Nicolas Madget ou Nicholas MadgettRichard Francis Hayes, Biographical dictionary of Irishmen in France, M. H. Gill, 1949, 332 pages, 129., né en à Kinsale, près de Cork (Irlande), et mort le T. W. Moody, R. B. McDowell, C. J. Woods, The writings of Theobald Wolfe Tone, 1763-98: France, the Rhine, Lough Swilly and death of Tone, January 1797 to November 1798, Oxford University Press, 2009, 632 pages, p. 474. était un patriote et traducteur irlandais. Chef du bureau de traduction au ministère français des Affaires étrangères sous la Révolution, il était interprète au ministère de la Marine sous le Premier Empire.

Il est généralement confondu avec son cousin et homonyme Nicolas Madget, ecclésiastique et espion irlandais né à 1758 à Tralee, dans le comté de KerryExtraits de Richard Hayes, A Biographical Dictionary of Irishmen in France, Dublin, MH Gill & Sons Ltd., 1949Richard Francis Hayes, « Biographical dictionary of Irishmen in France » (tomes 31-37), Studies: an Irish quarterly review of letters, philosophy & science, tome 33, 1944, 509-510..

Recruté par Bertrand Barère de Vieuzac dans les bureaux du Comité de salut public pendant la Terreur, Nicolas Madget, qui remplaça Thomas Paine envoyé en prison, était espion irlandais chargé de démanteler les réseaux d'indépendantistes irlandais sur le continent. Appartenant au contre-espionnage sous le ministère William Pitt, il infiltra les services secrets français, employa des agents secrets comme ses amis Richard Ferris ou Charles Marien Somers, jusqu'au départ de Charles-François Delacroix.

Biographie Né à Kinsale, près de Cork, en 1740, Nicolas Madget partit en France, où il mena des études de théologie. Il fut pensionnaire (socius) de l'Irish College de Toulouse, le séminaire des Irlandais, à partir de l'année 1760-1761, devint sous-diacre le , diacre le L. W. B. Brockliss & Patrick Ferté, « Prosopography of Irish clerics in the Universities of Paris and Toulouse, 1573-1792 » (7-166), Archivium hibernicum, Maynooth, Catholic Record Society of Ireland, 2003, vol. 58, 43. et obtint son doctoratJohel Coutura, Les Francs-maçons de Bordeaux au , Éditions du Glorit, 1988, 220 pages, 158.. Comme alumnus, il acquit « des droits sur la résidence des Irlandais en France », selon les lettres patentes de 1660 et 1701, concernant les prêtres et alumni du séminaire de Toulouse qui pouvaient « jouir des mêmes franchises et libertés que les Français et posséder tous biens meubles et immeubles nonobstant édits et ordonnances contre les étrangers ».. Naturalisé, il commença par enseigner à l'université de Bordeaux puis, il fut choisi par l'archevêque de Bordeaux pour enseigner la physique au collège royal de la Madeleine où il professa à partir de 1765.. Initié à la franc-maçonnerie, il s'affilia à la loge « Harmonie » le .

En 1789, Nicolas Madget abandonna l'enseignement et partit pour Paris, où il fut recruté par Bertrand Barère de Vieuzac, qu'il avait autrefois connu à Toulouse. Ce dernier lui proposa de l'aider à s'occuper de son journal le Point du jour et lui confia la traduction des articles qu'il désirait envoyer en Angleterre.

À partir de cette époque, Nicolas Madget cultiva sa réputation d'ami de la Révolution, prenant en tout modèle sur Barère qui le salariait. Lorsque le , Jean-François Varlet proposa à l'Assemblée législative de donner un gouverneur au dauphinCompte-rendu de la séance du 12 août 1792 ; Barère insista fortement pour que Nicolas Madget en fût chargé.. Mais contre son attente, la proposition ne fut pas retenue par l'Assemblée.

Madget s'insinue au ministère des Affaires étrangères Le , trois représentants de la Municipalité se présentèrent au Collège des Irlandais de Paris, rue du Cheval Vert, où la plupart des étudiants étaient favorables à la Révolution et à l'indépendance de l'Irlande. Ils accompagnaient Nicolas Madget, lui-même entouré de quatre étudiants en médecine. Le traducteur de Barère fut officiellement désigné et installé comme administrateur du collège irlandaisThomas O'Connor, « The Role of Irish Cleries in Paris University Politics 1730-40 », in Peter Denley, History of Universities, Oxford University Press, 2000 - 392 page, volume XV, p. 222, note 65., et la cérémonie se termina par des chants. Le supérieur en place, l'abbé Kearney, protesta vivement dans une lettre au ministre des Affaires étrangères Lebrun-Tondu contre cette façon de procéder, qui était contraire aux lois françaises qui reconnaissaient le séminaire comme un établissement étranger placé en dehors de la juridiction de la municipalité. Lebrun transmit la protestation au ministre de l'Intérieur, et Madget fut désavoué et débouté.. Mais ce n'était qu'un répit. Les collèges, particulièrement les collèges britanniques étaient un point d'ancrage de l'espionnage britannique en France et il était impensable, pour le contre-espionnage britannique, de ne pas contrôler un collège aussi important que le principal collège des irlandais à Paris. C'était l'esprit de l'intervention de Madget. Mais c'est grâce à Jean-Paul Marat, que l'on put enfin se débarrasser de l'abbé Charles Kearney qui, le , fut jeté en prison. Le gouvernement britannique avait besoin d'un homme sûr à la tête du collège et il y fit placer des gens à sa dévotionLiam Swords, The Green cockade, the Irish in the french revolution, Glendale, 1989.. Les collèges britanniques jouaient, depuis le début de la Révolution, un rôle important dans l'espionnage britannique, et particulièrement celui de Saint-Omer - où William Pitt et Edmund Burke avaient été éduqués - qui en fut la principale antenne sur le continent notamment depuis que Nathaniel Parker-Forth s'en servait comme base logistique pour ses diverses opérations entre Versailles, Paris et Londres. Lorsque l'attention publique fut dirigée en Lors de la découverte fortuite - embarrassante pour les projets du cabinet Pitt contre la France - de la Lettre anglaise. sur cet établissement, c'est Jacques Nicolas Billaud-Varenne qui, à la demande de Bertrand Barère de Vieuzac, se chargea d'encadrer l'arrestation des administrateurs, notamment son principal, Gregory Stapleton, qui ne fut jamais interrogé ou jugé.

