Jean-Baptiste-Marie de Maillé de La Tour-Landry, né à Entrammes le et décédé à Paris le , successivement évêque de Gap, puis de Saint-Papoul et enfin de Rennes, est un ecclésiastique français qui joua un rôle important durant la révolution française de 1789.
Biographie Né au château d'Entrammes, près de LavalAmédée Guillotin de Corson, Pouillé historique de l'archevêché de Rennes, Fougery, 1880, p. 737., Jean-Baptiste-Marie de Maillé de La Tour-Landry est issu d'une famille de la vieille noblesse. Son père était gentilhomme de la chambre du roi, et baron d'Entrammes. Élève des Oratoriens, le jeune homme est fait chanoine de Senlis en mais s'engage peu après dans l'armée pour participer à la guerre de Sept Ans. Réintégrant les ordres en , il étudie au séminaire parisien de Saint-Sulpice et est ordonné prêtre en . Il accède ensuite rapidement aux responsabilités ecclésiales. Il commence par être vicaire général de Grimaldi au Mans dès , puis prend en les mêmes fonctions auprès de son compatriote Urbain-René de Hercé, évêque de Dol. Élevé à l'épiscopat, il est sacré à son tour le et occupe d'abord le siège de Gap d'où il passe, en , à celui de Saint-Papoul, un évêché dépendant de la métropole de Toulouse, peu important par son étendue, car on n'y comptait que quarante-quatre paroisses, mais d'un revenu assez considérable. Il mène alors, au témoignage de Cambacérès, une existence de prélat mondain absentéiste attiré par les plaisirs de la capitale.
Pendant son passage à Gap, il suscita une vaste littérature satirique dont un seul poème, La Landoride (ou Landorade), est conservé aux Archives départementales des Hautes-Alpes. Un autre de ces textes satiriques, un rigaudon en langue d'oc a été transcris par l'historien de Gap Théodore Gautier et repris dans un article de la Société d'études des Hautes-Alpes (, p.89) : « Anem a Charanço, mairé, l'evesco lei danso ». La Landorade, poème en alexandrins et en quatre chants, raconte les amours de l'évêque et de la belle « Mion », les fêtes galantes qu'il organisait dans son château de Charance, avec des concours d'escarpolette, et ses difficultés avec des paroissiens trop scrupuleux sur le libertinage des prêtres. Il raconte les amours de l'évêque en en détaillant les moments (premiers regards, doute, premiers aveux, jalousie, certitude) sans les attaquer vraiment, évite les sous-entendus trop libertins et frôle bien l'impertinence. Ainsi, pendant les cérémonies d'ordination, où Mion siège à côté du prélat : . Le poète, resté anonyme, maîtrise l'écriture classique, la mythologie et la rhétorique. Un exemple d'antiphrase : un compagnon de l'évêque, vicaire général, appelé , affiche un enfant naturel. Le second, , ne s'y connaît qu'en jeux d'enfants. Ce poème satirique, de bonne facture (parodie d'épopée) montre que la société gapençaise savait aussi s'amuser de cet évêque libertin.
Paradoxalement, c'est la Révolution française qui détermine Maillé de La Tour-Landry à assumer pleinement sa dignité épiscopale. Le diocèse de Saint-Papoul est supprimé en Michel Lagrée, Mentalités, religion et histoire en Haute-Bretagne au : le diocèse de Rennes, 1815-1848, Paris, Klincksieck, 1977, p. 214., ce qui dispense son ancien titulaire de prêter le serment constitutionnel. Maillé se retire à Paris, puis à Passy pendant la Terreur. Il anime clandestinement l'église réfractaire à Paris, conjointement avec l'abbé Émery, et ordonne secrètement nombre de nouveaux prêtresMichel Lagrée, Mentalités, religion et histoire en Haute-Bretagne au : le diocèse de Rennes, 1815-1848, Paris, Klincksieck, , p. 168. Marc Laurand, dans Le Serment de Nicolas Simon, Nouvelles éditions latines, , p. 80, lui en attribue 195 entre et , mais Jacques-Olivier Boudon borne ce chiffre à seulement 70 nouveaux prêtres..
150px|right|thumb|Armes des La Tour-Landry : d'or à une fasce de gueules crénelée de trois pièces et maçonnée de sable
Arrêté immédiatement après le coup d'État du 18 fructidor an V, il est envoyé en détention à l'île de Ré, en attendant son transport à la Guyane. Son séjour à l'île de Ré, où il assume la direction de la communauté des prêtres détenus, se prolonge jusqu'à la fin de , époque à laquelle Napoléon Bonaparte, arrivé au pouvoir, rend la liberté aux prêtres déportés. Il rentre alors à Paris et y reprend ses fonctions d'évêque clandestin.
Après la signature du Concordat, il est un des premiers évêques à faire sa soumission à la volonté du pape et au nouveau régime. En conséquence, son nom est l'un des premiers retenus pour intégrer les cadres de la nouvelle Église, et il est nommé évêque de Rennes le . Sa prise de fonction épiscopale est marquée par son intransigeance absolue à l'égard des prêtres issus du clergé constitutionnel. Convoqué par Bonaparte, il reste ferme devant les admonestations de celui-ci et n'accepte de concéder qu'un dixième des paroisses de son évêché aux anciens assermentés.
Venu à Paris en pour assister au sacre de , il tombe malade et y meurt le après avoir été entendu en confession par son ancien confrère en clandestinité M. Émery, supérieur général des Sulpiciens. Quelques jours après ses obsèques, les curés de Paris, en témoignage de leur reconnaissance, célèbrent en sa mémoire une messe à laquelle assistent presque tous les évêques qui se trouvaient dans la capitale, fort nombreux du fait de la présence du pape en France à l'occasion du sacre impérial. Cet honneur était lié au rôle que le défunt avait joué pour maintenir la continuité de l'Église catholique durant la Révolution française.
Armes personnelles D'azur aux initiales J B M entrelacées d'argentComte de Saint Saud, Armorial des prélats français du , Paris, 1906, H. Daragon, 415p., p.147 Consultable sur Gallica..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Mémorial de la Mayenne, Godbert, Laval, 1845, p. 302-304. Pierre Victor, « Maillé, évêque de saint-Papoul, déporté de Fructidor », Revue de la Révolution, 1883, vol. II. Vicomte de Broc, Une énigme de l'ancien régime sous la Révolution : M. de Maillé de la Tour Landry, Paris, 1894. Michel Lagrée, Mentalités, religion et histoire en Haute-Bretagne au : le diocèse de Rennes, 1815-1848, Klincksieck, Paris, 1977, 492p., . Jean Lemarchand, Un évêque de contrebande sous la Révolution : Jean-Baptiste de Maillé de La Tour-Landry, 1743-1804, Paris, Tequi, 1996, 269 p. Jacques-Olivier Boudon, notice « Maillé de La Tour-Landry » (p. 201-203) in Les Élites religieuses à l'époque de Napoléon, Paris, Nouveau Monde éditions-Fondation Napoléon, 2002.
Articles connexes Liste des évêques de Gap Liste des évêques de Saint-Papoul Liste des évêques de Rennes
Liens externes
Catégorie:Évêque de Gap Catégorie:Évêque de Saint-Papoul Catégorie:Évêque de Rennes Catégorie:Évêque catholique français du XVIIIe siècle Catégorie:Naissance en décembre 1743 Catégorie:Décès en novembre 1804 Catégorie:Décès à 60 ans Catégorie:Naissance dans le Maine (France) Catégorie:Décès à Paris Catégorie:Évêque réfractaire Catégorie:Maison de Maillé