L’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville est une des premières églises d'architecture néogothique construites à Paris. Située au 139 rue de Belleville, dans le de Paris, elle fut construite entre 1854 et 1859.

Ce site est desservi par la station de métro Jourdain.

Historique

Sans paroisse propre à leur village, Belleville obtiennent de l'évêché une chapelle en 1543. Construite en 1548, elle est remplacée par une première église Saint-Jean-Baptiste en 1635..

Cette église était desservie par un vicaire de la paroisse de Saint-Merri de Paris et Belleville ne devint une paroisse autonome qu'en 1802.

Lors des travaux de 1854, la première pierre de l’église édifiée en 1635 est retrouvée. Elle porte cette inscription :

L'église est le terminus, de 1891 à 1924, du funiculaire de Belleville Heur(t)s et malheurs du funiculaire de Belleville (1891-1924), épisode 1/3 épisode 2/3épisode 3/3.

Fin 2013 et début 2014, la vie paroissiale est perturbée par des actes de vandalisme. Le , deux prêtres sont agressés par deux adolescents de 13 ans aussitôt interpellés. En , des graffitis injurieux sont trouvés sur l'église et un local paroissial rue Fessart..

Fin 2014, l'église est classée à l'inventaire des monuments historiques.

En 2014, la ville de Paris remet aux normes tout le système électrique et procède à l'éclairage de toutes les petites chapelles.

En 2015, un nouvel éclairage LED, financé par la paroisse et le diocèse de Paris, est installé dans l'église.

Architectes Jean-Baptiste Lassus

Jean-Baptiste Antoine Lassus (1807-1857) est le premier à avoir appliqué aux édifices du Moyen Âge les méthodes de l’examen et du raisonnement archéologiques et à avoir combiné cette approche graphique avec l’étude des textes anciens.

Lassus transmet beaucoup de son savoir à Eugène Viollet-le-Duc. Lassus combine ce savoir avec la pratique d’architecte restaurateur : il est chargé de monuments nombreux et considérables : la Sainte Chapelle et Notre-Dame, Saint-Séverin et Saint-Germain l’Auxerrois, les cathédrales de Chartres et du Mans, de nombreux édifices bretons. Avant saint Jean-Baptiste de Belleville, Lassus a construit quatre autres églises (Saint Nicolas de Nantes, Sacré-Cœur de Moulins, Saint Pierre de Dijon, Saint Saturnin de Cusset), la sacristie de Notre-Dame de Paris et quelques monuments civils. Ses expériences dans le domaine des arts décoratifs sont nombreuses.

Théoricien du gothique, Lassus met en avant le caractère rationnel de ce mode de construction et insiste sur le caractère porteur de l’ogive, s’opposant au discours méprisant d'Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy qui ne voyait dans le gothique que l’expression du désordre ou du caprice.

Il cherche à construire un édifice riche d'une poésie religieuse en jouant sur la lumière, la multiplicité des points de vue, la variété dans l'unité et la légèreté de la construction : .

Henri Guérin

Henri Guérin (1929-2009) adopte la technique du vitrail en dalle de verre que pratiquait le moine bénédictin Dom Ephrem Socard à l’abbaye d’En Calcat. Technique bien différente de celle du vitrail traditionnel par le matériau lui-même la dalle, plaque de verre de trois centimètres d’épaisseur et par le moyen de liaison des pièces de verre, un mortier de ciment et non un joint de plomb.

Henri Guérin a personnalisé cette technique en lui appliquant sa manière de peintre : en enlevant lors de la taille, de l’ombre dans les dalles par de grands éclats en profondeur. Il a peu à peu affiné les joints de ciment jusqu’à les transformer en fine résille qu’il teinte dans la tonalité permettant son intégration à l’architecture.

Architecture L'église comprend une nef de cinq travées à deux collatéraux et huit chapelles latérales, ; un transept ; un chœur avec une travée dans le prolongement de la nef ; un déambulatoire donnant accès à sept chapelles, ; deux sacristies ; deux clochers surmontés de flèches. Elle mesure de longueur hors-œuvre sur de largeur, l'élévation de la façade jusqu'au faîtage est de , la hauteur de chaque flèche est de , les hauteurs de voûte sont pour la grande nef de et de pour les bas côtés.

