L’histoire de l'Italie fasciste, couramment désignée en Italie sous le terme de double décennie fasciste () ou simplement double décennie (), comprend la période de l'histoire du royaume d'Italie qui va de la prise du pouvoir par Benito Mussolini le , jusqu'à la chute de son gouvernement et la fin de sa dictature, le .vignette|250px|Benito Mussolini prononçant un discours à Milan en 1930, Bundesarchiv.

Par extension, on associe à cette définition toute la période de l'histoire de l'Italie qui va de la fin de la Première Guerre mondiale jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale (1918-1945) ou la période allant de 1925, lorsque le Parti national fasciste est déclaré parti unique, à 1945, avec la dissolution de la République sociale italienne (RSI).

Chronologie (1918-1922) Première Guerre mondiale

vignette|gauche|250px|L'Europe en 1923 : on remarque les tensions entre la Yougoslavie et l'Italie à propos de l'Istrie et de la Dalmatie.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale la situation interne est précaire : le traité de Versailles n'a pas donné les bénéfices escomptés à l'État italien (l'Italie obtient le Sud-Tyrol ainsi qu'une partie de l'Istrie sans Fiume et l'Albanie promise est confirmée dans son indépendance). Les caisses de l'État sont presque vides, la lire a perdu une grande partie de sa valeur pendant le conflit et le coût de la vie a augmenté de 450 %. Les matières premières manquent et l'industrie ne réussit pas à transformer la production de guerre en production de paix pour absorber l'abondante main-d'œuvre qui a augmenté en raison du retour des soldats du front.

Dans une telle situation, aucune classe sociale n'est satisfaite et une profonde peur d'une possible révolution communiste s'insinue dans la classe bourgeoise. L'extrême fragilité socio-économique conduit à de fréquents désordres réprimés par des méthodes sanguinaires.

Crise de Fiume (1919) vignette|redresse|Gabriele D'Annunzio.

Lors des négociations du traité de Versailles, les irrédentistes nationalistes font de l'agitation pour mettre la pression sur le gouvernement. En , Leonida Bissolati, qui revendique une application stricte du principe des nationalités énoncé dans les Quatorze points de Wilson, ce qui conduirait Rome à renoncer à la Dalmatie, au protectorat sur l'Albanie et à l'annexion du Dodécanèse et du Haut-Adige, démissionne. Le ministre Francesco Saverio Nitti démissionne à son tour, laissant le président du Conseil, Vittorio Emanuele Orlando, seul face au ministre des Affaires étrangères Sidney Sonnino et aux nationalistes. Les nationalistes sont dispersés : d'un côté les disciples d'Enrico Corradini, regroupés autour de l'Association nationaliste italienne et de l’ ; de l'autre ceux de Giovanni Papini et de Giuseppe Prezzolini ; enfin les futuristes (Mario Carli, Filippo Tommaso Marinetti, Giuseppe Bottai, etc.). En , Mario Carli fonde la première association d’ d'Italie, composée d'anciens des troupes de choc de l'armée italienne.

En septembre 1919, Gabriele D'Annunzio incite les régiments de l'armée italienne à se mutiner et à le suivre à Fiume (aujourd'hui Rijeka, en Croatie). Occupé par les Italiens, les Français, les Britanniques et les Américains depuis , Fiume est à l'époque majoritairement italien, mais ses faubourgs et son arrière-pays sont slovènes. Le président des États-Unis, Woodrow Wilson, rejette les demandes d'annexion du gouvernement italien, représenté par le président du Conseil, Vittorio Emanuele Orlando, et propose de lui accorder un statut de .

, d'Annunzio force la main à Orlando en installant un gouvernement révolutionnaire avec l'objectif d'affirmer l'italianité de la commune de Carnaro. Cette action est un exemple pour le mouvement fasciste qui sympathise immédiatement avec le poète et copiera notamment l'uniforme des , futures chemises noires. Cependant, cette intervention échoue, car la pression internationale entraîne l'intervention de l'armée régulière italienne (Noël sanglant de 1920 : 54 morts, dont 22 ).

Naissance du fascisme (1919-1920)

vignette|100px|Le faisceau, symbole du fascisme.

Parmi les couches sociales les plus mécontentes et les plus sujettes à la propagande nationaliste qui, après le traité de paix, enflamme et alimente le sentiment de la « victoire mutilée », émergent les organisations d'anciens combattants et en particulier celles qui recueillent les ex- (les troupes d'assaut), auprès desquels, en plus du mécontentement généralisé s'ajoute le ressentiment causé de ne pas avoir obtenu une reconnaissance à la hauteur des sacrifices, du courage montré au cours des dures années de combats sur le front. La première association arditi est créée, à Rome, en par le futuriste Mario Carli, suivi d'une seconde, à Milan, à l'appel de Marinetti et du capitaine Ferruccio Vecchi.

Mussolini et son journal, , appellent alors à une réunion le , qui regroupe une soixantaine de personnes à Milan. Venant de milieux variés (futuristes, nationalistes, révolutionnaires), la réunion accouche de la création du Faisceau milanais de combat, dont le bureau inclut Mussolini, Vecchi, et Michele Bianchi, un ex-dirigeant anarcho-syndicaliste, « interventionniste de gauche », de l’ (UIL).

Deux jours plus tard, le mouvement prend une ampleur nationale. Mussolini convoque une réunion à Milan le , dans une salle de la prêtée par le Cercle des intérêts industriels et commerciaux. Les 119 personnes présentes (dont Mario Carli, Marinetti, Bottai, et le futur quadrumvirat de la marche sur Rome, Italo Balbo, Cesare Maria De Vecchi, Emilio De Bono et Michele Bianchi) s'accordent, tant bien que mal, sur un programme qui mêle revendications nationalistes et sociales. Les Faisceaux italiens de combat sont créés à l'issue de cette réunion et adoptent les symboles qui jusqu'alors permettent de distinguer les , la chemise noire et la tête de mort.

