La est la violence exercée par l'un des conjoints sur l'autre, au sein d'un couple, s'inscrivant dans un rapport de domination et se distinguant des disputes conjugales entre individus égaux. Elle s’exprime par des agressions verbales, psychologiques, physiques, sexuelles, des menaces, des pressions, des privations ou des contraintes pouvant causer chez la victime des dommages psychologiques, physiques, un isolement social, voire la mort. Quand les violences conjugales incluent un ensemble de ces comportements, on parle d'emprise coercitive ou .

La violence conjugale comme rapport de domination est un processus systémique et évolutif qui se distingue de la « violence situationnelle » qui peut arriver soudainement au sein d'un couple, sans qu'il n'y ait pour autant de domination, c'est-à-dire de hiérarchie, entre les membres du couple.

La violence conjugale est une forme de violence domestique ou violence familiale (violence qui touche également les autres personnes du foyer, en particulier les enfants du couple). Ayant souvent lieu dans l'espace privé, elle n'est pas toujours facile à repérer. De ce fait, certains chercheurs estiment que le peut se révéler un ..

Avec les autres formes de violences de genre, elle est un facteur de risque pour la santé des femmes partout dans le monde. Les effets de ces violences de genre sur la morbidité et le taux de mortalité devraient inciter les États à les considérer comme un problème de santé publique, selon la Banque mondiale.

Définitions vignette|Femme mutilée par A. de Suza Cardozo, 1915 Les violences conjugales peuvent prendre les formes suivantes, définition de l’Organisation des Nations unies : violences physiques : coups, mutilations, strangulations, meurtres ; violences sexuelles : viols, agressions sexuelles, proxénétisme ; voire violence sexuelle dans le couple ; violences psychologiques : chantage, insultes, humiliation/dévalorisation, menaces (par exemple contre les membres de la famille), pressions, jalousie excessive, surveillance spatiale ; violences économiques et administratives : la violence économique est caractérisée par l’emprise d’un conjoint sur les finances de l’autre. Par exemple, une restriction des ressources financières, une surveillance accrue du budget, la privation des cartes de paiement, une dépendance financière forcée.. La violence administrative peut prendre la forme d'une rétention des papiers d'identité et des documents administratifs, d'une menace de dénonciation pour les femmes en situation de précarité au regard du titre de séjour Cette forme de violence conjugale est la moins connue, mais est fréquente dans les cas de violence conjugale ; privations et contraintes : vol, destruction de propriété, privation de liberté (restriction de la mobilité, enfermement, séquestration), privation d'autonomie (confiscation de revenu, de véhicule), volonté d'aliénation (aliénation économique, administrative), isolement vis-à-vis des proches (interdictions ou pressions visant à empêcher la victime de voir sa famille ou ses amis), isolement social (interdictions ou pressions visant à empêcher la victime d'exercer une activité professionnelle, associative ou de fréquenter un cercle social).

vignette|Graphique représentant le nombre de femmes, par pays, ayant subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire, 2016.

La typologie de , suppose qu'il existerait au moins deux grandes catégories de violence conjugale : la violence situationnelle de couple et le terrorisme intime ou de coercition.

La violence situationnelle, qui serait liée à un . Elle est souvent de courte durée. Le terrorisme intime ou terrorisme de coercition se distinguerait par sa gravité, mais surtout par sa dynamique et sa finalité. Généralement l'aboutissement d'une escalade, la violence terroriste serait utilisée comme un instrument systématique d'emprise et de domination visant l'assujettissement d'un des conjoints aux volontés de l'autre. C'est dans ces cas, plus rares, mais plus graves que les conséquences les plus graves sont observées (tant par les chercheurs que par les systèmes de santé et de justice).

En 2018, le New York Times publie un article faisant état d'une nouvelle forme de violence domestique numérique au moyen de la gestion à distance des équipements électroniques.

Violence économique Durant le couple Au Québec, Statistiques Canada décrivait les violences économiques comme étant le fait d'être tenu à l'écart du revenu familial (publié dans les recherches de 1999, 2004 et 2009). À partir de 2014, le fait d'être forcé à donner de l'argent au conjoint ou à l'ex-conjoint a été ajouté.

Dans plusieurs cas, la violence économique s'ajoute à d’autres formes de violences conjugales (physiques, verbales, sexuelles, psychologiques). Elle peut aussi survenir seule, ce qui la rend difficile à identifier. La violence économique est une violence cachée, elle n'est souvent pas remarquée chez les partenaires qui en sont victimes, surtout lorsque les deux membres du couple sont actifs. La violence économique est facilement repérable post séparation.

Contrairement aux autres types de violences conjugales, les violences économiques sont les plus récurrentes. Dans 70,6 %, les violences économiques sont fréquentes, les violences psychologiques sont continues à 62,7 %, les violences physiques sont continues à 25,4 % et les violences sexuelles sont continues à 35,1 %.

Plusieurs sources d’aide sont disponibles pour les victimes. Au Québec, il est possible de contacter la ligne téléphonique SOS violence conjugale. Cette source d’aide permet ensuite de référer les victimes à des maisons d’aide ou des centres d’hébergement.

Postséparation La violence économique postséparation est la prolongation de la violence économique subie au sein du couple après la rupture. Le conjoint violent conserve un pouvoir sur les ressources financières de l’autre conjoint afin de garder une emprise sur celui-ci.. La forme la plus connue de violence économique postséparation est le refus de payer une pension alimentaire, ce qui engendre des répercussions sur l’ex-conjoint et sur d'éventuels enfants.