Parce qu'elle est son dernier chantier, l'église saint Jean-Baptiste de Belleville est l'œuvre la plus aboutie de Jean-Baptiste Antoine Lassus (1807-1857), l'un des premiers architectes français du style néogothique au milieu du . À Belleville, Lassus détermina la structure, fixa le programme iconographique et dessina le mobilier de l'église. Le décor sculpté est l'œuvre d'Aimé-Napoléon Perrey. Les verrières furent réalisées par Auguste de Martel, d'après des cartons de Louis Steinheil. Les pentures du portail et de toutes les portes latérales furent forgées par le ferronnier d'art Pierre François Marie BoulangerPierre François Marie Boulanger par Raymond Subes, Presses du Compagnonnage, Paris, 1961..

Jugement d'Eugène Viollet-le-Duc sur l'église saint Jean-Baptiste : à Belleville, Paris-Guide, Paris, 1867, 727...

En 2008, le chœur fait l'objet de travaux destinés à aménager un baptistère et à rénover le sanctuaire, sous la direction de l'architecte François Lacoste.

Façade Jean le Baptiste est le saint patron de l’église et de la paroisse. C'est pourquoi la façade lui est consacrée. Jean est présenté dans le Nouveau Testament comme le cousin de Jésus et le prophète qui prépare la venue du Seigneur (Luc), comme la voix annoncée par les prophètes invitant à la conversion (Matthieu) : Jean prêche au désert, annonce la « bonne nouvelle » de la venue du Messie. Il invite les foules à recevoir le baptême pour se préparer à accueillir le Messie, qui baptisera dans l'Esprit-Saint et le feu. Jean désigne à ses disciples Jésus comme l'Agneau de Dieu, le Messie (Jean) et le baptise dans le Jourdain. Jean dénonce le mariage d'Hérode avec Hérodiade, la femme de son frère Philippe (Marc) : il est arrêté, mis en prison et décapité (Matthieu et Marc).

Portail central (œuvre d'Aimé-Napoléon Perrey) : l’ange Gabriel annonce à Zacharie la naissance d'un fils, Jean. Marie visite sa cousine Élisabeth. La naissance de Jean. La prédication de Jean. Jean baptise Jésus. Jean critique Hérode. Jean est décapité, sa tête est apportée à la fille d'Hérodiade (Luc 1-3 ; Marc 6,17-29). Le Christ en gloire.

Trumeau : Jean au désert présente l’Agneau de Dieu.

Portail de gauche : les prophètes Isaïe (Isaïe 6,6 ; Mt 3,3 ; 11,10) et Malachie (Mt 17,11) annoncent Jean le Baptiste.

Portail de droite : Jésus et Jean en prison (Mt 11,2-19). Le Christ libère Adam et Ève. Le triomphe de Jean le Baptiste.

Au-dessus des portes, deux vitraux : le roi David et sainte Cécile, et une rosace : la Vierge Marie au ciel.

Tympans du transept Tympan du portail de gauche (rue Lassus) : François Nicolas Madeleine Morlot, archevêque de Paris (1857-1862) et la Religion présentent à saint Jean-Baptiste l’église de Belleville.

Tympan du portail de droite (rue de Palestine) : la résurrection du Christ. Le tombeau de Jésus est gardé par cinq soldats : deux sont en admiration et en prière, un autre réfléchit, un autre se sauve épouvanté, le dernier tente de percer le Christ de sa lance.

Nef L’iconographie, la typologie variée des verrières et les techniques mises en œuvre manifestent le souci archéologique propre aux architectes du néo-gothique. Ces vitraux illustrent des récits de l’Ancien Testament :

Nef, sur le côté gauche : 1 Ève tirée de la côte d’Adam ; 2 La Tentation ; 3 Adam et Ève chassés par l’ange ; 4 Caïn et Abel ; 5 L’arche de Noé ; 6 Le sacrifice de Noé ; 7 Noé maudit Canaan ; 8 La Tour de Babel.

Transept nord (à gauche) :

9 Abraham et Isaac ; 10 Abraham et Melchisédech ; 11 Moïse et le Buisson ardent ; 12 les Tables de la Loi.

Transept sud (à droite) :

13 l’Arche d’alliance ; 14 les Hébreux dans le désert ; 15 le Serpent d’airain ; 16 la mort de Moïse.

Nef, sur le côté droit : 17 Job et ses amis ; 18 Tobie et les morts ; 19 Samson et le lion ; 20 Josué et le soleil ; 21 David jouant de la harpe ; 22 Salomon rendant la justice ; 23 Eléazar et l’éléphant ; 24 Judith et Holopherne.