Fortement recommandé par Bertrand Barère de Vieuzac, Nicolas Madget offrit ses services au ministre brissotin Lebrun-Tondu, qui accepta, à cause du poids politique de Barère, qui venait de faire condamner Louis XVI à mort. Mais Lebrun-Tondu apprit vite à se méfier de lui. Cependant, Nicolas Madget lui adressa quelques propositions après la déclaration de guerre avec l'Angleterre: « Il faut envoyer et entretenir en Angleterre, et surtout en Irlande, un certain nombre de patriotes anglais et irlandais pour y répandre les principes de la liberté, lui écrivait-il le . Il faudrait, pour cette mission des hommes d'une grande force, tant pour les connaissances politiques que pour le talent d'écrire. J'en connais un qui, à cette double qualité, réunit celle du civisme le plus pur. Je l'ai déjà sondé sur l'entreprise et il paraît disposé à s'en charger s'il est autorisé »..

Cependant, à Paris, l'abbé Nicolas Madget avait opéré une autre réussite : il avait recommandé à Lebrun-Tondu d'envoyer de jeunes Irlandais connus pour leur sympathie indépendantistes, en mission en Angleterre. À peine eurent-ils mis pied sur le sol anglais qu'ils furent interceptés par les services secrets anglais, en vue de les « retourner ». seul l'un d'entre eux, Duckett resta fidèle à l'idéal des Defenders et, revenu en Europe, il secondera activement les activités anti-britanniques sur le continent. C'est un autre prêtre irlandais, ami de trente ans (et futur exécuteur testamentaire) de Nicolas Madget, Richard Ferris, qui s'était chargé d'annoncer à lord Grenville, directeur du Foreign Office, l'arrivée « en grand secret » des jeunes patriotes irlandais. Dorénavant, une des activités principales de Nicolas Madget, caché dans les bureaux français, consistera à neutraliser les efforts des indépendantistes irlandais et écossais en communiquant à temps les informations à Londres. C'est Richard Ferris et Charles Marien Somers, eux aussi anciens prêtres, qui se chargèrent de la liaison entre Madget et les services d'espionnage du Foreign Office.

Charles Somers et la mission perdue de William Jackson Charles Marien Somers, né à Wexford (soi-disant à la JamaïqueIl se donne deux ou trois origines, selon ses interlocuteurs, la vérité étant réservée à lord Grenville.), s'était, comme Madget, fait naturaliser français et, avant la Révolution, il avait enseigné au collège de La Flèche, avant de devenir chanoine de Vendôme. Venu à Paris, affectant d'être partisan des idées nouvelles, il vivait avec la jolie veuve d'un cordonnier, logeant tant à Paris qu'à Versailles. Il entretenait de hautes relations aristocratiques notamment avec la famille Baude la Vieuville qui avait conservé comme lui des intérêts à la Jamaïque, et qui était apparentée au fameux comte de Butler lequel, avec Hyde de Neuville, fut un inlassable agent de l'Angleterre et de la chouannerie. D'après les très nombreux documents conservés au Public Record Office à Londres, Charles Somers était payé dès le début de la Révolution par le gouvernement britannique pour spéculer à toutes fins utiles sur une évolution des événements qui serait favorable aux intérêts supérieurs de la Grande Bretagne. Il connaissait Nicolas Madget - son « ami pour la vie » - qui a raconté plus tard comment le Comité de salut public l'avait employé comme « agent du contre-espionnage français » ! Cela confirme l'assertion de Lewis Goldsmith selon laquelle, derrière Nicolas Madget, c'était bien Bertrand Barère de Vieuzac qui avait recruté ces agents anglaisSouvenirs du voyage en France lors de l'hiver 1801-1802 de l'espion anglais Goldsmith, parus dans The Anti-gallican Monitor and anti-corsican chronicle, 1813, n° 106.. Particulièrement adroit et intelligent, comme l'étaient ces prêtres ayant bénéficié d'un enseignement supérieur, Charles Somers a adressé un nombre considérable de lettres et de rapports à lord Grenville et par la suite à William Wickham qui devait prendre en la suite de sir Robert Fitzgerald en Suisse, au point que sous le Directoire, malgré ses précautions infinies, on commença à le prendre pour ce qu'il était vraiment, à tout le moins un individu extrêmement dangereux pour la République. En 1793, le gouvernement britannique voulait mettre la main sur le révérend William Jackson, alors en Europe, qui était, lui, absolument Irlandais de cœur, et favorable à un soutien français à la cause la cocarde verte (la « green cockade » était un signe de ralliement des indépendantistes). Jackson état un homme à la forte personnalité qui avait été longtemps protégé par la duchesse de Kingston, une grande dame qui fut longtemps indésirable sur le sol anglais, et qui disposait d'une fortune considérable qu'elle usa en partie pour la cause de l'Irlande.