Carsten Egeberg Borchgrevink (), né le à Oslo en Norvège et mort dans la même ville le , était un professeur et explorateur polaire britannico-norvégien. Pionnier des expéditions modernes en Antarctique, il fut le précurseur de Robert Falcon Scott, Ernest Shackleton, Roald Amundsen et de bien d'autres personnalités de l'âge héroïque de l'exploration en Antarctique. Il commença sa carrière d'explorateur en 1894 en se joignant à une expédition norvégienne de chasse à la baleine. Il en ramena une collection des premiers spécimens de la vie végétale dans le cercle Antarctique.

Entre 1898 et 1900, Borchgrevink conduisit l'expédition Southern Cross sous le financement britannique, qui fut en 1899, la première à hiverner sur le continent Antarctique et à visiter la « Grande Barrière de glace », plus tard renommée barrière de Ross, depuis l'expédition Erebus et Terror de James Clark Ross près de soixante ans auparavant.

Borchgrevink gravit la barrière avec deux compagnons et fit le premier voyage en traîneau sur sa surface, établissant un nouveau record de latitude à 78°50'S. À son retour au Royaume-Uni, en dépit de ses exploits, les membres de l'expédition furent reçus avec un intérêt modéré par le public et l’establishment britannique, dont l'attention était alors fixée sur l'expédition Discovery de Robert Falcon Scott. Les hommes de Borchgrevink furent très critiqués vis-à-vis de leurs relations avec leur meneur. Ses propres comptes-rendus de l'expédition ont été considérés comme « journalistiques » et peu fiables.

Après l'expédition Southern Cross, Borchgrevink fut l'un des trois scientifiques envoyés en Martinique en 1902 par la National Geographic Society afin de faire un rapport sur les suites de l'éruption de la montagne Pelée. Par la suite, il s'installa à Oslo, menant une vie essentiellement loin de l'attention publique. Son travail de pionnier a été reconnu et honoré par plusieurs pays. En 1912, il a reçu un hommage particulier de Roald Amundsen, après la conquête du pôle Sud. Dès 1930, la Royal Geographical Society a reconnu la contribution de Borchgrevink dans l'exploration polaire et lui a décerné une médaille. Elle a également admis que justice ne lui avait pas été rendue pour son rôle lors de l'expédition Southern Cross.

Biographie Enfance

Fils d'un avocat norvégien, Henrik Christian, originaire d'une ancienne famille noble de Trondberg, et d'une mère anglaise Annie Ridley, Carsten Egeberg Borchgrevink. naquit à Oslo.. La famille vécut dans le quartier d'Uranienborg, où Roald Amundsen, un compagnon occasionnel de jeux, a aussi passé son enfance. Borchgrevink étudia à l'école Gjerstsen d'Oslo, puis à l'École royale des forêts de Tharandt, en Allemagne, de 1885 à 1888..

Selon l'historien Roland Huntford, Borchgrevink était d'une nature turbulente, avec une témérité excessive qui l'a conduit, après sa formation forestière, en Australie. Pendant quatre ans, il travailla avec le gouvernement dans le Queensland et la Nouvelle-Galles du Sud avant de s'installer dans la petite ville de Bowenfels où il devint professeur de langues et de sciences naturelles à la Cooerwull Academy. Son intérêt initial pour l'exploration polaire se développa après la lecture des rapports de presse sur le travail de scientifiques locaux, le premier comité australien d'exploration en antarctique (). Cette organisation, fondée en 1886, enquêtait sur la mise en place de stations permanentes de recherches scientifiques dans les régions de l'Antarctique. Ces plans n'ont pas été réalisées et ce fut un regain d'intérêt pour la chasse à la baleine au début des années 1890 qui donna l'occasion à Borchgrevink, en 1894, de participer à une expédition norvégienne en Antarctique..

Premier voyage thumb|Borchgrevink vers 1898.