Le refus de verser une pension alimentaire entraîne des conséquences sur la vie de l’ex-conjoint et même sur celle des enfants. L’ex-conjoint ayant droit à une pension alimentaire doit recourir au système de justice pour l’obtenir. Dans le cas où un des conjoints refuse de payer la pension, l’autre conjoint doit souvent se résoudre à abandonner les démarches judiciaires en raison des frais associés. En conséquence, la victime renonce souvent à la pension alimentaire par peur de s’endetter face au système judiciaire. Dans ce cas, la victime subit la restriction de ses ressources par son ex-conjoint violent.

La violence économique postséparation a de nombreux effets néfastes sur le comportement et la santé de l’enfant. L’enfant témoin de violence conjugale développe une plus grande agressivité et de la colère. C'est le conjoint victime qui perçoit cette modification de comportement puisque c’est envers ce conjoint que l’enfant exprime sa colère. Cela perturbe les habitudes de l'enfant. Il peut développer des troubles alimentaires et des troubles du sommeil. À l’adolescence, le lien entre l’enfant et le parent violent se dissoudra et l'enfant exprimera ses comportements colériques envers le parent victime.

Problèmes de détection et de mesure

vignette|Campagne contre la violence conjugale à Kaga-Bandoro (République centrafricaine), 2013 La prévalence et le partage par genres de la violence conjugale au sein d’une population sont difficiles à évaluer parce que les instruments de mesure ne sont pas équivalents et que « des variations méthodologiques en apparence anodines exercent un effet important sur les réponses des participants ». et conséquemment sur la mesure.

Les enquêtes sur la violence conjugale s'appuient généralement sur deux sources statistiques, les statistiques policières et les enquêtes de victimation (un type d'enquête d'abord mises en œuvre dans les années 1970 aux États-Unis puis dans les années 1980 en Angleterre et au Pays de Galles puis introduites en France). Avec leurs atouts et limites liés aux questionnaires d’enquête et aux difficultés d'échantillonnage, elles cherchent à éviter les biais induits par les codifications réductrices et les logiciels de rédaction des procédures (de dépôt de plaintes notamment) qui ne suffisent pas à appréhender toutes les dimensions de la délinquance (crimes, délits et contraventions de et classes en France où depuis 2015). Les infractions intrafamiliales y sont ainsi mieux décrites (en France, conformément aux demandes d'un rapport de mission parlementaire de 2013) .

Ces deux méthodes donnent des résultats divergents.

Concernant les seules violences physiques, une expérimentation de détection par intelligence artificielle de ces violences a été jugée satisfaisante par son autrice, qui revendique un taux de 80 % de détection, en croisant les données médicales (fractures défensives typiques, notamment, sur certaines parties du corps) et l'historique médical d'un patient (visites aux urgences en particulier). Son utilité est d'alerter plus tôt le personnel médical qui est souvent peu attentif aux causes des blessures à soigner.

Statistiques policières Les statistiques policières, souvent utilisées, fournissent une image partielle du phénomène puisqu’elles ne compilent que des formes « criminelles » de la violence conjugale et parce que tous les crimes violents ne sont pas rapportés à la police.. Au Canada, par exemple, l’Enquête sociale générale de 2009 montre que seulement 22 % des victimes de violence physique ou sexuelle de la part d’un conjoint ont déclaré l'avoir rapporté à la police..

Par ailleurs, non seulement les statistiques policières sous-estiment la prévalence des actes, mais elles provoquent une distorsion dans le tableau de partage des genres. Au Canada, l'ESG 2009 montre que « les victimes de sexe féminin étaient environ trois fois plus susceptibles que les victimes de sexe masculin de dire qu’elles avaient signalé l’incident à la police (23 % par rapport à 7 %) ». Les statistiques policières ont donc tendance à sous-représenter la violence conjugale subie par les hommes.

En France, celles issues du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, (SSMSI), outre qu'elles excluent les femmes de plus de 75 ans, présentent quelques biais, en fonction notamment de .

Enquêtes populationnelles à question ouverte Les enquêtes populationnelles sont des enquêtes conduites à l'aide de questionnaires auprès d'échantillons probabilistes représentant (en principe) une population définie. Ces enquêtes sont dites à (single question threshold approach) lorsque l'évaluation repose sur une seule question d’ordre général (ou sur un très petit nombre) sur des , des ou des subis.

Ces enquêtes donnent déjà une mesure plus juste de la prévalence parce que les personnes interrogées ne se limitent pas aux personnes ayant signalé des incidents à la police. Elles sont cependant dénoncées par bien des auteurs. qui constatent que les définitions de ce qu'est une « agression » ou un « abus » sont subjectives et peuvent donc varier d’une culture à l’autre, d'un sous-groupe à l'autre dans une culture et même entre les individus d'un même sous-groupe.

Enquêtes populationnelles à questions fermées Les enquêtes populationnelles à questions fermées sont également conduites à l'aide de questionnaires auprès d'échantillons probabilistes représentant une population définie, mais les questionnaires sont composés de questions spécifiques et précises sur des actions objectives, ce qui laisse beaucoup moins de place à la définition subjective de chaque individu quant à ce qui constitue un acte de violence ou non.