Les cinq martyrs du lycée Buffon sont des lycéens parisiens ayant participé à la Résistance française qui furent exécutés le . Les lettres d'adieux, écrites le jour de leur mort à leurs parents, sont particulièrement émouvantes.
Composition du groupe vignette|Cinq martyrs du lycée Buffon (Ce soir du 9 février 1949). Jean-Marie Arthus (né à Lausanne, Suisse, le , de parents français). Son père, veuf en 1940, était médecin psychiatre.. Jacques Baudry (né le ). Fils unique d'un professeur d’économie, il habite au 247, rue de Vaugirard. Entré au lycée Buffon en 1932, il réussit son baccalauréat et poursuit des études à la Sorbonne et à l’École spéciale de mécanique et d’électricité.. Pierre Benoît (né à Nantua le ). Son père est officier de police et sa mère directrice d’école maternelle. Il habite au 6, square Desnouettes. Pierre Grelot (né le ). Fils d’un ingénieur-dessinateur au ministère des PTT, il habite 11 bis, rue de Pondichéry. Il est au lycée Buffon depuis la ; il entre en 1940 en B et se destine à l’enseignement de l’espagnol. Lucien Legros (né le ). Fils d’un chef de bureau du ministère des Finances, il habite 26, rue des Plantes dans le . Élève au lycée Buffon depuis la , il est passionné par la poésie, la peinture. Il est aussi un excellent pianiste. Il est le frère cadet de l'artiste peintre Jean Legros.
Histoire Après la défaite dans la bataille de France et la signature de l'armistice le , des groupes de résistance naissent ; des actes de résistance, individuels ou collectifs, se font de plus en plus nombreux. Dans les facultés et les lycées parisiens, la rentrée scolaire s'effectue dans une atmosphère lourde. Des tracts commencent à circuler, des slogans anti-allemands apparaissent sur les murs. Au lycée Buffon, entre autres, un mouvement de résistance se forme chez les enseignants comme chez les élèves. Le , des lycéens sont présents dans le cortège des étudiants venus fleurir la tombe du Soldat inconnu lors de la manifestation patriotique organisée à l'arc de Triomphe.
Jean-Marie Arthus (15 ans en 1940), Jacques Baudry (18 ans), Pierre Benoît (15 ans), Pierre Grelot (17 ans) et Lucien Legros (16 ans), s'efforcent de faire comprendre aux autres lycéens que la guerre n'est pas finie ; qu'il faut lutter contre l'armée d'occupation. Ils installent une petite imprimerie chez l'un d'entre eux et distribuent des tracts, collent des papillons. Le groupe s’organise, ils prennent des pseudonymes : « Marchand », « André », « Francis », « Paul », « Jeannot », et cachent également leurs premières armes. Les services de renseignements généraux s'inquiètent des activités de ces jeunes gens dont ils ne connaissent pas encore l'identité.
En 1941, les groupes et les réseaux de résistance se développent ; les attentats et les sabotages se multiplient contre l'occupant dont les mesures de répression s'intensifient. Les cinq lycéens décident de s'engager dans la résistance armée en adhérant aux Francs-tireurs et partisans (FTP).
En , un professeur de lettres du lycée Buffon, Raymond Burgard, fondateur du mouvement de résistance Valmy, est arrêté à son domicile par l'Abwehr. La réaction de ses élèves est immédiate. Ils décident de protester publiquement. Durant les vacances de Pâques, ils organisent une manifestation qui se déroule le jeudi , jour de la rentrée. À la récréation du matin, une cinquantaine d'élèves d'autres établissements, conduits par Lucien Legros, force l'entrée du lycée Buffon et rejoint le groupe de Buffon, mené par les quatre autres. La manifestation d’une centaine de lycéens se dirige vers « la cour des grands » en criant : et en chantant La Marseillaise. Dix minutes après, les élèves commencent à se disperser mais un agent du lycée a fait fermer les issues et prévenir la police. Les cinq réussissent à s'enfuir, mais Legros et Benoît sont reconnus et dénoncés aux autorités. Ils sont désormais fichés comme « jeunes gens très dangereux » par les services de police, et obligés de vivre dans la clandestinité.
Loin de cesser, l'activité des cinq amis s'intensifie. Certains de ces élèves avaient comme professeur de philosophie Pierre Thillet (lui-même résistant, préparant l’agrégation de philosophie à la Sorbonne où il suivit notamment les cours de Jean Cavaillès, et affecté à l’époque au lycée Buffon). Le groupe passe à la lutte armée. En moins de trois mois, ils participent à deux attentats (rue de l'Armorique et quai Malaquais) sans faire de victimes. Ils lancent des grenades (quai de Tokyo) contre un amiral allemand et ses invités au cours d'une réception, occasionnant des dégâts minimes. Les 3 et , Legros, Arthus, Baudry et Grelot sont arrêtés sur dénonciation par la brigade spéciale 2 des Renseignements généraux. Seul Benoît parvient à s'échapper.
Le , les quatre amis arrêtés comparaissent devant le tribunal spécial de Paris pour avoir participé à la manifestation de la rue de Buci sous les accusations de « pillage, tentative d'homicide volontaire et association de malfaiteurs ». La sanction est sans appel : travaux forcés à perpétuité. Toutefois étant compromis dans des attentats contre les troupes d'occupation, ils sont remis aux autorités militaires allemandes.