L'expédition qu'a rejointe Borchgrevink était organisée par Henryk Bull, un homme d'affaires norvégien qui, comme lui, s'était installé en Australie dans les années 1880. Bull prévit de faire un voyage de chasse à la baleine et aux phoques dans les eaux antarctiques. Après avoir échoué à susciter l'intérêt des sociétés savantes de Melbourne pour le partage des coûts dans une entreprise commerciale et scientifique., il revint en Norvège pour y organiser son expédition. Il a rencontré Svend Foyn, le « père de la chasse [à la baleine] moderne » et inventeur du canon à harpon, alors âgé de 84 ans. Avec l'aide de Foyn, il acquit le baleinier Kap Nor (« cap Nord »), qu'il rebaptisa AntarcticEntrée Norwegian (Tonsberg) Whaling Expedition 1893–95 (pp. 677–678) par Robert Burton dans « Encyclopedia of the Antarctic » (2006) de Beau Riffenburgh.L’Antarctic fut ultérieurement utilisé par l'expédition antarctique suédoise de 1901 à 1904 où il coula en mer de Weddell.. Bull engagea un capitaine expérimenté de baleinier, Leonard Kristensen, un équipage et une petite équipe scientifique. Ils quittèrent la Norvège en septembre 1893.. Lorsque Borchgrevink apprit que l’Antarctic devait se rendre à Melbourne en septembre 1894, il s'y rendit dans l'espoir de trouver un poste vacant. Chanceux, il put remplacer William Speirs BrucePlus tard, William Speirs Bruce montera sa propre expédition, l'expédition Scotia qui avait l'intention de rejoindre l'expédition de Bull en tant que spécialiste des sciences naturelles, mais ne put pas atteindre le navire avant son départ de Norvège. Borchgrevink rencontra Bull à Melbourne et le persuada de le prendre comme un matelot et scientifique à temps partiel.

Au cours des mois suivants, les activités de chasse aux phoques de l’Antarctic autour des îles sub-antarctiques furent des succès, mais les baleines s'avérèrent difficiles à trouver. Bull et Kristensen décidèrent de mettre le cap plus au Sud, dans les zones où la présence de baleines avait été signalée par des expéditions antérieures.. Le navire pénétra une « ceinture » de banquise et navigua dans la mer de Ross, mais les baleines étaient toujours introuvables. Le , des nautoniers de l'équipage allèrent à île de la Possession où James Clark Ross avait planté le drapeau britannique en 1841. Bull et Borchgrevink laissèrent un message dans une boîte comme preuve avenir de leur passage.. Sur l'île, Borchgrevink trouva un lichen, première vie végétale découverte au sud du cercle Antarctique. Le , le navire atteignit le cap Adare, à l'extrémité Nord de la côte de la Terre Victoria sur le continent Antarctique. L'expédition de Ross en 1841 n'avait pu mettre pied à terre ici, mais l’Antarctic eut des conditions assez calmes pour qu'une embarcation soit mise à l'eau. Plusieurs hommes dont Bull, Kristensen et Borchgrevink prirent la direction d'une plage de galets proche du cap. La question « qui est exactement allé à terre en premier ? » est litigieuse, Kristensen et Borchgrevink se disputant cet honneur avec un marin néo-zélandais de dix-sept ans, Alexander von Tunzelmann, disant qu'il avait sauté hors de l'embarcation pour la stabiliser. L'équipe a fait valoir que cet « atterrissage » était le premier sur le continent Antarctique, même s'il a pu être précédé par le capitaine de baleinier américain John Davis sur la péninsule antarctique en 1821, ou par d'autres expéditions de chasse à la baleine.

À terre, au cap Adare, Borchgrevink collecta d'autres spécimens de roches et de lichens, qui se révélèrent d'un grand intérêt pour la communauté scientifique qui avait douté de la capacité de la végétation à survivre si loin au sud.. Les échantillons géologiques prélevés lors de ce débarquement étaient les tout premiers provenant de l'Antarctique et sont de nos jours, dans les collections de l'université de Glasgow au musée Hunterian ainsi qu'au musée de Warrnambool en Australie.