Le nouveau mouvement exprime la volonté de « transformer, s'il le faut même par des méthodes révolutionnaires, la vie italienne » s'auto-définissant « parti de l'ordre » réussissant ainsi à gagner la confiance des milieux les plus riches et conservateurs qui sont opposés à toutes manifestations et aux revendications syndicales des socialistes.

Néanmoins, le premier fascisme réussit à allier un aspect contre-révolutionnaire, et une mystique révolutionnaire de gauche, anti-marxiste, liée à l'origine politique de Mussolini et de ses premiers partisans.

Années du squadrismo Dans le mouvement, en plus des arditi, affluent les futuristes, les nationalistes, les anciens combattants, ainsi que des repris de justice. Vingt jours après la création des faisceaux, les nouveaux affrontent les socialistes et assaillent le siège du journal socialiste Avanti!, le dévastant : l'enseigne du journal est arrachée et rapportée à Mussolini comme trophée. C'est le début d'une guerre civile.

En quelques mois, les squadristi fascistes se répandent dans toute l'Italie et donnent au mouvement une force paramilitaire. Pendant deux ans, l'Italie est parcourue du nord au sud par les violences des mouvements politiques révolutionnaires opposant les fascistes au mouvement ouvrier et socialiste, sous le regard d'un État incapable de réagir, mais soutenant de plus en plus les squadristes. .

Au début de l'automne 1920, alors que les grèves et les occupations d'usine diminuent fortement, Mussolini reçoit le soutien financier des classes possédantes (en particulier des grands propriétaires fonciers, ainsi que des banques et de la ). L'alliance est aussi politique, les fascistes figurant en sur les listes électorales du « bloc constitutionnel » formé par les partis de gouvernement.

De plus, l'état-major adresse aux commandants d'unité une circulaire exigeant des renseignements sur les , . La « circulaire Bonomi », du nom du ministre de la Guerre de Giolitti de à mars 1921, offre les 4/5 de leur solde aux démobilisés qui intégreraient les faisceaux.

L'action fasciste se développe rapidement et dans la violence : la composante militaire, largement prévalente dans les squadres, leur confère une nette supériorité lors des affrontements avec les socialistes. En , le siège du journal socialiste de Trieste, , dirigé par Ignazio Silone, est incendié. Un se développe au nord, dans la vallée du Pô, d'Émilie, de Toscane, où le mouvement prend racine. Les agrariens soutiennent, y compris en les payant, les des squadristes et des afin de briser les luttes sociales portées par les , les travailleurs sans terre qui ont réussi à obtenir quelques succès.

C'est dans ces régions que les squadristes, emmenés par les ras, sont les plus déterminés pour harceler les syndicalistes et les socialistes, les intimidant par la pratique du (le gourdin, symbole de la violence fasciste) et de l'huile de ricin, ou commettant des assassinats qui restent le plus souvent impunis. .

À la fin 1920, le mouvement squadriste, porté par les chefs locaux (les ras) davantage que par Mussolini lui-même, gagne les villes moyennes. La campagne systématique de destruction des bureaux, des bourses du travail, et l'intimidation des membres du PSI conduisent le socialisme maximaliste à une crise pendant que parallèlement croît la force numérique et morale des faisceaux de combat. Le , à l'occasion de la prise de fonction de la municipalité d'extrême-gauche de Bologne, les affrontements, provoqués par l'intervention des squadristes dirigés par Leandro Arpinati et Arconovaldo Bonaccorsi, font onze morts et 60 blessés lors du massacre du palais d'Accursio. Une offensive semblable se produit, en , à Ravenne, où les squadres sont dirigés par Italo Balbo.

Le gouvernement Giolitti, officiellement , soutient en fait les fascistes, espérant les utiliser dans la lutte contre les socialistes. De fait, outre l'assistance plus ou moins passive de l'appareil répressif de l'État, le gouvernement, invoquant l', dissout des centaines de municipalités socialistes, dont Bologne, Modène, Ferrare, etc.. À la veille des élections de 1921, il ordonne au pouvoir judiciaire de cesser les poursuites contre les fascistes.

Ainsi, en janvier 1921, le PSI se désagrège, donnant naissance notamment au Parti communiste d'Italie (PCI). Sauf à Milan, à Turin et à Gênes, .

Au cours de cette période, le PNF atteint (à son maximum, le PSI a à peine dépassé les ) et il obtient aussi l'appui des émiliens et toscans.

Des élections de mai 1921 à la marche sur Rome Dans ce climat de violence, lors des élections du , les fascistes, qui ont rejoint la coalition gouvernementale, obtiennent 35 sièges (dont Mussolini élu à Milan et Bologne) sur les 275 élus de la coalition. Mussolini prend place à l'extrême droite de l'hémicycle, marquant la distance avec le programme des Faisceaux, et présente le programme du fascisme parlementaire le . Celui-ci revendique une politique étrangère conservatrice, qui revendique la Dalmatie, pourtant accordée par l'Italie à la Yougoslavie lors du traité de Rapallo de 1920 ; il condamne le communisme tout en promettant d'appuyer la CGL ; se concilie le Parti populaire italien en condamnant le divorce, et en se prononçant en faveur de l'enseignement privé et de la propriété rurale, tandis qu'il affirme le caractère non-anticlérical du fascisme.