Pierre Benoît rejoint un groupe FTP à Moret-sur-Loing, près de Fontainebleau (au camp de Calvaire) où il poursuit la lutte. Il participe à des sabotages de voies ferrées, à la désorganisation des convois allemands, à la récupération des tickets de ravitaillement dans les mairies, à des attentats contre des collaborateurs. Signalé par les renseignements généraux et les services de police comme « chef terroriste très dangereux, toujours armé et se sachant recherché », il est activement recherché dans toute la France. Il tombe entre les mains de la police française, le , près de la gare Saint-Lazare. Après avoir été longuement interrogé et torturé, il est livré à la Geheime Feld Polizei. Il retrouvera ses quatre compagnons à la prison de la Santé.
Le , après un nouveau procès, les cinq jeunes sont condamnés à mort par le tribunal de la Luftwaffe et transférés à la prison de Fresnes. Baudry et Legros tentent à deux reprises de s'évader mais sont repris et mis aux fers. Le , vers 11 heures du matin, les cinq lycéens sont fusillés au stand de tir de Balard (Paris ) et leurs corps jetés dans une fosse commune du cimetière parisien d'Ivry-sur-Seine« Les cinq lycéens martyrs du lycée Buffon », résumé d'un article de Gérard Poiron, Bull. Soc. hist. & arch. du arrondt de Paris, ..
Lettres d'adieux à leurs parents Ces lettres sont écrites le jour de leur exécution, après plusieurs mois de détention.
Lettre de Jean-Marie Arthus à son père, veuf
Lettre de Jacques Baudry à ses parents (il était fils unique)
Lettre de Pierre Benoît
Lettre de Pierre Grelot
Lettre de Lucien Legros
Les familles En août 1942, les attentats se multiplient, le général Carl-Heinrich von Stülpnagel fait arrêter 100 personnes comme otages, dont les familles des cinq lycéens ; le docteur Arthus, madame Grelot et Jacques (son fils aîné), monsieur Legros et Jean (son fils), monsieur et madame Benoît. Ils sont conduits au fort de Romainville. Ils ne doivent leur salut qu'à l'intervention immédiate d'un haut fonctionnaire ami de Monsieur Legros. La famille Baudry absente de Paris échappe à cette rafle. Le , 88 otages sont fusillés au mont Valérien.
Après la guerre Après la guerre, Jean-Marie Arthus, Jacques Baudry, Pierre Benoît, Pierre Grelot et Lucien Legros ont été décorés à titre posthume de la Légion d'honneur, de la croix de guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance et cités à l'ordre de la Nation.
En 1952, leurs corps sont incinérés et l'urne contenant leurs cendres est placée dans la crypte de la chapelle de la Sorbonne au côté de douze universitaires-résistants et d'un sac de terre russe provenant de la tombe de la partisane soviétique Zoya Kosmodemianskaya.
Mémoire et hommages vignette|Plaque en mémoire de Jacques Baudry, 247 rue de Vaugirard (Paris). Paul Éluard, ami de la famille Legros, a écrit un poème en hommage à Lucien et à ses camarades, en 1944On peut le lire dans ..
Odonymie Il existe : une place des Cinq-Martyrs-du-Lycée-Buffon à cheval sur Paris et Paris ; avant la couverture des voies de la gare Montparnasse, un pont portait le nom de pont des Cinq-Martyrs-du-Lycée-Buffon ; une rue Jacques-Baudry à Paris ; une plaque à leur mémoire au lycée Buffon. Le , l'ensemble des collégiens et lycéens du collège-lycée Buffon à Paris leur ont rendu hommage lors d'une cérémonie. Ils ont déposé des gerbes et des roses blanches sur la place des Cinq-Martyrs-du-Lycée-Buffon. Des discours ont été prononcés en leur faveur puis un cortège reliant la place au lycée a été formé ;
Timbres-poste
Un timbre à leurs effigies est édité dans la série Héros de la Résistance, émis le et retiré de la vente le suivant.
Cette série honore cinq résistants : les cinq martyrs du lycée Buffon (Jean Arthus, Jacques Baudry, Pierre Benoit, Pierre Grelot et Lucien Legros), organisateurs d'un groupe patriotique dans leur lycée ; Yvonne Le Roux : membre du réseau Johnny de Brest, déportée à Ravensbrück ; Gilbert Médéric-Védy : résistant de Cherbourg ; Louis Martin-Bret : chef de mouvements dans les Alpes ; Gaston Moutardier : organisateur d'un réseau au sein des PTT de la Somme.
Arts
En , le téléfilm La vie sera belle, retraçant leurs faits d'armes, passe à la télévision à une heure de grande écoute.
Notes et références
Annexes Articles connexes Francs-tireurs et partisans Héros de la Résistance Lycée Buffon Liste des réseaux et mouvements de la Résistance intérieure française Liste de résistants en France Sections spéciales en France pendant la Seconde Guerre mondiale et Section spéciale (film)
Liens externes Les chemins de la mémoire Histoire du stand de tir de Balard Timbre « Les cinq martyrs du lycée Buffon »
Catégorie:Décès en février 1943 Catégorie:Résistant français Catégorie:Personne fusillée en France Catégorie:Titulaire de la médaille de la Résistance française Catégorie:Personnalité inhumée dans la chapelle de la Sorbonne