Une étude attentive de l'estran a été réalisée pour évaluer son potentiel comme un site où une future expédition pourrait se produire et établir ses quartiers d'hiver.. Lorsque l’Antarctic eut rejoint Melbourne, Bull et Borchgrevink quittèrent le navire. Chacun espérait amasser des fonds pour une nouvelle expédition en Antarctique, mais leurs efforts n'aboutirent pas. Une animosité se créa entre eux, peut-être en raison de leurs différents récits de voyage où chacun soulignait son propre rôle sans reconnaître pleinement celui de l'autre.. Par l'intermédiaire de lettres dans le journal de l'époque The Times, tous les deux prétendaient avoir été le premier à poser le pied au cap Adare.

Préparation d'un nouveau voyage Congrès international de géographie de 1895 Pour promouvoir ses idées à propos d'une expédition qui hivernera au cap Adare sur le continent AntarctiquePaul-Émile Victor, Les Explorations polaires, tome IV de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, ., Borchgrevink alla à Londres, où la Royal Geographical Society accueillait le sixième congrès international de géographie. Le , il fit un discours lors du congrès, présentant l'estran du cap Adare comme un endroit où une expédition scientifique pourrait passer l'hiver antarctique. Il décrivit le site comme et signala qu'il y avait des indications, que dans ce lieu . Il a également suggéré que l'intérieur du continent pouvait être accessible à partir de l'estran par une route facile en pente douce. Il termina son discours en déclarant sa volonté de mener une expédition par lui-même.

Hugh Robert Mill, bibliothécaire de la Royal Geographical Society et présent au congrès, nota les réactions au discours : « Sa façon abrupte et son discours brusque agita les discussions académiques avec un vent frais de réalisme. Personne n'aimait beaucoup Borchgrevink à cette époque, mais il avait une qualité dynamique et un [projet clair] pour partir de nouveau au Sud inconnu qui a frappé certains d'entre nous comme de bon augure pour l'exploration ». Le congrès n'a cependant pas approuvé les idées de Borchgrevink, adoptant une résolution générale pour appuyer l'exploration antarctique, en proposant que « les diverses sociétés scientifiques à travers le monde devraient inciter, de la manière qui leur semble la plus efficace, que ce travail soit entrepris avant la fin du siècle »..

Recherche de soutiens thumb|Clements Markham, président de la Royal Geographical Society qui s'opposa aux plans de Borchgrevink.

Les deux années suivantes, Borchgrevink voyagea en Europe et en Australie, en cherchant sans succès des soutiens pour ses idées d'expédition. L'un de ceux qu'il avait cherché à rallier à sa cause était William Speirs Bruce qui avait l'intention de monter sa propre expédition en Antarctique. Leurs plans d'expéditions conjointes échouèrent au moment où Borchgrevink, qui avait rompu ses relations avec Henryk Bull, apprit que Bruce était en discussion avec lui.

« Je regrette donc que nous ne pouvions pas collaborer » a-t-il écrit à Bruce. Il découvrit également que la Royal Geographical Society travaillait depuis 1893 à ses propres plans, celle d'une expédition en Antarctique. Sous l'influence de son président, Clements Markham, ce projet a été envisagé non seulement comme une entreprise scientifique, mais aussi comme une tentative de faire renaître les anciennes gloires de la marine britannique dans l'exploration polaire.. Cela finit par devenir l'expédition Discovery, commandée par le capitaine Robert Falcon Scott, et ce sont ses plans qui ont attiré l'intérêt des sociétés savantes plutôt que les propositions plus modestes de Borchgrevink.

Markham était farouchement opposé à des entreprises privées qui pourraient détourner l'aide financière de son projet et Borchgrevink se trouva privé d'aide pratique. « [C'est] une colline abrupte [sur laquelle] je dois amener ma pierre [antarctique] » écrivit-il.

George Newnes