce qu'il estime être des preuves documentaires de l'initiation maçonnique d'Angelo Roncalli en Turquie. Jacques Duchaussoy écrit dans Mystère et Mission des Rose+Croix que ce que Pier Carpi a condensé dans son livre a dû provoquer en haut lieu des réactions terrifiées car dans la semaine qui suivit la parution en français du livre, celui-ci disparut de chez tous les libraires et l’éditeur répondit que le titre était "épuisé". Dans son livre, La Maçonnerie face au monde contemporain., le professeur maçon mexicain Alfonso Sierra Partida, explique comment il essaya de publier dans divers journaux de la ville de Mexico une copie d'un supposé acte d'initiation en maçonnerie dans une loge de Paris qui aurait établi que les profanes Angelo Roncalli (le pape Jean XXIII) et Giovanni Montini (le pape Paul VI) auraient "été élevés le même jour aux augustes mystères de la maçonnerie", ce qui lui fut refusé. Ces deux auteurs évoquent un lien entre leur supposée initiation en loge et la tenue du concile Vatican II dont des milieux catholiques traditionalistes affirment qu'elle est le début de la destruction de la base de l'ÉgliseJean XXIII et Vatican II sous les feux de la Pentecôte Luciférienne. Piers Compton dans The Broken Cross signale une infiltration de l'Église par les francs-maçons et les IlluminatiPiers Compton, The Broken Cross.

Le Marquis de la Franquerie dénonça des infiltrations de la franc-maçonnerie dans l'Église catholique, en particulier du cardinal Mariano Rampolla del Tindaro.. Il dénonça également le cardinal Pietro Gasparri en décriant sa politique qu'il jugeait proche des cercles maçonniques dans des articles de presse et à la hiérarchie catholiqueMarquis de la Franquerie, Lucifer et le pouvoir occulte, , 1984. . Franco Bellegrandi, camérier du pape Paul VI, signala dans un livre l'existence d'une discussion entre cardinaux pendant la période du concile d'élection du successeur de Pie XII où fut présentée une publication circonstanciée qui accusait d'illégitime l'élection de Jean XXIII car voulue par la franc-maçonnerie et indiquait son appartenance maçonnique depuis l'époque de sa nonciature en . Certaines revues catholiques traditionalistesRevue Medio Día en Punto, mars-avril 1978Sous la Bannière, , mars-avril 1989 ont signalé et cité un article du Journal de Genève de 1966 aussi parue dans le "Quotidien du congrès national brésilien" en 1971 qui citent une prière de tendance maçonnique que le pape Jean XXIII aurait faite du temps de son pontificat. Journal de Genève du et Quotidien du congrès national brésilien, du 4 mars 1971.

Il a été signalé un lien important entre la Grande Loge de l'Illinois et le mormonisme ainsi que le fait que cette obédience ait déployé un effort considérable dans la naissance et l'établissement de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Le fut fondée la Grande Loge de l'Illinois par le général, juge, maçon et patriarche mormon James Adams. La nouvelle Grande Loge s'efforça immédiatement d'entretenir des liens étroits avec la congrégation religieuse fondée par Joseph Smith fils. En peu de temps, la ville de Nauvoo comptait et l'État de l'Iowa 2 ; les furent nommées les « loges mormones » et comptaient . Le même Joseph Smith fils fut initié comme apprenti maçon le . Le fait est documenté dans les minutes de la loge de Nauvoo correspondant à cette date où l'on précise que Smith Jr et Sydney Rigdon (un cadre de l'Église) "furent initiés comme apprentis maçons durant la journée". Les présidents de l'Église, Joseph Smith (Comme son père Joseph Smith et son frère Hyrum Smith), Brigham Young, John H. Taylor, Wilford Woodruff et Lorenzo Snow, furent tous initiés à la maçonnerie dans la même loge de Nauvoo

Nouvel ordre mondial

En 1912, Émile Flourens, ancien ministre français des Affaires étrangères, dénonça les prémisses de la création de la Société des Nations et de la Cour permanente de justice internationale dans un livreÉmile Flourens, Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, (1912), Texte en ligne, signalant les influences maçonniques pour créer un gouvernement mondial, une justice mondiale et une religion globale dans un Nouvel ordre mondial d'où le papisme serait excluÉmile Flourens, Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, , (1912), Texte en ligne. Il émit l'hypothèse que les cercles maçonniques désiraient éliminer le droit à l'autodétermination des peuples pour le remplacer par le droit internationalÉmile Flourens, Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, , (1912), Texte en ligne. Actuellement, Gary H. Kah considère que la franc-maçonnerie est la force qui organise l'ordre du jour vers le Nouvel ordre mondial doté d'un gouvernement mondial uniqueGary H. Kah, En Route to Global Occupation, Huntington House Publishers, décembre 1996.