Chapelles latérales

Le vaisseau central est flanqué de deux collatéraux et de chapelles latérales. Le mobilier — autels, baptistère, confessionnaux, portes — a été dessiné par Lassus.

Vitraux des chapelles du côté gauche : Saint Jean baptisant Jésus ; Saint Michel ; Saint Nicolas, évêque de Myre (270-345) ; Saint Vincent, prédicateur, diacre, martyr (304).

Vitraux des chapelles du côté droit : La descente de Jésus aux enfers ; Saint François-Xavier, prêtre (1506-1552) ; Sainte Catherine d’Alexandrie, philosophe, martyr du ; Saint Fiacre, ermite et jardinier (vers 670).

Sanctuaire Les trois vitraux de la Passion et de la Résurrection Au premier niveau : Portement de croix : aidé par Simon de Cyrène, Jésus porte la Croix et s’adresse aux femmes de Jérusalem ; Calvaire : Jésus est élevé sur la Croix, entouré de Marie et du disciple bien-aimé. Ce vitrail est inspiré de la grande verrière de la cathédrale de Poitiers, œuvre du ; Déploration sur le corps du Christ : Joseph d’Arimathie s’adresse à Nicodème, à côté de Marie, mère de José. Marie-Madeleine verse des larmes et un disciple embrasse la main de Jésus. Au second niveau : Résurrection : Jésus sort du tombeau, portant le livre de vie et la Croix, instrument de sa victoire sur la mort ; Ascension : Jésus trône dans les cieux, les disciples et Marie ; Pentecôte : envoyé par le Christ Jésus, l’Esprit-Saint descend sur les douze apôtres réunis autour de Marie (Luc 24,49).

Les quatre vitraux de la travée du chœur Saint Jean-Baptiste, saint Paul, saint Jacques le Majeur, saint André ; Saint Philippe, saint Jacques le Mineur, saint Jean, saint Thaddée ; Saint Luc, saint Pierre, saint Matthias, saint Marc ; Saint Simon, saint Thomas, saint Barthélémy, saint Matthieu.

L'autel et les reliques Comme l'ensemble des meubles du sanctuaire, l'autel est l'œuvre d'Ulysse Lacoste. Lors de la consécration de l’autel en 2008, des reliques de saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars (1786-1859), y ont été déposées. L’autel est orné d'un vitrail d'Henri Guérin. Il représente l’Agneau pascal : Jean le Baptiste désigne Jésus comme l’Agneau de Dieu, reprenant une comparaison du prophète Isaïe (Isaïe 53,7-11).

Le tabernacle Le vitrail d'Henri Guérin représente le buisson ardent (Exode 3,2).

Baptistère Lors des travaux du chœur, en 2008, La Croix latine installée en 1961 est conservée. La décision de placer le baptistère dans le chœur s'explique par le désir de mettre en valeur le baptême dans une église consacrée à Jean le Baptiste et par la volonté de pouvoir accueillir dignement les grandes assemblées présentes pour les baptêmes, ce que ne permet pas la chapelle des fonts baptismaux. Un octogone est tracé au sol, symbole du huitième jour : le sabbat juif étant le septième jour, le Christ étant ressuscité le lendemain du Sabbat, le jour de la résurrection est le huitième jour « dans le temps et au-delà du temps ».

Vitraux du chœur Sainte Anne, mère de la Vierge Marie ; Saint Roch, pèlerin, serviteur des malades (1340-1376) ; Saint Martin, soldat, moine, évêque de Tours (316-397) ; Saint Denis, premier évêque de Paris (vers 250). La chapelle de la Vierge Marie, rectangulaire, est ornée de trois vitraux représentant la vie de Marie. La représentation de l'Immaculée Conception de Marie, comme celle de la rose de la façade, reprend l'iconographie de la Vierge de la Médaille miraculeuse frappée en 1832. Le dogme de l'Immaculée Conception fut proclamé en 1854, ce qui explique la présence de deux représentations de ce thème théologique dans cette église construite en 1857. Ces trois vitraux ont été offerts par le curé de la paroisse, Charles Longblois, et ses vicaires. Ils sont représentés en prière devant la statue de la Vierge Marie ; Saint Vincent de Paul, prêtre (1581-1660). Le vitrail a disparu lors de l'incendie de la chapelle ; Le bon samaritain (Luc 10,29-37) ;